‹ Balthasar de Monconys: analyse de ses voyages au point de vue artistiqueChapitre 3 sur 3 · LA COLLECTION DE BORRILLY , A AIX · texte numérisé non relu

LA COLLECTION DE BORRILLY , A AIX

tf Puisque nous sommes tombés à parler d'Aix en Provence, et sur le sujet des monstres , il y a six mois qu'un mien ami me dit qu'en repassant à Âix , il avait vu dans le cabinet du sieur Borrilly, Secrétaire de la Chambre du Roy et Citoyen d'Aix, un cyclope embaumé , qui avoit vécu neuf mois , et auquel on avoit, sans artifice , conservé son œil en entier. Il me prisa beaucoup ce cabinet, pour être embelly de pièces de prix excellentes et amassées avec une grande recherche et dépense, autant qu'il y en ail eu en toutes ces provinces-là de la France, que borde la Méditerranée. Aussi qu'il n'y avoit Prince, Seigneur de qualité ou homme d'esprit qui passât à Aix , qui ne désirât le voir. Il me dit aussi : Vous vous devez représenter que j'ai veu d'abord en ôe cabinet plus de six- vingt tableaux des premiers Maîtres que les siècles passez et celui-ci nous ont donnez, savoir : de Michel- Ange, du Titian, d'Albert Dur ou Durel, de Lucas, de Galery, du Bassan, deCaravage, de Rubens, de Fiensonis , de Bâcha et de Bandinelli ; de la main duquel il s'y veoit aussi une tète de marbre d'un homme mourant avec son buste, que seule ou prise à plus de mille livres ; en suitte de laquelle il s'en veoit encore plusieurs autres de marbre et antiques, la plupart avec leurs bustes, nettes et bien conservées. Item, soixante et dix grandes médailles de pur or, bien nettes, toutes diverses, les unes Impériales et les

autres Consulaires, Grecques et du Bas-Empire. Huit cents autres médailles d'argent et seize cents de cuivre. Il s'y veoit un grand nombre de statues antiques de moyenne grandeur, tant de cuivre que de marbre. Plusieurs vases, urnes, larmoirs et vieillettes perpétuelles , tant de marbre , pierre froide , terre que verre. Quantité d'instruments antiques j d'ustencilles et autres choses , desquelles les anciens se servoient tant aux bains qu'en leurs maisons. Un grand nombre de diverses monnoyes anciennes des rois de France depuis Gharlemagne et des comtes de Provence , que l'on prise valoir deux mille escus. Plusieurs bagues, tant en or, argent que cuivre, et entre autres une paire de bracelets trouvés à Antibou^ dans un sépulchre de marbre^ qui pèsent seize pistoles et sont parfaitement beaux. Une infinité de vazes, écuelles, cuilliers, cousteaux et fourchettes , tant de cristal de roche que jaspe oriental , un beau grand vase de Jayet avec soa bassin , ce qui est très estimé. Quantité de momies entières et bien conservées. H s'y veoit aussi trois corps desseichez faits de terre cuite, d'environ demiaune de longueur, tous trois de différentes postures, et si bien ressemblants à un corps que les vers mangent , que l'on diroit voir le naturel. Ces trois pièces sont fort estimées , et desquelles le cardinal de Sourdis en a fait offrir mille livres pour les avoir. Entre tant de curiositez , est fort estimé le verre du Roy René, fait à l'antique , haut d'un grand pan^ avec un pied fort espais, oïl, au fond de ce verre, se voient peints un Sauveur et une Magdeleine; et sur le pied ces mots en provençal :

QUI BEN BEURA,

DIEU veira;

et sur le bord dudit verre est écrit aussi en grosses lettres d'or :

QUI HE BEURA DE TOUTE SON HALENA , VEIRA DIEU ET LA MA6DALENA.

Cette pièce est grandement estimée.

« Pour une grande curiosité , on y veoit un basilic , deux remores arrête-navires, un poisson trouvé entre deux pierres, des fromages, pains biscuits, bois, huistres et coquilles toutes de pierre et mille autres raretés.

ce II me dit aussi qu'il avoit veu en ce cabinet, dans un coffre doublé de salin bleu, le baudrier que le Roy à présent régnant (Louis XIII) avoit porté le jour de son sacre et qu'il y estoit aussi curieusement tenu qu'à relique de France, et sur lequel tous les beaux esprits de Provence avoient composé une infinité de vers en diverses langues, etc. (1). »

L'écrivain consacre ensuite deux pages à raconter comment Louis XUI, à son passage à Aix , avait donné son baudrier à Borrilly, et il donne de nombreux extraits des poésies publiées à ce sujet et qui avaient été réunies en un volume (2).

(1) Dixiesme tome du Mercure François, Paris, 1625, p. d97-Â02.

Caen , Typ. F. Le Blanc-Hardel.

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