‹ Bâle, Berne et GenèveChapitre 37 sur 45 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA TREILLE

La cour Saint-Pierre, le Collège, la Treille, pourraient s'appeler les jardins secrets de Genève, car la moitié des })assants les ignorent, et les Genevois ont su les défendre jalousement du cosmopolitisme envahissant,

La très ancienne promenade de la Treille dont le nom provient des arbres fruitiers qui s'épanouissaient en espaliers sur les terrasses des jardins particuliers, n'est pas une promenade ordinaire ; c'est un site merveilleux. De cette haute terrasse plantée de marronniers dont quelquesuns sont deux fois centenaires, on domine les magniliques ombrages de la promenade des Bastions qui dissimulent l'ennuyeuse monotonie des bâtiments universitaires ; et la vue s'étend jusqu'au Salève, par-dessus des premiers plans qui, à l'ouest sont les monuments sans style et prétentieux de la place Neuve, et qui à l'est, sont les quartiers pittoresques du Bourg de Four et les frondaisons du palais Eynard. Mais le grand charme de cette tranquille terrasse — qui rappelle, toutes proportions gardées, la

Ci b: X 1-: V E

terrasse du château de Saint-Germain — c'est l'harmonieux groupement qu'elle offre d'ombrages, de grande vue et d'architecture.

Les façades sud de l'hôtel de ville, de la maison Turrettini, de l'hôtel de la Rive et le merveilleux ensemble des beaux hôtels de la rue des

Cliché Boissonnas,

Lour intérieure de 1 Hôtel de Saussure.

Granges sont la parure de la Treille qu'elles continuent dans leurs parterres et qu'elles encadrent de leur belle ordonnance. Les artistes qui construisirent ces hôtels se sont préoccupés de faire un ensemble, et ils ont très heureusement fait ressortir la tête des murs mitoyens en les décorant de colonnes ou de pilastres sur lesquels la corniche ressaute, coupant ainsi sa monotonie de points brillants, d'alternances d'ombres et de lumière qui encadrent l'alternance des frontons.

LA TREILLE

Un peu à l'écart, à l'extrémité de la rue de la Cité, dominant de ses terrasses la Corraterie et séparé des hôtels de la rue des Granges par la Tertasse, le plus beau de ces hôtels est certainement l'hôtel de Saussure, élevé en 1707 sur les plans de l'architecte français Abeille. La cjur inté-

L'Hôtel de Ville. Portique de la Treille.

rieure est fort belle. Au fond, vis-à-vis de la porte cochère, l'entrée du rez-de-chaussée de l'hôtel est surmontée d'un balcon placé assez bizarrement entre les deux consoles qui le supportent ; l'effet n'est pas très heureux, mais par contre la ferronnerie, œuvre des célèbres ferronniers genevois Gignoux, est très remarquable. L'escalier monumental qui conduit aux étages a lui aussi une rampe en fer forgé d'un dessin très beau et très original.

Il faut entrer dans les cours de chacun de ces hôtels du xviu'' siècle, chacune a son originalité ; la cour du n" 8 de la rue des Granges est elliptique et son architecture est particulièrement délicate ; quant aux hôtels eux-mêmes, si Ton a la bonne fortune d'y pénétrer, on y verra des intérieurs magnifiques et respectueusement conservées.

L'hôtel Léopold Favre a été particulièrement bien restauré panM. E. Fatio, architecte à Genève, qui a eu l'intéressante occasion de mettre en

Hôtel Léopold Favre. Le Salon.

valeur un magnifique mobilier empire dans des salons de la même époque sobrement remis en état, et qui offrent un ensemble unique en son genre du grand art de Percier et Fontaine trop longtemps méconnu.

La maison Cayla à la Taconnerie est aussi une très belle chose ; mais avant de quitter la ville haute il faut aller rue Calvin n" 13, voir l'hôtel Xaville, ciutrefois maison Buisson, une des premières constructions luxueuses faites au début du xviii'' siècle. Son élégance avait même été l'objet d'un scandale, car le consistoire avait déclaré que le luxe était entré à Genève par la porte cochère de la maison Buisson. Ce reproche n'est cependant pas absolument fondé, car déjà en 1707 le goût du grand

LA TREILLE

art architectural avait reparu à Genève, lorsque deux maîtres architectes et maçons genevois, .Aloise Ducommun et Bastien Rienfneur avaient exécuté la construction du palais de justice, œuvre de l'architecte français Vennes ; monument d'un beau style et traité avec une originalité et une indépendance rare à cette époque où l'architecture était soumise à un très sévère protocole.

Hôtel de Saussure, rue de la Cité.

La Place Neuve. — La statue du généra! Dufour.

Cliclm .lullion.

Le Conservatoire. — Le Théâtre.

Page 1