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HISTOIRE DE LA VILLE

Genève est une demi-sœur de nos villes françaises et leur ressemble beaucoup : elle a mêmes goûts et mêmes traits. Mais, comme l'a excellemment dit y\. Edouard Rod : « Genève n'était pas assez allobroge pour devenir savoyarde ; et pendant bien des siècles elle ne fut pas assez helvète pour vouloir devenir Suisse. Elle tenait à son existence pro se. Aussi longtemps qu'elle le put, elle fut une ville libre, jalouse de son indépendance, déployant pour la maintenir une exceptionnelle énergie. » Dotée avec la même libéralité que ses sœurs françaises, il lui arriva de partager les mêmes revers de fortune. Elle a toutes les grâces physiques de la France ; son état d'âme seul diffère, et c'est à Jean Calvin qu'elle le doit. Du calvinisme vient sa raideur, et un besoin non d'indépendance mais de vie à part, une certaine sécheresse de cœur qui fut pour beaucoup dans les démarches qu'elle fit en 1814 pour obtenir du Congrès de

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Vienne d'être réunie à la confédération suisse, plutôt que de venir se blottir dans le sein de la famille française, au moment d'une des périodes les plus critiques de sa vie. Pour vivre ensemble les hommes doivent parler la même langue : mais pour s'aimer ils ont besoin du même langage spirituel.

Jusqu'au xvi" siècle, l'histoire de Genève peut se diviser en deux périodes distinctes : la période burgonde et la période épiscopale.

C'est à Gondebaud, roi de Bourgogne en Tan 500 environ, que Genève doit sa première enceinte, dont il reste encore de nombreux vestiges dans la ville haute, et qui formait une redoutable forteresse s'avançant dans le triangle que forme le Rhône à sa majestueuse sortie du lac, et l'estuaire de l'Arve qui venait s'y précipiter en torrents tumultueux.

A la période burgonde succéda la période épiscopale : une des plus heureuses, des plus longues, des plus curieuses et des plus mouvementées de sa vie politique, une des plus fructueuses pour son patrimoine artistique. Du XI" au xv" siècle, quarante évoques ou princes du Saint-Empire se transmirent la mitre et la crosse sur le siège épiscopal de Genève, exerçant souverainement sur la ville leur autorité, tantôt avec énergie, tantôt avec violence. Les plus célèbres d'entre eux furent Humbert de Grammont, Ardutius, Aymon de Grandson, Guillaume de Marcossay et Adhémar Fabri, qui chercha à satisfaire les aspirations démocratiques de ses sujets en leur donnant une charte régulière.

Luttes avec les comtes de Genevois ; luttes intestines entre les Mamelous et les Eidgnots — partisans, les premiers de la Savoie, les autres de la Suisse — qui aboutirent au premier traité de « Combourgeoisie » avec Fril30urg en 1526 ; enfin et surtout, luttes incessantes avec les comtes de Savoie, devenus ducs en 141 7 avec Amédée VIII, et qui se terminèrent grâce à l'intervention des armées bernoises et fribourgeoises, par le traité de Saint- Julien en 1603 : tel est le bilan guerrier de la période épiscopale. Outre cela, Genève eut à se défendre, au xiV siècle contre des fléaux de toutes sortes : épidémies, incendies ; fléaux communs à toutes les cités à cette époque, engendrés les uns par la malpropreté, les autres par la nature des constructions qui offraient au feu une proie facile. La rue de la Rôtisserie qui existe encore aujourd'hui rappelle les incendies de 1321 et 1334 qui firent de terribles ravages dans les quartiers marchands de la ville basse : ces quartiers étaient encombrés de « haut-bancs » et de « dômes », sortes d'encorbellements en bois soutenus par de hauts piliers en charpente ; il n'en reste plus qu'un dernier exemple au bas de la rue de la Cité, un peu au-dessus de la fontaine de l'Escalade.

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