SCENE X
Les Mêmes, GAMBIN , BALOCHARD , LANOIS.
GAMBIN.
Le voilà ! le voilà !.. . victoire... Mais viens donc, que je te dis... puisque quelqu'un te réclame?
LANOIS.
Puisque quelqu'un te réclame^ qu'est-ce que ça te fait?
ADRIBNNE, Courant à lui.
C'est lui !...
Et qui que c'est qui m' réclame ?...
C'est moi!..
Vous!,., vous, ici!... avec ma fille!... ah! c'est donc pour m'affronter...
Il s'avance furieux versVictor, Lanois et sa fille l'arrêtent
aussilol.
ADRIENNE
Que dites-vous, mon père!... c'est le plus généreux des hommes.
BALOCUAiiu, la repoussant Laisse-moi...
ADRIENNE
Venez, vener, mon père...
Laisse-moi, que je te dis :... Restez, vous autres... Et vous, monsieur le bourgeois, je ne suis pas fâché de vous dire ce que je pense devant tout le monde!
ADRIENNE, effrayée, à part.
O mon Dieu 1 que va-t-il donc se passer ?
VICTOR
Balochard, je ne vous comprends pas... pourquoi êtes-vous si injuste envers moi î
Pourquoi? VOUS' osez demander pourquoi? Je sais tout, monsieur le bourgeois, le négociant... Ah! c'est indigne... Oui, vous avez été chez ma fille, en cachette, pendant mon absence, et vous vouliez m'envoyer a l'étranger pour la séduire... vous voyez bien que j' sais tout;
VICTOR
Comment?
ADRIENNE
Quoi, mon père... vous pouvez croire...
Tais-toi ! Je ne suis qu'un ouvrier, un malheureux; dissipé, c'est possible! bambocheur, je ne dis pas non... mais vous n'aviez pas le droit d'en profiter... parce que vous avez un établissement, que vous êtes riche.
ADRIENNE
Mon père! je vous jure...
Paix, encore une fois ! D'ailleurs, croyez-vous que je ne sais pas ce que je dis... il y a des preuves, ma fille... Vous lui avez écrit. VICTOR, accable.
C'est vrai !
ADRIENNE
Grand Dieu I
BALOCHARD , à Adrienne.
Cette lettre, je veux la voir!
ADRIENNE
Mon père !
Je veux la voir! où est-elle?
ADRIENNE
Je l'ai gardée! j'ai eu tort ! mais, par pitié, De me la demandez pas >
MAGASIN THEATRAL
DoDDe-Ia moi! donne-la moi!
ADRIENNE, la donnant.
La voici !
BALOCH.-RD, déployant la lettre et lisant ce qui suit.
« Mademoiselle, je suis riche, et vous n'avez » rien... » {S'interrompant.) Ah\ \o\\à\ (Lisant.) « Mais votre vertu, votre amour du travail, votre » dévouement pour votre famille, vous mettent » bien au-dessus de toutes les dots du monde. » Mademoiselle Adrienne, voulez-vous de moi pour » votre mari? » [S' arrêtant.) Comment! il y a ça?
ADBIENNE.
N'en lisez pas davantage, je vous en supplie. BALOCHAnn, la repoussant, rr:ais avec douceur.
Laisse-moi continuer, laisse-moi continuer. [Il lit.) « Il n'y a qu'une chose que je n'ai pas osé » vous dire et que je vous écris... Vous avez un » père qui est incorrigible. » (A pari ) Bon ! v'ià mon paquet !
ADRIENNE
Assez! assez!
BALOCHARD, plus doucement encore.
Veux-tu me laisser continuer ! (Il lit.) « Incor- » rigible; je ne pourrais le présenter à personne; » il porterait le trouble dans nos ateliers et chas- » serait nos meilleures pratiques. Obtenez donc » qu'il renonce à vous voir, qu'il consente à vivre » séparé de nous; j'assure à jamais votre sort et » celui des deux enfans auxquels vous servez de » mère. »
ADRIENNE
Vous voyez bien qu'il ne fallait pas lire cette lettre !
Pourquoi? elle est bien c'te lettre! et elle me concerne ! On t'offre de la fortune, un bon mariage; on élèvera les deux autres! Elle est trèsbien c'te lettre! et tu y as répondu, Drienne?
ADRIENNE
Non, mon père ! mais je vais y répondre devant
vous !
VICTOR, à part.
Ah! je tremble!
ADRIENNE
Monsieur, vous êtes riche, mon père n'a rien: vous me dites de choisir entre vous et lui... eh bien, mon choix est faill
Elle se jelle dans les bras da son père. BALOCHARD, ttliendri.
Mon enfant 1 mon trésor !
ADRIENNE, avec fermeté.
■ Adieu, monsieur Victor... adieu pour toujours.
VAiC jircuil son père par la main.
Un moment: t'as fait ta réponse, toi... mais je n'ai pas fait la mienne.
VICTOR, à part.
Que veut-il dire Y
BALOCHARD, donnant la main à Lanois.
Lanois, mon bon camarade, hier je ne te comprenais pas; mais aujourd'hui j'accepte la place que tu m'offrais; je pars pour Berlin.
TOCS.
Il part !
LARMOYER
Il s'exporte I
Paris, — [inpriraeric Je M"« V<
ADRIBirifS.
Jamais, jamais, mon père !
VICTOR, avec expansion.
Non, jamais un dévouement pareil. (A Lanois.) Ah! s'il voulait seulement nous promettre...
Je rnc connais!... je connais mes torts,
VICTOR
Qu'est-ce que c'est que ça des torts? Est-ce que je n'en ai pas au?si, moi, des torts?... car enfin, je vous ai renvoyé, moi... la réputation de votre fille, je l'ai compromise, moi !
J'en suis témoin.
VICTOR
Eh bien ! ces choses-lè, on s'en veut entre étrangers... mais entre parens, ça peut se pardonner. (Lui tendant la main.) Mon père, voulez-vous que tout soit oublié?
Lui, mon gendre!... touchez-là! c'est un trésoi que je vous donne-là !
LANOIS, à Victor.
Vous avez mon approbatillion.
COELINA, à Adrienne, boornoise! t'aimais donc M. Victor?
ADRIENNE, baissant les yeux.
Je crois qu'oui.
GAMBIK, avec colère.
Eh bien! et moi, et moi, et moi? Je suis donc mystifié, volé, aplati?... je reste là avec mes trois oncles ! vous croyez que ça va se passer comme ça? (Changeant de ion et prenant les jeunes gens par la main.) Couple fortuné, soyez heureux, je vous donne ma démission. (A part.) Elle n'a pas compris les intentions de son père.
Plus de Syracuse, plus de barrière, plus de guitare. Je renonce au lundi, et, mieux que ça, je veux travailler le dimanche.
LANOIS.
Non, non, je m'y oppose ! pour le repos de la sociliété il faut que l'on travaille et reçoive sa paillie le samedi, que l'on s'amuse honnêtement le dimanche, et que la semaine commence le lundi.
BALOCHARD, au public.
Dernier couplet, paroles et musique dudit.