‹ BalzacChapitre 22 sur 29 · C. — L'argent et la vie future · texte numérisé non relu

C. — L'argent et la vie future

Les avares ne croient point à une vie à venir, le présent est tout pour eux. Cette réflexion jette une horrible clarté sur l'époque actuelle, où, plus qu'en aucun autre temps, l'argent domine les lois, la politique et les mœurs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire à miner la croyance d'une vie future sur laquelle l'édifice social est appuyé depuis 1.800 ans. Maintenant le cercueil est une transition peu redoutée. L'avenir qui nous attendait par delà le Requiem a été transposé dans le présent. Arriver per Jas et nejas au paradis terrestre du luxe et des jouis-

LA SPECULATION IOI

sances vaniteuses, pétrifier son coeur et se macérer le corps en vue de possessions passagères, comme on souffrait jadis le martyre de la vie en vue de biens éternels, est la pensée générale ; pensée d'ailleurs écrite partout, dans les lois qui demandent à un homme : Que paies-tu ? au lieu de lui dire : Que penses-tu ? Quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ?

Eugénie Grandet, 1 833 .

S IV. — Exhortation au devoir social.

L'abbé Boiinet à A/me Graslin.

... A vous, reprit le courageux prêtre, à vous dont l'àme est si grande, je dois d'autres paroles que celles dues à mes humbles paroissiens. Vous pouvez, vous dont l'esprit est si cultivé, vous élever jusqu'au sens divin de la î'eligion catholique, exprimée par des images aux yeux des petits et des pauvres. Ecoutezmoi bien, il s'agit ici de vous ; car, malgré l'étendue du point de vue où je vais me placer pour un moment, ce sera bien votre cause.

Le droit, inventé pour protéger les sociétés, est établi sur l'égalité. La société, qui n'est qu'un ensemble de faits, est basée sur l'inégalité. Il existe donc un désaccord entre le fait et le droit. La société doit-elle marcher réprimée ou favorisée par la loi ? En d'autres termes, la loi doit-elle s'opposer au mouvement intérieur social pour maintenir la société, ou doit-elle être faite d'après ce mouvement pour la conduire? Depuis l'existence des sociétés, aucun législateur n'a osé prendre sur lui de décider cette question. Tous les législateurs se sont contentés d'analyser les faits, d'indiquer ceux qui leur ont paru blâmables ou criminels, et d'y attacher des punitions ou des récom-

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