AVANT-PROPOS III
canon qui mutile et qui déchire la patrie. Mais, en maudissant la Prusse, j'ai tâché aussi de la pénétrer; l'étude tient dans ce livre autant de place que l'indignation. Je n'ai rien à rétracter d'ailleurs des deux passions qui ont inspiré ces pages de combat : l'ardent amour de la France et la haine profonde de ses ennemis.
Français, quoique cet acte lui eût ouvert, parmi nous, la carrière des honneurs et des hauts emplois. — « Oui, dit-il quelque part avec une ironie attendrie, où
* Ton sent des. larmes mouiller le sourire, — , oui, j'ai 2> dit le vrai mot : ce fut le fol orgueil du poëte alle- » mand qui m'empêcha, même pro forma, de deve-
* nir Franç&ig. Cç fut une chimère idéale dont je ne
* puis nie débarras3er, Relativement à ce que nous
* nommons d'ordinaire patriotisme, je fus toujours
> un esprit fort ; mais je ne pouvais toutefois me dé-
* fendre d'une certaine angoisse, quand il s'agissait
* de quelque chose qui, même de loin, pouvait sem- » bler un divorce avec la patrie. Même dans l'àme du » plus éclairé des homme?, subsiste toujours une pe-
* tite racine de mandragore de la vieille superstition,
> qui ne se laisse pas extirper. On n'en parle pas vo-
> lontiers, mais elle n'en pousse pas moins dans les
> recoins les plus mystérieux de notre âme ses bour- » geons imprudents. Le mariage que j'avais con- » tracté avec Notre-Dame d'Allemagne, notre chère » Germania, la blonde gardeuse d'ours, ne fut jamais » heureux, Je me souviens bien de quelques belles » nuits de clair de lune où elle me pressait tendre- » ment wv son large sein aux vertueuses mamelles \
* mai» ces nuits sentimentales peuvent se compter ;
> et, vers la matin, revenait toujours un refroidis-
* sèment chagrin, accompagné de bâillements et de
* gronderies sans fin. Aussi avons-nous fini par vivre
* séparés de corps. Mais les choses n'allèrent pas jus-
> qu'à un divorce en forme. Je n'ai jamais pu prendre
* sur moi de me séparer de ma croix domestique. i> Toute apostasie m'est odieuse, et je n'aurais pu me » séparer d'aucune chatte allemande, ni d'un chien » allemand , quelque insupportables que fussent ses
* puces et sa fidélité. Sous ce rapport, le plus petit i cochon de mon pays ne saurait se plaindre de moi. » Parmi les élégants et spirituels pourceaux du Péri- » gord qui ont découvert les truffes et s'en engrais- » sent, je ne reniai jamais ces 'modestes porcs qui, p chez nous, dans la forêt de Teutobourg, se gorgent, d dans de simples auges de bois, des fruits du chèj|e a paternel ? comme autrefois Jeurs pieux ancêtres, du
* temps ou Arminius battit Varus. Je. n'ai pas perdu » non plus une seule des soies de mon germanisme,
> une seule sonnette de mon bonnet allemand ? et j'ai d toujours le droit d'y attacher la cocarde noire ? rouge » et or. Je puis encore dire à Masmann : a Nous autres » ânes allemands ! » Si je m'étais fait naturaliser eji i> France, Masmann pourrait me répondre ; « Moi » seul, je suis un âne allemand, toi tu ne l'es plus, »
> Et, là-dessus, il ferait une culbute moqueuse qui
* me briserait le cœur. Non ? je ne me suis pas exposé
* à une telle avanie. Semblable chose ne siçd pas à un
> poëte qui a écrit les plus beaux lieder allemands...
* Le tailleur de pierres qui ornera le lieu de mon » dernier sommeil, ne sera contredit par personne, » s'il y grave ces mots : « Ici repose un poëjte
* allemand. »
Mais s'il aimait l'Allemagne,- le poëte haïssait la Prusse, et sa haine n'était que le revers de ce grand amour. Né à Dusseldorf en +801, alors que cette ville était encore la capitale du duché de Berg, jamais il ne voulut se reconnaître le sujet des Hohenzollern. Lorsqu'il vint se tixer en France, il se déclara « Prussien libéré. »'En Athénien du Nord, il détestait cette Sparte de caserne, cette pesante et dure Macédoine dont il voyait déjà le joug de fer broyer et niveler son pays. Avec l'intuition du poëte, il prédisait le brutal servage que, depuis, elle a étendu sur l'Allemagne. Il lui déclara une guerre immortelle, et son arc d'Apollon germain fît pleuvoir sur elle des traits meurtriers.
On sait quel incomparable railleur était ce poëte exquis et magnifique entre tous. Parmi les dons que lui firent les Fées de l'Allemagne, groupées autour de son berceau, — flûte enchantée, miroir magique, baguette divinatoire des trésors cachés, — figure, en première ligne, ce fusil du Freyschutz dont toutes les balles portent coup* Le rire du Satyre éclatait souvent sur ce visage inspiré ; il ajustait l'épigramme avec une verve et une sûreté effrayantes. La langue de feu de l'ironie voltigeait jusque sur son grabat de paralytique. — « Je viens de voir Aristophane mourant ! » s'écriait un de ses compatriotes qui venait de visiter son étincelante agonie. Gaieté héroïque et poignante : elle était le masque, ou plutôt le casque que ce mourant avait revêtu pour jouter contre la douleur : derrière coulaient le sang et les larmes.
Empruntons à son œuvre quelques-unes des pages militantes qu'il a lancées sur la Prusse; puisons des armes de fabrique allemande dans cet arsenal splendide et terrible. La guerre vient de les retremper dans l'actualité la plus vive ; les prédictions qui s'y mêlent leur donnent une portée singulière. Gomme Balaam, amenons dans notre camp le poëte étranger pour lui faire maudire nos ennemis. Aujourd'hui même s'il vivait encore, il ne rétracterait pas, comme le devin biblique, ses malédictions.
En \ 832, dans la préface de son livre : De la France, Henri Heine flétrissait au fer rouge l'hypocrite politique de la Prusse , préférant l'absolutisme dogmatique et net de l'Autriche à cette ambition tortueuse et vorace qui ressemble à l'appétit d'un peuple de proie. — « Au fait, disait-il, nous pouvons com- » battre contre l'Autriche, lui livrer hardiment un
> combat à mort le glaive à la main ; mais nous sen- » tons dans le fond du cœur que nous ne sommes pas
> fondés à insulter cette puissance avec des paroles
> offensantes.. L'Autriche a toujours été un' ennemi
> franc et honorable, qui n'a jamais nié, ni même
* suspendu un-seul instant sa lutte contre le libéra- » lisme. Metternich n'a jamais fait" les doux yeux à la
* déesse de la liberté, jamais, dans l'inquiétude de
> son cœur, joué le démagogue, jamais chanté les
> chansons d'Arndt, jamais bu la bière blanche de » Brandebourg, jamajs joué aux gymnases patrioti- » ques sur la bruyère, jamais fait de bigoterie piétiste,
j> jamais pleuré sur l'es détenus des forteresses, pen- » dant qu'il les y tenait à la chaîne. On a toujours su d ce qu'il pensait à cet égard, toujours su qu'il fallait » se garder de lui, et Ton s'en est fort bien gardé. On » savait qu'il n'agissait ni par amour, ni par haine » mesquine, triais grandement, et dans l'esprit d'un » système auquel l'Autriche est demeurée fidèle de- » puis trois siècles... Pouf la Prusse, nous en devons
* parler sur un autre ton. Que les savants valets des » bords de la Sprée rêvent un grand empereur des » Borussiens et proclament l'hégémonie et la magnià fique et protectrice suzeraineté de la Prusse, à la » bonne heure! M#is, jusqu'à présent, la couronne de
* Carolus Magnus est suspendue trop haut, et les
* doigts crochus des Hohenzollern pourraient bien ne » pas réussir à la faire descendre jusqu'à eux, et à v l'ajouter, dans leur escarcelle, a leur précédent bu- » iin de tant de joyaux saxons et polonais.
> Oui, la couronne de Charlemagne est encore trop » haut, et je doute qu'elle descende jamais sur la tête
* de ce prince éperonné d'or, auquel ses barons ren-
* dent déjà et par avance hommage, comme au futur » restaurateur de la Chevalerie... Il est vrai que na-
* guère encore, beaucoup d'amis de la patrie ont » souhaité l'agrandissement de la Prusse, et espéré
* voir dans ses rois les chefs d'une Allemagne une et » indivisible ; qu'on a su amorcer le patriotisme, et
* qu'il y a eu un libéralisme de Prusse, et que les > amis de la liberté tournaient déjà des regards con-
HENftl HEINE ET LA PRUSSE 7
» fiants vers les tilleuls de Berlin. — Pour moi je n'ai
» jamais voulu consentir à partager cette confiance.
d J'observais bien plutôt avec inquiétude cet aigle
» prussien ; et, pendant que d'autres vantaient sa
» hardiesse à regarder le soleil, moi je n'étais que
» plus attentif à ses serres. Je ne pouvais me fier
» à cette Prusse, bigot et long héros en guêtres,
» glouton, vantard, avec son bâton de caporal qu'il
» trempe dans l'eau bénite avant de frapper. Elle me
» déplaisait cette nature philosophe, chrétienne et
» soldatesque, cette mixture de bière blanche, de
* mensonge et de sable de Brandebourg. Elle me ré- 3 pugnait, mais au plus haut degré, cette Prusse d hypocrite, avec ses semblants de sainteté, ce Tar- » tuffe entre les États. »
« Tartuffe entre les États d, c'est Une marque indélébile, que ce mot appliqué à cet État rapace et perfide, qui vole et rançonne «par la grâce de
* Dieu » , et rédige ses actes de rapine eii jargon biblique. Cette tartufferie nationale S'est incarnée dans l'homme de violence et de ruse qui ta gouverne aujourd'hui, et qui, de la franchise méme^ a fait un mensonge.
« Cette Prusse — ajoutait le poëté, lui arrachant » tous ses masques — elle sait mettre tout à profit, » même ses révolutionnaires. Elle emploie des com- » parses de toutes couleurs pour sa comédie politique; » elle utilise ses zèbres aux raies tricolores. Elle a fait » servir, dans les derniers temps, ses démagogues les
» plus fougueux à prêcher par le monde que toute
» l'Allemagne devait devenir prussienne. Hegel a
» été obligé de démontrer comme rationnel l'escla-
* vage, c'est-à-dire le statu quo actuel. Il a fallu que » Schleiermacber protestât contre la liberté, et recom- » mandat le dévouement chrétien au bon plaisir de » l'autorité. C'est chose infâme et révoltante que cette » profanation de philosophes et de théologiens, par » l'influence desquels on veut agir sur le peuple, et
* qu'on force à se déshonorer publiquement, à trahir
> la raison et Dieu. Que de beaux noms flétris! que
* de charmants talents desséchés dans le but le plus
* indigne! Qu'il était beau, le nom d'Arndt, avant
> que, par ordre supérieur, il écrivît ce pamphlet tei- » gneux, où il frétille comme un chien, en l'honneur » de l'ancien maître, et, en vrai chien vandale, aboie » après le soleil de Juillet ! Schleiermacher est cheva-
* lier de l' Aigle-Rouge de troisième classe. C'était ja-
> dis un meilleur chevalier et, par lui-même, un aigle,
* et il appartenait* à la première classe. Mais ce ne » sont pas seulement les grands, ce sont aussi les » petits qu'on ruine de cette façon. Nous avons le
> pauvre Ranke, que le gouvernement prussien a fait » voyager à ses frais. Il avait un joli talent pour déj> couper et coller d'un air pittoresque, les unes à côté » des autres, de petites figurines historiques : excel- » lente âme, tendre comme de l'agneau aux navets » de Teltow, homme innocent, que je prendrai pour
> ami de la maison, si jamais je me marie; et certai-
» nement libéral. Aussi le pauvre garçon a été ré-
» cemment obligé de faire, dans la Gazette d'État,
» une apologie des résolutions prussiennes de la
» Diète. D'autres stipendiés qyjie je ne veux pas nom-
» mer, ont dû faire de même, et ce sont pourtant des
» libéraux. — Oh ! je les connais ces jésuites du
» Nord! Quiconque, par besoin ou par légèreté, a
» une fois accepté d'eux la moindre chose est perdu
» pour toujours. De même que l'enfer n'abandonne
i> plus Proserpine depuis qu'elle y a mangé un pépin
i> de grenade, ainsi ces jésuites détiennent à toyt ja-
» mais l'homme qui a reçu d'eux la plus chétive ba-
j> gatelle , ne serait-ce qu'un pépin de la . grenade
> d'or, ou pour parler prosaïquement, un simple
i> louis. A peine lui permettent-ils, comme l'enfer à
» Proserpine, de remonter l'espace d'une demi-année
* sous le soleil de la terre. Pendant cette période, j> ces gens nous apparaissent comme des hommes de » lumière, et prennent place parmi nous autres i> Olympiens, et ils parlent et ils écrivent tout d'amd broisie libérale. Cependant, au temps prescrit, on j> les retrouve dans les ténèbres infernales, .dans » l'empire de l'obscurantisme, où ils écrivent des
* apologies prussiennes... Quand Napoléon mesurait
* avec ses pas l'étroit espace de sa cage de bois, à j> Sainte-Hélène , et qu'il lui revenait dans l'esprit » qu'il avait omis d'écraser la Prusse, il grinçait alors » des dents, et si un rat venait à passer en ce mo- » ment sous ses pieds, il écrasait le malheureux rat. »
Douze' ans plus tard, en 1844, dans son poëme dô Germania, relation humouristique du voyage qu'il fit, à cette époque, en Allemagne, Henri Heine, retrouvant la Prusse à Aix-la-Chapelle, roide et hostile
comme un poteau dô frontière, sentait l'antipathie native se réveiller dons son àme, et il écrivait ces stro-
phes, où le sarcasme étincelle :
c — A Aix-la-Chapelle, les chiens s'ennuient dans » les rueâ, et ont l'air de vous faire cette humble
* prière : « Dorïne-rttioi donc un coup de pied, ôétran- & ger ! peut-être cela nous distraira-t-il un peu. » —
* J'ai flâné une petite heure dans ce trou ennuyeux. » C'est là qde je revis l'uniforme prussien , il n'est a pas beaucoup changé. — Ce sont toujours les man- » . teaux gris avec le col haut et rouge : « Le rouge si- » gnifie le sang français », chantait autrefois Kœrner
* dans ses dithyrambes guerriers. — C'est toujours » le même peuple de pantins pédants, c'est toujours a le même angle droit à chaque mouvement,' et, sur » le visage, la même suffisance glacée et stéréotypée. » — Ils se promènent toujours aussi roides, aussi
* guindés, aussi étriqués qu'autrefois, et droits j> comme un I : on dirait qu'ils ont avalé le bâton » de caporal dont on les rossait jadis. — Oui, Tinsy> trument de la schlague n'est pas entièrement dis-
* paru chez les Prussiens, ils le portent maintenant » à l'intérieur. Leur longue moustache n'est tout j> bonnement qu'une nouvelle phase de l'empire des
* perruques; au lieu de pendre sur le dos, la queue
HENRI HEINE ET LA PRUSSE. il
» vous pend maintenant sous le nez. — Je fus assez » content du nouveau costume de cavalerie ; je dois » en faire l'éloge. J'admire surtout l'armet à pique, d le casque avec sa pointe d'acier sur le sommet. — » Voilà qui est chevaleresque, voilà qui sent le ro- » mantisme du bon vieux temps, la châtelaine Jeanne » de Montfaucon, les bacons de Fouqué, Uhland et » Tiek. — Cela rappelle si bien le moyen âge avec ses » écuyers et ses pages, qui portaient la fidélité dans » le cœur et un écu sur le bas du dos ! — Cela rap- 2> pelle les croisades, les tournois, les cours d'amour i> et le féal servage, et cette époque des croyants sans » presse où les journaux ne paraissaient pas encore. » — Oui, oui, le casque me plaît! il témoigne de d l'esprit élevé de S. M. le spirituel roi de Prusse. » C'est véritablement une saillie royale; elle ne » manque pas de pointe, grâce à la pique. — Seule- » ment, je crains, messires, quand l'orage s'élèvera, i> que cette pointe n'attire sur votre tête romantique » les foudres plébéiennes les plus modernes. — A » Aix-la-Chapelle, je revis à l'hôtel de la poste, l'aigle » de Prusse que je déteste tant; il jetait sur moi des d regards furieux. — Ah! maudit oiseau! si jamais » tu me tombes entre les mains, je t'arracherai les » plumes et je tes rognerai les serres ; — puis je t'at- » tacherai dans les airs, au haut d'une perche, en » point de mire d'un tir joyeux, et autour de toi j'ap- » pellerai les arquebusiers du Rhin. — Et le brave > compagnon qui me l'abattra, je l'investirai du
i> sceptre et de la couronne rhénane; nous sonne- 3 rons des fanfares et nous crierons : « Vive le » roi! »
Plus loin, le^ poëte, pénétrant dans la montagne enchantée où dort Frédéric Barberousse , et causant avec le vieil empereur légendaire, lui redemande, avec une mordante ironie, le moyen âge, ses pompes et ses œuvres, plutôt cfue la féodalité soldatesque exhumée et galvanisée par la schlague moderne de la Prusse : — « Sori$ bientôt , mon empereur, de ta
> montagne; reviens! reviens! — Si la guillotine ne
> te plaît pas, tiens-t'en aux anciennes méthodes : l'é-
* pée pour les nobles, la corde pour les bourgeois
> et les vilains. — Seulement, change de temps en
> temps; fais pendre les nobles et décapiter un peu 3 les bourgeois et les paysans ; car nous sommes
* tQus des créatures du bon Dieu. — Rétablis le
> code pénal, la procédure impitoyable de Charles- » Quint, et divise le peuple en états, en commu-
> nautés et en corporations. — - Rétablis-nous le » vieux saint-empire romain ; rends-nous toutes ces » guenilles resplendissantes, avec toutes leurs gen- » tillesses vermoulues. — Le moyen âge, le vrai » moyen âge, tel qu'il a été, je veux bien l'accep-
* ter ; mais délivre-nous de ce régime bâtard, —
* de cette chevalerie en uniforme prussien, hideux
* mélange de superstition gothique et de moderne » mensonge qui n'est ni chair ni poisson. — Chasse- 3 moi cet attirail de comédiens, chasse-les de ces
> tréteaux où Ton parodie le passé. Viens, vieux * empereur Barberousse ! »
Ce que Henri Heine détestait surtout dans la Prusse, c'était cette haine brutale de la France qu'on apprend chez elle à l'école, dont elle a fait l'âme damnée de sa politique, et qu'elle cherche à inoculer à l'Allemagne, comme «une rage nationale. Gallophagie est le nom presque médical de ce virus écumant. Les teutomanes s'intitulentfièrement Franzosenfresser, «mangeurs de Français. i> La teutomanie vit en "Prusse à l'état de secte grotesque et farouche. Manger du Français à la choucroute dans les brasseries ; grimper au mât dans les salles de gymnastique, pour s'exercer à la conquête de la Gaule ; boire de la bière dans une sorte de verre taillé en forme de crâne romain, et que l'on appelle pour cela roemer; se garder, comme d'un blasphème, de tout mot d'étymologie française ; apprendre, dans les manuels d'université, que le « peuple français est un peuple de singes, affenwolk», et que « la ville de Paris est la vieille maison de Satan », Paris dos alte Haus des Satans; aller saluer comme des ancêtres , dans le Walhalla du roi Louis de Bavière les bustes d'Alaric et de Totila, et les encenser d'un nuage de mauvais tabac ; allumer, chaque année, sur la plus haute montagne, un feu de paille à l'anniversaire de la bataille de Leipzig; s'enivrer religieusement le jour de la prise de Paris, sont les rites sàcrosaints de cette franc-maçonnerie gallophobe. Ses griefs contre nous ne remontent pas seulement
aux guerres du premier empire ; ils se rattachent à toute sorte de vieux démêlés gothiques dont, avec notre légèreté française, nous avons perdu la mémoire. Cela remonte aux temps d'Armin, le Germain tatoué, et de -cette vieille Thusnelda que l'Ambigu remettait l'autre jour en scène.
Henri Heine nous mettait en garde contre cette haine fossile et immémoriale. — <r Prenez garde — nous a disait-il — je n'ai que de bonnes intentions, et je » vous dis d'amères vérités. Vous avez plus à
* ëraindre de l'Allemagne délivrée que de la Sainte* a Alliance tout entière, avec tous les Croates et tous » les Cosaques. D'abord, on ne vous aime pas en » Allemagne, ce qui est presque incompréhensible, » car vous êtes pourtant bien aimables, et vous » vous êtes donné, pendant votre séjour en Allemaj> gne, beaucoup de peine pour plaire au moins à
* la meilleure et à la plus belle moitié du peuple
> allemand. Mais, lors même que cette moitié vous
> aimerait, c'est justement celle qui ne porte pas » d'armes et dont l'amitié vous servirait peu. Ce
> qu'on vous reproche au juste, je n'ai jamais pu à le savoir. Un jour, à Gœttingue, dans un cabaret i> à bière, un jeune Vieille-Allemagne dit qu'il fallait » venger dans le sang des Français le supplice de
* Konradin de Hohenstaufen que vous avez décapité
* à Naples. Vous avez certainement oublié cela, mais
* nous n'oublions rien , nous. Vous voyez que lors-
> que l'envie vous prendra d'en découdre avec
HEtfRh HEINE ET LA PRUSSE 15
a vous, nous ne manquerons pas de raisons d'alle- » mand. Dans tous les cas, je vous conseille d'être » sur vos gardes : qu'il arrive ce qu'il voudra en
> Allemagne, que le roi de Prusse ou le docteur » Wirth parvienne à la dictature, tenez- vous tou- » jours armés, demeurez tranquilles à votre poste,
* l'arme au bras. Je n'ai pour vous que de bonnes » intentions, et j'ai été presque effrayé quand j'ai-
* entendu dire dernièrement que vos ministres » avaient le projet de désarmer là France..* Gomme, i> en dépit de votre romantisme actuel, vous êtes » nés classiques , vous connaissez votre Olympe. *> Parmi les joyeuses divinités qui s'y régalent de
> nectar et d'ambroisie, vous Voyez une déesse qui, » au milieu de ses doux loisirs, conserve néanmoins 2> toujours une cuirasse, le casque en tête et la lance î» à la main. — C'est la déesse de la Sagesse. *
De même, Edgar Quinet raconte quelque part, que* voyageant sur le Rhin, avec un écrivain allemand* distingué du reste et même modéré, il se hasarda à lui demander quel était, selon lui et ses amis, le but politique vers lequel tendait l'Allemagne. A quoi il lui répondit du plus grand sang-froid : * Nous voulons reyenir au traité de Verdun entre les fils de Louis le Débonnaire. »
Le teutomane était lui des plastrons favoris d'Henri Heine; il le bafouait à outrance et le criblait de traits acérés. Dans ses tournois satiriques, c'était sur cett& tête de Cimbre qu'il essayait le plus volontiers la
force de son esprit. Avec quelle verve comique il nous peint dans son livre du Harlz, un de ces voltigeurs d'Arminiufc! — « Mon Prussien de Greifswald assura » que la simplicité et la force allemandes n'étaient » pas encore éteintes, se frappa à s'ébranler la poi- » trine, et vida là-dessus une énorme cruche de * bière blanche. Celui-ci appartenait encore à ces » temps patriotiques où la vermine vivait à souhait,
> et où les coiffeurs couraient risque de mourir de » faim. Il portait une longue chevelure tombante,
> une barette chevaleresque, un habit noir teutoni- » que, une chemise sale, qui servait également de
> gilet, et, par-dessus, un médaillon contenant quel- » ques crins blancs du cheval de Blùcher. C'était
> un niais de grandeur naturelle. Mon ami de Greifs-
> wald était aussi un barde allemand, et il me
> confia qu'il travaillait à un poërne héroïque national, à la louange d'Arminius et de la bataille de » Teutobourg. Je lui donnai plus d'un bon conseil » pour la confection de cette épopée; je lui fis re- » marquer qu'il pouvait donner une idée très ono- » matopéique des marécages et des chemins raboteux » de la forêt de Teutobourg par des vers rocailleux » et flasques, et que ce serait une finesse patriotique
> de ne prêter à Varus et aux Romains que de vèri-
> tables sottises. J'espère que cet artifice du métier
> lui aura réussi, comme aux autres poètes de Ber-
> lin, de manière à produire l'illusion la plus ef-
> frayante. >
Ce qui répugnait surtout à Heine dans la Teutomanie, c'était sa grossièreté barbare et son étroitesse de tribu. Son esprit lumineux et libre avait horreur de ce patriotisme hargneux, parqué dans ses préjugés et ses superstitions de race, comme dans un clan insociable. — « Oui, dit-il, j'ai pu même jadis prendre » en dégoût la chose elle-même, quand je vis la » mascarade de ces noirs imbéciles qui ont fait du » patriotisme leur métier régulier et ordinaire, se. » sont accoutrés d'un costume assorti au métier, se j> sont réellement partagés en maîtres, compagnons » et apprentis, et avaient leur salut et leurs signes j> de passe, avec lesquels ils s'en allaient s'escrimer » dans le pays. Je dis s'escrimer, dans le sens le plus j> canaille des teutomanes; car la véritable et noble j> escrime avec le glaive n'a jamais fait partie des j> us et coutumes de ce corps de métier. Leur père
> Jahn, Jahn le père de la maîtrise, fut, comme chaj> cun sait, aussi lâche qu'absurde pendant la guerre j> avec la France. Ainsi que le maître, la plupart des j> compagnons n'étaient que des espèces vulgaires, » des hypocrites mal léchés dont la grossièreté n'était x> pas même de bon aloi. Ils savaient fort bien que j> la naïveté allemande considère encore aujourd'hui » la rudesse comme un indice de courage et de j> loyauté, quoiqu'un regard jeté dans nos maisons » de correction pût suffire à démontrer que des gre-
> dins sont rudes aussi, de même que beaucoup de » lâches. En France, le courage est civilisé et poli,
i& BARBARES Et BANDITS
* et la loyauté porte des gants et vous tire le cha-
* peau. En France, le patriotisme consiste dans % l'amour pour le pays natal , parce qu'il est en 2> friême temps la patrie de la civilisation et des pro- » grès de l'humanité. Le susdit patriotisme allemand % consiste^ au contraire, dans la haine contre la » France, dans la haine contre la civilisation et le
* libéralisme. N'est-ce pas que'je lie suis pas tin pa*
* triote, ftioi qui loue la France? #
Il revient ailleurs, avec un redoublement de spirituelle éloquence, sur ce fétichisme tudesque opposé à la propagande généreuse et large du génie français : •— » t Ofl chercha, pour renverser Napoléon, à réveiller ii Un sentiment commun à tous les Allemands, et
* alors les personnages les plus éminents parlèrent
* de la nationalité allemande, d'une patrie commune J> à tous, de la réunion des races chrétiennes de
* la Germanie, de l'unité de l'Allemagne. On nous
* commanda le patriotisme, et nous devînmes pa-
* triotes; car nous faisons tout ce que nos princes
* noué commandent. Il ne faut pas cependant se fc représenter, sous ce nom de patriotisme, le sénti-
* ment qui porte ce nom en France,. Le patriotisme
* du Français consiste en ce que son cœur s'échauffe,
* qu'il s'étend, qu'il «s'élargit , qu'il enferme dans » son amour, non pas seulement ses plus proches, » mais toute la France, tout le pays de la civilisa-
* tion. Le patriotisme de l'Allemand, au contraire* » consiste en ce que son cœur se rétrécit, qu'il se
a rapproche comme le cuir par la gelée, qu'il cesse
» d'être .un citoyen du monde, un Européen, pour
i> n'être plus qu'un étroit Allemand. Nous vîmes
2> alors la balourdise idéale mise en pratique par le
» sieur Jahn, et ce fut l'aurore de la teigneuse et .
* rustique opposition contre lé sentiment le plus » noble et le plus saint de tous ceux qu'a produits
* l'Allemagne , contre cet amôuf de l'humanité , » contre cette fraternité universelle, ce cosniôpoli-
* tisme, qui ont été professés en tous temps par no£ v grands génies, par Lessing, par Herder, par Schil-* j> 1er, Gœthe, Jean-Paul, et toutes les ànieS élevées » de notre patrie. »
Né sur les bords du Rhin, Henri Heine s'indigtiait de le voir rouler à l'état de tQrrent. prussien. De ce courant de division et de haine, il Voulait faire urt fleuve de concorde et de sympathie, -**-■ « Nous avons, 3 disait-il dans la préface de sa Germania, lé cœur d cuirassé contre la mauvaise humeur dé des lié» ». roïques laquais a la livrée noire, rouge et 6t. Je » les entends crier déjà dé leur grosse voix t * Tu
> blasphèmes les couleurs dé nôtre drapeau national,
> contempteur de la patrie, amî des Français, à qui
> tu veux livrer lé Rhin libre! * Calmez- vous ; j'es*
* timerai, j'honorerai votre drapeau lorsqu'il lé mé- » rîtéra et qu'il né Sera plus le jouet des fous et dés
* fourbes. Plantez vos couleurs au sommet dé là » pensée allemande, faites-en l'étendard de la libre > humanité, et je verserai pour elles la dernière goutte
» de mon sang. Soyez tranquilles, j'aime la patrie tout
i autant que vous. C'est à cause de cet amour que
» j'ai vécu tant de longues années dans l'exil, sans
j> pleurnicher, sans faire les grimaces d'un martyr.
j> J'aime les Français comme j'aime tous les hommes
» quand ils sont bons et raisonnables, et parce que je
» ne suis pas assez sot et assez méchant moi-même
» pour désirer que les Allemands et les Français, ces
* deux peuples élus de la civilisation, se cassent la » tête pour le plus grand bien de l'Angleterre et de la » Russie. Soyez tranquilles, jamais je ne livrerai le » Rhin aux Français, par cette simple raison que le » Rhin est à moi. C'est sur ses bords qu'est mon ber- » ceau, et je ne vois pas pourquoi le Rhin appartien-
* drait à d'autres qu'aux enfants du pays. Il faut, » avant tout, le tirer des griffes de la Prusse. Après » avoir fait cette besogne nous choisirons, par le suf- » frage universel, quelque honnête garçon qui aura
> les loisirs nécessaires pour gouverner un peuple » honnête et laborieux. Quant à l'Alsace et à la Lor- » raine, je ne puis les incorporer aussi facilement que
> vous le faites à l'empire allemand. Les gens de ce
* pays tiennent fortement à la France, à cause des » droits civiques qu'ils ont gagnés à la Révolution » française, à cause de ces lois d'égalité et de ces
* institutions libres qui flattent l'esprit de la bour- » geoisie, bien qu'elles laissent encore beaucoup à » désirer pour l'estomac des grandes masses. »
Terminons par ces lignes écrites en 1841, et dont
HENK1 UË1NË ET LA PRUSSE 21
les événements font une prophétie dHieureux présage, d'héroïque et vainqueur augure : — « Les fortifica- » lions de Paris sont l'événement le plus grave de » notre temps, et les hommes qui ont vdté dans la » Chambre des députés, pour ou contre cette œuvre » prodigieuse, ont opéré sur l'armée la plus grande » influence. A cette enceinte continue, à ces forts j> détachés, se relie désormais le sort de la nation » française. Ces constructions avanceront-elles l'éta- » blissement de la' liberté ou de la servitude? Sauve- > ront-elles Paris d'une surprise ennemie, ou l'expo- » seront-elles impitoyablement au droit dévastateur de » la guerre? Je l'ignore ; car je n'ai ni siège ni voix » au conseil des dieux. Mais je sais que les Français, d se battraient parfaitement bien s'ils devaient un * jour défendre Paris contre une troisième invasion. i> Les deux invasions antérieures n'auraient servi d + qu'à accroître la fureur de la résistance. »
C'est une gloire pour la France que d'avoir, de tout temps, rallié à son génie et à son influence les plus grands esprits de cette Allemagne, aujourd'hui liguée contre nous. — Schiller saluait sa Révolution avec enthousiasme, et la Convention le proclamait citoyen français. Beethoven chantait nos . victoires. Goethe, au milieu même des cruelles guerres de l'Empire, refusait de mêler sa grande voix aux cris de fureur que soulevaient nos conquêtes : — « Comment, » disait-il, aurais-je pu écrire des chants de haine « sans haïr? Et je ne haïssais pas les Français,
» quoique je remercie Dieu de nous en avoir délivrés.
* Comment moi, pour qui la civilisation et la barbarie
> sont des choses d'importance, comment aurais-je
* pu haïr une nation qui est une des plus civilisées
* de la terre, et à qui je dois une si grande part de
> mon propre développement? * Henri Heine vint chercher en France la patrie de son choix et de son esprit. Ainsi l'élite de l'Allemagne, tout ce qui chez elle est illustre, tout ce qui chez elle est sublime, 3 toujours été l'allié de la France. Nous avons aujourd'hui, contre nous,* ses hordes; dans le passé, du moins, sa légion sacrée est pour nous.
22 août 1870.
Voici un livre écrit et publié quelques mois avant la guerre, qu'il faut relire aujourd'hui. Les événements lui ont donné une portée nouvelle ; ils ont élargi ses aperçus et réalisé ses présages. L'auteur, M. Victor Cherbuliez, est, comme on sait, un romancier distingué qui s'est trouvé, d'un jour à l'autre, historien sagace. Genevois de naissance, il n'apporte dans ses jugements sur la Prusse ni rivalité de race, ni antipathie nationale. C'est en dilettante politique qu'il l'expose et qu'il la raconte. Mais la force des choses est telle que ce livre, d'une impartialité évidente, devient un acte d'accusation sans appel. La politique prussienne y est percée à jour, disséquée à vif. Elle y est décrite en lignes trop légères, mais qu'il suffit de forcer pour faire saillir leur justesse. Le lecteur français, en le parcourant, n'a qu'à l'ac-
1. L'Allemagne et la Prusse, par Victor Cherbuliez, un vol. in-8°*
centuer de sa haine et le souligner de marques sanglantes.
Quoiqu'il en ait trop adouci les traits, M. Cherbuliez a vivement caractérisé, dans son livre, cette nation rapace et tortueuse, organisée, comme les animaux de proie, pour la ruse et la destruction. Née au milieu des sables du Brandebourg, sous un ciel dur, dans une terre ingrate qui ne produisait que des sapins et des seigles, il lui a fallu de bonne heure voler pour vivre et empiéter pour s'étendre. On sait l'humble origine de ce royaume parvenu. Ce fut en 1700 que Frédéric I et , duc de Prusse, obtint de l'empereur d'Allemagne, à d'humiliantes conditions, sa promotion au titre de roi. Comme l'a dit Macaulay, « le nouveau souverain, en présence des autres tètes couronnées de l'Europe, faisait alors à peu près la même figure que ferait un nabab ou un commissaire des guerres, après avoir acheté un titre, s'il se trouvait en compagnie de pairs dont les ancêtres auraient été poursuivis par les Plantagenets, pour crime de haute trahison. » Le pape, l'électeur de Saxe et le grand maître de l'Ordre Teutonique refusèrent de reconnaître cette majesté de nouvelle fabrique. Louis XIV ne voulut voir en lui comme devant, que l'archichambellan de l'empire. Ce royaume factice et baroque, composé de provinces éparses, intercepté par d'immenses enclaves, ne paraissait pas capable de vivre. C'était une sorte de monstre grêle, ayant une tète et des jambes sans avoir de corps. Frédéric II
ie définissait lui-même : « une espèce d'hermaphrodite tenant plus de l'électorat que du royaume. » Il s'agissait de « décider cet être. » La conquête bru-
taie de la Silésie, le dépècement de la Pologne, les traités de Vienne lui donnèrent tour à tour de, la consistance et de la rondeur ; Sadowa l'étendit démesurément. Aujourd'hui le monstre, agrandi et deyenu gigantesque, se rue sur. la France, convoite la Hollande, veut s'étaler de la Baltique à l'Adriatique... Depuis Charles-Quint, l'Europe ne s'est pas trouvée en pareil péril.
Le caractère de la Prusse est celui de sa politique : depuis deux siècles ce peuple enrégimenté fait bande à part en Allemagne. Né par la force et dressé par elle, il ne connaît que ses œuvres. SansNimagination et sans enthousiasme, il s'emboîte et se restreint volontiers dans les cadres de fer de la discipline ; il y a de la servilité dans sa morgue et de la routine dans son énergie. Son originalité d'esprit est nulle; sa culture intellectuelle, très-exacte et très-étendue, ne dépasse jamais un certain niveau. Le génie littéraire lui est étranger ; aucun grand écrivain n'est sorti de lui : Kant est le seul penseur qu'il ait engendré. Apre au travail, dur à la peine, façonné à l'obéissance, les ' passions généreuses n'ont aucune prise sur son égoïsme étroit et hostile. <c II n'est pas de nation, dit M. Cherbuliez, moins fantaisiste, moins chevaleresque;, leur bon sens les préserve de toutes les folies dangereuses ; ils ne feront jamais la guerre pour une
£6 3A£BA£ÇS ET BAWDITS %
idée, et quand, d'aventure, ilsnnUair de s'éprendre pour une Dulcinée, on peut être sikr qu'elle a une grosse dot. »
A cet esprit morne et dur ajoutez un fond de barbarie native que Ja lutte fait reparaître dans toute son horreur. Ge n'est aï de Berlin, ni de Breslau, mais des forêts décrites par Tacite dans sa Gerytimiq,* que semblent sortir les hordes prussiennes déchaînées sur un pays envahi. On dirait les Chérusques et les Huns des invasions romaines, revenant avec des canons et des fusils à aiguille. Même cruauté farouche, même appétit de pillage, même vandalisme implacable. On les voit à l'œuvre devant Strasbourg, dont, par-dessus les remparts , ils bombardent les habitants sans défense. Et que dire dé la cathédrale atteinte par Leur3 boulets stupides, de cette cathédrale édifiée par des mains allemandes, qui est à l'art germanique ce que le Parthénon éiaità l'art delà Grèce! Ici Jes Prussiens ont dépassé les Vandales. S'il avait trouvé un monument germain dans Rome, lorsqu'il la mû à /eu & à sang, Genséric l'aurait épargné,
II n'y a que l'État dans la Prusse} il l'accapare et il la remplit, L'homme n'est pour lui qu'un sujet corvéable, sinon taillable à- merci, qu'il jette dafls son moule, façenue à son type, ajjgue 4 divers angles, .selon l'emploi où il l'encadre et l'usage qu'il veut en faire. Sous des formes modernes, la vassalité j s'y est perpétuée. L'esprit du moyen âge fait mouvoir cette utfijiine exacte et précise, si admirable-
ntent montée pour l'absorption et pour l'oppression. Là noblesse y fait caste, les communes ont leurs suzerains j il est telle partie de la Prusse qui semble un morceau conservé et vivant encore du monde féodaL — Dans ses provinces orientales, les terres sont en-
cote classées en terres nobles et en terres roturières ou tllàilies* et le seigneur du domaine noble gouverne absolument la commune. Le Landretclt^ code civil dé ces provinces, a gardé les lois gothiques d'un Goulumier du quatorzième siècle, — • « Il arriva, il y a peu » d'aùnées, — raconte M. Cherbuliez^- qu'un homme » de qualité s'éprit d'une danseuse et l'épousa. Il en v eiit tffl enfant, auquel il légua sa fortune en mou- » tant* Lés collatéraux, frustrés de leurs espérances,
* àttaquèréiit le testament et plaidèrent la nullité du i tiiâriflge, le Landrèteh interdisant le mariage entré
* là noblesse et la petite bourgeoisie; mais ce même » Landrèteh a fait aux artistes la gracieuseté de les i classer parmi la grande bourgeoisie. Le tribunal fut » embarrassé i une danseuse est-elle oui ou non une > artiste ? On jdgea que celle qui danse des solos fait t de l'ait, mais que le corps de ballet est de là petite
* bourgeoisie. On feuilleta les registres de l'Opéra; il
* fut doîistàté que la ballerine en question avait dansé » Une fois un pas seul. Le mariage fut déclaré valide t et l'enfant hérita, *
Les Vieux torys anglais du derniéf siècle, léS éifiigréâ de notre « Chambre introuvable » étaient des libéraux éclairés et des esprits lumiheux auprès des hdbere&U*
dont le parti — junkerthum — prédomine en Prusse : aristocratie ignare et hargneuse, ankylosée dans ses préjugés, glacée dans son insolence, pour qui la littérature est une sorte de baladinage supérieur et la •libre pensée une peste publique.
L'armée est tout dans ce pays construit sur un plan de caserne. Au commencement de ce siècle, un homme d'État hanovriçn, Rehberg, écrivait déjà : « La Prusse n'est pas un pays qui a une armée, c'est une armée qui a un pays, j> Mais cette armée, quoique recrutée par le peuple entier, n'a rien de démocratique. L'accès des grades n'y est ouvert qu'à la grande ou petite noblesse. Sur deux cent-huit généraux qu'elle possédait avant la guerre, neuf seulement étaient bourgeois. La noble familiarité qui règne en France entre l'officier et le soldat, paraîtrait chez elle une monstruosité. La schlague et l'injure font partie de son commandement. Sa discipline est une terreur qui rompt les âmes comme les corps, qui aligne les volontés comme les jambes. L'armée française est une famille; l'armée prussienne est un troupeau fauve conduit par des belluaires menaçants. Elle forme un État dans l'État, une tribu tyrannique qui regarde de haut en bas la nation civile. Ses .crimes et ses délits sont jugés à huis clos par des tribunaux mystérieux. Les violences faites aux citoyens par des officiers y sont punies de peines dérisoires prononcées dans l'ombre. — Dans Tété de 1869, un lieutenant prussien s' étant pris de querelle, pour un
motif futile, avec un employé de chemin de fer,' le tua roide d'un coup d'épée; il fut jugé secrètement par un tribunal militaire : la sentence fut secrètement revisée ou confirmée par le roi. On sut vaguement que le condamné devait passer quelques années ou quelques mois dans une forteresse, mais on ne sut pas comment ses juges avaient qualifié son meurtre, ni ce que portait l'arrêt, ni à quoi se montait la peine. Le casque prussien devient un masque pour juger ceux qui le portent. — Aussi l'uniforme est-il en Prusse le grand porte-respect et presque l'unique. Ceux qui Font une fois endossé ne le quittent plus. <r Tel personnage, dit M. Cherbuliez, s'il s'avi- » sait de se promener en redingote dans le's rues de » Berlin, ferait autant de sensation que s'il y paraisj> sait en robe de chambre. Durant le séjour que le i> prince Napoléon fit à Berlin, la foule se pressa plus » d'une fois sur ses pas, attirée par la curiosité de » contempler un prince en habit bourgeois. » Une anecdote caractéristique peint au vif la préséance tranchante et incontestée que s'arroge en Prusse le militarisme. — «Un journaliste fort connu — dit
> l'auteur — nous racontait qu'il était allé voir, un
> jour, M. de v Bismark, lequel, après une heure d'en- * tretien, le congédia et le reconduisit jusqu'au seuil » de son cabinet, où il s'arrêta suivant son visiteur » du regard. Le journaliste avait à traverser une an- » tichambre qui a deux' issues, Tune de face, grande o et large, l'autre de côté, petite porte dérobée qui
30 'BARBARES ET BÀN1HTS
* ressemble à une porte de dégagement ou de ser-
* vice. Il s'en allait sans penser à rien, quand un éclat » de rire le fit tressaillir et se retourner. Vous venez » de me foire faire pour la centième fois , lui cria m M. de Bismark, une' expérience! intéressante. Tous i les militaires qui sortent de chefc moi S'en vont ^ droit devant eu* gagner la grande porte que Voici ; » tôtis les civils obliquent à gauche et se dérobent $ modestement par la petite. »
La Prusse , du resté, est faite à l'image de sa royauté, la plus fourbe, peut-être, que le monde ait vue. Carthage était ftaïVe, la « perfide Albion * d'autrefois était magnanime auprès de ce gouvernement Saqs foi ni loi, sans conscience ni miséricorde, à qui tous les moyens Sont bons pour prendre et pouf réussir. Le mépris des traités, la violation des ser 7 ments, les attentats àilx droits, les embûches et les coups de main politiques sont depuis deux siècles les jeux de ses princes. Frédéric II y mettait du moinâ un sans-gêne cynique : il trahissait le front haut, mentait à tue-tête et ne tdrtuffiait pas ses rapines. La seule divinité qu'il reconnût était celle qu'il appelait c Sa Sacrée Majesté le Hasard. * — Dans seâ mémoires, il avoue franchement l'iniquité de sa conquête de la Silésiê. — c L'ambition, dit-il, l'intérêt, » le désir de faire parler de moi remportèrent, et je > décidai la guerre. > Mais, depuis, Tambition prus* sienne a pris un masque mystique ; elle a allumé autour de son casque à pointe une auréole qui reluit
faux à cent pas ; elle assaisonne de simagrées dévotes ses œuvres de sang. Son brigandage s'intitule « mis r sion historique » ; elle déguise ses pirateries en croisades. Quand il s'est emparé de la maison du voisin, ce Tartuffe en bottes fortes tombe hypocritement â genoux, se signe de sa main sanglante et rend grâces au Dieu des armées. Frédéric-Guillaume IV Se proclamait déjà le « Vassal terrestre du Seigneur Dieu. * Mais le roi Guillaume a poussé jusqu'à l'horreur cette caricature grimaçante du fourbe bigot. Quoi dé plus révoltant et de plus grotesque que sa dévotion à ce Dieu prussien dont il a fait un atroce fétiche, qu'il nourrit d'exterminations, auquel il fait dicter ses parjures, et cfu'on ne peut se représenter que sous les traits du Moloch punique ou de ce Teutatès germain qu'on gorgeait de la chair des hommes ! La fausse bonhomie dont ce vieux soudard couvre ses rapines, les rend plus odieuses. On se rappelle les homélies qu'il* débitait, après Sadowa, aux députés du Hanovre qui le suppliaient d'épargner l'indépendance de leur pays. Ce n'étaient qu'assurances de désintéressement, condoléances gémissantes, compliments sur leur « féauté »* protestations qu'il n'avait entrepris cetteguerre que pour faire des <t conquêtes morales. » Il ne s'était c décidé que le cœur gros (schweret % und schwersten Herzens), à une lutte, dont il avait » remis l'issue à Dieu. a> En terminant cette pieuse* harangue, Je vieux sire se lavait les mains dans le bassin sanglant de Pilate, et déclarait les yeux au
ciel que « la Providence ayant parlé », l'annexion du Hanovre était un fait accompli. — H y a quelque chose de plus horrible que les rugissements du lion et du tigre, ce sont les larmes du crocodile, pleurant sur la proie broyée qu'il tient dans ses dents. La Prusse s'est personnifiée, depuis dix ans, dans p M. de Bismark. Avec lui, du moins, elle a levé le - masque : son visage découvert ferait reculer Hobbes et effrayerait Machiavel. Le Mal a trouvé en lui son homme de génie. Il rappelle ces démons d'État que Milton nous montre dans le Pandœmonium, ourdissant la diplomatie de l'Enfer. La force primant le droit, le fer tranchant la justice, la trahison glorifiée, l'espionnage érigé en fonction publique, le parjure pris en flagrant délit et riant de lui-même, l'effraction et le vol appliqués à la liberté des peuples, sont les maximes de sa politique. M. de Bismark a fait de la scélératesse un système ; il a achevé de corrompre cette Prusse déjà si perverse. On y rit effrontément, aujourd'hui, en plein parlement, de la foi juréte. — Trois ans avant la guerre s'étaient écoulés, et la Prusse n'avait pas encore exécuté l'article du traité de Prague, par lequel elle s'engageait à rétrocéder au Danemark les districts du nord du Sleswig. Toutes les fois que les réclamations danoises réussissaient à se faire entendre dans le parlement prussien elles excitaient sur tous les bancs une « hilarité prolongée ». — « C'est » une » chose des plus comiques pour les députés prus-
» siens, disait un journal danois, le Dagbladet^ que i> deux cent mille Danois croient pouvoir en appeler à » leur bon droit. Invoquer les traités contre la Prusse i> leur paraît une naïveté si bouffonne que c'est à qui » en fera des gorges chaudes. » Ces libéraux prussiens, pacifiques et humanitaires, qui ne parlaient que de progrès et de droit des peuples, qui s'acharnaient à prévenir la guerre de 1866, rejetaient d'année en année la loi militaire qui Ta rendye possible, et luttaient corps à corps contre le despotisme royal, se sont ralliés à la victoire, dès le lendemain. Ils ont rendu leur àme au fait accompli ; ils acclamaient le soir ce qu'ils maudissaient le matin. Le canon de Sadowa les a renversés, convertis et illuminés, sur le chemin du plus fort. On les a vus s'étonner qu'on eût assuré aux États alliés la conservation de leur territoire, et taxer M. de Bismark de trop de clémence. Comme le dit spirituellement M. Cherbuliez, « les » mêmes gens qui avaient repoussé le verre de gloire » qu'on leur présentait, en étaient venus à vouloir » défoncer le tonneau. » Aujourd'hui même, c'est de leurs rangs surtout que partent, d'un même aboi, ces cris de meute réclamant le pillage et la curée de la France. M. de Bismark peut être fier, il a tué la conscience allemande.
Pour bien connaître cet homme et la politique qu'il personnifie, il faut lire dans le livre de M. Cherbuliez l'analyse serrée et sagace du piège dans lequel il a enveloppé l'Allemagne après Sadowa : l'autonomie
34 BÂKBARES ET BANDITS
dérisoire laissée aux États alliés comme tin fantôme de leur existence, cette Confédération du Nord qui n'est qu'une vassalité travestie, la confusion savante ,et systématique! des pouvoirs, les compétences mal délimitées comme des frontières indécises, le3 attributions embrouillées Comme des énigmes, que lé maître peut* toujours résoudre à son gré, une Châfnbre haute qui n'est pas une Chambré, des ministères 4 qUi ne sont pas des ministères, une assemblée? investie de? tôttteë les prérogatives d'un parlement, à cette seule condition qu'elle ne pourra jamais s'en servir, un Chancelier' responsable de là politique étrangère, des finances, des affaires intérieures, de l'administration militaire, et qui ne répond de rien parce qu'il répond de tout} un président qui, tour à tour, est chef de la Cofifédérà* tion et roi de Prusse, sans qu'il soit possible de savoif ou commence le président, où finit le roi.,.. Ajoutez h spoliation cauteleuse, qui, dans la pratique, dépouille les Etats, pièce par pièce, de leur semblant de souveraineté. — c Sauf les cas imprévus, — disait un di-
* pîomate, — c'est le caractère de la politique prus-
* sienne de ne dévaliser personne. Elle se contenté
* de vous enlever un à un tous les boutons dé Votre
* habit, et quand il lié peut plus véus serVii*, elle
* vous en soulage. » L'esprit fratiçâfs répugne â en* trei* dans ce labyrinthe dé ruse et dé fràUde ; il faut des yeux allemands pour voir dans sa nuit. Là noîf* ceur de ses stratagèmes échappe à la vue ; on s'y péfd comme dans les dédales des mines et des sapés.
I/ALkEMAGrfE JST LA PftUSSE 35
Comme elle embusqua son armée dans Je fond des bois, la Prusse cache sa politique daps un inextricable fouillis de mensonges. Il appartenait à M. de Bismark de faire un « instrument jfle règne * de l'obscurité germanique. Il a frappé l'Allemagne de la Plaie des ténèbres. La voracité prussienne, dirigée par Ijji, ressemble à cette hideuse araignée de mer qui dégorge contre fia proie une liqueur d'encre, trouble l'élément où elle nage et l'aveugle avant de la dévorer.
En terminant, détachons du livre de JA. Cherb^liez un portrait de M. de Bismark, coloré d'une main trop légère, où l'éclair de l'indignation devrait remplacer les étincelles d$ l'esprit, mais d'une ressemblance assez vive sous spn expression adoucie.
* U voue est impossible, nous disait un jour un cona servateur prussien, en arpentant avec filous l ; une
* des avenues du Thiergarten, il vous est impossible, » à vous autres, Weiehes, Français ou Romans, de > comprendre notre premier. Un tel homme n'a pu » naître qu'en Prusse ; il n'a pu croître et grandir j que sur le pavé de Berlin, il y a en lui tfu
* Bursche d'université, du Junker, du lieutenant de » la garde, du diplomate, du despote et du révolu- » tionnairc, tout cela assaisonné d'une sorte de fan- » taisie ironique qui fait de lui un artiste et presque
* un poète. Aristocrate, il Test jusque dans la moelle d des os; non qu'il ait des préjugés ou le respect » des traditions, mais par tempérament, par le goût
»- et le talent de commander , par son immense
* mépris de la phrase libérale. Le fond de son àme » est le scepticisme ; il ne croit qu'à la bêtise hu- » maine, et il n'a jamais pris de sa vie des vessies » pour des lanternes ; il les crève sans pitié. Hélas ! » il ne respecte pas davantage nos pauvres petites
> lanternes libérales; il souffle malicieusement sur 3 ces lumignons fumeux. Avec cela, radical dans
* l'àme, radical par sa méthode, par son peu de » répugnance pour les moyens violents et sommaires,
* par son goût de trancher dans le vif... — Non,
* continuait notre interlocuteur, cet aristocrate scep- » tique et radical n'est « pas un type commun ; ce
* n'est pas un homme complet, je le veux bien; » mais c'est un homme très-compliqué. On admire » beaucoup son audace, on admire aussi sa géniale 3 et méphistophélique insolence; et soyez sûr que » la Prusse s'est réjouie plus d'une fois d'être repré-
* sentée dans ce monde par un insolent : elle sentait » encore sur sa joue la rougeur du soufflet d'Olmùtz. » Mais l'insolence de M. de Bismark n'est point roi- » deur desprit étroit, ni morgue de doctrinaire, c'est r> un procédé, un moyen de gouvernement. Rien ne » lui est plus antipathique que le doctrinarisme, et, » en ceci, il est vraiment prussien. C'est le propre
> de la politique prussienne de faire fi des idées
* comme des sentiments, des doctrines comme des
> traditions; c'est, par essence, une politique de » main libre, qui est toujours prête à jouer tous les
» jeux possibles, sans jamais engager l'avenir. A cet
» égard, M. de Bismark est le modèle accompli de » l'homme d'État prussien. Jamais homme ne fut * plus affranchi de toute pédanterie et de toute pru- » derie conservatrice. Il est prêt, s'il le faut, à lier » partie avec la révolution ; il se sent de force à lui » faire tirer les marrons du feu et à les croquer à » sa barbe. Ce qui n'est qu'à lui, c'est l'étonnante » liberté de, son langage : il méprise les petites dis- » simulations; il a inventé une nouvelle espèce de » diplomatie, qui consisté à gagner en montrant son » jeu; il parle, il parle beaucoup : il instruit de 2» ses projets l'univers , qui n'en croit rien ; il dit : .* Tel jour, je ferai ceci, et il le fait... C'est 'souvent » un grand moyen de domination pour un homme » d'État que de posséder les qualités les plusoppo-
> sées au tempérament de la nation qu'il gouverne. » Quels services n'a pas rendus à M. de Bismark, » dans un pays taciturne, gourmé, compassé et bou-
> tonné comme la Prusse, ce merveilleux abandon » qui le caractérise, cette suprême désinvolture de » conduite et de langage où se révèle la parfaite
> liberté d'un esprit abondant en idées, riche en comj> binaisons, qui, sûr de son but, est toujours prêt » à changer de route, ne s'asservit à aucun sys- » tème, saisit l'occasion au vol, vit au jour le jour, » et, pour ainsi dire, invente au fur et à mesure ses * moyens. — Grand virtuose dont la carrière poli- » tique est une perpétuelle improvisation. »
as BARBARES ET BANDITS
Accusez ces traits que le peintre n'a fait qu'effleurer, vous trouverez la méchanceté froide, le cynisme féroce, l'effronterie hautaine, un mépris satanique de l'humanité. Le portrait aujourd'hui a poussé au noir, le sang l'éclaboussé et le défigure, et l'histoire l'accrochera bientôt à son pilori.
5 scptombro 1870,