‹ Barbe-blonde, comédie en trois actesChapitre 1 sur 26 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

CLÉiMENT, HONORINE

Clément fait des exercices d'assouplissement devant l'armoire à glace. Honorine, sa femme, arrose les fleurs.

HONORINE, s'arrêtant dans sa besogne.

Tu crois vraiment. Clément, que, pour un notaire

Excuse-moi d'avoir oublié que je suis ton aînée. [Elle le considère.) Une... deux... une... deux...

BARBE-BLONOE

Gomme un homme peut se rendre ridicule! Si tu te voyais, en ce moment!

CLKMENT

Je me vois fort bien. Je suis devant la glace. {Elle va fermer la fenêtre.) Oh !

HONORINE

J'ai froid.

CLÉMENT

Explique-moi, vcux-tu, en quoi il t'est désagréable que je fasse quelques exercices, le matin...

HONORINE

Fais-les, mon ami.

Cl.ÉMENT

Tu fermes la fenêtre.

HONORINE

Va sur la place publique... devant la statue de Marceau. {Résigné, Clément pose ses haltères, puis il ouvre un tiroir.) Tu cherches quelque chose?

CLÉMENT

Non, non. {Il peigne sa belle barbe blonde et chantonne :\ Tra la la la la... une chanson à Matnnette... Dis-moi, il me semble que Blanche fait la grasse matinée, aujourd'hui?...

Aurais-tu besoin de ses services?

GLÉMEiNT

C'est à toi que je pensais, ma tendre amie. Je te vois depuis une heure occupée à sa besogne.

HONOKINE

Comme tu es bon ! Mais laisse, veux-tu, ces détails de ménage. Blanche descendra quand elle devra descendre.

CLÉMENT

Bien, bien... dès l'instant que lu l'y as autorisée... {Il fredonne encore : ... Une chanson à Marinette... tout en ouvrant divers tiroirs, puis il déplace une potiche sur le meuble d'appui. Honorine, derrière lui, la remet à Vendroit où elle se trouvait. Clément, doucement :) Puisqu'il n'en reste qu'une, laisse-la au milieu... Tu ne tiens pas à me rappeler que tu as cassé l'autre dans un mouvement d'humeur?

HONORINE

Mais que cherches-tu, Clément, dans tous les meubles?... Dis-le moi, je pourrai peut-être te le donner.

CLÉMENT

Jene cherche rien.

HONORINE le regardée et hoche la tête.

11 est vraiment bien triste, bien triste...

CLÉMENT

Quoi ?

... Que lu me prêtes toujours des intentions désobligeantes...

CLÉMENT

Moi ?

HONORINE

Je n'ai pas d'intentions désobligeantes, Clément, je n'ai pas de mouvements dhumeur, Clément... Si je préfère que cette potiche soit moins en évidence, c'est uniquement, mon ami, parce que ses peintures m'en paraissent un peu trop suggestives... Assurément, je ne puis te demander de me comprendre, mais du moins serais-je heureuse que tu saches ne pas toujours me calomnier.

CLÉMENT

Dis-moi, Honorine?... Je voudrais que tu m'expliques...

HONORINE

En serais-je capable, Clément?

CLÉMINT

Ce ton que, depuis une huitaine, tu affectes en me parlant.

HONORINE

Un ton?... que j'affecte?... lequel?

CLÉMENT

Un ton de... voix .. très joli, mais... {Geste.)

HONORINE

Mais quoi?... explique-toi, mon ami. D'abord, qu'entends-tu par « ton de voix »? Parle. Exprimetoi!

CLÉMENT, embarrassé.

. Enfin!...

{Il se tait.)

HONORINE

Mon ami, pourquoi toujours émettre des critiques que tu es incapable de soutenir ? {Un silence. Ckment finit de s'habiller, regarde encore dans un tiroir, prend son chapeau et monte vers la porte. Honorine est assise dans un fauteuil, la jambe allongée.) Eh bien, Clément? Je t'attends!

CLÉMENT

Tu crois que c'est toujours nécessaire?

HONORINE

Le docteur a dit que c'était urgent. Je ne sais pas si c'est « nécessaire ».

CLÉMENT, pas très haut.

Il l'a dit il y a un an.

HONORINE

Plaît-il?

{Il s'agenouille devant elle. Il la masse.)

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