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2. L'aventure de Clarisse, séquestrée dans une maison d'apparence honnête, endormie à l'aide d'un narcotique et livrée ainsi à Lovelace, reparaît dans Thistoire de Lydie et La Peyrade [Splendeurs et misères des courtisanes, les Petits bourgeois).
vaste image de la vie sociale, le Vicaire de Wakefieldy publié par Golsdmith en 1766, et Caleb William^ de Godwin, qui date de 1794, ne sont que des croquis, mais des croquis justes et fins que Balzac estimait fort. Dans le Vicaire de Wakefield, qui est l'histoire d'un bon curé de campagne, il admirait la vérité avec laquelle sont peintes les mœurs villageoises : c Le villageois, écrit-il en 1830 dans Échantillon de causerie française, est une nature admirable. Quand il est bête, il va de pair avec l'animal; mais quand il a des qualités, elles sont exquises; malheureusement, personne ne l'observe. 11 a fallu je ne sais quel hasard pour que Goldsmith ait fait le Vicaire de Wakefield. >
Balzac ne faisait pas moins de cas de Caleb William^ œuvre aujourd'hui presque oubliée, où Godwin a finement analysé les remords et les angoisses d'un coupable qui a laissé condamne^ à sa place deux innocents, et qui découvre qu'un jeune paysan, Caleb William, est en possession de son secret : « En général, dit-il dans la préface d'Argow le pirate, l'on ne se tire d'affaire dans la composition d'un roman que par la multitude des personnages et la variété des situations, et l'on n'a pas beaucoup d'exemples de romans à deux ou trois personnages, restreints à une seule situation. Dans ce genre, Caleb Williamy le chef-d'œuvre du célèbre Godwin, est, de notre époque, le seul ouvrage que l'on connaisse, et l'intérêt en est prodigieux. > Preuve, ce me semble, qu'en 1824, au temps où Balzac a composé Argow le pirate, il n'avait pas encore lu V Adolphe de Benjamin Constant, qui, en fait de « romans à deux ou trois personnages, restreints à une seule situation >, est un bien autre t chef-d'œuvre > que Caleb William. — Adolphe, Balzac l'a lu plus tard, il l'a même paraphrasé tout au
long, en 1843, dans la Muse du département; mais en 1824 il s'en tenait encore à Caleb William, et c'est pourquoi, si je ne nomme pas Benjamin Constant parmi ses premiers maîtres, j'y devais au contraire nommer Godwin.
J'y dois aussi nommer Sterne, et peut-être même estce le nom que j'aurais dû citer avant tout autre, tant ce nom revient volontiers sous la plume de Balzac, tant Balzac a aimé, idolâtré l'auteur de Trisiram Shandyei du Voyage sentimental. Il a parlé de lui", il l'a loué, non pas dix ni vingt fois, mais cinquante fois, mais cent fois, dans ses lettres, dans ses articles, dans ses romans, dans la Grande Bretèche, Modeste Mignon, Ursule Mirouet, le Curé de Tours, les Illusions perdues, la Fille aux yeux d'or, la Peau de chagrin^, la Recherche de V absolu, la Physiologie du mariage, les Petites misères de la vie conjugale, bref, et pour arrêter l'énumération qui serait interminable, à toutes les époques de sa vie et presque à toutes les pages de la Comédie humaine. Il le sait par cœur, littéralement, et il écrit à M«® d'Abrantès : < Vous savez sans doute Sterne par cœur* >, comme s'il n'y avait, comme s'il ne pouvait y avoir qu'une manière de connaître et d'aimer Sterne.
Il faut quelque effort de réflexion pour saisir les raisons d'une si vive et si durable sympathie ; on ne voit pas trop quelle parenté peut bien unir le puissant et pesant Balzac au léger, bavard et fantasque Lawrence Sterne. Sterne passe pour le prince des humoristes, et qu'il ait de l'esprit, je n'en disconviens pas ; mais comme il le cherche, comme il court après, et comme on se
1. La première édition de la Peau de chagrin ne portait point d'autre signature que Tespèce de couleuvre dessinée au-dessous du titre et accompagnée de ces mots : « Sterne, Tristram Shandy,
Ch. CGC. XXII ».