‹ Balzac: l'homme et l'œuvreChapitre 72 sur 73 · Corr., p · texte numérisé non relu

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est médiocre; on dirait d'un de ces drames bourgeois où les « philosophes > du xviii® siècle attaquaient la civilisation et prêchaient le retour à l'état de nature. L'histoire est celle de deux jeunes gens, deux < enfants de la nature », qui s'aiment de tout leur cœur et ne consultent que leur cœur, tandis qu'auprès d'eux, en face d'eux, des bourgeois, d'affreux bourgeois, n'écoutent que leurs intérêts; et c'est un pêle-mêle de tirades vertueuses, de tirades satiriques, d'effusions sentimentales et de déclamations dont Diderot et Sedaine eussent été charmés.

Nouveaux pas en avant vers la comédie ou le drame réaliste, nouveaux pas et plus décisifs, avec la Marâtre qui fut jouée en 1848, et avec le Faiseur qui ne fut publié qu'après la mort de Balzac, en 1851, sous le titre de Mercadet. La Marâtre porte en sous-titre < drame intime », et elle est, en effet, un drame domestique, un drame du foyer qui peint la famille bourgeoise et la vie contemporaine, quoique sous des couleurs beaucoup trop sombres. Le Faiseur est presque une bonne comédie, Balzac n'ayant guère eu qu'à se regarder dans la glace pour dessiner son Mercadet, pour créer le type de l'homme d'affaires ivre de ses projets, toujours convaincu qu'il va gagner des millions, et capable de communiquer à autrui la confiance qu'il a en luimême. Il y a toutefois cette notable différence entre Balzac et Mercadet, que l'un est resté probe dans ses rêves de fortune et que l'autre est un fripon. Mercadet, c'est Scapin banquier. Ruiné, sans le sou, constamment traqué par ses créanciers, il les humanise et les tient en haleine avec de belles promesses; il est inépuisable en spéculations, en expédients, et en escroqueries. La scène capitale est celle où, heureux d'avoir

rencontré un gendre qu'il croit millionnaire, il découvre en lui un autre < faiseur » de môme espèce et de même force que lui-même; les deux Scapins se reconnaissent pour ce qu'ils sont et prennent le parti de rire de leur réciproque déconvenue. L'intention satirique de l'œuvre se précise dans le couplet de Mercadet sur son époque :

Ah! vous connaissez bien notre époque! Aujourd'hui, tous les sentiments s'en vont, et l'argent les pousse. Il n*y a plus que des intérêts, parce qu'il n'y a plus de famille, mais des individus! Voyez! l'avenir de chacun est dans une caisse publique! une lllle, pour sa dot, ne s'adresse plus à une famille, mais à une tontine. La succession du roi d'Angleterre était chez une assurance. La femme compte, non sur son mari, mais sur la Caisse d'épargne! On paye sa dette à la patrie au moyen d'une agence qui fait la traite des blancs! Entin, tous nos devoirs sont en coupons! Les domestiques, dont on change comme de chartes, ne s'attachent plus à leurs maîtres : ayez leur argent, ils vous sont dévoués!... (// tire de sa poche une pièce de cinq francs.) Voici l'honneur moderne!... Ayez vendu du plâtre pour du sucre, si vous avez su faire fortune sans exciter de plainte, vous devenez député, pair de France, ou ministre ! etc.

Malgré les rapports qui existent entre cette comédie et celle de Dumas fils, d'Augier ou de leurs émules, c'est moins par son théâtre que par ses romans que Balzac a agi sur eux. Son théâtre, tout compte fait, ne nous offre aucune œuvre de premier ordre, et Ton peut en être surpris en songeant aux qualités dramatiques, au génie dramatique dont il a fait preuve dans ses romans. Mais, outre qu'il a une imagination trop aventureuse, il n'a pas l'art des raccourcis puissants que suppose, qu'exige la scène. Il lui faut les cinq ou six cents pages de ses romans pour développer ses conceptions et faire vivre ses personnages. Il n'a pas non plus

le mordant du style, les formules compréhensives et brèves où tout un caractère se ramasse; ou s'il s'en trouve çà et là dans ses romans*, du moins ne s'en trouve-t-il pas dans ses pièces. Peut-être est-ce simplement parce qu'il les a écrites trop vite ; peut-être la hâte, la surproduction qui lui a nui de tant de manières, l'a-t-elle seule empêché de produire à la scène des œuvres égales à ses romans. En tout cas, ses romans étaient là pour compléter ses pièces et pour achever l'éducation intellectuelle de la jeune génération d'auteurs qui allait chez nous renouveler le théâtre.

En écrivant la Comédie humaine, il avait ouvert à l'art un champ immense, celui du réel; il avait appris à l'écrivain la valeur esthétique et morale du réel. Il avait été un grand moraliste en même temps qu'un grand peintre de mœurs : moraliste trop décourageant, mais moraliste à idées, moraliste habile à démêler dans la vie moderne tous les éléments de drame ou de comédie qu'elle contient. On peut lui pardonner ses emphatiques et ridicules romans d'amour. Son mérite est justement d'avoir écrit d'autres romans que ceux de l'amour, et, au total, l'amour qui jusqu'à lui était l'âme même du roman est ce qui l'a moins occupé. Il a vu bien autre chose dans la vie, il sait qu'elle est faite de beaucoup d'autres choses; et par là, par son observation pénétrante, par sa science profonde de la vie moderne et des graves problèmes qu'elle offre à l'esprit du penseur, par là plus encore que par ses peintures minutieuses, plus que par ses descriptions et son vocabulaire, il n'y a nulle exagération à dire qu'il fondait chez nous le

i. Dans le Curé de Tours, par exemple, lorsque l'abbé Birotteau hérite de Tabbé Chapeloud : • 11 ne l'aurait peut-être pas ressuscité, mais il le pleura. »

réalisme. Il a observé, noté, toutes les laideurs de la vie d'aujourd'hui, en sorte que les peintres de mœurs venus après lui ont Tair de l'imiter, même lorsqu'ils nous apportent le fruit de leur expérience personnelle. Loin de perdre de son prix en vieillissant, son œuvre est presque plus vraie de notre temps que du sien. Il a vu commencer la société qui est encore la nôtre, et avec sa clairvoyance géniale il a tiré les conséquences de chaque chose, pressenti les mœurs et les caractères de demain. L'individualisme ne s'est-il pas affirmé depuis et plus fortement d'année en année? La bataille des intérêts ne s'cst-elle pas échauffée, à mesure que la société devenait plus foncièrement démocratique? Les < arrivistes », pour employer le mot d'à présent, si bien peints par Balzac en Rastignac ou en Victorin Hulot, le fils du baron, ne pullulent-ils pas autour de nous? N'avons-nous plus de politiciens semblables à ce Thuillier des Petits bourgeois qui, un moment menacé de poursuites judiciaires et renvoyé faute de preuve, « eut le non-lieu insolent »? Et ce qu'il a dit des journalistes ou des barons de la haute finance, ne semble-t-il pas de jour en jour plus juste et plus vrai? Le premier il a fait dans le roman de la satire sociale, ou plutôt il a fait de ses romans une satire complète de la vie sociale au wx" siècle ; il y a étudié tous les désordres, toutes les maladies de l'organisme social et de l'âme moderne; et dès lors il est à peine besoin de démontrer qu'au théâtre ou dans le roman l'école réaliste ne fait, depuis cinquante ans, que continuer Balzac.

A dire vrai, l'art de Dumas fils, l'art d'Emile Augier, n'est pas le sien. Leur art est plus vif, plus alerte, plus spirituel, s'il a moins de force et moins d'ampleur; celui d'Augier a une bonhomie souriante aussi éloignée que

possible du pessimisme balzacien. N'importe; leur dette envers lui n'en est pas moins grande. On date ordinairement de 1852, de la Dame aux camélias y la renaissance de notre théâtre et de la comédie de mœurs. Dumas eût-il écrit sa pièce et serait-elle ce qu'elle est, vraie par ses personnages comme par ses décors et les moindres détails de sa mise en scène, si entre le romantisme et lui, entre Marion de Lorme et la Dame aux camélias^ Balzac n'avait produit son œuvre et conté les « splendeurs » ou les < misères » d'une vie de courtisane à Paris au MX« siècle? Dans la comédie que Dumas fils a écrite cinq ans plus tard, la Question d'argent, peut-on ne pas voir les analogies avec la Comédie humaine et la parenté du banquier escroc Jean Giraud avec du Tillet, Nucingen ou Mercadet? « L'argent est l'argent, s'écrie- t-il, quelles que soient les mains où il se trouve; c'est la seule puissance que l'on ne discute jamais », etc. La tirade n'est que l'écho de celle de Mercadet. Toutefois, Dumas fils s'est assez vite séparé de Balzac pour se jeter ou s'égarer dans la pièce à thèse, dans la prédication paradoxale, et enfin, avec la Femme de Claude ou VÉtrangère, dans le symbolisme. Augier a été plus fidèle à la comédie de mœurs. Feuilletez ses œuvres à partir du Gendre de M. Poirier qui a paru en 1854. Les Effrontés, c'est Mercadet encore et aussi les Illusions perdues et aussi un peu, par les deux rôles de Sergine et de la marquise d'Aubérive, la Femme abandonnée, Augier a voulu flétrir les hommes d'argent et les journalistes en la personne de Vernouillet, financier taré à qui nul n'ose refuser la main le jour où il devient propriétaire et directeur d'un journal; et ceci est du Balzac tout pur, de même que le personnage de Giboyer, frère des Bixiou et des Lousteau, frère des aigrefins et des bouffons de la Presse si

souvent et si vertement fouaillés dans ta Ck>médie humaine. Qu'il s'agisse des Lionnes pauvres ou de Ceinture dorée, du Mariage d'Olympe ou de Maître Guérin^ on voit reparaître chez Augier des données ou des figures déjà rencontrées chez Balzac. La monomanie de Finventeur Desronceretz, dans Maître Guérin, rappelle celle de Balthasar Claës ; et maître Guérin lui-même, le notaire de village qui peu à peu ruine et dépouille Desronceretz à l'aide de son prête-nom Brenu, rappelle de plus près encore l'avare et perfide Rigou, des Paysans, entouré de ses hommes de paille et de ses dupes.

Faut-il suivre plus loin l'influence de Balzac dans l'histoire de notre théâtre? On la suivrait chez ce gai et fin caricaturiste de la bourgeoisie qui se nomme Labiche, et chez les auteurs de saynettes ou dialogues écrits pour la Vie parisienne sous le titre de Vie et opinions de Thomas Graindorge ou sous celui de Monsieur, madame et bébé : les jolies pages de Taine et de Gustave Droz sont la monnaie des Petites misères de la vie conjugale et quelquefois aussi des Contes drolatiques.

M. Ludovic Halévy a pris dans les Petits bourgeois le nom et le personnage de son amusante M™« Cardinal; chez Balzac, M"»» Cardinal était la mère d'une actrice du théâtre Bobino, chez M. Halévy elle est la mère d'une danseuse de l'Opéra ; mais chez l'un et chez l'autre, elle a même cabas et même morale accommodante.

Plus récemment, la comédie de mœurs a subi une transformation nouvelle; elle s'est faite plus ironique et plus cynique avec Henry Becque et ses disciples du Théâtre libre. Où donc sont les origines d'Henry Becque si ce n'est chez Balzac? Les Corbeaux nous peignent les gens d'affaires, notaires, usuriers, escompteurs, tous les funèbres oiseaux de proie qui s'abattent sur un foyer

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où la mort vient d'entrer. Vigneron était un industriel riche ou qui semblait riche ; sa femme et ses trois filles vivaient dans le bien-être et dans la plus complète ignorance de toute question industrielle ou financière. Il meurt subitement, et voici qu'aussitôt Teissier son associé de la veille, et Bourdon son notaire, viennent disputer à sa veuve et à ses filles les débris de sa fortune. Ils leur tendent des pièges, ils les étourdissent avec des citations du Code, des termes de jurisprudence qu'elles ne comprennent pas ; ils les amènent peu à peu à faire abandon de tous leurs droits, si bien que dans la maison pleine de rires et de chansons au premier acte, dans la maison naguère opulente et luxueuse, il n'y a plus au dénouement que quelques meubles échappés à la saisie, il n'y a plus que la détresse, l'humiliation, le silence : les < corbeaux » ont passé par là. — Belle œuvre, à coup sûr, et dont on ne saurait contester la douloureuse vérité. Mais combien de fois n'avaient-ils pas paru chez Balzac, ces < corbeaux », ces rapaces embusqués derrière un lit d'agonie et prompts à fondre sur la veuve, sur le vieillard ou l'orphelin, sur l'être faible, sur l'ilote; et qui ne reconnaîtrait en Teissier ou en Bourdon les dignes élèves des Roguin, des Rigou, des Ceriset, des Fraisier, que nous peignait l'auteur de César Birotteau, des Paysans ou du Cousin Ponsi

Ce qui est vrai des auteurs dramatiques venus après Balzac, est plus vrai encore des romancière qui lui ont succédé. Eux aussi, ils sont ses continuateurs, sans que leur art en soit moins personnel et moins original. Gus-

tave Flaubert, Guy de Maupassant, Edmond et Jules de Concourt, Alphonse Daudet, ne sont pas des écoliers qui récitent la leçon du maître; ils ont leur personnalité bien à eux. En un certain sens même, leur art est une réaction contre celui de Balzac . Leur art est une réaction contre le romantisme et par conséquent contre Balzac dans la mesure où celui-ci appartient au romantisme; réaction contre le prodigieux inventeur de fables dont ils s'interdisent d'imiter les péripéties romanesques et trop compliquées; réaction contre le producteur qui se souciait plus d'entasser roman sur roman que de créer quelque œuvre parfaite; réaction surtout contre le romancier Ijrique, contre sa phraséologie, sa sentimentalité, le galimatias et les beaux sentiments de ses amoureux et de ses amoureuses. VÉdacation sentimentale et Madame Bovary sont la forte parodie du romantisme et de romans tels que 2e Lys dans la vallée. L'intention est claire, elle est môme cruellement soulignée dans certaines scènes de Madame Bovary^ surtout dans celle du Comice agricole. Il faut bien avouer que chez Flaubert et Maupassant, chez les Concourt et chez Daudet, il y a plus d'art, de style et d'esprit que chez Balzac; plus de sensibilité aussi, ou du moins une sensibilité plus fine, quoique tout imprégnée d'ironie. Aucun roman de Balzac ne nous émeut autant que les derniers chapitres de Madame Bovary, ou que les dernières .pages de Fort comme la mort. Avec le Petit Chose, VÉvangéliste, SaphOy Daudet a fait couler des larmes que 'la Comédie humaine n'a jamais arrachées à personne. Les Concourt eux-mêmes, ces Concourt si spirituels et si railleurs, qu'on a souvent accusés d'insensibilité, ne leur suffisait-il pas pour répondre à l'injuste reproche de prononcer le nom de Renée Mauperin, création

exquise dont l'équivalent n'est pas chez Balzac, Renée, la < mélancolique tintamarresque », ainsi qu'elle se définit elle-même, sœur française de la plus aimable fille de Tolstoï, sœur de Natacha Rostow?

Non, il n'y avait chez Balzac ni l'esprit, ni les délicatesses, ni la tendre nervosité des réalistes que la seconde moitié du xix« siècle a vu paraître. Mais ce qui les sépare de lui, ce sont des différences qui tiennent au tempérament de l'écrivain ou à des changements survenus dans l'âme française, de plus en plus blessée, de plus en plus maladive ; ce ne sont pas des différences de principes et d'école. Tous continuent Balzac par le caractère résolument moderniste de leurs œuvres, par les minuties de leur pinceau, par la précision et la vérité tout actuelle de leurs décors, par le choix de leurs modèles et de leurs sujets. Les modes ont pu changer, elles ont changé depuis le temps où écrivait Balzac ; les brodequins de prunelle puce, les robes à guimpe, les cabriolets à pompe, les diligences, sont oubliés. Des types ont disparu, celui de la grisette, de l'officier en demi-solde, de l'émigré ; d'autres, celui du bohème ou celui de la duchesse anglaise, ont tant soit peu perdu de leur prestige. Mais bien des choses que Balzac avait décrites n'ont guère changé; le bureau de journal, l'étude de l'avoué ou du notaire sont encore tels qu'il les avait vus. Et que les dehors de la vie se soient ou non modifiés, c'est toujours la vie, sous son aspect nouveau, c'est toujours la réalité contemporaine que nos grands romanciers tentent aujourd'hui encore d'exprimer; et forcément ils en reviennent à des sujets qu'avait au moins indiqués Balzac. Toutes les fois qu'ils pénètrent à fond dans l'étude de nos mœurs et qu'ils ne se contentent pas d'écrire des histoires d'amour.

ils se rencontrent avec Balzac, ils lui paient tribut.

Flaubert n'aurait pu peindre les personnages qu'il a rassemblés autour de M"»« Bovary, médecins de cheflieu de canton, pharmaciens, curés, conseillers de préfecture, hobereaux, etc., peut-être n'aurait-il pas môme eu l'idée de les peindre, si Balzac n'avait fait pendant vingt ans, de ces « petits bourgeois », de cette terne et vulgaire humanité, l'objet de son observation.

Bel-ami ressuscite Lucien de Rubempré.

En peignant la vie des gens de lettres dans Charles Demailly et celle de l'artiste dans Manetle Salomon, les Concourt n'ont fait que rajeunir Pierre Grassoa, les Illusions perdues et la Muse du département.

Fromont Jeune et Rissler aîné, cette peinture de la vie dans les quartiers commerçants de Paris, dans le Marais cher à Balzac, est un chapitre ajouté à la Comédie humaine.

Une scène de la Cousine Bette et une scène de Numa Roumestan fourniraient môme l'occasion d'un rapprochement plus précis entre Balzac et Daudet. Dans la Cousine Bette, Hortense, trompée par son mari, se révolte; elle veut poignarder M»*»« Marneffe qui lui a pris le cœur de Wenceslas, et lui, elle ne veut plus le revoir, jamais. Mais sa mère, M°»« Hulot, intervient, la prend dans ses bras, la berce comme un enfant, et, faisant un grand effort, lui dit : < J'ai été trahie, aussi moi, ma chère Hortense. Tu me trouves belle, je suis vertueuse, et je suis cependant abandonnée depuis vingt-trois ans pour des Jenny Cadine, des Josèpha, des Marneffe. » — C'est la belle scène de Numa Roumestan entre Rosalie et M"« Le Quesnoy, celle où la vieille mère essaie de consoler sa fille d'une semblable trahison en lui disant à son tour :

€ Ta destinée est celle de toutes les femmes, et ta mère n'y a pas échappé... »

Hélas ! Balzac a eu, il a formé des élèves qui lui font moins d'honneur. Il est en partie responsable de la littérature brutale qui s'est appelée le naturalisme. Ce réalisme caricatural et grossier a eu pour premier représentant Champfleury ; il en a eu d'autres, à une date plus rapprochée. Quand ceux-là se revendiquaient de Balzac, on leur disait qu'ils n'étaient point ses fils, mais ceux de Restif de la Bretonne. Non, c'est eux qui avaient raison. Le roman naturaliste sort du roman balzacien en décomposition, de ces œuvres dernières et profondément répugnantes dont les plus typicfaes sont la Rabouilleuse y les Paysans, la Cousine Bette, et qui ont frayé la voie à toute une école de pornographes.

C'est le malheur de Balzac que des écrivains d'espèce si différente puissent au même titre se réclamer de lui. Ainsi s'attestent une dernière fois, et jusque dans sa postérité littéraire, les désolantes inégalités de son génie. S'il a préparé la venue de nos plus distingués réalistes, il a également préparé l'éclosion d'une littérature sans dignité et sans beauté qui est la plus basse de toutes les industries, et dont il semble que le but soit de nous faire prendre en dégoût la vie et les hommes.

De là vient qu'avec lui nous ne nous sentirons jamais tout à fait à l'aise.

Il a laissé l'œuvre la plus vaste qu'aucun romancier ait édifiée ; mais à cette œuvre on hésite à donner le nom d'œuvre d'art, parce qu'elle est demeurée à l'état

d*énorme ébauche et surtout parce qu'il ne s'en dégage rien ou presque rien de grand, de noble. Elle n'est point de celles qui nous inspirent, selon la vieille formule, € des sentiments bons et courageux >, et il est, en somme, presque aussi difficile d'aimer Balzac que de ne pas l'admirer.

APPENDICE

Liste par ordre chronologique des œuvres qui composent la Comédie humaine ^

Les Chouans,

La Physiologie du mariage.

El Verdugo.

Étude de femme.

La Paix du ménage,

La Maison du Chat-qui-pelote.

Le Bal de Sceaux,

La Vendetta.

Gobseck.

Une Double famille.

Les Deux rêves (Sur Catherine de Médicis).

Adieu,

VÉlixir de longue vie, Sarrazine.

Une Passion dans le désert.

Un Épisode sous la Terreur.

Le Réquisitionnaire.

Les Proscrits, Le Chef-d'œuvre inconnu, L'Auberge rouge, La Peau de chagrin (1830).

Jésus 'ChHst en Flandre (1830).

Maître Cornélius.

1. J'inscris Tœuvre à la date où elle a achevé de paraître; la date ou les dates entre parenthèses sont celles où avaient paru déjà certaines parties de Tœuvre. Pour des renseignements plus complets, voir V Histoire des œuvres dont ce tableau [n'est qu'un extrait.

Madame Firmiani.

Le Message.

Le Colonel Chaberl.

Le Curé de Tours (les Célibataires).

La Bourse.

La Femme abandonnée.

Louis Lambert.

La Grenadière.

Les Marana.

Ferragus, chef des Dévorants (Histoire des Treize).

Le Médecin de campagne.

Eugénie Grandet.

Vlllusire Gaudissart.

La Duchesse de Langeais (1833,— Histoire desTreize).

La Recherche de l absolu.

La Femme de trente ans (1830, 1831, 1832).

Le Père Goriot.

Un Drame au bord de la mer.

Melmoth réconcilié.

La Fille aux y eux d'or {iS^^y^ — Histoire des Treize).

APPENDICE

Le Contrat de mariage.

Séraphita (1834).

La Messe de l'athée.

L'Interdiction.

Facino Cane.

LeLysdans la vallée (1835).

VEnfant maudit (1831).

La Vieille fille.

Le Secret des Ruggieri (Sur Catherine de Médicis).

Les Deux poètes (les Hlusions perdues).

Les Employés.

Gambara.

Histoire de la grandeur et de la décadence de César Birotteau.

Le Cabinet des antiques (1836).

La Maison Nucingen.

Une Fille d'Eve.

Un Grand homme de province à Paris (les Illusions perdues).

Le Curé de village.

APPENDICE Les Secrets de la princesse de Cadignan.

Massimilla Boni.

Pierrette (les

Célibataires).

Z. Marcas,

Un Prince de la Bohème. Pierre Grassou.

Une Ténébreuse affaire.

Le Martyr calviniste (Sur Catherine de Médicis).

Ursule Mirouet.

La Fausse maîtresse.

Mémoires de deux Jeunes mariées,

Albert Savarus.

Un Début dans la vie.

La Rabouilleuse (1841, — les Célibataires).

Autre étude de femme (1832, 4840).

Sur Catherine de Médicis^ Introduction.

Honorine.

La Muse du département (1832, 1833, 1840).

Comment aiment les filles (1838, — Splendeurs et misères des courtisanes).

Les Souffrances dun inventeur (les Illusions perdues).

Modeste Mignon.

Gaudissart IL

A combien Vamour revient aux vieillards (1 843, — Splendeurs et misères...).

Béalrix.

Les Paysans (la 2® partie n'a paru qu'en 1855).

Un Homme d'affaires

Les Comédiens sans le savoir (1844, 1845).

Oà mènent les mauvais chemins (Splendeurs et misères...).

La Cousine Bette (les Parents pauvres).

Les Petites misères de la vie conjugale (1830, 1839, 1840, 1845).

Le Cousin Pons [les Parents pauvres).

APPENDICE

La Dernière incarnation de Vautrin (Splendeurs et misères...).

L'Envers de Vhisioire connporaine (1842, 1843, 1844, 46).

Le Député d'Aras (1'° parï ; la suite, publiée après

la mort de Balzac, en 1853, est de Charles Rabou).

Les Petits bourgeois (publiés et peut-être achevés par Charles Rabou).

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