SCENE X
ADRIENNE, BALOCHARD.
ADRIENNE
Mon pauvre père... comme je suis fâchée de ne pas avoir un peu d'argent! je vous l'aurais donné, et vous auriez pu faire votre dimanche, BALOCHARD, la Câlinant.
Comment! tu n'as pas quelque bonne cachette? quelque boursicot dans un petit racoin?
ADRIENNE
Oh! mon Dieu, non; le restant de ce que j'ai gagné, cette semaine, a servi à payer le mois de mes petits frères à leur école.
T'as bien fait d' payer, il ne faut pas faire de dettes.
ADRIENNE
Malheinreusement nous n'en manquons pas.
Comment donc que ça se fait ?
Aia : le Beau Ljrcas.
Non» n' devons rien pour nos mansardes.
ADIIEKAE.
Excepté deux term's de loyer...
Et puis pas mai de dett's criardes...
BALOCBA&D.
Eh bien... faut les laisser crier...
C n'est pas ma toilclt" qu'est coûteuse... Ma nourrilar' n'est pas ruineuse...
Une fois par sema in' je m' fais beau... J' vas moins au buffet qu'au tonneau... J' dois peu d' cliose à la blaucliisseuse, Et je n' dois rien au porteur d'eau.
Pas gran' chose h la blanchisseuse.
Et rien du tout au porteur d'eau.
ADRIENNE
Écoutez, mon papa, en vous voyant si gai, si heureux, je crains toujours de vous faire de la peine; mais cependant il faut bien que vous sachiez où nous en sommes réduits.
Parbleu, je le vois bien !... à rien du tout. ADRIENNE, qui G été prendre un papier dans un tiroir.
Lisez ce papier-là, qu'on m'a apporté hier, et que je vous avais caché.
Du papier marqué... une saisie pour lundi I
ADRIENNE
Oui, mon père; si lundi nous n'avons pas donné
MAGASIN THEATRAL
un à-compte sur ce que nous deyons au propriétaire, il fera enlever, il fera vendre le peu de meubles qui nous restent, cl nous serons sans asile.
BALOCUAIID.
Ma fille: ma Drienne!... mes enfans dans la rue, sans feu ni lieu, et ça par ma faute... quand j'avais tant promis àc'te pauvre femme défunte... Drienne, je suis un gueux, un scélérat !
AURIENNE.
Non, vous êtes un bon ouvrier, plein de talent, d'habileté... Ah! si vous entendiez tout le monde parler de vous : Balochard, qu'ils disent, c'est le roi des peintres en voilures, et s'il voulait, il gagnerait des mille et des cents... mais malheureusement... {avec douceuf) il ne veut pas.
Je ne veux pas?... qui est-ce qui dit que je n' veux pas?... je n' veux pas sauver mes trois enfans... leur garder ce petit mobilier qui leur vient de ma pauvre Madeleine.... les empêcher d'aller tendre la main dans la rue, je ne veux pas... Qu'on me donne des pinceaux... où sont mes pinceaux?
ADRIENNE
Via une bonne parole, mon père.
Oui, mais j'y pense... d'ici à d'main, trouver de l'argent pour ce tyran de propriétaire... où ça?
ADRIENIKE.
11 y a moyen.
Comment ?
ADRIENNE
Vous savez bien, ces beaux stores que vous aviez commencés ici, et que vous n'avez pas terminés.
Eh bien?
ADRIENNE
En y travaillant aujourd'hui, jusqu'au soir, et un peu demain matin, ils seront finis. Ça, daml fait par vous, ça se vend comme du pain... je connais une maison qui me les prendra tout de suite, moi; alors, je courrai chez le propriétaire, et nous serons sauvés.
Drienne, tu es sublime ; tu es digne d'être ma fille, et je serai digne d'être ton père... Plus de lyriques, plus de Syracuse... Veux-tu que je casse ma guitare? Dis un mot, et j' trépigne dessus.
ADRIENNE
Non, Si», mon père.
Les mains me démangent, je voudrais déjà être au travail... Tu me chargeras ma palette, n'est-ce pas?
ADRIENNE
Oui, je vous tiendrai compagnie... et pour vous désennuyer, tout en travaillant, je vous chanterai vos chansons.
Je vas tout préparer.
ADRIENIfE.
C'est ça... et moi, pendant ce temps-là, je yu aller chercher quelque petite chose pour le diner.
Oui, mais...
ADRIENNE
Oh ! j'ai encore un peu d' crédit dans le quarsier.
Dis donc, tu m'apporteras une assiette assortie avec de la gelée, et des pommes de terre frites, hein?
ADRIENNE
Oui, vous avez été bien sage; je vous gâterai.
Adrienne sort avec sod cabas.
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