‹ Balzac; ses idées socialesChapitre 22 sur 37 · VIII. — La Constitution de l'Eglise · texte numérisé non relu

VIII. — La Constitution de l'Eglise

... Les hommes ont beaucoup perdu à sortir des voies tracées par le Christianisme. L'Eglise, de laquelle peu de personnes s'avisent de lire l'histoire, et que l'on juge d'après certaines opinions erronées répandues à dessein dans le peuple, a offert le parfait modèle du gouvernement que les hommes cherchent à établir aujourd'hui. Le principe de l'élection en a fait longtemps une grande puissance politique. Il n'y avait pas autrefois une seule institution religieuse qui ne fût basée sur la liberté, sur l'égalité. Toutes les voies coopéraient à l'œuvre. Le principal, l'abbé, l'évêque, le général d'Ordre, le Pape étaient alors choisis consciencieusement d'après les besoins de l'Eglise ; ils en exprimaient la pensée : aussi l'obéissance la plus aveugle leur était-elle due. Je tairai les bienfaits sociaux de cette pensée qui a fait les nations modernes, inspiré tant de poèmes, de cathédrales, de statues, de tableaux et d'œuvres musicales, pour vous faire seulement observer que vos élections plébéiennes, le jury et les deux Chambres ont pris racine dans les conciles provinciaux et œcuméniques, dans l'épiscopat et le collège des cardinaux; à cette diff'érence près que les idées philosophiques actuelles sur la civilisation me semblent pâlir devant la

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sublime et divine idée de la communion catholique, image d'une communion sociale universelle, accomplie par le Verbe et par le fait réunis dans le dogme religieux. Il sera difficile aux nouveaux systèmes politiques, quelque parfaits qu'on les suppose, de recommencer les merveilles dues aux âges où l'Eglise soutenait l'intelligence humaine.

— Pourquoi ? dit Genestas.

— D'abord , parce que l'élection , pour être un principe, demande chez les électeurs une égalité absolue : ils doivent être des quantités égales, pour me servir d'une expression géométrique, ce que n'obtiendra jamais la politique moderne. Puis les grandes choses sociales ne se font que par la puissance des sentiments, qui seule peut réunir les hommes, et le philosophisme moderne a basé les lois sur l'intérêt personnel, qui tend à les isoler. Autrefois, plus qu'aujourd'hui, se rencontraient, parmi les nations, des hommes généreusement animés d'un esprit maternel pour les droits mé-" connus, pour les souffrances de la masse. Aussi le prêtre, enfant de la classe moyenne, s'opposait-il à la force matérielle et défendait-il les peuples contre leurs ennemis. L'Eglise a eu des possessions territoriales, et ses intérêts temporels, qui paraissaient devoir la consolider, ont fini par aff^"aiblir son action. En effet, le prêtre a-t-il des propriétés privilégiées, il semble oppresseur ; l'Etat le paye-t-il, il est un fonctionnaire, il doit son temps, son cœur, sa vie; les citoyens lui font un devoir de ses vertus, et sa bienfaisance, tarie dans le principe du libre arbitre, se dessèche dans son cœur. Mais que le prêtre soit

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