CHAPITRE I
Considérations générales.
C'est suiloul (les Communes que sortirent les Monts de Pieté, inspirés par la charité chrétienne. Ces étabhssemcnts sont de vraies banques de crédit: ceux qui y déposent un objet sont sûrs qu'il sera bien conservé; en efTet, s'ils empruntent au Mont de Piélé, ils deviennent en même temps ses créanciers, vu qu'on prête bien rarement sur ce gage plus de la moitié de sa valeur. C'est une confiance, un crédit réciproque.
Avant l'institution des Monts de Piété, ceux qui avaient besoin d'argent devaient recourir aux prêteurs à la petite semaine, offrir de bonnes valeurs et payer des intérêts énormes sans être sûrs de bien placer leurs gages. Les prêteurs étaient d'ordinaire les Juifs, qui avaient presque le privilège de faire toutes les opérations de banque depuis l'ère chrétienne, et même dans l'ancienne Grèce, au dire des historiens. Est-ce par une aptitude particulière, ou parccqu'isolés de la société par la singularité de leur religion, de leurs mœurs, même avant leur grand crime, les Juifs le furent encore plus dans la suite par la nouvelle croyance qui les exclut de toutes les fonctions sociales? C'est ce que révélera une étude plus approfondie de l'histoire de ce peuple étonnant dans le sein duquel fut semé et cultivé le sentiment de fraternité qui doit embrasser toute la terre, et dont on trouve dans les Livres Saints des signes évidents qui ont besoin d'être explicjués par la philologie, appuyée sur les histoires contemporaines et sur les monuments. C'était donc aux Juifs que recouraient riches et pauvres, et les Juifs étaient haïs, souvent persécutés ; mais ils rendaient haine pour haine, et au prix de mille sacrifices, de mille souffrances, de mille tortures, continuaient à prêter de l'argent à des intérêts fabii-
loux. En avaienl-ils loulc la faulo? Les Clirélicns aussi qui prêtaient, comme les Florentins, les Lombards, les Galiorsins, étaient poursuivis parfois avec quelque justice, plus souvent par les envieux, les débiteurs qui ne pouvaient payer, ceux qui ignoraient les vrais principes d'économie politique. Les intérêts étaient énormes parce qu'ils contenaient une grosse prime d'assurance, les prêts étaient à la grosse aventure; on persécutait les prêteurs, l'argent se cacbait ou ne se montrait qu'à des intérêts monstrueux. Les grands d'alors, il est vrai, étant les plus forts, faisaient les lois à leur guise, et de temps à autre se servaient des tortures, de la prison, des massacres, pour liquider leurs comptes avec les prêteurs. Mais que pouvaient faire les pauvres ruinés par les usuriers impitoyables? Recourir à eux une seule fois, c'était comme se jeter dans un gouffre. On engageait un objet après l'autre, et la misère extrême était le dernier degré de cette échelle de douleurs. Qui pouvait penser à apporter quelque remède à ces maux, sinon ceux qui sont animés de sentiments de vraie fraternité, ou par cette religion qui enseigne à être tout charité pour ceux qui souffrent?
Ce fut, selon l'opinion de plusieurs é(îrivains, le père Barnabe de Terni, de l'ordre des Frères Mineurs, qui, touché de tant de misère, lit, du haut de la chaire, comprendre aux riches la nécessité d'affranchir les pauvres de l'usure des Juifs, et les engagea à mettre de l'argent en commun pour le leur prêter gratuitement. Les riches réunissent bientôt un capital, et on fonde à Pérouse le premier Mont de la Miséricorde, qui plus tard et partout prit le nom de Mont de Piété. Sur les instances des prêtres, les ijremiers humanitaires, Orvieto, Viterbe, Bologne suivent l'exemple de Pérouse. Les Monts de Piété sont approuvés à plusieurs reprises par les papes 1406 à 1506, et Léon X soumet au cinquième Concile de Latran la question de savoir si les Monts pouvaient se faire payer un intérêt par les déposants et par les emprunteurs ; la question est résolue affirmativement, et une bulle pontificale consacre et confirme ce premier établissement de crédit des classes qui travaillent et souffrent.
Bernardin de Feltre, également de l'ordre des Frères Mineurs, que l'on regarde comme le promoteur des Monts de Piété dans l'Italie Septentrionale, en prêche le besoin dans le rues, et l'efficacité de sa parole en fait fonder un à jVIantoue, la ville des anciens prêteurs à gros intérêts. A Rome, en 1559, un commissaire du même Ordre, secondé par les dons et le concours de personnes charitables, appuyé par la bulle de Paul lïl, fonde le Mont de Piété de Rome. Charles Borromée,
le saint, le grand adminlslrateur, le lettré, qui vendit son patrimoine et ses meubles pour secourir les pauvres, fonda tant d'établissements de charité, et le premier après Cliarlemagne donna à l'instruction des bases si larges qu'elles s'étendirent à l'univers entier, Charles Borromée se trouva parmi les premiers fondateurs de ces banques pieuses, en établit une dans son palais, et lui donna des règlements.
Au temps de Bernardin de Feltre, eut lieu une véritable propagande pour établir des Monts de Piété dans tous les pays chrétiens. A la voix de l'Italie catholique il s'en fonda à Avignon et dans les villes qui en dépendaient. Cet exemple fut imité dans plusieurs pays de l'Europe, car la parole vive, désintéressée, ardente pour le bien d'autrui, donna de l'activité h ceux qui depuis longtemps contemplaient ce douloureux spectacle, ne connaissant pas d'abord le moyen d'y porter remède, et puis peut-être trop impuissants et trop paresseux pour le faire efficacement, bien qu'ils fussent chrétiens.
J'ai dit que le sentiment de fraternité fut aussi le promoteur des Monts de Piété : en effet, on en vit bientôt naître en Suisse, dans les Etats-Unis presque dès l'établissement des colonies européennes, et partout où il y eut un peu de liberté civile (i)- Il y en a aussi en Chine, pays sans castes, où le mérite seul élève aux emplois.
La fondation des Monts de Piété fut un grand bienfait, d'autant plus grand que, dans les premiers temps de leur institution, plusieurs prêtaient sans intérêt, quelques-uns faisaient payer seulement les frais d'administration, et d'autres prêtaient à un taux plus ou moins modéré en raison de l'abondance ou de la petite quantité des capitaux de fondation. Ils tuèrent en Europe l'usure organisée, et donnèrent peut-être l'impulsion à d'autres établissements de crédit pour les classes élevées. Ceux qui y recouraient n'étaient pas seulement les gens peu aisés ; les possesseurs de terres, les commerçans momentanément gênés ;2;, empruntaient sur hypdthèque, sur des objets précieux ou sur d'autres valeurs, comme on fait encore actuellement dans plusieurs Monts de Piété d'Italie et de l'étranger. Quelques-uns d'entre eux devinrent de vraies banques de crédit selon la dénomination moderne, tels, par
(1) Pasqiiier, ancien prdfet du .Jura, dans un mcmoirj publié à Rouen en 1831, cito un Mont do Piété établi à Fri.sing en Bavière en 1198. On parle aussi d'un ctablisHement semblable créé ù Salins en 13.j0. Mai« il n'y a pas de documents authentiques qui constatent la création de ces deux Monts de Piété.
:2; Dans les lieux où ils existent ils secourent le pauvre et prêtent au pndt commerce et à la petite in«lu.stric.
exemple, le Mont de Piété du Saiiil-Esptit à Rome, celui de Sienne, quelques-uns du Piémont et de l'Italie méridionale. Dans le Piémont et sur d'autres points de la péninsule, on fonda des banques de Piété d'un genre spécial, mais d'après le même système, pour secourir les agriculteurs, leur fournir des grains à l'époque des semailles, et au moment ou ils augmentent de prix, et pour conserver leurs huiles, en les prenant en gage ou leur donnant un reçu qu'ils peuvent échanger contre de l'argent.
Les Monts de Piété furent donc la première base des établissements de crédit tendant à rendre plus fructueux le travail des ouvriers ; ils les éloignèrent des usuriers, qui les mettaient dans l'impossibilité de recouvrer leurs gages, et auxquels ils devaient donner le fruit de leurs fatigues avec la certitude d'une misère toujours croissante; ils les engagèrent à penser à l'avenir en leur donnant le moyen de le préparer, en leur faisant voir qu'ils pouvaient employer leurs économies, à acquérir des objets avec lesquels, dans les moments de besoin, ils pourraient obtenir de l'argent des Banques de Piété, sans payer des intérêts ruineux. Cette prévoyance rend le pauvre ouvrier plus content, mieux portant, plus robuste, et par conséquent rend plus fructueuse la force intelligente des personnes qui travaillent pour gagner leur vie.
En effet, quand un homme a chez lui des objets de quelque valeur sur lesquels il peut emprunter de l'argent à faible intérêt en cas de maladie, de chômage, au moment de payer le loyer de sa maison, de sa boutique, de son champ, ou d'acheter un instrument de production, il travaille avec gaieté, avec amour, avec assiduité, avec plus d'adresse; l'esprit est plus vif quand il n'est pas sous le poids de l'accablement, et le travail est plus productif. L'ouvrier alors travaille et convertit ses épargnes en objets, en meubles qui lui servent doublement, comme agréments de la vie dans les bons jours, comme instruments de crédit dans le moment du besoin. Il devient pour lui-même en quelque sorte une banque de dépôt et d'épargne, passédant et jouissant dans le premier cas, et dans le second se procurant de l'argent près des Monts de Piété, à peu de frais et sans renoncer à ce qu'il possède ; car les Monts de Piété les plus avares font moins payer que les banquiers d'autrefois. Sans doute, quand arrive le moment de la nécessité de confier au Mont de Piété une partie de ses objets, il doit penser au moyen de regagner par un travail encore plus assidu le capital et les intérêts, il doit avoir la constance, la force de faire l'épargne nécessaire pour racheter son bien; mais dans les Monts de Piété qui font payer le 18 p. //, en
payant 118 IV. pour les 100 fr. cmpruiilcs il pourra avoir se? meubles, qu'il n'aurait peut-être pu recouvrer auparavant en payant 150 p. y^.
N'cst-il pas vrai encore que, quand un ouvrier est arrive à faire quelque épargne dans le but arrêté de réunir les choses nécessaires et confortables pour sa famille, propres à servir de dépôt aux Monts de Piété pour emprunter de l'argent, il est entré bien avant dans la moralité, dans une idée et une ferme proposition de prévoyance? Il peut encore élever ses pensées, tourner ses désirs vers des espérances plus hautes, concevoir l'ambition de la propriété. C'est le but le plus élevé des établissements de crédit pour les classes peu aisées. L'ouvrier, pour peu que la fortune lui sourie, arrivera à son but par la constance du travail et de l'économie.
Les inconvénients, que ces établissements peuvent produire, sont, au dire de quelques-uns : celui surtout de donner occasion aux personnes portées à la paresse d'en profiter trop aisément pour satisfaire leurs caprices et leurs passions. En cédant à ce mauvais instinct, on marche plus vite à la misère. La première fois qu'un individu a recours au Mont de Piélé pour emprunter de l'argent, il a à lutter contre lui-même ; il éprouve une grande peine à se défaire des choses dont il fait usage, et qu'il regarde quelque fois comme indispensables; il est avili de devoir se mettre sur la porte d'un établissement de bienfaisance sous les yeux des passants, d'exposer ainsi en public sa misère; il souffre de se présenter ensuite à ses amis sans son meilleur vêlement, sans l'ornement qu'il portait souvent, et de laisser voir sa maison privée des objets qu'il a engagés; il est fâché de n'avoir plus l'instrument de travail qui lui servait; (i) il souffre de se détacher de l'objet qu'il aime puisque les hommes aiment tout ce qui les entoure, choses ou personnes, et que l'amour que nous avons pour la chaise sur laquelle nous avons l'habitude de nous asseoir entre certainement dans les mille éléments de l'amour de la patrie.
Quand on a une fois surmonté ce sentiment de pudeur qui est le fond de la dignité humaine, si on l'a fait pour des besoins impérieux, on fait, il est vrai, tous ses efforts pour reprendre ce qu'on a à moitié perdu; mais si on l'a fait pour satisfaire à la dissipation, au plaisir, au jeu, alors on s'endurcit le cœur, on devient sourd aux sentiments les pins nobles, on a recours aux paradoxes, on tran-
si A Ilanibourj,' une BaïKiuc bpcctîilc prctc aux ouviicr.s, en leur laissant Jc.-> p:ago« et .spdcialemunt le.-- instruments de travail,
Vl';.v^^V flriii'jiir' /"iiiihircs. b
sige avec la raison, on étouffe le cri de la conscience. Sans doute alors, de chute en chute, on tombe inévitablement dans l'abîme de la misère, bien qu'un peu plus tard, à la vérité, qu'à l'époque où il n'y avait pas de Monts de Piété, et où l'on payait aux usuriers un intérêt de 50 p. ^. On devient mauvais mari, mauvais père de famille, citoyen turbulent, on fréquente de mauvaises compagnies, et on finit en demandant l'aumône, en prison ou sur Téchafaud. — Mais les gouvernements, pour qui c'est un devoir, les particuliers animés de bons sentiments ont cherché un remède à ces inconvénients : on menace de vendre les gages aux enchères, après un temps déterminé et quelquefois encore trop court; on expose les bureaux d'engagement aux yeux du public, mesure qui peut-être fait du bien à quelques-uns et du mal au plus grand nombre.
On dit que les Monts de Piété se sont éloignés de l'esprit de leur institution, puisqu'il y en a bien peu qui prêtent gratuitement, qu'ils prêtent même plus aux riches qu'aux pauvres, et qu'ils sont ainsi devenus des établissements usuraires. Il est vrai qu'ils ne prêtent pas au 40 et 50 p. ^, mais aujourd'hui un tel intérêt n'est presque plus possible, parce que l'argent est plus abondant, les habitudes de crédit et d'honneur sont plus fortes, les propriétés mieux garanties qu'au moyen-âge par les lois et les tribunaux. Les pauvres paient le 6, le 8, le 10 et même le 18 p. y^, et ne reçoivent presque jamais le 4 p. y^ aux Caisses d'Epargne, tandis que les riches en temps ordinaire trouvent à leurs banques de l'argent à 6, 5, 3 et même 2 p. y^, et retirent bien plus de 3 p. % de leurs capitaux employés dans l'industrie. C'est à tort qu'ils se plaignent de ne retirer que le 3 ou 4 p. y^ des terres qui procurent tant de plaisir, tant de satisfactions morales, tant d'avantages, qui satisfont si bien la dignité et l'amour-propre de l'homme, qui portent avec elles tant de privilèges et de droits civils et politiques. Ils ne savent pas que s'ils se contentaient d'un revenu de 3 p. y^, on n'aurait pas à craindre les crises qui bouleversent la société et causent tant de maux à cette classe qui n'a d'autre capital que le travail, capital que dans les moments de crise elle ne peut employer, et alors il ne lui reste plus qu'à mourir de faim et de désespoir !
On fait beaucoup d'autres reproches aux Monts de Piété, et on note qu'ici les administrateurs ont manqué à leur devoir, que là on vend trop vite les gages, que les uns ne les conservent pas bien, que dans les autres le minimum du prêt est trop élevé, et que le pauvre, dans un besoin urgent, no peut obtenir de l'argon! parce qu'il n"a pas à engager
Un objet (l'une valeur double de ce qu'il emprunte; par exemple, dans les Banques compatissantes ou cruelles de Nantes et de Grenoble, le minimum du prêt est pour la première G fr. et 5 fr. pour la seconde.
Mais quels sont les établissements de bienfaisance où l'on ne puisse relever des abus? Si un glouton meurt d'indigestion, doit-on se passer de manger? Les abus doivent être corrigés par les gouvernements, les personnes bien pensantes, les pbilantropes, les vrais chrétiens, les écrivains, par de bonnes lois et surtout par une bonne instruction. Les Monts de Piété sont le premier pas vers l'émancipation de ceux qui vivent de salaire, et les institutions de bienfaisance doivent aller toujours en progressant et se développant. Mais on récolte le raisin cinq ans après avoir planté la vigne, et il y a bien des années que les pauvres attendent le raisin.
L'expérience enseigne que les règles suivantes sont les plus propres à diriger les Monts de Piété selon le but auquel ils sont destinés.
ClJAPlTIiE II.*^
Règles principales d'une Banque de Piété.
1 . Trouver le capital à faible iulérêt, si l'on ne peul l'avoir graluilement, pour pouvoir le prêter aux pauvres à intérêts modérés; ces intérêts sont d'ordinaire mesurés sur ceux qu'on doit payer aux fournisseurs du capital à prêter, et sur les frais d'administration. Cette règle, qui est applicable aussi à toutes les banques de prêt, a pour but de rendre plus facile le rachat des gages. Jusqu'ici le capital est souvent provenu de prêts particuliers sous forme d'actions, d'obligations, de legs, d'établissements de bienfaisance, de dons, de quêtes, des Municipes, des Caisses d'Epargne (Maycnce, Milan, les Romngnes, Trieste) ; quelquefois de dépôts (Belgique, Prusse, Russie, Lombardie, Turin et autres pays); et encore des cautionnements des employés (à Paris il y en a pour plus de 1,6G0,000 fr.). On pourrait aussi, comme en Belgique, prélever un tant p. % sur les bénéfices des commissionnaires.
2. Conserver les objets engagés avec beaucoup de soin et mieux qu'on ne l'a fait jusqu'à présent dans quelques Banques, dans un local séparé et fait exprès, dans des garderobes spéciales selon le temps et la qualité des dépôts et avec le moins de dépense possible.
3. Donner aux déposants toutes les facilités pour engager, racheter, renouveler ou prolonger les prêts sans perte de temps ni d'argent. Quels inconvénients et quelle perte d'argent ne causent pas certains Monts pour ces opérations, et quel tort ne font pas ceux qui ne permettent pas de renouveler I II faut dégager les objets, mais pour cela il faut de l'argent pour solder le capital, l'intérêt, les frais, et souvent la commission des intermédiaires. Si le pauvre n'a pas la somme nécessaire, il doit ou abandonner le gage, ou se faire prêter de l'argent par les usuriers. On pourrait éviter ces inconvénients avec l'aide de succursales et d'agences, qu'on tiendrait ouvertes non pas une ou deux fois par semaine, mais tous les jours, avec des commissionnaires jurés payés par la Banque, par les Municipes, par les Etablissements de bienfaisance, mais non par les pauvres déposants, comme en France et ailleurs.
4. Administration gratuite ou au moins à bon marché. Qu'il y soit pourvu par les Municipes ou par les Gouvernements qui ont dc^à un
droit de cunlrôlo sur les élablissemcnls du bienfaisance, ou bien par la Dircclion générale des établissemenls de bienfaisance, dans les lieux où elle existe. — Mais que les directeurs et les employés soient payés raisonnablement pour pouvoir travailler avec zèle et consacrer tout leur temps à leur emploi.
5. Qu'on ne rende plus inévitable la vente des gages après J'écliéance des prêts, mais qu'on avise aux moyens de les proroger à peu de frais, ou qu'on fonde un établissement voisin et dépendant du Mont, pour recevoir tous les gages dont le prêt est échu; on inscrirait sur les registres de ce bureau les noms des propriétaires, sous le sceau du secret toutefois, en renouvelant le prêt pour une année encore. Qu'après ce délai, on procède à la vente, mais en donnant aux enchères plus de publicité qu'elles n'en ont actuellement, en présence de personnes d'une haute position sociale et non d'un seul ou de quelques employés; que ces employés ne reçoivent pas leur traitement des pauvres, c'est-à-dire du produit de la vente des gages de ceux qui ont élé trop pauvres pour les racheter, mais qu'ils le reçoivent, comme je l'ai déjà dit, du Municipe, de la Province ou de la Direction des établissements de bienfaisance. — Quand on ne prépose aux ventes que quelques employés subalternes, il y a évidemment danger d'abus. Tous les hommes sont bons par nature, mais les besoins, mais les tentations des intéressés peuvent faire fermer un œil, faire hâter l'adjudication (ce moment solennel où, dans une vente publique, l'enchérisseur devient propriétaire de la chose en vente) pour favoriser un acheteur au détriment d'un autre, faire naître des obstacles, entraver en somme la liberté de la vente. Le besoin, la faim font succomber les plus forts. A qui une partie de la faute? à ceux qui ont mis ces ïTialheureux presque dans la nécessité de manquer à leur devoir. — Les hommes ne sont pas des anges, surtout quand ils sont en proie à des besoins impérieux.
0." Que le minimum du prêt soit vraiment le plus faible possible. Un franc dans tous les pays où a cours la monnaie fondée sur le système métrique, un quart de florin en Allemagne, quatre réaux en Espagne, une drachme en Grèce, un quart de rouble d'argent en Russie, six pences en Angleterre et dans ses colonies, ou en somme, comme le veulent quelques écrtvains, l'iunlé de monnaie du pays, quand elle ne représente pas une valeur trop élevée. Qu'un pauvre, dans le cas d'une nécessité extrême, puisse avoir de quoi donner à manger à sa famille pendant lui jour, d que pour rela ces banques soient ouverles tous
les jours. Ce qui fail qu'il est bien de séparer les Moûts de Piété en deux sections : 1 ." entrée des gnges et prêt ; 2." sortie, rachat des gages et encaisse des prêts remboursés.
7.° Que le gain des Monts de Piété serve à réduire la dette de la Banque, à abaisser dans la suite le taux du prêt, mais qu'il n'aille ja^ mais aux mains des particuliers, ni même d'autres établissements de bienfaisance. Les pauvres doivent être protégés et aidés par les classes aisées; autrement le Mont ne serait plus vraiment un établissement de bienfaisance, de piété. Un Mont de Piété, par exemple, dans le courant de l'année 1862 a gagné 40,000 fr.; que ce bénéfice serve à réduire sa dette, à solder les frais d'administration s'ils sont encore à sa charge, et le reste à abaisser l'intérêt de 6 à 5 p. Y^ pour 1863, et ainsi de suite, en laissant seulement la réserve nécessaire'pour les cas imprévus, dont on n'a pas du reste à s'efïrayer, vu qu'alors la générosité publique ou l'Etat viennent au secours des Monts de Piété. Si on avait employé de cette manière les bénéfices des Monts de Piété de Paris, au lieu de les envoyer aux hospices depuis 1777, on aurait aujourd'hui un capital égal aux prêts annuels: 50 millions de francs.
8." Que les Monts des capitales et des villes de province ouvrent des comptes courants avec ceux des villes de moindre importance et des villages, pour que les déposants qui se rendent de l'une à lautre ville, et qui ont des gages à racheter, puissent payer leur dette et recevoir leurs gages sans une trop grande augmentation de frais. Qu'une personne qui engage à Paris, à Londres, à Madrid, à Milan, à Rome, à Naples, puisse en se rendant à Marseille, à Douvres, à Barcelone, à Corne, à Civitavecchia, à Salerne: payer sa dette et avoir le gage qu'elle a laissé dans la vifie correspondante.
9.° Que le propriétaire de gages, s'il change de domicile sans pouvoir racheter les objets déposés, ait la faculté de demander au Mont la vente de son gage même avant l'échéance du prêt (i), et puisse ainsi profiter du surplus obtenu à la vente. Sans cette faculté, l'emprunteur est obligé d'abandonner ses gages, ou de vendre ses billets aux usuriers, qui dans quelques villes tiennent pour cela des bureaux ouverts,
(1) Le Mont de Piété' de Corne accorde ce droit au déposant: nîais il faut, qu'il présente d'abord une instance avec son reçu, à ses risques et périls. Le Mont conserve le secret: si le produit de la vente est inférieur à l'estimation, c'est le dér posant qui paie la différence, et non les experts, comme il arrive dans les ventes ordinaires.
et retombe ainsi entre les mains des vautours, dont les initiateurs des Monts de Piété avaient voulu le délivrer.
10.° Supprimer le plus possible les commissionaires légaux et illégaux si onéreux pour les emprunteurs (i;, qui donnent par an 500,000 francs aux vingt-deux commissionaires de Paris — 500,000 fr. payés par les pauvres ! — multiplier les succursales dans les endroits favorables; en un mot, épargner au pauvre toute perte de son capital, le temps, matière du travail.
11.° Qu'on emploie, comme je l'ai dit au n.° 9, le surplus obtenu à la vente, au bénéfice des pauvres et à la réduction de l'intérêt pour les emprunteurs futurs car c'est presque un crime de bénéficier sur la misère des pauvres (2).
12.° Que, pour faciliter le rachat des gages, on place, comme cela se fait en France, à côté du Mont, une Caisse d'à compte, une petite Caisse d'Epargne ou line succursale, pour recevoir les petites économies destinées au recouvrement des dépôts. Ces établissements accessoires éviteraient la vente des objets engagés, et habitueraient les pauvres à songer bien plus à la Caisse d'Epargne qu'au Mont de Piété, comme nous le verrons plus avant. Il en existe à Paris depuis 1838; ils produisent un bon effet, et admettent le dépôt d'à compte depuis un franc.
13.° Que les bonis des ventes améliorent l'état de la Banque. » 1 4,° Que les estimateurs responsables soient payés par la Banque, ainsi que les commissionaires, s'il y a nécessité de les conserver, mais non par les emprunteurs.
15.° Qu'on reçoive en général les objets précieux aux y^ de leur valeur, les autres aux y.
10.° Que les Banques où il y a des fonds disposés exprès prêtent gratuitement jusqu'à 5 fr., mais en faisant payer les frais d'entretien.
(1) Les commissionaires avaient ctc abolis par Louis XV, et des mesures administratives les firent revivre, mais avec quelques restrictions. De sorte qu'il faudra beaucoup d'argent pour racheter leur privilège dans le cas où on voudrait l'abolir, comme on devrait le faire aussi pour les agents de change, les courtiers
(2) Les gains des Monts qui prêtent au G, 7, 8 et 9 p. •>/„ et empruntent au 3 p. "/o •'*c donnent d'ordinaire aux hôpitaux, aux hospices. On n'a pas réfléchi à Tinjustice, à l'immoralité de cette transmutation de propriété. Toute la nation doit aider ses pauvres et la classe qui travaille.
AO
Statistique de quelques Monts de Piété.
Etats, départements ou provinces
FRxiNCE (';
Aisno ....
Bouches-du-Rliùne
Côte d'Or Doubs Finistère (j ard
Garonne (Haute)
Gironde
Hérault
Isère
Loirc-Infëricure
Maine-et-Loire
Marne
Meurthe
Moselle Nord
Pas-de-Calais
Rhin (Bas)
Rhône
Saône-et-Loirc
ticine
Seine-Infe'rieurc
Seine-et-Oise Var -
Vaucluse
Vienne (Haute)
Villes
Intérêts
St. Quentin
Aix
Arles
Marseille
Tarascon
Dijon
Besançon
Brest
Bcaucaire
Nimes
Toulouse
Bordeaux
Montpellier
Grenoble
Nantes
Angers
Reims
Luneville
Nancy
Metz
Berg-ues
Cambrai
Douai
Lille
Valenciennes
Arras
Boulogne
Calais
Saint-Omer
Strasbourg
Lyon ^2)
Paray le Monail
Paris (3)
Dieppe
Havre
Rouen
Saint-Germain
Versailles
Brignollcs
Grasse (')
Toulon
Apt
Avignon (*)
Carpentras
L'Islc
Limoges
Epoque de la fondation
ij mai
31 août 10 mars
G février 17 septembre
0 décembre 10 juin
0 mars 27 août 30 juin
3 décembre
4 septembre 22 mars
19 février
27 novembre 24 juillet 1. "janvier
6 décembre 23 mai
9 novembre
13 octobre
21 décembre
22 novembre 18 septembre 31 mai
31 octobre
30 novembre
Capital employé
Francs
en
fl.
Nombre
3 <aj
des gages
fr.
itats, départements
Villes
Intérêts
Epoque
Capital
Nombre
ou provinces