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Balthasar de Monconys

Né à Lyon , en d G 1 1 , d’une famille de magistrats originaire de Bourgogne (I), Balthazar de Monconys, conseiller du Roi

(1) Montconis i Monlconuis. — De gueules d la fasce d' argent, abaissée sous une fasce ondée d'or. — Cetle famille lire son origine de Renaud, seigneur de Montconis en 1290. Son arrière petit-fils, Renaud, était bailli du comté de Bourgogne en 1381. Outre plusieurs hommes d'épée, cetle maison fournit un grand nombre de religieux aux abbayes de Baume, Molaise, Saint-Claude, Lons-le-Saulnier. Bile posséda les fiefs de Montconis, Dampierre, Monconet, Sugy, Saint-Étienne-en-Bresse, Rellefond, Cersot, Cliampvougeroux, et s’allia aux Arinthot, Toulongeon, la Grange, Oyselet, Brancion-Visargent, Salins , Cliissey , Clermont, Lugny , Mûlain, Saubiez, Saint-Relin, Franay. Éteinte dans la personne de Charles, baron de Montconis, assassiné le 17 août 1657. Entrée aux États de Bourgogne en 1422 (Henri Beaune et Jules d’Arbaumont , La Noblesse aux Etats de llourgagnc , Dijon, 186/i , in-4n, p. 244 ;.

en ses conseils d’État et privé et lieutenant criminel au siège présidial de Lyon , nous offre un des types les plus intéressants du curieux du XVIIe siècle (1).

Malgré les fonctions importantes qu’il fut appelé à remplir et auxquelles il dut consacrer une grande partie de son temps, il montra un goût très-vif pour les sciences et une véritable passion pour les voyages. En rapport avec les savants les plus distingués de son temps , Monconys s’occupa particulièrement de physique et de chimie ; en môme temps qu’il brillait à l’Académie de M. de Montmort et se faisait connaître de Gassendi , de Pascal, de Roberval et d’Auzout, il entretenait une correspondance suivie avec le chevalier Digby, l’Électeur de Bavière, Vossius , le P. Iiircher, Hobbes, Sluz , Fabri , del Pozzo, etc.

Aussi, trouvons-nous dans ses notes une large place accordée aux expériences relatives à la poudre de sympathie et même à la recherche de la pierre philosophale , car Monconys ne dédaignait pas de s’occuper du grand œuvre et y travaillait avec Van Helmont.

Dans ses voyages, nous le voyons poursuivre également ses études, et il nous conduit tour à tour chez Otto de Gueriche , chez Torricelli et dans la demeure d’un grand nombre de savants dont le nom n’est plus guère connu de nos jours.

(1) a Le noble sang de Monconys, dit l’auteur de {'Avertissement , scmbloit luy avoir inspiré celle belle curiosité qui est comme naturelle é cette famille. On a vu , il y a soixante ans, un président de ce nom donner commencement à l’invention de faire monter les grandes barques sur la rivière par une machine que l’on renouvelle en ce temps et dont on a lieu d’espérer un beureux succès. »

Mais tel n’est point le but que nous avons cherché en étudiant les voyages de Monconys, et c’est seulement le côté artistique que nous avons essayé de dégager de ces trois volumes in-quarto, publiés après la mort de leur auteur, par son fils.

Les premiers voyages de Monconys remontent à 1028. La peste désolait alors le Lyonnais , et le père de notre curieux crut ne pouvoir mieux faire que de l’envoyer terminer ses études à l’Université de Salamanque, qui jouissait alors d’une grande réputation. Pendant un an, Monconys parcourut l’Espagne et alla jusqu’à Lisbonne, nourrissant le projet qu’il ne devait jamais réaliser d’aller aux Indes. Rappelé par son père , Monconys dut renoncer à cette expédition lointaine et aventureuse, et, pourvu d’une charge de conseiller du Roi, plus tard investi du titre de lieutenant criminel au siège de Lyon (après la mort de son frère aîné), il passa près de vingt ans sans quitter sa ville natale , partageant son temps entre l’exercice de ses fonctions et l’étude des sciences. En 1645, cependant, la passion des voyages reprit le dessus, et Monconys se rendit en Espagne , ayant de nouveau pour objectif un voyage aux Indes (I). Parti d’abord de Nantes, il aborda sur les côtes d’Espagne, après de nombreux incidents, puis fut fait prisonnier et renvoyé en France par le marquis de Tavora;

(1) Ce grand désir d’aller aux Indes se retrouve chez un certain nombre de savants de celte époque, et Thévenot notamment nous dit, dans le chapitre premier de son second volume : « Quoique j’eusse passé une partie de ma jeunesse dans nies premiers voyages, ausqucls j’avois donné sept années entières, néanmoins je n’estois pas tout ù fait revenu de cette passion qui m’avoit déjà porté assez loin dans l’Orient et il me rcsloit toujours un désir de voir la Perse et les Indes. « Thévenot, plus heureux que Monconys, réalisa ce dernier projet, mais son voyage est resté inédit.

mais, à la suite de nouvelles tentatives , il put enfin gagner le Portugal. Cependant il ne lui fut pas possible de mettre cette fois encore son projet à exécution et, après avoir parcouru le Portugal (1) et les provinces méridionales de l’Espagne, il rentra en France. Toutefois ce ne fut que pour peu de temps, et il ne tarda pas à se mettre en route pour l’Égypte et la Syrie, par l’Italie.

Dans ses deux premiers voyages en Espagne et en Portugal, Monconys ne nous parle presque pas des collections artistiques qu’il a eu l’occasion de visiter. Tout au plus, dans quelques églises, nous cite-t-il des tableaux et des reliquaires, mais ce n’est que par hasard , et l’on voit qu’à cette époque les sciences l’occupent presque exclusivement.

Ne faudrait-il pas croire que c’est après avoir vécu près de son frère, à Lyon (2), qu’il prit le goût des arts?

(1) Nous avons signalé ù l’Association Royale des Architectes de Portugal la relation du voyage de Monconys dans ce pays, et une traduction de ces passages, faite par le président, M. le chevalier da Silva, doit prendre place dans un des prochains Bulletins de celte savante Société.

(2.) Monconys avait un frère, connu sous le nom de M. de Liergues (ffue porta plus tard aussi son fils), u qui s’est acquis pnrmy les savants l'estime d’être un des hommes de France qui se connoissoit le mieux en médailles, monnoyes, peintures, camayeux, inscriptions, pierres, insectes et autres rarelez qu’il recherchoit curieusement dans le trésor de la nature ou dans celui de l’antiquité, n s M. de Monconys, ajoute l'Avertissement placé en tête de son livre, eut plus d’inclination à pénétrer les causes, et chercher les raisons naturelles des curiositez que son frère ramassait avec soin. C’a été la fin des voyages qu’il a entrepris et il ne s’est pas donné tant de peine, pour considérer seulement des clochers, des châteaux, des montagnes et des rivières , mais pour converser avec tout ce qu’il y a de sçavants dans le monde et se guérir ainsi des préoccupations du vulgaire. »

On conserve, au Musée de la Monnaie à Paris, le cliché d’une médaille exécutée en l’honneur de M. de Liergues. Elle porte au droit son buste tourné à droite avec la légende : P. M. MONCONYS D. UE LYERGVES. PRÆT. IN. LVGD. CVRIA CRI- MINAL1S et la signature : P. LALYrAME. F. Au revers, un globe couronné, accolé du soleil et de la lune, avec ces mots : CVM SOLE ET ASTRIS.

Pour la première fois, en août 1G4G, visitant la ville d’Aix, à son retour d’Espagne, il nous parle du cabinet de Borrilly, qu’il connaissait déjà et qu’il fut revoir après dîner avec M. de Champigny : « Je n’y vis que quatre tableaux de Fouquières , une Magdelainc et une femme qui lave ses mains, une perle qui faisait l’ordre de la toison du prince de Morgues, qui fussent considérables (1). >•

Le même jour, il va dans le cabinet de Peircsc, qu’il ne décrit guère plus complètement. « Il y a mille pierres antiques gravées et une infinité de talismans, les trois pieds d’un petit trépied antique, etc. (2). «

Le 1 G octobre 1G46, il se met pour la première fois en route pour l’Italie. Il me semble inutile de décrire avec lui les magnificences de Gênes, de Fisc et de Florence (3) , mentionnons toutefois une visite à la fonderie de Jean de

(1) Nous trouvons dans le Mercure François de 1625, t. X, p. 392-306, une description du cabinet de Borrilly, rpii nous semble mériter de trouver place ici et que nous donnons en appendice.

(2) M. le comte de Berluc-Pérussis a lu, en 1879, à la réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne (section des Beaux-Arts), un travail sur plusieurs collectionneurs provençaux.

Les Annales clc l'Académie d’ archéologie de Belgique renferment une notice de M. Albert Toilliez, de Mous, accompagnant la publication du Catalogue du cabinet de Du Périer, gentilhomme delà ville d’Aix, cabinet dont l’acquisition avait été faite, en 1608, par MM. d’Aix, pour l'offrir au duc de Guise, gouverneur de la province (t. XXII, 1866, p. 71-86).

Pierre Borcl, dans ses Antiquités du comté de Castres , a donné une liste des cabinets curieux existant en Europe, vers 1649, liste peu étendue et qui a été reproduite dans la Revue universelle des arts, t. VI, p. 525. M. P. Lacroix, qui dirigeait ce recueil intéressant et peu connu, y a fait figurer aussi une liste des cabinets de curiosités, mentionnés par Spon , en 1673. Le cabinet de Monconys ne figure pas sur ci lle liste. M. Bunnaffé, dans ses Collectionneurs de l’ancienne France (Paris, 1873 , i n- 12) , ne cite pas le nom de Monconys, et ne dit du reste que fort peu de chose de curieux du XVIIe siècle.

(3) P. 110. Longue description des raretés appartenant au Grand-Duc de Toscane.

Boluigne, « où sont les modèles des plus belles statues qu’il y ait ici (1); » mais il faut reconnaître que la plus grande place est consacrée à des expériences avec Torricelli , le P. Reinieri et d’autres physiciens.

Embarqué à Livourne, Monconys fait un voyage en Égypte, en Syrie et à Constantinople, et reste plus de deux ans en roule, après avoir été jusqu’au Sinaï (2).

En 1GG0 , le chancelier Séguier (3) avait confié à Monconys une importante négociation qu’il avait à traiter avec le Pape, et celui-ci, nous dit l’auteur de Y Avertissement, répondit nonseulement à scs désirs , mais surpassa son espérance , et , dans deux audiences , obtint du Pape par son puissant génie ce qu’un autre aurait h peine pu demander (4).

Monconys ne rédigea pas de journal de ce second voyage (S), et signala seulement dans une note, qui prit plus tard place dans sa troisième relation , les tableaux rares qu’il y avait vus (G).

Le seul voyage vraiment intéressant pour nous est celui que

(1) M. Abel Desjardins a rédigé, d’après les matériaux, recueillis pendant de longues années, à Florence, par M. Fouques de Wagnonville, une notice sur Jean de Bologne, renfermant les renseignements les plus complets sur cet artiste douaisicn. M. Fouques a, par son testament, légué ù la vilie de Douai quelques pièces qu’il avait pu réunir de son auteur favori et une collection de tableaux des maîtres secondaires de l’École italienne.

(2) 11 rentre à Lyon seulement vers la fin de janvier 1049.

Vingt-cinq ans après Monconys, un autre savant lyonnais, Spon , docteur en médecine, fit avec l’anglais Wheler, en 1675, un voyage en Orient et principalement en Grèce, dont le récit nous a été conservé par une double relation publiée séparément par chacun de ccs érudits.

(3) Séguier, duc de Villcmor, chancelier de France de 1650 ù 1072.

(5) T. II, p. 401.

(G) T. II, p. 439.

Monconys lit, en 16G3 et 1GG4, avec le duc de Chevreuse (1), que le duc de Luynes l’avait prié d’accompagner et de diriger. Après avoir été en Angleterre, Monconys et ses compagnons, — car, outre le duc de Chevreuse , dont il était en quelque sorte le mentor , il avait emmené avec lui son fils , Monconys de Liergues, qui, après sa mort, publia le récit de ses voyages, — vont dans les Pays-Bas , en Allemagne , en Hongrie et en dernier lieu en Italie.

A peine de retour à Lyon , Monconys , dont la santé était fort altérée depuis son voyage d’Orienl, s’alita et il succomba h une hydropisie, le 28 avril 1G65.

Nous allons reproduire, maintenant , tous les passages des derniers voyages de Monconys qui touchent aux beaux-arts ou h ce que , déjà de son temps , l’on nommait la « curiosité. » Quelquefois , nous nous sommes bornés à signaler les points qui attirent l’attention de notre voyageur , mais , le plus souvent, nous avons cru devoir le citer textuellement.

Les renseignements les plus intéressants pour nous sont ceux qui sont relatifs aux artistes (2) , aux tableaux qu’il a pu voir dans leurs ateliers et au prix qui lui en était demandé ou auquel on les estimait.

(1) Charles-Ilonoré d’Albert de Luynes, duc de Clievreusc, né le 7 octobre 1 G AG, mort le 5 novembre 1712, épousa, en 1(567, une fille de Colbert. Il devint chevalier des ordres, en 1689, et gouverneur de Guyenne, en 1696. L’auteur de l’article qui lui est consacré dans la Nouvelle Biographie générale lui attribue, sans raison, croyonsnous, la rédaction de la plus grande partie de l’œuvre do Monconys.

C’est au duc de Chevreuse qu’est dédiée par Liergues la seconde partie des voyages de Monconys. La première l’est au Chancelier, et la troisième à l’Électeur de Bavière.

(2) C’est ainsi que la mention écrite par Monconys de sa visite à Poelembourg, en 1663, est une nouvelle preuve à donner à l’appui de l’opinion de ceux qui se refusent h fixer à 1660 la mort de cet artiste, et qui le font vivre jusqu’en 1666.

Peut-être aurions-nous dû essayer de rétablir l’identité des nombreux tableaux qu’il cite et d’indiquer ce qu’ils sont devenus , mais nous avons reculé devant cette tâche et nous croyons qu’il suffit de livrer ces indications aux personnes qui s’occupent de ces études spéciales (1). Nous avons seulement tenté de reconstituer aussi exactement que possible l’état civil des personnages que cite Monconys dans son récit et autant que nous l’ont permis les altérations d’orthographe de leurs noms (2).

Afin de ne pas donner à ces extraits une étendue trop considérable, nous n’avons pas cru devoir reproduire toutes les descriptions de monuments publics , églises , palais et hôtels-de-villc , dans lesquels se trouvaient des œuvres de sculpture ou de peinture signalées par Monconys.

« Le livre de Monconys, dit Boucher de La Richarderie , qui nous paraît l’avoir jugé assez exactement, renferme tout ce qu’on pouvait attendre d’un homme fort instruit pour le temps où il écrivait. On y trouve , au reste, plus de recherches sur différentes classes de sciences et d’arts, et particulièrement sur la chimie , que de descriptions de pays et d’observations sur les mœurs et les usages des peuples (3). »

Monconys ne nous paraît cependant pas avoir vu d’un œil

(1) Nous l’avons fuit seulement dans quelques circonstances et lorsque ecla nous a paru indubitable.

(2) Toutefois, nous n’avons pas cru devoir le faire pour quelques maîtres, tels que Raphaël, le Titien, etc., dont la biographie est connue de tous.

(3) Bibliothèque des Voyages, t. I, p. 212.

Sorbiërc, engageant Monconys 5 publier scs voyages, lui ëciivail, en 1057, « qu’il pourrait faire un livre qui enchérirait par dessus le fichu délia V aile , car, avec le nicsine air de ce galand homme, il avuit une cmiosité bien mieux soutenue par de profondes connaissances de la nature, etc. »

indifférent les jeunes et jolies personnes qu’il trouvait sur sa route et, souvent, en allant chez un artiste, le grave lieutenant criminel semble avoir donné plus d’attention à la femme ou à la fille de son hôte qu’à la toile qu’il venait marchander.

Les voyages de Monconys n’ont été publiés qu’après sa mort par son fils. La première édition, qui comprend trois volumes in-quarto, porte le titre suivant :

« JoVRNAL DES VOYAGES DE MoNSlEVR DE MONCONYS, Coil-

« seiller du Roy en ses Conseils d’Estat et Priué, et Lieutenant « criminel au Siège présidial de Lyon , où les sçauants trouci ueront vu nombre infini de nouueautez, en Machines de « Mathématique , Expériences Physiques, Raisonnemcns delà « belle Philosophie , curiositez de Chymie, et conuersations « des Illustres de ce Siècle ; outre la description de diuers cc Animaux et Plantes rares, plusieurs Secrets inconnus pour « le Plaisir et la Santé, les Ouurages des Peintres fameux, « les Coûtâmes et Mœurs des Nations , et cc qu’il y a de « plus digne de la connoissance d’vn honeste Homme dans c< les trois Parties du Monde, Enrichi de quantité de Figures « en Taille-douce des lieux et des choses principales, auec » des Indices très-exacts et très-commodes pour l’vsage. Publié « par le sieur de Lieugves, son fils. Lyon, chez Horace Boissai ci et George Bemevs. » lre partie, 1665 ; 2e et 3e, 1 GG6 .

11 existe trois autres éditions françaises des voyages de Monconys : Paris, 1677, et Lyon, 1678, in-4°; et Paris, 1695, in-12, ainsi qu’une traduction allemande de 1697, Leipzig et, Augsbourg, in-4° (1).

(1) Voir Tohler, Geographica Palestine, p. J OS, auno 1 0 A 7

(Leipzig, 1867, in-8° ).

VOYAGES DE MONCONYS.

Oxford, 9 juin 16G3.

M. (*) part de Londres pour Oxford, avec son fils et M. Plat, en carrosse. Nous ne relèverons dans cette visite que ce qui est relatif à la collection du savant Pocock (1), chez lequel il fut conduit par le Dr Wallis, professeur de mathématiques (2). « Le docteur Pokoc , professeur des langues orientales , me montra deux fort beaux livres arabes , et un troisième , qui estoit une Géographie, dont les figures estoient fort mal faites ; et des instruments judaïques , comme de petits Reliquaires de cuir, de la grandeur d’un demy-pouce en quarré, faits comme des estuis de chapeau, dans lesquels ils mettoient quelques versets de l’Escriture, et puis ils s’attachoient ces Reliquaires au bras, et sur le front (3). Un fouet, fait de quatre grandes pièces de cuir, de la largeur de la paume de la main, longues d’un pied, cousues ensemble par un fil de cuir, ayant aussi un

(*; Afin d’éviter la répétition du nom de Mouconys, je l’ai remplacé par l’initiale M en italique.

(1) Pocock (Edward), né en IGOi, mort à Oxford en 1691, orientaliste et théologien, connu surtout par sa publication du Specimen historiée Arabum, 1649.

(2) Wallis (John) né en 1616, mort en 1703.

(3) C’est afin d’exécuter ce précepte de Moïse « Mettez donc dans votre cœur et dans votre entendement ces paroles que je vous ai dites, et liez-les pour signe sur vos mains, et qu’elles soient pour fronteaux entre vos yeux, e {Deut.,XÏ, 18.) J’ai vu encore à de fréquentes reprises, ù Jérusalem, des Juifs s’appliquer de ces petites boites avant d’entrer à la synagogue, ou le vendredi, pour se lamenter devant le mur du Temple (voir du reste le beau dessin de Bida, au Musée du Luxembourg ).

bord ou galon sur chaque extrémité fait aussi de cuir, mais de différents animaux, car le fouet est de cuir de bœuf, le galon est de cuir d’asne, et le fil d’un autre animal ; ce fouet est attaché à un manche de bois, qui n’a que la poignée de longueur. Et un petit cornet fait d’une corne de mouton ou de chèvre fort aplatie , et raclée pour la rendre transparente, dont les Juifs tiennent que leurs ancêtres se servirent de pareilles pour abattre les murailles de Jéricho (1). »

M. décrit ensuite la Bibliothèque Bodléienne, et sa description est curieuse à rapprocher de l’état actuel de cette collection , si riche, mais qui laisse tant à désirer au point de vue des locaux qu’elle occupe (2).

J^ondres n’est, sous le rapport artistique, que le sujet d’un petit nombre de remarques de notre voyageur. Son temps est pris surtout par ses visites aux savants et les séances de l’Académie, auxquelles il assiste régulièrement et dont Oldembourg, le secrétaire, et le chevalier Morey, lui traduisent les discussions avec l’assentiment de cette docte assemblée. Pourtant, Morey le conduit voir le « Cabinet du Roy », « où il y a quantité de beaux tableaux de miniature, de figures d’ivoire et quelques antiques de bronze , » et pendant qu’il était ù les examiner, le roi (Charles II) y vint et lui dit a le plus

(1) La collection la plus curieuse d’objets se rattachant au culte Israélite est celle de M, Strauss, qui a figuré au Trocadéro, en 1878, dans la salle X.

(2) En revanche, on peut donner comme un type à suivre la branche scientifique de cette bibliothèque établie au New-Museum et dans laquelle M. le professeur Akland a apporté tous les derniers perfectionnements. Si ce n’était sortir de notre sujet, nous dirions aussi quelques mots de l’organisation du musée Taylor, d’Oxford, et des facilités qu’il donne aux artistes, mais nous préférons en faire l’objet d’une élude spéciale (voir le Rapport que nous avons adressé à M. le Ministre de l’Instruction Publique, au retour d’une mission ù Oxford, en octobre 1878).

humainement du monde , qu’il étoit bien aise qu’il vît ce qu’il avoit, qui n’estoit pourtant pas la moitié de ce que le feu Roy avoit. »

Dans la salle du Bouquetin, à White-Ilall (Banqueting ïlouse), il remarque le plafond peint par Rubens (1) sur de la toile, « mais, ajoute-t-il, tous les tableaux ne sont pas d’égale beauté (2), car ceux des coins sont beaucoup meilleurs que ceux du milieu, dont l’un, entre autres, où est le roy Jacques, paroît excessivement plus gros qu’il ne devrait , pour ne pas avoir pris les distances » (p. 58).

(1) Je ne puis m’empêcher, en trouvant ici pour la première fois le nom de Rubens, de rappeler les solennités qui eurent lieu, il y a trois ans, pour célébrer le troisième centenaire de la naissance de ce maître et de saisir celle occasion d’exprimer de nouveau ma reconnaissance au Comité d’organisation, qui voulut bien me comprendre au nombre des étrangers invités à ccs fêtes splendides.

Je ne parlerai ni de ces décorations, qui reproduisaient les arcs-dc-triomphe dessinés par Rubens pour la joyeuse entrée du Cardinal Infant, des cavalcades, des solennités musicales, de l’audition de la cantate de Peter Benoit , on sait que les Anversois n’ont pas de rivaux dans ce genre et qu’ils savent y prodiguer l’art et l’argent tout à la fois; mais je liens surtout il rappeler l’Exposition des reproductions de l’œuvre de Rubens organisée par l’Académie d’Archéologie de Belgique, l’Exposition rétrospective, dont les éléments principaux avaient été fournis par les descendants des familles allié s à Rubens, et les Congrès artistique et littéraire. Ce dernier comprenait une section consacrée spécialement à l’étude de l’histoire de Rubens et décida, sur la proposition de M. Ch. Ruelens, la publication d’un Corpus Diplomaticvm Uubenianum, renfermant toutes les pièces authentiques relatives à la vie ou ù l’œuvre de Rubens ( v. Compte-rendu du Congrès, p. 371 et suiv. ).

(2) Dans une autre visite, avec un gentilhomme ( M. Vandrcdous, sans doute Van der Does ), il/, examine encore les tableaux de While-Hall, et celui-ci lui fait voir « cet admirable portrait à fresque de Henri liuitiesme fait par Olbcns. Il y a aussi, dans ce mesme tableau, celui de Henri seplicsme, avec leurs femmes, faits de la mesme main ; mais ils ne sont pas de la beauté du premier dans lequel il n’y a point d’ombrage au visage, et, avec les seules couleurs, il a fait paroislre les enfoncements et les reliefs » (p. 72). C’est, je crois, le tableau placé aujourd’hui à Hampton-Court, dans la chambre d’audience de la Reine, et désigné sous le n° 511.

V. sur les tableaux d’Holbein, qui sont à Londres : Alfred Michiels, Voyage d'un amateur en Angleterre. Paris, 1872 ; p. 225,

Un autre jour, le duc de Chevreuse et M. vont voir la reine (Jacqueline de Portugal) à White-Hall, et la chose qui frappe le plus notre curieux dans la chambre d'audience, ce n’est pas « la tapisserie qui était passablement belle », mais « les chenets fort laids, de meschant fer, avec des rondaches de cuivre mal poli » ; aussi, croit-il nécessaire d’en donner la reproduction gravée dans le coin d’une de ses planches (Gg. 1 , h la p. 29).

A St-James, où habitent le duc et la duchesse d’York (I), les logements sont mieux qu’au palais du roi, ou du moins les chambres sont plus grandes et plus propres. « Il y avait, dans celle de la Duchesse, une tapisserie de Hollande, de cuir, à fond blanc, à feuillages et petits enfants d’or, et un parfaitement beau tableau de sainte Agnès du Guide , dessus la cheminée , dans laquelle il y avait des chenets d’argent ! »

A la Tour de Londres , on ne peut voir que fort peu de choses, soit à cause des poudres qui y sont enfermées, soit par politique ; cependant, M. y entre dans une salle basse , « à rez de chaussée , dans laquelle on garde quelque vaisselle d’argent qui appartient au Roy. Dans laquelle est une fontaine d’argent cizelé, que la ville de Piémont luy donna, cl une salière de vermeil doré qui est un présent de Couvre (2).

(1) Depuis Jacques II.

(2) Il y a ù Kensinglon une remarquable collection d’objets d’orfèvrerie; mais c’est peut-être dans les Hôtels-de-Ville des Pays-Bas et d’Allemagne que l’on peut voir encore aujourd’hui les suites les plus considérables de ces chefs-d’œuvre reproduits sur les tableaux des vieux maîtres hollandais. Signalons, puisque l'occasion s’en présente, l’excellent système des guides du South Kensinglon Muséum , où vous pouvez vous procurer, pour chaque branche Je l'art industriel , des guides illustrés ù 20 fr., 1 fr. 25 cl 0 fr. 10.

Il y a aussi deux sceptres, (suit une description des joyaux

de la couronne qui sont encore exposés de nos jours à la

Tour) (1) Parmv les armes de la cavallerie, il y a

10 paires d’armes de gendarmes, sçavoir celles de l’homme et du cheval, mises sur des mannequins et chevaux de bois , qui sont de divers roys , à ce que l’on dit, car on ne le jugeroit pas, les voyant sans ornement et sans trop grande

politesse (2) Je n’y vis rien qui me satisfit ny pour la

quantité, ny pour l’ordre, ny pour la beauté du lieu , ny des armes. »

Londres, juin.

h Le 21 , je fus chez un peintre nommé Lislé (3) qui a beaucoup de beaux tableaux du Corrè/jc , de Jule Bomain , d 'Olbcns, de Yandic, de Claude Lorrain , de Bamboche, de Broüer et de plusieurs autres , mais particulièrement d’admirables portraits de Vandic. Il travaille aussi fort bien en portraits dont il se fait payer 20 pièces, qui sont 25 louis « (p. 74).

(t) V. à lu fin du Sketch of ihe tower of London , la description des Regalia (p. 43, 6(1. 1876).

(2) C’est le noyau de la collection d'armes formée sous la reine Élizabelli et encore conservée de nos jours dans le llorsc Armory et dans les salles suivantes (V. J. Hewilt, Guide de la Tour, 14e édit, fr., avec fi g., p. 18). — Payen, q ni voyageait à peu près à la même époque que Monconys, ue parle que de sept armures qu’il désigne ( p. 10 ).

(3) Faes ( Pierre Van der), peintre de portraits , né en Westphalie en 1618, mort en 16S0, connu en Angleterre sous le nom de Lely, qui signifie Lys. Il fut fuit chevalier par Charles II, dont il était le peintre favori.

22 juin.

« Je retournay au logis où M. d’Igbi (1) vint voir M. le Duc (de Chevreuse) et me mena chez un milord voir des Heures, in-folio, de l’espesseur d’un demi pied, escrites à la main sur du velin tout rempli de miniatures admirablement belles , principalement les marges qui sont toutes différentes , et les plus belles qu’on sçauroit voir. Sa femme nous les montra l’après-dînéc ; elle les estime 4 mille pièces » (p. 76).

M. quitte l’Angleterre le 28 juin et rentre sur le continent par Dunkerque. Il signale, dans une église de cette ville, « un tableau de Porbus , qui est dans une chapelle au costé droit du chœur, c’est une décollation de saint Georges admirablement belle, et les deux grandes portes qui le feiment ne le sont pas moins , qui sont peintes en grison gamaeu , par le dehors, où le dessin n’en est pas moins beau » (p. 86).

Bruges , 3 juillet.

« Un peintre qui avoit été longtemps à Lyon, chez M. Iluart, nommé Paul Riche (2), nous conduisit partout, comme aux Augustins, où nous vîmes deux portes d’un tableau dont l’une est un saint Jean et l’autre un saint Pierre , de Maubeuge, (3),

(1) Digby (Kcnelm), connu sous le nom du chevalier Digby, naturaliste, né à Londres, cil 1603 et mort en 1665, célèbre par ses travaux sur l’alchimie.

(2) Siret (Dictionnaire des Peintres, 2e éd., 1S0G.) signale, d’après les catalogues de lloët, un artiste italien du nom de Jean Petit, surnommé Riche ; mais je crois que ce ne peut être celui dont parle ici Monconys.

(3) Jean Gossaert, dit Jean de Maubeuge, né vers 1170, mort en 1532, à Anvers ( Cat. du Dluscc d'Anvers J.

et des plus beaux qu’on voye de lui A St-Donat , église

épiscopale, un beau tableau d’une Vierge assise pareil à celuy que j’ay à Lyon de Johannes Echius (1) , et un autre petit

auprès qui ne luy cède pas , de Gérard de Bruges Je fus

après chez un ouvrier tapissier de haute-lisse, voir travailler à cette manufacture, qui se fait le mieux en cette ville qu’en aucune autre des Flandres (2). »

Gand, 5 juillet.

« Je fus à l’Evesché, où je vis en haut six chambres de fde, pleines de tableaux , et trois autres en bas. L’Evesque , qui

l’estoit de Bruges (3), a 80 mille livres de revenu Il est

curieux en peintures, en fleurs, et en autres choses » (p. 05).

Bruxelles, 8 juillet (4).

(( Après dîné , M. de Salsède nous mena voir le cabinet d’un gentilhomme nommé Saint-Victor, dans lequel il y a plusieurs curiosités. Entre autres, une belle momie toute entière,

(1) Jean Van Eyck, né entre 1390 et 1395, mort en 1441. Ce tableau est aujourd’hui à l’Académie de Bruges et une répétition figure au Musée d’Anvers, n° 1 1 (Coll. V. F.rtborn ).

(2) V. Bon de Sainte-Suzanne, Lettres d'an Carieux, et le grand ouvrage ù peine commencé de MM. GuilTrey, Pincliart et Lafenestre.

(3) Charles Van den Bosch, évêque de Gand de 1G5S à 1665, avait été précédemment évêque de Bruges et avait même occupé ce dernier siège jusqu’en 1GG0 ( L. de Mas-Latrie, Statistique religieuse ).

(4) M. Ch. Huelens a donné, il y a quelques années, dans le Courrier de Bruxelles, une série (.'articles sur les anciens voyageurs en Belgique, et il a consacré l’un deux ù rappeler les souvenirs du voyage de Monconys.

une patente du Roy de la Chine, en papier de soye peint

de fleurs comme un brocart , un tableau d’un demy-pied

en quarré de Jesus-Christ, qui lave les pieds aux Apostres fait à la plûme » (p. 100).

Anvers , 10 juillet.

« Dom Gilles (1) mena M. le Duc chez un Portugais nommé Douart (2), qui a un beau jardin et les orangers les mieux formez qu’on puisse voir, et quantité de beaux tableaux, entre autre une naissance de la Vierge, A’ Albert, deux Breugles admirables, une infinité de beaux Vandics, un du Quintin , et un portrait de Maubeagc , des Ttlians , des Tin lords , A' André del Sarto , et une Divinité sur les quatre Evangélistes que je croyois estre la vraye de Raphaël , si je n’en avois veu plusieurs de mesme. »

Anvers , 11 juillet.

« L’aprés-dîné nous fumes avec M. d’Arsillières chez un peintre, où je vis un tableau de deux Gueux, dont l’un mangeoit un raisin, et l’autre un melon d’eau, que je crois estre du Caravage , bien que le peintre n’en connut pas l’autheur. Il m’en demanda mille francs; puis chez un autre

(1) Dom Gilles d’Olivarès, chevalier de St-Jacques.

(2) Uuarte (Édouard). Nous ignorons le nom de famille de ce personnage ( V. sur les établissements des Portugais ù Anvers au XVIe siècle, un article de M. Génart, dans le Bulletin tle la Société de Géographie d'Anvers , 1879 ; t. IV, p. 106). Cette collection de tableaux, nous écrit M. Génart, a été vendue A Amsterdam, à la fin du XVIIe siècle (V. la revue hollandaise De Onde Tijd; 1870, p. 397).

nommé Mateas Musson (I), où il y avoit une infinité de tableaux, entre autres trois petits Bassans , et un Bamboche , deux bœufs de bronze tout à fait beaux, quoyque moulez , et un cabinet d’ivoire qu’il eslimoit mille escus , aussi estoit-il fort beau et de l’ouvrage d’un ïïollandois, qui est au fauxbourg St-Germain » (p. 104).

Le même jour M. va visiter l’imprimerie de Plantin (2).

Middelbourg, 15 juillet.

« Je fus demander Goedart le peintre (3), qui n’y estoit

(1) Sirel cile, dans son Dictionnaire des Peintres (2e éd. ) , ce Mathias Musson comme ayant élé, en IGûG, doyen de la corporation de saint Luc d’Anvers. Mais il ajoute qu’on n’est pas très-sûr qu’il ait été peintre. Peut-on l’induire du passage de Monconys que nous reproduisons ?

(2) Achetée, il y a peu d’années, parla ville d’Anvers, des derniers héritiers de Plantin et de Moretus, la maison Plantin a été réparée avec le plus grand soin par la municipalité et nous offre aujourd’hui le type complet d’une imprimerie du XVIe siècle. Nous ne parlons pas des richesses bibliographiques quelle renferme et qui ont été décrites dans les ouvrages récents de MM. Rooses et Dégorgé et dans les articles de MM. Gustave Lagye et Charles Blanc.

(3) M. de Stoppelaar, secrétaire de la Société zélandaise des lettres et sciences, ayant bien voulu nous communiquer sur Goedaert des détails inédits et qui rectifient les renseignements donnés par les biographes les plus connus, nous sommes heureux de pouvoir placer ici la note qu’il nous donne, malgré son étendue :

« Johannes (Jean) Goedaert est né à Middelbourg et y fut baptisé le 11 juillet dfilO. Il mourut en 1G67 ou 16G8. Goedaert est moins connu comme peintre par ses tableaux que par son ouvrage Melamorphosis naturalis, orné de 150 figures d’insectes dessinées et peintes par lui d’une manière aussi remarquable qu’exacte. Il est resté célèbre par ses recherches sur l’histoire naturelle des insectes. Dans sa jeunesse, Goedaert était allé en France et en avait même rapporté une ordonnance pour la fabrication de l’absinthe dont il vendit le secret ù son compatriote Van de Voorde, moyennant 100 ducats. Il avait épousé Clara de Boch, qui lui a survécu. On ne parle, parmi ses enfants, que d'un fils, chirurgien habile, qui tomba au pouvoir des Algériens. Son père se trouvant hors d'état de pouvoir le racheter, son ami, le professeur de Mey, adressa en sa faveur aux membres du Consistoire de l’Église réformée d’Amsterdam un appel dont on ignore le résultat. Goedaert habitait sur le

pas, à ce que me dit sa fille, l’une des plus belles et de la plus douce physionomie, quej’aye veue de ma vie » (p. 110).

Plus loin M. ajoute à la fin du récit de sa journée :

« Je lus, avec M. Firens, voir le peintre Goedartius , qui continue ses expériences des insectes; il est chimiste et sçait oster la faculté hémétique de l’antimoine; et par le moyen d’une poudre qu’il met fondre dans un creuset, s’il y met dedans du fer, comme une lame d’espée, il s’y fond incontinent comme du beurre )> (p. 111 ).

Malemvater une petite maison, qui ne comprenait que quatre pièces, et dans laquelle il vivait sans domestiques.

On ne connaît aujourd’hui, parmi les œuvres de Goedaert, que ses dessins d’insectes exécutés ù l’aquarelle et deux petits paysages dessinés à la plume et qui ne sont pas sans mérite.

Il existe un portrait de Goedaert, gravé par R. Van Persing, d’après une peinture de Williem Eversdyk, portrait placé au troisième volume de sa Mciamorphosis naturalis. Ce livre, qui comprend trois volumes, a été publié par Fierons, de 1GG2 à 1GG9. Le troisième volume, imprimé après la mort de l’auteur, fut dédié par sa veuve aux Étals de Zélande. De Mey, que nous avons cité plus haut, a traduit en latin et commenté le premier et le troisième volume, et Paul Vcezaerdt le second. Martin Lister en a donné en anglais une analyse (York, 1G82).

Sirct, dans la notice qu’il consacre à Goedaert, le fait naître en 1G20 seulement cl dit qu’il peignit beaucoup ù la détrempe. Il cite, ù la même page, un autre Godait, ou Goedart, peintre de paysages, mentionné par Kramrn, comme ayant travaillé en Belgique au XVIIe siècle, et il se demande si ces deux personnages ne devraient pas être réunis en un seul. La note de M. de Stoppelaar et le passage de Monconys, déclarant Goedaert u bon peintre en paysages, en insectes et en Heurs », nous paraissent résoudre aflirmativement la question.

J’ai eu l’occasion de voir, l’an dernier, ù Middelbourg, dans la curieuse collection de souvenirs désignée sous le nom trop modeste de Chambre des Antiquités ( Oudheiskammer), les insignes et médailles de la Gilde ou Confrérie de saint Luc (n0s 360 à 363 du Catalogue rédigé par M. de Stoppelaar, 1876). M. le Dr J. Dirks leur a consacré une notice dans sa belle publication : » De Noord-IScderlandsclie ijitdepenningen welcnschappelyli en bistorisek beschreven en afgcbecl/l Jour il/. Jacob iJiilts. Harlem; 2 vol. in-S" et atlas; publication faite aux frais de la fondation P. Teyler van der llulst, de Harlem (V. notamment, pl. LXIX, n° 41, lu médaille avec la date de 1G78 ).

« Goedart est fort bon peintre en païsages , en insectes et en fleurs. »

17 juillet.

« Je fus avec M. Firens (1) voir plusieurs cabinets de curieux en peintures, où je vis plusieurs beaux tableaux comme de Vuander Ulst de Gorcon (2), qui fait des petites figures , comme Calot , à huile , et en miniature de Siderius Vandeile (3), qui est h Arnemu, qui fait des perspectives avec un colori beau et bien On , de Lorme de Ilolerdam (4) , qui fait des perspectives à piliers de marbre, comme il y en a dans la galerie d’Quital (While-IIalI), de Sleigselan (S), à Lcide qui fait des nuits parfaitement » (p. 113).

(1) Jacques Fierens, libraire à Middelbourg, dès 1G31 , mort en 1669, était l’ami et l’éditeur deGoedaert. Il avait épousé Constantia Spelgardus, (Renseignement communiqué par M. de Stoppelaar. )

(2) Ulft ( Jacob van der), né à Gorcum , en 1627, mort après 1G88. Il paraît avoir commencé par faire de la peinture sur verre. Van der Ulft fut, pendant plusieurs années, bourgmestre de sa ville natale.

(3) Van Delen (Théodore ou Thierry), né à Heusden, vers 1635 , mort après 1669, est connu surtout par ses compositions d’architecture, dont les ligures ont été souvent exécutées par Palamèdes, Wouvvermans, etc. Il habitait non pas Arnheim, mais Arnemuiden, ù très-peu de distance de Middelbourg et fut bourgmestre de cette localité ( Van Lerius, Cat. du Musée d'Anvers , éd. de 1857, p. 289 ).

(S) De Lorme ( Anton). Le catalogue de l’Exposition de la Société Arti et amiciliœ d’Amsterdam, en 1872, ne donne pas les dates extrêmes de la vie de cet artiste , dont deux tableaux figuraient dans celte série. L’un d’eux représentait l’église neuve d’Amsterdam, ce qui ne permet pas de croire, comme le dit Monconys, qu’il n’aurait copié que celle de Rotterdam (H. Havard, Les Merveilles de l'Art Hollandais , 1873, p. 102). Le Musée de Grenoble possède un intérieur d’église de De Lorme, toile signée et datée de 1667 (n° 71).

(5) Slingelandt (Pierre Van), né ii Leyde, en 16i0, et mort dans la même ville, en 1691, élève de G. Dow.

Namur, 23 juillet.

« J’y vis la veuve d’un peintre nommé de Rieu (1), qui a quelques bonnes testes de vieux maistres, quelques animaux de Rubens qu’elle estime 100 escus pièce et des médailles, avec des vaisseaux antiques de terre et de verre » (p. 1*19).

Liège , 25 juillet.

M. décrit cl dessine môme le tombeau de l’évêque Evrard de La Marck (fig. 32). Parlant des maisons de Liège, « un peintre nommé Bertolet (2), dit-il, en fait bastir une, au bord de la Meuse, en arrivant de Namur, qui est à l’italienne, fort galante » (p. 123).

Coldug (bois-le-duc), 28 juillet.

« Je fus chez un peintre disciple de Rubens. »

(1) Ne trouvant pas de peintre de ce nom, je m’étais demandé s’il ne s'agissait pas ici de la veuve de Jean de Reyn , l’un des trois élèves favoris de Rubens. M. Micliiels, qui le croit né à Dunkerque, dit qu’il accompagna son maître en Angleterre et resta auprès de lui jusqu’à sa mort ( Rubens et l'École d’Anvers, p. 229, éd. 1854) ; mais d’après Waagen, J. de Reyn ne serait mort qu’en 1G78, ce qui rend celle supposition inadmissible.

12) Rertliolet Flémalle, né à Liège en 1614 , mort en 1675. — Voir sur cet artiste l'Histoire t le la Peinture au pays de Liège jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, par M. Jules Helbig {Mémoires de la Société d’ Emulation de Liège, nouvelle série, t. IV, 1872, p. 385-403). Une Nativité de Rertliolet se trouve actuellement au Musée de Caen, n° 117. Ce tableau provient de l’église des Capucins de Liège. M. Helbig donne ( p. 391 ) quelques renseignements sur la maison de campagne dont Monconys avait vu commencer la construction.

Dort (Dordrecht), 31 juillet.

« Je fus chez un peintre nommé Cornélius Buscat (1), qui fait des cabinets, armoires, estuis de peignes, et autres choses de cette sorte. Sa femme estoit fort jolie, mais pas tant qu’une revendeuse de tableaux et une marchande de fil blanc chez qui je m’arrestay exprès pour les considérer (2). »

Rotterdam, 2 août.

« Je fus voir le Maior de la ville (3), qui est peintre ; de là

(1) Sirct cite un Henry Busch, qui vivait en Frise, au XVIIe siècle, et avait inventé l’art de peindre des fleurs sur des tables de pierre. Il réussit parfaitement dans ce genre, ajoute l’auteur du Dictionnaire des Peintres , mais il emporta avec lui son secret dans la tombe.

(2) Regnard, dans le voyage qu’il fit près de vingt ans après Moneonys, paile aussi, à de fréquentes reprises, de la beauté des Hollandaises « qui donne de l’amour à la première vue » (V. l’édition que nous avons donnée du Voyage de Regnard. Paris, Lemerre, 1874, p. 42).

(3) Lieve de Jongli (dont le prénom est aussi écrit quelquefois Ludolf ou Leulf), né et mort à Rotterdam, mais sans qu’on sache à quelle date. Il fut nommé, le 12 août 1652, major de la ville et de la Schuttcry (garde civique); plus tard, en 1665 , L. de Jongli fut nommé, par le Conseil communal de Rotterdam, schout ( premier magistrat ) du village de Villegersberg, dont la seigneurie appartenait à celte ville.

L. de Jongh est considéré par ses compatriotes comme un bon peintre, malheureusement nous ne possédons plus de ses œuvres. Un tableau dans lequel il s’était représenté, avec le colonel de la Schuttcry, Jolian van Yk, dykgraaf de Schieland, et d’autres officiers de ce corps, devant le perron de l’Hôtel-de-Ville de Rotterdam, a été détruit dans l’incendie du musée Boymans et nous est seulement conservé par un dessin renfermé dans l'Atlas historique de Rotterdam. Un de ses contemporains dit quel., de Jongh était si actif et maniait si dextrement ses pinceaux qu’il fit en quinze jours douze tableaux, dont chacun lui fut payé cent florins. En 1665, le major de Rotterdam recevait 72 florins de la ville pour avoir peint deux drapeaux poulies compagnies des capitaines Pyl et van der Vilden.

Peut-être me suis-je trop longuement étendu sur L, de Jongh, mais cet artiste étant

chez un gros brasseur qui me mena à une jolie maison qu'il avoit à la campagne où je fus en bateau voir quelques beaux tableaux modernes.

« L’après-dînô je fus chez M. Vandreouls , qui a grande quantité de très-beaux tableaux du Titian 7 du Tinloret , du Correge (entre autres une Leda , et une Descente de Croix en petite figure conservez comme s’ils venoient d’estre faits), du Currache , du Palme , du Pasarmein (Parmesan), du Caravage, du Bamboche et quantité d’autres, et tous les bustes et marbres du duc de Bouquinkam (1), qu’il achepta et a pour plus de cent mille livres de ces curiosités ; entre autres le dessin de la coupe du Correge , de la main du dit Correge. Après que M. le Duc eust regardé ces choses, et qu’il s’en fut allé : M. Vandreouls me mena avec son fils chez M. Gueras, un autre curieux, mais qui n’a que des pièces des modernes de Flandre, comme de Miris, qui vont de pair avec celles de son maistre Dau (2). Ce marchand est un bon petit homme, qui parle françois, comme M. Vandreouls, qui de là me mena chez le peintre de Lorme, qui ne fait que l’Église de iloterdam en diverses veues , mais il les fait bien. Il me demanda GO escus d’un tableau de toile de leste, qui estoit une prison, où il ne fait point de figures » (P- 131).

fort peu connu, j’ai tenu à faire entrer dans cette note tous les renseignements que je dois à l’obligeance de M. J-H. Scheffer, archiviste de Rotterdam et auteur d’une histoire des artistes de cette ville.

(1) Voir sur la collection du duc de Buckingham, vendue à Anvers en ÎG&S , Alf, Michiels, L’Art flamand dans l’est et le midi delà France, 1877 , p. 86, et la lettre de Thibaudcau b M. Ch. Blanc servant d’introduction au Trésor de la Curiosité, p. \xv.

(2) Dow (Gérard ) , né ù Leyde, en 1613, cl mort , en 1673, dans sa ville natale.

« Le 3, je fus chez M. Locs(l), marchand de drap, qui peint aussi, et qui a de fort bons tableaux, entre autres une teste, la plus belle que le Tilian ait jamais faicte, qui semble estre de la manière d ’Olbens, tant elle est achevée , mais outre que le nom du Tilian y est, et son coloris , le cachet du roy d’Angleterre , à qui elle estoit, y est derrière (3); une teste du portrait du Tilian de Perin del Vague , et une femme du Tüian (4), dont Rubens a composé un portrait tant estimé et mis en estampe, aussi bien que le portrait sus-mentionné; une

petite teste de Lucas , qui semble de la miniature, et un petit portrait d’un comte de Pembroc, avec un bonnet de velours , avec des plumes blanches , le plus beau qu’ait jamais fait Olbens, et le plus beau que j’aye veu de ma vie. Il n’est

pas plus grand que la main, et il en refusa plus de 2,000 1. du pays. Il a aussi force testes de Rimbram Blomar (3), une

(1) Ce doit être Jacob Lois ou Loes, sur lequel je dois aussi ù M. Scbcffer les

détails suivants : Jacob Lois était un homme de beaucoup de talent ; il remplit, de 1052 à 1003, les fonctions de capitaine de la bourgeoisie de Rotterdam. lia été l’architecte du bâtiment remarquable appelé Gemeenlandshuis van Schieland et dans lequel se trouve actuellement le musée Boymans, bâtiment dont la construction fut commencée en 1002. On lui doit aussi une chronique de Rotterdam, dont le manuscrit autographe, conservé aux archives de Rotterdam, a été publié par M. Scbcffer . J. Lois se maria, en 1019, avec Éva Minnebcck, mais on ignore la date de sa mort.

(3) Voir sur la collection de Charles Ier , roi d’Angleterre , une notice de M. Konrad, dans Le Cabinet de l'amateur, t. 111, p. 1-32 (1811), et la lettre de Thibaudeau ù M. Ch. Blanc (p. xxiv).

Je ne trouve pas, dans le travail de M. Konrad, la mention de ce tableau parmi les œuvres du Titien qu’il indique comme ayant appartenu ù Charles Irr.

(1) Connu sous le nom de portrait d’une jeune vénitienne, d’après le Titien. Smith, dans son Catalogue de t’œuvre de Rubens , n° 36, indique ce tableau comme conservé au musée du Belvédère, à Vienne.

(5) Bloemaert (Abraham), peintre et graveur, néùGorcum, en 1569, et mort à Utrecht, en 1617. Huber et Rost, Manuel des curieux et des amateurs de l'art, 1797-1808, 9 vol. in-8°, t. V, p. 205, et Immerzecl,Lle Lcvens en werken der hollandsclic en vlaamsclte Kunstschildcrs , beelliouivers, graveurs, etc, Amsterdam, 1812, in-8'1 * 3 * 5.

femme qui tire du vin de Dau (Dow) , excellent peintre de Leiden, des païsages d 'Armanzals Leuen (1), qui a de la manière de Fouquières (2) et qui est à Utrec ; de Phelps van Herman (3), qui a la manière de Bamboche , des Brouuers , Vandics et autres » (p. 132).

La Haye, 5 août.

« M. l’Ambassadeur (4) nous mena voir les tableaux de M. d’Aminvilliers , qui en a deux beaux du Poussin , et une infinité des meilleurs maistres de Hollande. M. Lamoureux (3), qui nous les montra, me dit qu’il en avait aussi » (p. 13G).

La Haye, 8 août.

« Je fus voir M. de Zulcon (G) , chez lequel je vis force

(1) Saftlcvven, ou Zachtleeven (Herman), peintre et graveur, né à Rotterdam, en 1G09, mort à Utrecht, en 1665.

(2) Fœquier (Jacques), plus connu sous le nom de Fouquières, peintre de paysages et graveur à la pointe, mort à Paris, en 1659. II travailla beaucoup en France, dans les maisons royales, sous le règne de Louis XIII, et mourut dans la misère, au faubourg St-Marceau. A. Michiels, 11. de La P. Fl., t. VIII, p. 198.

(3) Ne faut-ilpas faire ici une correction et lire Philippe Wouwermans (1620-1668)?

(4) Cet ambassadeur était le comte d’Estrades.

(5) La famille L’Amoureux, d’origine française et appartenant 5 l’église Wallonne, était fixée à La Haye, où elle tenait un rang important. Je dois ù l’obligeance de mon ami, le chevalier Hooft de Iddekinge, de nombreuses indications empruntées aux registres des baptêmes et mariages de l’église Wallonne de La Haye, mais il ne m’est pas possible de déterminer exactement quel est le personnage dont parle M.

(6) Constantin Huygens, seigneur de Zuilichem, secrétaire de Frédéric Henri, de Guillaume II et de Guillaume III, né en 1596, mort en 1687, père du naturaliste Chrétien Huygens. Il habitait La Haye ; on ignore, m’écrivent M. Hooft, et le docteur F. Pollen , ce que sont devenues ses collections. Iluygens n’était pus allé aux Indes et n’a rien publié soit sur ce pays, soit sur la Chine.

Thévenot ne parle pas dans scs voyages de cet envoi. Du reste, son deuxième volume ne va que jusqu’aux Indes,

bons tableaux, et des crayons, des habits, des idoles, des villes, des temples, des païsages et des vaisseaux de la Chine rapportez de la dernière ambassade que MM. des Estats envoyèrent en ce pays-là il y a 4 ou 5 ans, dont M. de Zulcon a envoyé les originaux colorez à M. Tévenot à Paris. 11 y a encore la Tour de porcelaine qui est à la Chine » (p. 145).

il/, mentionne aussi d’autres curiosités de la Chine.

Delft, Il août.

« A Delphes, je vis le peintre Fermer (1) qui n’avoit point de ses ouvrages ; mais nous en vismes un chez un boulanger qu’on avoit payé six cens livres, quoyqu’il n’y eust qu’une figure, que j’aurois creu trop payer de six pistoles » (p. 149).

(t) Jean Vermeer, né vers 1632, mort avant 1696 , peignit des paysages et des vues de villes avec des figures et aussi quelques portraits. Siret, qui cite de lui quelques sujets d’intérieur, ajoute qu’il était, en 1662 , doyen de la Confrérie de Saint Luc de Delft.

M. II. Havard, dans son Histoire de la Faïence de Uclfi (Paris, Plon, 1S78, gr. in-8°), après avoir retracé le tableau de la ville de Delft, au XVIIe siècle, au moment où s’y établit la fabrication de la faïence, consacre un chapitre [p. 55 et suiv.) à l’histoire de cette Gilde de Saint-Luc, dont la fondation datait du commencement du XVIIe siècle. Cette association comprenait les huit corps de métiers suivants, tenant de près ou de loin aux arts: 1° les peintres de toute espèce, à l’huile ou à l’eau, au pinceau ou autrement; 2“ les peintres et graveurs sur verre, avec les fabricants de vitraux ; 3° les faïenciers ; 4° les tapissiers et fabricants de tapisseries ; 5° les sculpteurs sur bois, sur pierres et toutes autres substances; 6° les gaîniers; 7° les imprimeurs d’arts et les libraires, etc. ; 8° enfin, les marchands de gravures et de tableaux.

M. Havard rappelle aussi que certains artistes se trouvaient, lors de leur admission dans la Gilde, hors d’état de payer les droits exigés et que Jean Vermeer, notamment, fut forcé dans celle circonstance de solliciter la bienveillance du bourgmestre et d’invoquer la garantie de quelques amis pour obtenir un délai [ibicl., p. 63).

La Haye , 12 août.

« Je fus, avec le cousin de M. Lamoureux, voir des tableaux, entre autres choses M. Nortvic (1 ) , qui en a un de fleurs de Van Alts (2), et une femme de Dau qui sont parfaitement beaux. Une vendeuse de vin fort jolie en avoit aussi de fort beaux » (p. 139).

Leyde, 13 août.

« Nous fumes chez un maître de Boyau pour voir ses tableaux ; il n’y estoit pas, mais bien une jolie servante qui pouvoit confirmer ce que Guichardin dit de la beauté des femmes de Leyden qui n’égalent pas pourtant celles quej’ay veues en Zélande » (p. 133).

« Je vis à Leyde sitost que j’y arrivay ce fameux peintre Mirris (3), qui n’avoit qu’un de ses tableaux commencé d’une femme esvanouye entre les bras des siens et un médecin qui regardoit son urine. Il n’y avoit de finy que le juste-au-corps de velours rouge doublé d’hermine de la femme , et sa juppe isabclle, si bien faits qu’on eust asseuré que c’estoit de l’estoffe. Il en vouloit 1,200 livres du pays quand il sera finy (4).

(1) C’est un membre delà famille Van der Docs qui possédait la seigneurie de Noordwyt. Plusieurs d’entre eux sont connus, notamment Jean (dit Janus Dousa) qui commanda la ville de Leyde, pendant le siège de 157/i. On n’a, m’écrit encore M. llooft, aucun renseignement sur celte collection de tableaux.

(2) Villem van Aelst, né it Delft, en 1620, mort en 1679.

(3) Mieris (François van ) dit le vieux , né ù Leyde , en 1635 , mort dans la même ville en 1681.

( h ) Le même sujet a été traité par Scliulkcn et se trouve au Musée de La Haye, 1I'J 136 ( Catalogue de 1862).

« De là je fus chez son maistre nommé Dau , qui est incomparable pour la délicatesse du pinceau, il n’avoit qu’un tableau d’une femme qui estoit à une fenestre, dont il vouloit 600 livres du pays » (p. 153).

« Le 17, me promenant par la ville, je fus voir le tableau de Mirris, et delà chez Sleigran (Slingelandt), autre bon peintre, qui fait de la manière de Dau et de Mirris. Je luy voulus donner 60 escus d’un petit tableau dont il ne vouloit pas moins de 400 livres; ensuite chez un AJ. Beyau, qui a grande quantité de tableaux de Dau » (p. 157).

« J’allai aussi chez deux curieux où je vis force beaux tableaux et particulièrement chez un où il y avoit une infinité de tailles douces. Je donnay 30 livres d’un enfant de terre de François Flamant (1), mais il n’en voulait pas moins de 60 » (p. 158).

Harlem, 18 août.

Dans l’hôtel-de-ville , M. signale , dans les chambres où l’on tient les assemblées, « une tapisserie de haute-lisse où est l’histoire de la prise de Damiette par un vaisseau de Harlem, et, pour cela, la ville porte en ses armes une espée avec une croix dessus (2). » Au Doul, il nous parle aussi d’un certain nombre de portraits des officiers, « qui s’y assemblent pour

(1) Duquesnoy, dit François Flamand, né à Bruxelles, en 159/1, mort 5 Livourne , en IG/iG.

(2) Je n’ai plus vu celle tapisserie à l’£Iôtel-de-Ville de Harlem, maison conserve au Musée un tableau de P. Grebber, représentant l’empereur Barberousse et le Patriarche faisant don ù la ville de Harlem de ses armoiries ( n° 52 de la Notice <lcs Tableaux. Édit, de 1877).

tirer de l’arquebuse et jouer de la pique, un entre autres d 'Als, qui est avec raison admiré des plus grands peintres (1). »

Amsterdam, 18 août.

« J’allay d’abord chez Stocade (2), que je ne trouvay pas, j’y trouvai sa femme, que je ne pus jamais connoistre, tant

elle est changée de vieillesse et de mélancholie Le soir ,

je revins passer chez Stocade, que je trouvai dans le cabaret où les peintres s’assemblent « (p. 1 GO -161 ).

« Le 20, je fus le matin avec mon fils et Gergeau à Üuaterreik (Waterrijk) voir Olho (3) et ses tableaux. J’en vis un d’un calme fait par Wmidervelde (4) , qui est excellent pour les mers » (p. ICI).

« Après dîner, je fus trouver M. (de Chevreuse), chez M. Rentre ileent (3), eschevin d’Amsterdam, pour voir son

(1) Ces tuileaux sont aujourd’hui au Musée de Harlem ( n°' 54-57 de la même Notice). Ce sont les plus belles toiles de Frans Hais.

(2) Nicolas de Helt Stokade, l’un des fondateurs avec Van der Ilelst de la Confrérie des peintres d’Amsterdam, instituée en 1 G54 , au tir de St-Georges. C’est sans doute le «cabaret où les peintres s’assemblent » (voir Notice sur Van der Elst , par le D'Scheltema, traduite par W. Burger, dans la Revue universelle des Arts, t. V,

(3) Otto Marccllis, né en 1613, mort ù Amsterdam, en 1673, peintre de Heurs et de natures mortes. Après avoir travaillé en France pour Anne d’Autriche, et en Italie, à Rome et ù Florence, il était revenu ù Amsterdam, où ses ouvrages étaient payés de grands prix ( V. George, Catalogue du Musée de Toulouse, et Immerzeel, op, cit. ).

(A) Van de Velde (Willem) le jeune, né en 1633, mort en 1707. Je trouve dans le Catalogue du Musce de Lyon deux marines de ce maître, n08 254 et 255, léguées, en 1871, par M. Flottes. L’une d’elles est une Mer calme à marée basse. Ne seraient-cc pas les deux toiles achetées par Monconys?

(5) Gérard Reynst, sénateur, éehevin d'Amsterdam, amateur renommé et dont on a publié une partie de la collection, dans un recueil in-folio, gravé sous ce titre :

cabinet où, entre plusieurs belles curiositez , je remarquay la

beauté de ses coquilles Il a outre cela plusieurs livres du

Jappon et de la Chine, quantité d’images en miniature de ces pays-là, et entre autres deux des postures d’Aretin » (p. 170).

« Je fus chez "Vanderxvelde , peintre, où j’acheptay une marine 2 sequins » (p. 172).

Harlem , 22 août.

« Après le dîner, M. (le duc de Chevreuse) fut se promener au bois et chez plusieurs peintres où chez l’un , nommé Salomon de Bray (I), j’acheptay un petit tableau de l’histoire d’IIermaphrodite 12 richdalers (36 livres); et chez un autre, nommé Sardam (2), j’y vis un parfaitement beau Bamboche, dont j’offris 300 louis , mais il n’en vouloit pas moins de 700 de ceux du pays » (p. 173).

Alcmar , 23 août.

« Nous logeasmes chez un peintre nommé Metius (3), qui estoit neveu de celui qui inventa les lunettes d’approche. Il parloit bon françois et sa femme estoit de Châlons » (p. 173).

Variarum imarjbium a celeberrimis arlificibus pic! arum cœlaturcv, etc. Amstclodami (V. Konrad, La Collection de Charles 1er, loc. cit,).

(1) Bray (Salomon de), né à Harlem, en 4579, mort en mai 1664, peintre d’histoire et de portraits.

(2) Zaenredam (Pieter Janszj, né à Assendelft, en 1595, mort à Harlem, en 1665. (voir Catalogue de l'Exposition Arti et Àmicitiœ, 1872, n05 269 et 270. )

(3) Jacob Metius, né ù Alkmaar, passa pour avoir inventé, vers 1609, le télescope. 11 avait un frère aîné, nommé Adrien, professeur à Franekcr, connu par scs travaux de géométrie et ses recherches d’alchimie. Le peintre dont parle M. serait peut être le (ils de ce dernier.

Incuse (Enkhuizen) , 24 août.

« Nous n’y pûmes voir, comme je le souhaitois, le cabinet de Paludanus (1), parce qu’il n’y avoit que trois semaines que M. Stembcrquc, à qui il appartenoit , étoît aussi mort, et toutes choses estoient encore sous le sceau » (p. 175).

Amsterdam, 25 août.

« Pendant qu’on alla quérir les clefs pour voir l’Amirauté, j’allay achepter une seconde marine de Vandrevell , en ayant achepté le matin une autre de M. Otho » (p. 176).

Otho avait chez lui les « admirables pièces qu’il a faites à Rome pour son estude , dont il prétend faire un livre. »

Ut rec, 30 août.

« Je vis Corneille Polembourg (2) , ce grand peintre »

Hambourg, 42 octobre.

« Le 12, je fus le matin chez M. Dupré, marchand français, qui a quelques tableaux » (p. 222).

« Le 13, l’après-dîné, je fus à la nouvelle ville, chez un meschant peintre » (p. 223).

(1) Bernard Ten Broeke, dit Paludanus, érudit voyageur, né en 1550, mort en 1633.

(2) Poclembourg (Kornélis), né à Utrecht en 1586. — Cette indication, comme nous l’avons déjà dit, vient à l’appui de l’opinion des écrivains, qui , contrairement aux indications données souvent, affirment que Poelembourg vécut jusqu’en 1660.

Lipsic (Leipzig), 27 octobre.

« J’achetay quelques cartes et tailles douces et un livre Orbis piclus Joli. Amos cornera qui me revint à quinze livres de France; j’y vis Topographia Gcrmaniœ el Galliæ (1), en 18 volumes, dont on vouloit 50 patagons , mais comme elle est en allemand, je la laissay » (p. 237).

A Magdebourg , M. était allé voir Otho de Gucricke , le bourgmestre, inventeur de la machine pneumatique; à Leipsig, il va aussi voir le chef des magistrats, qui avait un cabinet de curiosités, qu’il décrit ainsi: « L’après-dîné, M. Echoit vint prendre M. le Duc et l’amena chez le Bourgue-Maistre, où deux de ses filles, qui parlent bien françois et sont très civiles, firent le compliment à M. le Duc, au lieu du père, qui ne parut point; elles le menèrent dans son cabinet, où il y a beaucoup de curiositez, mais je n’y vis rien que je n’eusse veu ailleurs, ny de remarquable, qu’une pièce de

jaspe d’un costé tout vert et de l’autre tout rouge

J’y vis aussi le plus beau Diable du Pérou que j’aye veu et quantité d’oiseaux assez gros et bien conservez, et h costé, des tablettes de cire, comme les avoient les anciens , mais elles estaient escriptes à l’Allemande. Elle mena (sic) M. le Duc, dans chacune desquelles il y avoit des curiosités, soit meubles, tableaux, garde-robes, cabinets et une grande presse d’ébène fort bien poussée; l’aînée de ces Demoiselles dessignoit, et peignoit aussi en gamaeu assez joliment » (p. 238).

(1) De Zeiler, publiée riiez Merian, do 16/i2 ù 1G72.

Dresde, 2 novembre 1GG3.

Description des richesses du duc de Saxe.

« M. le maréchal de Requimberg, favory de l’Electeur, envoya son carosse à M. le Duc, avec un ordre signé de sa main, pour voir toutes les raretez , et M. fut sur les neuf heures voir l’escurie, dont la muraille en dehors dans la rue est peinte d’une assez belle grisaille de la manière de Polidore (1) (représentant les chevaux les plus célèbres qu’il y a eu en cette cour). Je commençay par la galerie, qui a 200 pas de long et, dans l’entre-deux des fenêtres sont de grands tableaux de tous les ayeuls de l’Electeur, jusques à Vitichin (Witikind), grands comme naturel. De cette galerie, nous fumes dans celles qui sont sur les écuries qui sont pleines, les unes d’une infinité de beaux traîneaux; on en compta 24 de diverses figures d’animaux, vaisseaux, rochers, et d’une infinité de chevaux de bois, mais tout au naturel comme ils ont esté avec des hommes dessus , armés de toutes sortes de belles et diverses armes et harnois, les uns plus riches que les autres, et des compagnies entières de Croates, avec leurs mesmes habits et les visages du cavalier au naturel ; dans d’autres , une infinité de harnois en broderie d’or, de perles et pierreries, mais fausses, hors deux à la Turque, de zade, de turquoises ; une infinité d’armes , d’arquebuses , pistolets, espées, poignards, armes à la Turque, deux cabinets ronds, où il y a force gobelets d’argent doré dans des bufets en

(1) Caldara ( Polidoro) , dit Polidore de Caravage, né vers 1495, mort en 1543, peignit en camayeu et à sgrnflito un grand nombre de maisons.

Rochers, des housses en broderie, des couvertes de mulet, et tous les habits des masques , balets et carouzels ; car ils conservent toutes choses jusques à la peau des animaux qu’ils ont eus, et toutes sortes d’habits, bonnets, tocques, pendans d’espées, plumes, aisles , machines et toutes choses généralement, dont ils se sont une fois servis, que nous laisserions perdre, ou qui servent pour les valets de chambre. Ils conservent tout et leur raison est la peine qu’il ont d’en faire faire, quand ils en ont besoin une autre fois. Ce qui me parut le plus curieux, ce sont deux paires d’armes complettes, pour le gendarme , et le cheval, de fer à figures de relief, meslées d’autres de cuivre doré parfaitement bien gravées, cizelées ; enfin, il y a trois estages l’un sur l’autre de ces choses » (p. 243) (1).

Dans le palais, M. va, le lendemain, voir les chambres des rarelez réunies par l’Électeur Auguste, ainsi disposées :

« Dans la première, qui est contre le degré qui ne sert que de vestibule pour les autres, il n’y a pas grand’chose de remarquable , aussi n’en fait-on pas compte. J’y observay pourtant le portrait de Vladislaus, Roy de Pologne, en l’an 1333... De ce vestibule ou chambre, l’on entre dans la première, qui se nomme celle des instruments... avec le portraict de Luther par Lucas (2). La 2e s’appelle celle des vaisseaux à boire et aiguières, divisés en quatre : sçavoir vases de cristal, ...les seconds sont d’or ou d’argent doré, enrichis de pierreries, d’esmail et de coraux ; les troisiesmes sont des coquilles en-

(1) Ce sont les objets qui sont réunis actuellement au Muséum Jolianneum.

(2) Il existe vingt-sept portraits du réformateur par Lucas de Cranach. M. Rolhan en possède un ayant fait partie de la galerie de S., ù Dresde , et plus tard de la collection du duc de Parme (Exposition des Alsncicns-Lorrains , n° 80).

chassées, et les quatriesmes d’œufs d’Autruches, noix muscades , une entre autres taillée en petites figures de bas-relief, fort belles , et des cocos. La 3e chambre est pleine de tableaux, mais il n’y en ado bons que d'Albert, de Lucas, et un déluge de Rubens, qui est fort du goût des Carraches. Il y a plusieurs cabinets et cassettes de toutes sortes, d’ivoire, de nacre, d’ébène, d’or esmaillé , de cristal, et un rocher tout de grosses mères perles. La 4° est toute pleine de divers instruments de mathématiques... La 5° est toute pleine de miroirs , planches de cuivre doré et gravé, et de bas-reliefs, comme une grande table ronde de bois, toute taillée d’un beau bas-relief, un petit rétable d’autel à trois ordres de gamaeus, d’un si bel ouvrage que je l’estime d’aussi grand prix que chose qui soit là... La G0 est pleine de choses naturelles, comme divers rochers faits de pièces de toutes les mines de la Saxe, de la Bohême et Hongrie , et construits , comme les mines , avec des figures qui représentent la manière qu’on y travaille..., un oiseau, dans une boette, qu’ils disent être le Phœnix, conforme à la description de Pline... La 7° chambre est d’automates, horloges et pièces d’yvoire, faits au tour. Entre autres, un grand vaisseau, avec toutes les voiles, mats et cordages, et tous les noms des Ducs de Saxe, dans le dehors des costes du vaisseau, lequel est appuyé sur un Neptune d’yvoire, avec quatre chevaux qu’il guide, qui me parut un parfaitement bel ouvrage...; trois horloges à boule (1)... Au sortir de là , nous fusmes voir les animaux » ( p. 247).

(1) Une des collections les plus remarquables d’ancienne horlogerie est aujourd’hui au musée de Cassel. M. Casati donne, dans un appendice de sa Notice sur le Musée

Prague, 10 novembre.

« Au palais, deux longues galeries et une très-grande sale, qui sont toutes pleines de tableaux de Titian , Raphaël, Gcorgeon, T in tore t , Paul Verones, Bassan , et d’une infinité d’autres forts beaux que le dernier Archiduc a apportés de Flandre, de la despouille d’Angleterre » (p. 255).

Francfort (sur le Mein), 7 décembre.

« Je vis chez M. Fransbain une fort belle Magdeleine, d’ivoire, de demy pied de haut, qu’il estimoit cent escus, et autant un Faune et une Faune de bronze assez beau qu’il tient pour antiques » (p. 277).

« Le 8 , l’après-dîné, M. le Duc fut voir la maison de M. Marian (1), le meilleur peintre de l’Allemagne, disciple de Vandeic, qui travaille en histoires et portraicts ; j’y vis la teste de la Lucrèce du Guiderin (2) qui est la plus belle chose que j’aye veue de luy ; il l’estime 200 escus » (p. 277).

« Le 19, nous fusmes à la messe aux Carmes et nous y retournasmes l’après diné pour voir leur cloistre , et refectoir

de Rosenborg, une note sur les pièces d’horlogerie du Trésor royal ( Grime GewolbeJ de Dresde ( p. 51) et sur les lianaps et widrecomes de la même collection (p. il).

(1) Merian (Mathieu) dit le jeune, né à Bûle en 1621, mort en 1087, à Francfort. Continuateur des Topographies et du Thealrum Europœum, il eut en même temps une grande célébrité comme peintre de portraits ; ce qui lui valut même d’être nommé chargé d’affaires de l’Électeur de Brandebourg, à Francfort.

(2) Guido Pieni.

peints à fresque par un des plus excellents peintres de son temps nommé George Scheolt qui faisoit de la manière du vieil Breugle, mais ses dessins plus nobles » (p. 270).

« Le 5 janvier 1664, l’après di né, M. Marel (1), peintre et frère de nostre lioste, me mena chez M. Chelekens qui a des tableaux et de très-beaux livres d’Estampes, entre autres un de toutes les œuvres de Israël Van Mocre plus ancien qu’Albert; un de toutes les œuvres d’Albert en cuivre, et un autre de toutes celles de bois, entre lesquelles est sa belle porte triomphale, et un autre livre des dessins d’un Martin d'Achafenbourg, bien plus estimé qu’Albert Dure, mais peu connu en France » (p. 280).

« Le 6, l’après diné, je fus avec M. Requelin chez le peintre Marian » (id.).

« Le 7, je fus le matin chez M. de Neuville, qui est assez bien logé et a quelques tableaux, entre autres de Ossanbeic (2) qui demeure à Vienne, et qui imite fort Bamboche... Je

(1) Marrel, Moreels, Morel et même Morelli (Jacob), né ù Utrecht vers 1 G 1 5 , élève de G. Flegel, peintre de fruits et de fleurs. Il se maria en secondes noces, ù Francfort-sur-le-Mein, avec la veuve de Mathieu Merian et mourut vers 1683 ou 1685.

Très-voyageur et paraissant avoir accommodé l’orthographe de son nom au goût de ses diverses résidences, Marrel a publié en allemand, en 1661, un Petit livre de voyage commode pour l'enseignement de la jeunesse cl principalement des peintres ( V. Nagler, Sircl, etc. ).

(2) Ossenbeck (Jean ou Josse), peintre de paysages cl graveur, né ù Rotterdam en 1627.

Il a travaillé, disent Huber et Rosi (op. vit., t. VI, p. 175;, en différentes villes d’Allemagne, ù Francfort, il Mayence, à Ralisbonne et surtout à Vienne, où l'on voit plusieurs de ses tableaux.

fus à un inventaire où j’achetay un petit tableau en rond de la main de Lucas Van Fal Kenburg (f), du supplice de Jean Eus ; et au retour douze portraits des Électeurs et de l’Empereur » (p. 280).

13 janvier 1664, « Sur le tard, nous fumes chez M. Morel voir ses tailles douces, entre autres un livre de 250 pièces gravées par Thenir (2) , des tableaux de l’Archiduc , dont il vouloit quinze escus » (p. 281).

« Le 14, nous vismes quelques curiositez, entre autres de petites figures de cire parfaitement belles et bien faites , où il y avoit quinze petits quarrés , grands chacun d’un pouce et demy en quarré ; dans chacun desquels il y avoit 12 ou 15 figures tout au moins, de la vie de Jésus-Christ, enchâssées dans des quadres d’ébène; et sur les angles, il y avoit des gamaeux contrefaits en cire, qui sembloient de la vraye agathe ; il avoit aussi une belle petite pièce d’ambre jaune de la figure d’un dez à coudre, mais grosse au double, dans laquelle il y avoit une mouche assez grosse, et fort entière, il la faisoit six escus ; il avoit aussi un fort beau tableau de Vaillant (3) ,

(1) Valckenburg (Lucas Van), né à Matines, vers 1540, mort en 1625 (V. A. Mieliiels, llist. de ia Peinture flamande, t. VI, p. 147, 2e éd. ).

(2) Téniers (David), le jeune, né à Anvers, en 1610, mort en 1690, fut peintre et aide de chambre de l’archiduc Léopold Guillaume, gouverneur des Pays-Bas, et grava la collection des tableaux italiens de son protecteur, qu’il publia à Bruxelles, en 1660 (Voir au sujet de celte publication le Catalogue du musée d'Anvers, de Van Lcrius, éd. 1857, p. 263).

(3) Je ne comprends pas bien ce passage. Plusieurs peintres du nom de Vaillant , originaires de Lille, ont vécu ù Francfort à l’époque où s’y est trouvé Monconys. L’un d’eux, Walleraud, né en 1623, mort en 1677, fut un des premiers graveurs ù la

qui demeure a Paris, de ces bois contre lesquels on passe des lettres dans des cordons » (id.).

Heidelberg, 21 janvier.

« M. visite la bibliothèque et le cabinet de médailles de l’Électeur. 11 décrit quelques-unes de celles-ci, romaines ou grecques, et cite aussi une couronne de pierreries d’un roi des Romains et la Pomme d’or de l’Empire » (p. 291) (1).

Basle, 1er février.

« M. Faescli nous mena voir le docteur Faescli (2), son frère , qui a un cabinet et bibliothèque où je ne remarquay rien de plus curieux que deux portraits d’un homme et d’une femme, ses ayeuls , de la main à’Olbens (3) , une assez bonne calamite, un escu de Louys XII, avec l’inscription Perdam Babylonis nomen , etc. » (p. 305).

manière noire et avait appris ce procédé du prince Rupert, avec lequel il travailla pendant plusieurs années. Un autre, Jean, né en 1624, abandonna la peinture, pour se fixer à Francfort et s’y livrer au commerce (F. Biographie générale, et Siret).

(1) Voir les différentes publications du comte Cb. de Graimbert sur Heidelberg.

(2) Remi Faescb, docteur en droit, né en 1595, mort en 1670, réunit la collection connue aujourd’hui sous son nom et qui forme une série importante du Musée de Rasle. Il légua cette collection à sa famille en qualité de fidéicommis , à la condition que la possession temporaire et l’entretien n’en seraient confiés qu’à un docteur en droit du nom de Faescb, ù défaut de quoi, elle serait remise ù l’Université de Rûle, avec l’obligation d’une fulèle administration. lin 1823, l’Université a été mise en possession dulegs de Faescb (V. Catalogue de la galerie de tableaux et dessins au musée de Bâle , 1876, in-8° ). Les œuvres, en grand nombre et pour la plupart fort remarquables, de cette collection sont désignées dans le catalogue par les initiales 11 . F.

(3) Ces deux portraits sont ceux du bourgmestre Jacques Meier « zmn llascn » et de sa femme Dorothée Kannengiesser ( n° 14 du Cal. île ta galerie de tableaux de Bâte , 1876 ).

« Le 2, M. Feisch nous mena dans la grande église voir le cabinet de Hambcrt-Bak (1), qui a voit esté d’Erasme, que Messieurs de Basle ont acheté, des héritiers dudit Bah, dix mille escus. »

« Il y a des livres, des médailles, des estampes et des tableaux ; et les meilleurs sont d’Olben , entre autres un Christ estendu mort (2), qui est véritablement merveilleusement beau; un crayon d’un demy-corps d’homme habillé (3), et un tableau de la femme d’Olben (4), tenant une petite fille sur ses genoux et un petit garçon par la main , debout devant ses genoux, qui sont les trois plus belles pièces qu’on puisse voir d’Olben ; il y a plusieurs autres tableaux du mesme maistre , entre autres deux ou trois d’Erasme (n) , son bon amy, d’où l’on voit aussi le cachet et l’anneau avec le Terminus gravé sur tous les deux » (p. 308).

« Le 3, nous fusmes voir (à Bâle ) le médecin Platerus (6), qui a un cabinet de choses naturelles comme fossiles, minéraux, pétrifications, etc... Les plus curieux sont trois livres, l’un de poissons, l’autre d’oyseaux et animaux, et l’autre d’insectes,

(1) Collection de Boniface Amerbacli, jurisconsulte, ami d’Érasme et contemporain d’Holbein, achetée en 1 GG 1 par le gouvernement de Baie, pour 9,000 lhalers, à l’occasion du second jubilé de l’Université, des héritiers du petit-fils d’Amerbach et considérée dès celle époque comme un joyau singulièrement précieux. Le Catalogue de la galerie de l'âlc (éd. de 1 S 7 G ) , désigne par les initiales C. A. les tableaux et dessins du cabinet Amcrbach.

(2) N° '19 du Catalogue des tableaux. Daté de 1521.

(3) Probablement le portrait du prince Edouard ( Dessins n° 2 ).

(4) N° 20. Très-curieux tableau peint sur papier découpé et collé sur bois.

(5) Notamment n" IG ( Cal. des tableaux).

(0) Ce médecin devait être Félix Platerus le jeune, dont le portrait nu, à l’àge de trois ans , avec un cheval de bois à la main , œuvre de Jean Bock , est conservé au musée de Baie (vestibule, n° 19).

et particulièrement d’une infinité de papillons peints au naturel, quelques-uns pourtant que les autres qu’il dit estre les originaux de Jonslonius , entre lesquels il y en a un de la main d ’Olbens; il ne les vouloit vendre qu'avec dix-huit autres qu’il a de simples , et fleurs naturelles, appliquées et colées sur le papier, et sur la feuille opposée leur image, ou peinte ou gravée, et il vouloit cinq pistoles de la pièce, et vendre le tout ensemblement (1) » (p. 310).

Ulm, 10 février.

« Nous y vismes quelques belles pièces de tour , faites de corne, et de très belles figures et bas-reliefs d’ivoire et de bois, que nous apporta un excellent ouvrier, l’un desquels étoit une adoration d’un pied et demy de haut, et de demy-pied de large, où il y avoit environ une vingtaine de figures de demy-relief et d’autres de relief, parfaitement bien taillées en bois, et valoil quelque 80 escus » (p. 318).

A Ulm, M. va voir aussi « un curieux nommé Christophle Vueicman, qui travaille assez bien en grandes lunettes et microscopes, et a plusieurs choses curieuses dans divers cabinets, entre autres une médaille de Charles Quint, ou d’un autre empereur, appliquée sur un fond transparant, qui est une composition métallique faite par Paracelse, laquelle pèse extraordinairement, une momie d’un Africain... »

Le lendemain, M. y retourne « pour voir plusieurs choses qui sont dans son inventaire imprimé, lesquelles il n’a plus »; il ne

(1) Il existe parmi les dessins d’Iloibein , au musée de Bile, une chauve-souris, exécutée au lavis, qui est un vrai chef-d’œuvre ( Dessins 22 B).

lui voulut pas vendre sa médaille, « disant qu’il ne vendoit que ce qu’il faisoit luy-même »•, « il n’est pas pourtant fort opulant, car il prend de l’argent de tous ceux qui vont voir son cabinet, comme il lit de M. le Duc et de MM. de Mercy de Lorraine, lorsqu’ils y furent » (p. 321).

Augsbourg (1), 15 février.

« M. le Duc acheta diverses babioles, entre autres une puce enchaînée, il fut chez des faiseurs de cabinets où il en marchanda un d’ébène, fait en dôme à six faces, dont on vouloit trois cents escus, bien qu’il n’eust pas plus de trois pieds ou environ de haut et un pied et demy de diamètre » (p. 324).

« Le 16, M. Angel, agent du Prince de Brunsvic, me mena chez une dame vefve qui avoit six cents et tant de médailles antiques d’argent et environ autant de bronze qu’elle faisoit six cents escus ; et des figures de Jean de Boulogne (2), un Henry IV à cheval qu’elle faisoit trois cents escus, et un cheval seul qu’elle faisoit cent cinquante escus ; et un bois de cerf extraordinaire qui portoit plus de quarante et la plus grand’part des endouliers estoient autour de la couronne » (id.).

« Le 19, l’après diné, je fus prendre de l’argent de M. de

(1) Le musée d’Augsbourg renferme de (lès-curieux tableaux de l’école de Souabe. C’est là surtout, plus encore qu’à Munich, que l’on peut étudier les précurseurs d’Albert Durer et d’flolbein, Zeitblom, Burgkmair cl Ilolbein-le-Vieux. Plusieurs des autels de la cathédrale d’Augsbourg sont aussi décorés d’œuvres remarquables de ces anciens maîtres, trop peu connus dans notre pays.

(2) Voir dans l’introduction une note sur Jean de Bologne.

Stetten , qui me fit conduire chez son gendre pour voir sa maison peinte en dehors par Rotename (1) » (p. 347).

« Le 22, j’acheptay d’un vendeur d’images nommé Georgio Mittrer, la petite Passion en bois d'Albert. Il en a toutes les œuvres bien conservées qui consistent en 110 pièces en taille douce et en 1G0 et tant en bois, lesquelles il donnerait pour 85 ou 80 richedales » (p. 348).

Munich, février.

La plupart des tableaux et des curiosités du cabinet de l’Électeur avaient été ôtés afin que le dégel ne les gâtât pas (2). M. y remarqua toutefois dans six ou huit armoires les objets

(1) Rollenhammer (Johann), né à Munich, en 1561, mort à Augsbourg, en 1623. L’une de ses compositions les plus importantes est le plafond de la salle dorée, ù l’hôtel-de-ville d’Augsbourg.

L’usage se conserve encore, dans celte partie de l’Allemagne, de décorer de peintures, non-seulement les façades des monuments publics, mais aussi celles des habitations particulières. L’héritier des Fugger a fuit représenter sur la façade de l’hôtel de sa famille, ù Augsbourg, une fresque de dimensions considérables et qui rappelle les principaux faits relatifs à l’histoire de ces bourgeois, qui furent les plus riches négociants du monde et qui, après avoir mis leurs trésors il la disposition de leurs souverains , virent leurs filles recherchées en mariage par plusieurs de ces princes. Celte œuvre considérable, due à Wagner, d’Augsbourg, a été exécutée de 1860 à 1865. Celte année même, l’hôtel de Bellevue, à Munich, vient d’être couvert d’une fresque de Schraudolph représentant les princes les plus célèbres de la maison de Bavière.

(2) Presque tous ces objets sont aujourd’hui au Musée national bavarois, à Munich, collection du plus haut intérêt pour l’histoire des arts et métiers en Allemagne, dont on doit la création au roi Maximilien II (1855). Les tableaux se trouvent 5 l'ancienne Pinacothèque.

Signalons, 5 côté du Musée national de Munich , la collection d’antiquités de Stuttgart ( Valerlxndische Aller lliilmer), presque inconnue même des habitants de la ville et

suivants : « plusieurs objets en bois et ivoire, délicatement taillés et tournés, bagues et pendants d’oreilles, où il y a des

horloges ; un Adam et Eve, en bois, ouvrage excellent

d 'Albert Durer, d’un pied de large ou environ et d’un peu plus en hauteur, dans lequel outre la beauté du dessin, et de la toile délicate, il y a une infinité de choses tant animaux qu’arbres et plantes , et surtout la mousse et galle des troncs d’arbres ; un autre tableau en cire blanche d’une descente de

croix de bas relief original de Michel Ange ; un fort beau

tableau de Pietro Perugin , etc. » (p. 333).

Ratisbonne, 1er mars.

« Je fus me promener par la ville et voir les boutiques des libraires, merciers et orfèvres; où j’acheptay quelques images, et vis un cabinet tout d’argent qu’on faisoit 4,000 florins qui font 8,000 livres » (p. 363).

« Le 12, je fus chez M. Mayer (1), avec lequel je renou-

qui , si elle était classée et placée dans un local convenable, présenterait un véritable intérêt.

J’indiquerai, notamment, une série de sculptures de la fin du XVe siècle représentant les stations du chemin de la croix et qui est un des plus anciens exemples de celte dévotion, de beaux spécimens de serrurerie et, par dessus tout, une collection unique de porcelaines de Ludrvigsbourg, comprenant surtout des grottes et des groupes, qui peuvent lutter pour la finesse de l’exécution avec les plus belles pièces de Saxe.

(1) Mayer ou Mayr. 11 a existé plusieurs artistes de cette famille d’origine suisse. L’un, Conrad (1618-1689 ), parcourut toute l’Allemagne et s’arrêta quelque temps à Francfort, dans la famille de Merian. Son petit-fils, qui est probablement celui dont M. parle ici, Jean Ulric, né en 1630, mort en 1701, fut l’élève de Rembrand et de Jordaens. 11 a, dit Siret, exécuté un grand nombre de portraits pour les différentes cours allemandes.

velay la connaissance de Uome, et je vis chez luy un beau tableau du Hassan du festin que fit Marthe à Nostre Seigneur » (P: 370).

« Le 14, nous fumes chez le peintre Osambey ., qui imite fort bien la manière de Bamboche. »

« Le 15, Osambey vint voir les tableaux que j’avois apportez de Hollande; puis j’allay chez un peintre qui a este à Constantinople. Osambey m’indiqua Corneille , qui fait des fruits, des lettres, papiers, etc. » (p. 373).

« Corneille le peintre vint (le lendemain) m’apporter le matin deux de ses tableaux , l’un de fruicts , l’autre de plusieurs lettres, plumes, ganifs, cire d’Espagne attachées à des cordons cloués contre un ais, et un rideau à demy tiré dont il vouloit cinquante escus (M. dit un peu plus loin qu’il acheta le dernier de ces tableaux) » (p. 374 et 376).

« Le 20 ( toujours à ltatisbonne, où l’Empereur se trouvait alors avec nombre de princes et grands personnages, ce qui explique pourquoi il y avait aussi beaucoup d’artistes), chez Naipergcr qui travaille merveilleusement bien en cire, et fait des figures si petites qu’il en met trois ou quatre dans le creux d’une moitié de graine de chanvre. Il contrefaict en cire toutes sortes de choses comme bois, métaux, pierres, verres et autres choses, outre cela il a chez luy une infinité de cabinets et autres curiosités très-riches. »

Le 21, M. va chez le frère de Naiperger, « qui fait les

belles figures de cire que son frère vend » , et de là , « chez Carlo Rutardo (1), peintre, qui fait fort bien les animaux »

« Le 24 , M. acheta deux petits tableaux d’Osambey » (p. 377 ).

Venise, avril.

« Il y a au couvent de St-Georges un grand tableau des nopces de Cana, qui est le fond du réfectoire, l’un des plus beaux ouvrages de Paul Verones, qui ne s’en fit payer que cent pistoles, quoyqu’à présent on en donneroit bien trois milles à ces pères de St-Bonoist s’il le vouloient vendre » (p. 414).

« Le 23 avril, nous allons chez un peintre qui fait à merveille au naturel, qui se nomme Sébastian Pompellc (p. 421). — Le soir aussi chez Carlo Cotti (2) , qui fait fort bien en grandes figures » (id.).

« Le 2G , j’allay chez M. Gilbert, où je retournay, l’aprèsdîné, pour acheter deux Bassans et une tête de Tinloret

(1) Rulhard ( Cari), peintre d’origine allemande, sur la vie duquel on ne possède que très-peu de détails, Waagen (t. III, p. 249) et Siret se bornant à dire qu’il a vécu de 1660 à 1680 et a parcouru l’Italie pendant cette période. Siret le rattache il l’école hollandaise et dit qu’on connaît de lui des chasses et des animaux.

(2) Je ne trouve du nom de Lotti, au XVIIe siècle, qu’un peintre, Cosme, vivant en 1628, né à Florence, et qui fut appelé par Philippe IV en Espagne, où il mourut ; ce peut être son fils.

140 escus, que je portay montrer à Carlo Lotli, qui ne s’y ■trouva pas. »

« Le 27, Carlo Lolti me vint voir le matin, me destrompa de mes tableaux aussi bien que trois autres peintres, je les reportay à Gilbert. »

« Le 29, je fus avec M. Cochin (1), peintre françois , qui fait des païsages, et voir un autre peintre françois nommé Régnier , qui a force tableaux qu’il tient bons et de grand prix » (p. 424).

« A l’église de la Madona del Orlo , je trouvay du Sause( 2), lyonnois, qui y copiait et qui me fit compagnie aux Servîtes. M. de Charny y fut acheter une copie d’une Madone du Carache 5 hongres, laquelle il me remit pour la luy porter en France » (id. ).

« Le 1er may, je fus avec un courreticr nommé Bortolo Foresli voir chez M. Rctano une Madone du Bassaa , avec une grosse teste du Tinloret. , d’une Magdeleine, qu’il faisoit 35 pistoles » (id.).

« Le 2, je fus tout le matin avec le courretier voir des

(1) Le premier peintre du nom de Cochin, cité par Jal, dans son Dictionnaire de Iliographie et d'IIistoire , est Charles, qui fit baptiser deux enfants en 1687 et 1688 ; mais je trouve dans des Manuels de graveurs un Noël Cochin , né h Troyes , qui a signé des pièces depuis 1667, et serait mort ù Venise après avoir passé plusieurs années en Italie.

(2) Je ne trouve pas le nom de cet artiste dans le Catalogue de la Collection des artistes lyonnais (éd. 1877 ).

tableaux en divers lieux, chez l’excellentissime Bertucio Contarini, un grand tableau de Paul Veroncz d’une Europe, un de ses plus beaux ouvrages ; et un autre grand de Jacobo Hassan , aussi de ses plus belles œuvres, où il y a une infinité de figures et d’animaux, chez le signor Ottoboni , un petit tableau des espousailles de la Vierge, de la grandeur de toile de teste, très-bien conservé, où il y a 8 ou 10 figures des

bonnes choses du Paul Veroncz, dont je lui offris soixante

pistoles : il en vouloit plus du double et le courretier me dit qu’il ne croioit pas qu’il le laissât pour 100, ou que ce seroit le moins qu’on en peut donner. »

« Le 3, l’aprôs diné,avec le courretier, chez Giuseppe Cagliari, sur le canal Regio, voir plusieurs tableaux qu’il a de Paul Veroncz dont il est petit-fils ou neveu ; et entre autres une

Venus nue, qu’un Satyre veut forcer, et un petit amour, qui

dort, en terre, tout nud, qui est non seulement la plus belle chose qu’ait jamais fait Paul , mais la plus belle à mon gré qui soit au monde , car tout ce que Raphaël, Carrache , et Tilian ont fait de plus beau pour le dessin, pour l’aggréement et pour le coloris se trouvent en ce tableau dont je ne me pouvois rassasier : il l’estime quinze mille escus, et je crois que rien ne le peut payer; j’en vis un autre de cette mesme force chez les seigneurs Vidman d’une Susanne que deux vieillards veulent forcer, elle est toute nue, serre les cuisses, et replie les jambes , tient un de ces vieillards par la barbe , l’autre luy presse la fesse avec la main , qu’il semble qu’il craigne de blesser. Un amour qui est dans l’air pleure de voir cet objet, queyque tout en soit charmant, le corps de la Susanne est

d’une beauté extraordinaire et qui efface une grande Venus accompagnée d’un grand amour tout nuds, qui est dans la mesme chambre, et tous les autres tableaux du Tilian et de Paul Veronez; M. ltetano chez qui j’estois resté à voir ses tableaux m’y avoit mené » (p. 425).

Rom k , mai.

M. place ici une liste des Tableaux rares qu’il avait vus à Rome, en 1660 , et la fait suivre d’une description de la Bibliothèque Vat.icane (p. 439 et 443).

« Le 19 may 1664 , j’achetay, à Rome, un bas-relief de François Flamand, 20 jules » (p. 452). — Le lendemain M. en acheta un second, dont il ne dit pas le prix (id.).

« Le 21 , je fus troquer mon œil de chat contre un tableau de Poussin, un de Tilian, et un de Gaspre ( 1), et acheter deux ronds du Bamboche, et une teste de terre de François Flamand ; puis voir Monsieur Poussin » (id.).

« Le 26, je fus tout le matin par la ville à chercher quelques tableaux, puis voir ceux de Messieurs Petit (2) et ceux du sieur Nicolo Simonelli, garde-robbe du Cardinal Patron. »

(1) Duguet (Gaspre ou Guaspre ) dit Gasparo Poussin, beau-frère et élève de Nicolas Poussin, dont il prit le nom, né à Rome en 1613, mort en 1675.

(2) Siret cite : B. L. Petit, paysagiste, qui, d’après Gérard Hoet, aurait été le maître de P. Polter ; B. Le Petit, d’après Nagler, qui l'indique comme un artiste hollandais travaillant à Rome eu 1650 ; et Jean Petit, surnommé Riche, que nous avons indiqué plus haut. Siret paraît disposé à considérer les deux premiers comme ne faisant qu’un seul personnage. La mention de M. doit s’appliquer à l’un ou à l’antre.

« Le 27, le malin le sieur Nicolo Simonelli me mena voir les tableaux delà femme du sculpteur et ceux des enfants du cavalier Josepin (1). M. Simonelli me donna deux estampes, deux petits tableaux de Mompre (2), deux médailles du Pape, un éventail et un chapelet; je luy laissa 19 pistolespour un Bassan » (p. 437).

cc Le 28 , Gaspre m’envoya son tableau et M. Simonelli celuy du Bassan , pour lequel il me dit d’en avoir donné 20 pistoles. Il vit mes lunettes et tableaux de Hollande, dont je luy donnay un, et il m’en renvoya deux, l’un de Vendrecable (3), qui imite le Mole (4), l’autre de mignature , copie de Baphaël; puis M. le Duc, avec toute sa brigade furent chez le Sig. Gotifredo voir son Dieu Priape , et de petites tablettes longues et quarrées de corne , qu’on donnoit anciennement pour entrer aux spectacles (S) » (p. 438).

« Le 29, je fus chez Claude (6) , où je vis le beau païsage qu’il a fait à M. de Bourlemont (7) » (id.).

(1) Gesari (Giuseppe) dit II Cavalière d'Arpino ou le Josépin, né vers 1560, mort en 1640, travailla pour Henri IV et fut fait chevalier de St-Michel.

(2) Momper ( Josse de), voir sur lui Michiels, L’Arl flamand dans l’est et le midi de la France, p. 336.

(3) Van der Kabel ou Cabel ( Adrien ) , peintre et graveur, né à Ryswick, en 1631, mort à Lyon, en 1695.

(4) Mola ( Pietro Francisco), né en 1612, mort en 1668.

(5) Tessères.

(6) Claude Gellée dit Lorrain, fit, dit M. Piot {Cabinet de l'Amateur, t. II, p. 441, 1843 ), cinq tableaux pour M. de Bourlemont.

Ému du grand nombre de contrefaçons de ses œuvres qui se vendaient journellement, il avait pris le parti de consigner dans un Libre di Verila la suite des tableaux sortis de son pinceau, rappelant au dos de ces esquisses le nom de la personne pour qui le tableau avait été exécuté, ainsi que la date et souvent le prix ( voir sur le sort de ce recueil, l’article de M. Piot cité plus haut ).

(7) Louis d’Anglure de Bourlemont, chargé d'allaircs de France 5 Rome et plus tard archevêque de Bordeaux.

(( Je fus à la place d’Espagne voir M. Poussin, qui reconnut et advoua le tableau de Narcisse que j’avois eu de luy » (p. 463).

« Le 31, je fus prendre M. le Maire (1) pour aller voir un tableau que l’on me vouloit vendre pour Guide; et de là chez le sculpteur du Pape, qui me fit 600 escus un du Poussin d’une Baccanale de petits enfans ; et 200 escus ceux de Claude Lorrain de toile d’Empereur » (id.).

« Le 1er juin, je fus à la place d’Espagne où je payay à M. le Maire le tableau de Claude Lorrain , qu’il m’avoit auparavant envoyé » (p. 464).

« Le 2, je fus avec un regratier et M. Artaud voir une Madone de Jule Romain dans le couvent de la Chiesa Nova, et vis-à-vis un Hassan , puis portay mon tableau à Claude Lorrain qui me promit de le racommoder » (id.).

« Le 3 , je fus le matin avec M. le Maire voir chez M. Salviati le tableau de Poussin que j’achetay 64 pistoles , et je le fus montrer à M. Poussin , qui le reconnut pour l’original (p. 465). Le 4, je fus retirer mon tableau de Claude Lorrain »

Le 4 , M. quitte Rome avec le duc de Chevreuse , et ce

(1) Il y avait à Rome, quelques années avant le voyage île .1/., un Pierre Le Maire, connu sous le nom de Le Maire Poussin, à cause de sa liaison avec le grand peintre, mais il Otait mort en 1052. Ce peut être son fils, ou un autre peintre du même nom, François Le Maire (1621-1088 ), sur la vie duquel on n’a pas de détails, dit Siret.

dernier voulut avant de partir passer chez M. Poussin et le voir « comme le plus illustre qui ait esté jamais pour la peinture, esgalant Raphaël dans le dessin, et le surpassant dans l’histoire et l’ordonnance » (p. 471). Avant de partir , M. avait été dans la matinée chez M. Nicolas, chirurgien du Pape, voir ses tableaux.

Le 11 juin, M. est à Florence où il signale parmi les tableaux du Grand-Duc, a la petite Vierge de demy-corps, qui présente un petit Jésus à sainte Catherine, un des plus beaux ouvrages de Paul Veronez , qui n’a cousté que 200 pistoles « (p. 478) (I).

« Le 14 , je fus le matin acheter un bamboche d’un nommé Camerati, par l’entreprise de Domenico Benoti , qui me mena au jardin du feu cardinal Jean Carlo, où j’achetay un autre bamboche et un Guide » (p. 481).

M. parle ici d’un enfant de huit ans d’une remarquable intelligence, répondant à toutes les questions qu’on lui pose « d’une manière si prodigieuse que ce n’est pas sans raison que plusieurs demandent s’il n’a point quelque esprit familier. » On le nommait Mathieu et il était « le fils d’un Lorrain , nommé Nicolas Le Coq, qui se mêle de peinture » (p. 482).

Enfin le 16, M. emballe ses tableaux, va voir M. Juste, le peintre, et reprend la route de France par Bologne, Modène,

(1) Déjà , en ulluiil en Orient, en KiàO, VIonconys était resté quelques jours i Florence, v. t. 1, p. 109.

Parme, Plaisance, Turin , Chambéry et la Tour du Pin; au bout de quinze jours, le 4 juillet, il arrive à Lyon.

Nous n’avons plus que peu de renseignements à relever dans le reste de sa route. A Bologne , il va chez le marquis Cospi, qui lui fait voir « ses tableaux du Guide , Guerchin, Albano , un parfaitement bel ouvrage de Salvalore Rose, et une sainte Cécile jouant de la viole, avec un ange chantant debout proche d’elle, les plus beaux tableaux du Dominicain. J’achetai, ajoute-t-il, un amour du Guide. Il y a à Bologne une fille nommée Élisabet Sirani (1) , qui imite fort excellemment la manière du Guide » (p. 485).

Turin, 28 juin.

M. voit quelques peintres, entre autres, M. Dau[in( 2), « qui est au prince de Carignan, » et va avec lui visiter la galerie de tableaux du marquis de Voguèrc (3), « où il y a un tableau de Vouct (4), de demy-corps d’homme nud, et deux tableaux du Poussin , l’un l’Adoration du Veau d’or, et l’autre le passage de la Mer-Rouge « (p. 497).

(1) Sirani (Élizabelli , née il Bologne, en 1638, morle en 1665, fille d’Andrea Sirani, connu également comme un des principaux élèves du Guide.

(2) Charles Daufin cité, par l’abbé de Marolles, comme peintre de portraits et de Heurs, travaillait en France eu 166’:, d’après les notes de M. G. Duplessis.

(A) Vog liera.

(h) Vouct (Simon), né en 1590, à Paris, mort en 1649.

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