‹ BarabbasChapitre 4 sur 34 · L'ETERNELLE DUPE · texte numérisé non relu

L'ETERNELLE DUPE

'éternelle (1u|)o, c'est moi, l);ii'al)l)as —

.l'ai mis le temps à m'en apercevoir, mais je

4o BARABBAS

comprends maintenant la profonde parole de saint Paul : Etant lié^ je suis libre.

Lié sur la croix, Jésus a l'éternité pour tenir ses promesses : son royaume est en l'air. On est plus exigeant pour moi qui suis de ce monde, hélas ! et quand on ne voit pas venir les jours meilleurs que j'annonce, on me traite d'insensé ou d'imposteur. J'ai le mauvais rôle : Je suis condamné à faire les gestes.

Si on l'avait mis, lui, au pied de la croix, aussi souvent qu'on m'a mis au pied du mur, il y a longtemps que son prestige serait évanoui.

Le peuple juif a commis une faute irréparable en réclamant Barabbas.

C'est Jésus qu'il a délivré, et c'est moi qu'il a maintenu dans le servage.

A lui le Golgotlia préservé des crues, à moi la vallée perpétuellement inondée de larmes !

Sa croix, c'est moi qui la porte, et elle m'est d'autant plus lourde qu'il est toujours dessus, qu'il s'est empressé d'y reprendre une place avantageuse, en sortant du tombeau.

Parbleu ! La croix est un lit de repos vertical. Ma

l'étf:rnelle dupe

destinée, à moi, est de cheminer sans cesse et de dormir au pied des calvaires, comme un chien sur les descentes de Ht.

Et si encore les accessoires de la Passion : clous, couronne d'épines, éponge iml)ihée de vinaigre, n'avaient servi qu'une fois et qu'à lui !

Mais il y a 1900 ans que la chrétienté m'en fait user le stock ! I.es

clous sont dans ma chaussure, les épines dans mon traversin, et c'est dans ses brocs que le mastroquet presse pour moi l'éponge intarissable !

Pauvre Barabbas ! Pauvre dupe ! Ecce Homo,

quand lu parais, se traduit par : Voici le Vilain Homme!... l:Lt, cependant, à toi aussi il est arrivé, combien de fois ! de mourir adossé contre un poteau d'exécution, les bras étendus en croix, les pieds et les mains troués non pas par des clous, mais par des balles, de mourir d'exemple pour sauver un monde !

PAROLES DANS LA VALLEE

X I \) . On S}oit, dans ks champs du Poitou, sautilkr sur trois pattes da chii'ns auxquds on en attache une pour permettre aux ifaches, aux moutons et aux ehHres quits gardent et harcètent, de brouter en paix.

Quette teçon!

44 PAROLES DANS LA VALLÉE

X\). La nuit du cht^mimau s'éfoik de culs de bouhillcs —

X'^I. II ^ a au bord de la Creuse des chemins fantasliques.... On les dira il plantés de mendiants difformes et foudro-^êSy menaçant les nuées de leurs poings, de leurs moignons, de leurs infirmités, y aime ces chemins, comme des cimetières où seraient tous les miens, que je nai pas connus —

X\)II. On me dit quelquefois : « Ya te faire pendre ailleurs! »

On ne me dit jamais : <( Tiens te faire pardonner chez nous ».

X\)III. Cette année, comme à peu près tous tes ans, en commémoration de l'ère nou-\)eIle, fai pas.sé

PAROLES DANS LA VALLÉE

la journée du 14 Juillet en prison et la nuit du 4 Jloût à la belle étoile.

K I X. // ^ ^ des gens qui croient nous consoler ou nous faire prendre patience, en nous disant que les idées aussi cheminent.

KX. << Tes père et mère honoreras, « Afin de ifi^re longuement.... »

Mon père! mon père! c'est donc pour m'abréger l'existence que -^ous aS)ez gardé l'anon;;^meF Merci tout de même.

XXI. // est trop certam que la France se dé- Dcuple. Je n'ai rencontré .sur mon chemin, aujourd'hui.

46 PAROLES DANS LA VALLEE

qui' deux gendarma, deux douaniers el un garde champêtre.

KKII. « Si ton ennemi a faim, enseigne saint t^auï, donne-lui à manger, car ce sont des charbons ardents que tu amoncelleras sur sa tête! »

Merci ! cœurs miséricordieux qui me refusez un croûton de pain : j'ai assez comme cela des charbons du soleil....

XKIII. Saint Mathieu raconte : <( En ce temp.s-là, Jésus pas.sant par les blés, un jour de Sabbat, ses disciples, qui avaient faim, se mirent à arracher des épis et à en manger.... »

A combien de mois de prison, le même geste, aujourd'hui, m\xposerait-il, i)i eux frères?

X X I \) . « Lasciate ogni speranza ! » fai laissé toute espérance à la porte des prétoires, y ai beau faire -Valoir mes droits à ïaSiancemenl, je n'ose plus me flatter détre promu à une nouS)elle indignité.

PAROLES DANS LAr VALLEE

XX\). Pour quanliH' de personnes suparslilkuses, f aumône esl un placement, et le mendiant une poule aux œufs d'or, qui pondra lâ-haul Quand on S)ous répond : « J'ai mes pauS)res... », entendez donc : «J'ai déjà, en trois pour cent, de quoi i}ii}re largement au Paradis ».

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