‹ Barbares et bandits: la prusse et la communeChapitre 13 sur 13 · ALEXANDRE DUMAS FILS · texte numérisé non relu

ALEXANDRE DUMAS FILS

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vengeance : Turenne et Napoléon sont contemporains devant sa rancune. Jamais non plus elle ne se croit quitte et ne se déclare assouvie. Leipsick et Waterloo n'étaient pour elle qu'une première revanche, l'a- ; compte d'une dette insolvable, tant elle en avait outré la sanglante usure. Cette haine héréditaire, on l'enseignait dans ses écoles, on la professait dans ses universités, ses poëtes l'aiguisaient dans leurs chants de guerre, ses philosophes la rédigeaient en systèmes; elle avait fondé des sectes, créé des gymnases ; elle était rame et l'objectif de ses institutions militaires. Si le polythéisme existait encore, l'Allemagne aurait consacré des temples et voué des victimes au Mauvais Génie de la France. Aussi, quand l'heure eut sonné, quand l'occasion provoquée eut enfin surgi, quelle levée en masse et en ordre ! quel ralliement subit autour de la Prusse ! quel renoncement absolu aux griefs sanglants qu'elle avait contre elle! quelle fusion ardente et active dans l'unité qui devait centupler ses forces ! Tout se trouva prêt à la fois : les volontés et les armes, les calculs et les enthousiasmes, le mécanisme et la flamme. La France était vaincue d'avance, avant d'avoir combattu.

Ce trésor de haine qui est parfois la ressource unique d'un peuple, où il puise, aux jours du péril, les énergies du salut suprême, nous l'avions amassé pendant l'invasion. Il s'était grossi de tant d'opprobres et de cruautés, d'affronts et d'outrages qu'il paraissait presque inépuisable. Une o de dan - -

mois a-l-elle donc suffi à le dissiper? Une poignée, de bandits ravageant Paris, pendant leur règne éphémère, nous fera-t-elle oublier la race gigantesque, puissante, innombrable, qui s'acharne à notre perte, menace notre existence nationale, et, à l'heure qu'il est, écrase encore le tiers de la France ? La guerre servile* a-t-elle amnistié dans nos âmes la guerre étrangère ï En ce cas, il faudrait désespérer de la France; car elle-même aurait abjuré l'espoir.

Loin d'amoindrir la haine de la Prusse, cette exécrable insurrection aurait dû l'accroître : car elles sont jointes l'une à l'autre par des affinités si étroites qu'elles se confondent dans une sorte de monstre à peux tètes. La Commune a été dressée par la Prusse : les crimes qu'elle a commis sont les plagiats de ses forfaits militaires. Cest à son école qu'elle a appris les réquisitions, la loi des otages, les pillages, les fusillades sommaires, les incendies méthodiques. Ses bandits étaient les* valets du bourreau allemand, qui, debout sur les remparts de Paris, présidait à l'exécution de la France. Et qui pourrait affirmer que Cette infâme parodie ne recelait pas une secrète enfente? Qui pourrait dire quel or on trouverait en Touillant le fond de cet égout déchaîné ? Qu'on se rappelle les signes d'intelligence échangés entre Saintt>enis et l'Hôtel-de-Ville; un agent prussien reconnu sous l'uniforme du général en chef de l'insurrection; es étranges paroles de M. de Bismark reconnaissant, à la tribune du parlement fédéral, « un grain

de bon sens dans la révolution parisienne. » Ces indices épars, si on parvenait à les compléter, nous conduiraient peut-être, par des ramifications ténébreuses, à quelque horrible rencontre de la Commune surprise en flagrant délit de complicité avec l'invasion.

Ce qu'il y a de certain du moins, c'est la joie des armées allemandes devant les catastrophes de la dernière lutte. Nous étions à Montmorency pendant cette semaine infernale. Chaque soir, du haut des collines, on voyait les incendies s'allumer comme des cratères, dans l'enceinte de Paris qui débordait l'horizon.. Les Tuileries, l'Hôtel-de-ville, le Conseil d'État, le Palais-Royal, des rues entières prenaient fèu et s'embrasaient tour à tour. Le spectre rouge de la grande ville brûlée vive flamboyait sur la noirceur de la nuit. Les officiers et les soldats prussiens accouraient là, comme aux avant-scènes d'un spectacle , gais, railleurs, bruyamment joyeux, saluant les jets des flammes incendiaires comme les fusées d'un feu d'artifice. J'entends encore leurs éclats de rire; j'entends leurs hurrahs et leurs quolibets vociférés dans cette langue allemande qui prend, quand elle insulte, l'accent bestial d'un idiome sauvage. Ces rires effrayants déchiraient le cœur. La Prusse attroupée sur les coteaux de cette campagne qu'elle a saccagée, et acclamant l'incendie de Paris, faisait songer à Néron regardant brûler Rome du haut de sa tour.

Haïssons donc qui nous hait si bien. Cette guerre

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