‹ Ballades et sonnetsChapitre 14 sur 101 · BALLADE DE L'ENNUI TERRESTRE · texte numérisé non relu

BALLADE DE L'ENNUI TERRESTRE

Puisque la Terre est notre logement

Qu'on sache au moins ce que l'on vienl y faire;

Pour ce secret, le jour du Jugemenl

Luira trop lard ^i Dieu ne le profère

Ou'une heure ayant de purger l'atmosphère

De la bouée, entre deux océai

L'air cl la nier, où nous sommes céans,

Eu naufragés donl le sort dépend d'elle,

Debout, couchés ou bien sur nos séants :

Vraiment le jeu ne vaut pas la chandelle.

BALLADE DE l'eNN'UI TERRESTRE 31

La vie est lourde à l'homme, étrangement : Son portefaix, comme cheval qu'on ferre, De plus en plus renâcle au chargement El c'est au prix du pain qu'il y défère ; Le temps nouveau de l'ancien ne diffère ; Les vieux ennuis sont les moins messéanls; N'était la guerre où, les cas échéants, On ceint encor le casque et la rondelle. Le dieu du jour n'aurait plus de pceans ; Vraiment le jeu ne vaut pas la chandelle.

poire sans soif, tel est l'allégement;

Quant ;i l'amour, c'est bien une autre affaire,

j/hôtesse trompe ou son auberge ment :

Reste le don, propre à tout mammifère

Privé des sens par la nuit somnifère,

D'errer de l'âme à travers les néants,

D'en retomber par tous leurs trous béants

El d'y briser ses moindres élans d'aile :

Ai isi des nains poursuivent des géants.

Braiment le jeu ne vaut pas la chandelle.

32 EES TRISTES

ENVOI

Dieu îles fakirs et des rois fainéants Qui, quand lu dors, as de bons suppléants, Fais nous savoir par retour d'hirondelle Si tu n'as pas d'astres plus récréants? Vraiment le jeu ne vaut pas la chandelle.

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