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Baric

Jules-Jean-Antoine Baric naquitenTouraine, à Sainte- Catherine de Fierbois. Célèbre par l’église que visita Jeanne d’Arc se rendant devers le Dauphin à Chinon, et où, durant son séjour à Tours, elle envoya quérir l’épée dont Charles Martel avait repoussé les Sarrasins et dont elle devait bouter les Anglais hors de France, — Sainte- Catherine de Fierbois est célèbre encore par son château de Comacre qu’au retour de Palestine y construisit, pour les croisés malades , le maréchal Jean le Maingre, sire de Boucicault. — Et, précisément, c’est sur l’ancien fief de Comacre que le futur maitre-caricaturiste poussa son premier vagissement.

Depuis 1812, la terre de Comacre appartenait à M. et Mme Delahaye, ses grands-parents maternels; et, vers 1820, son père, capitaine en retraite de la vieille garde, avait loué le château qu’il fit restaurer et dont il défricha, tout à l’entour, les bois et les brandes. A la suite de chagrins intimes, le capitaine Baric reprit du service : les hasards des changements de garnison l’amenèrent à Tours, où il épousa, en avril 1822, Mlle Juliette Delahaye. Le 18 mars 1823, ils eurent une fille qu’ils baptisèrent Almeïda, en souvenir du fameux siège que soutint cette ville et où le capitaine Baric, couvert par la mitraille, laissé pour mort, fut miraculeusement sauvé. Leur second enfant fut Jules- Jean-Antoine.

Comme il arrive souvent, les biographes ne sont point d’accord pour fixer la date, pourtant relativement peu reculée, de son entrée en ce monde. Les uns le font naître en 1840; les autres, en 1830. Longtemps l’intéressé lui-même inclina à penser que, — selon sa spirituelle expression, — le dix-neuvième siècle devait, en effet, commencer à filer sa trentième année, lorsque lui-même n’en était encore qu’à l’an premier de son âge... Il est définitivement établi que Jules Baric naquit le 14 avril 1825.

Le capitaine Baric rêva tout de suite pour son fils la carrière des armes, où lui-même s’était distingué plus d’une fois durant la guerre d’Espagne, à Tariffa, à Almeïda, puis à Wagram, et au cours de la campagne

de France ; il pouvait lui montrer plus d’une glorieuse blessure reçue au service de son pays. Mais comme il avait aussi beaucoup de goût pour les arts, pour la musique, en particulier, et qu’il jouait d’instruments variés, il aimait à voir l’enfant pincer sa guitare, ou souffler dans sa flûte, ou promener ses doigts sur son piano, ou faire vibrer son violoncelle.

En 1838, Comacre fut vendu au marquis de Bridieu. La famille Baric vint s’installer à Tours.

Ce sont les bancs du Lycée de cette ville qui eurent l’honneur d'user les premières culottes de Jules Baric. L’un de ses meilleurs amis était François- Anatole- Laurent de Rillé, né à Orléans, en 1824, et dont le nom devait par la suite devenir cher aux Orphéonistes! Baric ornait de croquis les marges de ses cahiers et les gardes de ses bouquins ; Laurent de Rillé s’amusait à aligner des blanches et des noires, des soupirs et des croches, et ses compositions étaient exécutées par ses camarades qu’il avait réunis en une Philharmonie : Baric tenait d’une façon très brillante la partie de flageolet. Musicien et dessinateur ne s’en faisaient pas moins aimer de leurs professeurs de lettres et de sciences, mais Baric était le favori du professeur de dessin , Cathelineau. Cathelineau était un artiste de talent, qui savait allier les dons naturels d’une observation pénétrante et juste aux principes de l’école qu’il avait puisés à l’atelier même du maître David.

Naturellement le jeune Baric fut premier lauréat de dessin au Lycée de Tours. — « Vous ne serez jamais qu’un propre à rien, ou un artiste! » — bougonnait parfois un pion rendu furieux par une caricature trop malicieusement véridique. « Fais-toi donc artiste! C'est si agréable d’être artiste! On est tout à fait libre de soi! » — reprenaient les camarades dont il exécutait les charges pendant les récréations. Et, de leur côté, les professeurs de français, d’histoire et de mathématiques confiaient au père : « Sans doute, ne sommes-nous pas mécontents de votre fils : il travaille... Mais, il semble bien avoir plus de goût pour le dessin que pour toute autre étude. Vous devriez le diriger du côté de l’Art. » Et le bon maître de dessin s’exclamait : « Quel dommage de ne point lui permettre de suivre ses goûts! Il

a tant et de telles dispositions! S’il pouvait seulement aller à Paris, je gage qu’il y taillerait sa place ! »

Malheureusement, si l’écolier n’eût certes pas demandé mieux que de se « faire artiste », le papa était d’un avis tout opposé, - naturellement, — ajouterai-je, avec la satisfaction de joindre ce cas de vocation contrariée, à la liste interminable des innombrables cas analogues que nous trouvons dans l’Histoire des Lettres et des Arts...

La crainte des parents à qui leurs rejetons déclarent ne pouvoir résister à leur amour pour les Muses de la Lyre ou de la Palette, ressemble assez à l’effroi de la poule qui, ayant couvé des œufs de cane, voit ses canetons nager et plonger dans une mare!... Mais, il faut bien le reconnaître, si, le plus souvent, les parents se désolent tant de voir leurs fils vouloir se risquer dans la carrière des arts, c’est qu’ils en connaissent, ou qu’ils en soupçonnent tous les périls, tous les leurres et toutes les misères. Et c’est bien l’affection pour leurs enfants qui veut les leur épargner, en les poussant dans le chemin, un peu monotone, mais si doux et si sûr, qui conduit sans grand peine, non pas à la gloire, sans doute, mais à une bonne position, à un bon traitement, et à une encore fort bonne retraite pour les vieux jours... « — J’aime mieux mourir de faim que renoncer à mon art! » s’écrie l’illustre maître en herbe. « — Eh! malheureux! C’est précisément'ton art qui te fera mourir de faim! » — réplique à sa progéniture le judicieux bourgeois, son père. « — Eh bien! mourir pour mourir, j’aime mieux mourir dans la peau d’un artiste que dans celle d’un homme de bureau ou de comptoir!... » Devant une volonté si résolue à conquérir les palmes du martyre, il est inutile d’insinuer que, s’il est des gens que les Muses réclament, il peut s’en trouver d’autres que revendique aussi impérieusement le négoce, l’industrie ou le fonctionnarisme...

Poète et musicien, compositeur même à ses heures, amateur passionné pour tous les arts, le père de Jules Baric était flatté des succès artistiques du Lycéen ; mais il rêvait pour son fils un diplôme d’ingénieur et voulait le voir entrer à l’Ecole Polytechnique, «. pensant que le titre d’ancien élève menait à tout... »

Donc, quand il sortit du Lycée de Tours, ayant en poche sa peau d’âne de bachelier-ès-lettres, on l’envoya à l’institution Sainte-Barbe pour s’y préparer aux examens de l’Ecole, — ce qu’il fit, sans doute, assez consciencieusement, puisqu’il fut admissible, mais dans un rang trop éloigné pour être reçu. Son obligeante bonté fut, en partie, la cause de son échec. En effet, à l’épreuve de dessin d’imitation, son voisin était d’une faiblesse telle qu’il n’arrivait pas à bout de la « mise en place ». Désolé, et voyant que Baric enlevait son esquisse avec une rapidité et une exactitude extraordinaires, il lui fit part de sa lamentable incapacité à manier le fusain. Baric prit subrepticement le dessin de son concurrent et en fit bientôt quelque chose de convenable, tandis que lui-même, surpris par le temps, ne put remettre à l’examinateur qu’une ébauche; il eut du moins le plaisir — relatif — de voircelui à quiilavaitsi généreusement porté secours, reçu avec un numéro très honorable...

«Adieu Pipo! je reprends mes crayons!... » soupira sans trop de désespoir le jeune Baric. Mais le père, voyant ainsi s’écrouler son plus beau rêve, forma alors celui de faire de son fils un industriel. Il l’expédia à Barentin, en Seine-Inférieure, dans une filature, pour y apprendre le métier.

Quand je recueillais ces notes biographiques , je m’étais laissé dire par un plaisant que l’apprenti ne se montra pas, dans son nouvel emploi, d’un zèle digne de tous éloges : que le jeune filateur filait le parfait amour avec une jeune fille de l’endroit : et que surpris « flagrante delicto » l’amoureux dut filer de la filature... Baric s’est élevé* énergiquement contre une telle allégation. « Au contraire, — m’écrivit-il. — je m’acquittais de ma tâche à la satisfaction du patron avec lequel j’étais très bien (vu qu’il était jeune et poète de son côté). Je le suppléais au besoin dans la surveillance de son établissement. Mais à la suite d’une discussion où il s’était montré rien moins que poli, malgré ses instances, je fis ma malle, pas fâché, je l’avoue, de quitter la boite... » Jules revint à Tours dans sa famille. Dire qu’il y fut fort tendrement accueilli, ne serait peut-être point de l’exactitude absolue qu’exige l'histoire. Il y eut des pleurs et des grincements de dents. Mais n’insistons pas sur ces moments pénibles : ils furent courts...

Tu viens point bouère eune bouteille ?

Jules trouva en la mère de son condisciple Laurent de Rillé, comme en sa propre mère, deux avocates dont les supplications et les instances persuasives firent bientôt fléchir la volonté paternelle. M. Baric emmena lui-même son fils à Paris; il le conduisit chez son ami d'enfance François Arago. Le jeune homme eut le don de plaire à l’illustre savant qui le présenta au sculpteur David d’Angers ; celui-ci le recommanda au peintre Drolliug, dans l’atelier duquel il fut aussitôt admis.

Disciple de l’auteur des Sabines , Drolling était alors fort prisé pour le classicisme de son style pur et élevé, et aussi pour son sentiment vrai du mouvement ; à obtenir la correction parfaite dans le dessin, « cette orthographe du peintre », le maître donnait tous ses soins sans les marchander : vingt-cinq francs par mois, autant d’heures qu'on en voulait, toute la journée même pour les courageux....

Le rapin tourangeau était de ceux-là. Aussi le père Drolling put bientôt écrire à M. Baric pour le rassurer sur l’avenir de son fils, en lui affirmant la réalité d’une vocation qui, disait-il, présageait certainement, avec du travail, un peintre très distingué.

La bonne madame Baric pleura de joie à la lecture de cette missive, M. Baric fronça les sourcils : il avait espéré que le maître lui annoncerait que, ne pouvant rien faire du débutant, il le mettrait à la porte de son atelier !

« Je crois, — me confiait à ce sujet le dessinateur, — je crois que le pauvre père était pressé par des embarras d'argent, résultant de mauvaises affaires de mon grand-père maternel. Il eût été, sans cela, heureux, j’en suis sûr (et il l’était, en effet), de la réponse de Drolling, et m’aurait laissé à mes pinceaux avec joie et fierté... » La naissance de deux nouvelles filles, Julia en 1835, et Lucie en 1837, augmentèrent les charges de famille que le vieux retraité eut toujours beaucoup de peine à supporter sans fléchir.

Donc peu de jours après la lettre de Drolling* alors qu’il attendait les félicitations paternelles, et, surtout, les subsides mensuels, — avec une impatience facile à deviner! — Jules recevait l'ordre formel de se mettre immédiatement en route pour Coëmont, près de Château-du-Loir. Là, M. Baric possédait... une filature ; le

bail du directeur venait de prendre fin ; le fils Baric devait lui succéder.

Ainsi fut fait. La manufacture marchait à merveille. — N’allez pas supposer que, dès lors, le nouveau directeur se garda bien de s’en occuper, ne fût-ce que par crainte d’être tenté d’y apporter la moindre modification capable d’en désorganiser le bon fonctionnement. .. Tout au contraire : il avait pris goût à la chose qui lui laissait maint loisir pour se livrer à son art ; dans la manufacture, il s’occupait particulièrement du travail et de l’outillage pendant qu’un sien cousin, que son père avait jugé prudent de lui associer, faisait la correspondance et tenait la comptabilité, — et ça marchait le mieux du monde !... Mais voilà qu’une nuit, au milieu du plus profond sommeil, le directeur de la filature est éveillé par des cris « au feu! »; des lueurs sinistres dansent devant sa fenêtre : il voit la fabrique tout en flammes ; il se précipite ; mais ses efforts, et ceux de la population accourue, sont vains : en un instant tout était détruit. C’était un désastre pour la famille Baric. Jules, se trouvant sans emploi, demande à reprendre ses pinceaux et à retourner à Paris. On le laisse partir. Et le voici, de nouveau, bûchant ses dix heures par jour dans l’atelier de Drolling. Il s’y lie d’amitié avec le fils d’un sabotier vendéen, venu, lui aussi, avec la ferme intention de « faire son trou » dans la capitale : il s’appelait Paul Baudry. Chez les deux amis était égal l’amour du travail, égale aussi la pénurie d’argent : l’un logeait dans un cabinet si étroit qu’il devait en ouvrir la porte pour enfiler son pantalon, l’autre dans une mansarde si basse qu’il était obligé d’en soulever la tabatière lorsqu’il voulait changer de chemise : mais, ici comme là, on piochait. Baudry cherchait à traduire en ses croquis les idéales figures des Muses, de ces Muses superbes et gracieuses dont, plus tard, il devait décorer le luxueux foyer de l’Opéra ; mais, en attendant, pour gagner un pain moins quotidien, hélas ! que les démarches, les espoirs et les désillusions de toutes sortes, Baudry fabriquait des copies pour les marchands de tableaux ; et Baric, forcé, lui aussi, de subvenir à ses besoins, à la suite de la Révolution de 1848 qui avait encore éprouvé durement le modeste avoir des siens, — Baric arrivait à caser quelques caricatures au Journal Amusant qui

venait d’être fondé, ainsi qu’au Polichinelle : c’était, au moins, de quoi faire un bon repas tous les deux jours...

Sur ces entrefaites, Etienne Arago ayant pris la direction générale des Postes, le père du caricaturiste va trouver son vieil ami et obtient de lui, séance tenante, que son fils soit nommé commis-adjoint au Bureau de Tours, où il l’emmène avec lui, sans lui donner le temps de se récrier.

Ce véritable enlèvement se passa le 1er juillet 1848.

Voici donc Jules Baric installé au Bureau des Postes de la bonne cité Tourangelle, alors rue de la Scellerie.

En ce temps-là, — et naguère encore, s’il faut en croire la chronique, — il arrivait souvent que lorsque vous aviez quelque opération postale à accomplir, mandat à toucher ou à payer, ou tout autre, vous étiez obligé d’attendre dix, quinze minutes, et même plus, avant que le commis installé de l’autre côté du guichet se décidât à s’enquérir de ce qui vous amenait à l’interrompre dans ses occupations... On conte qu’un jour, un client, probablement très pressé, ayant cru pouvoir se permettre de faire observer à Monsieur l’employé qu’il « posait » devant son guichet depuis vingt-cinq minutes, Monsieur l’employé, outré, lui répondit : « Eh bien! alors, qu’est-ce que vous diriez à ma place? 11 y a quinze ans, moi, que je suis derrière! » — Au ton de cette réplique, le client comprit qu’il avait commis une faute : il s’en excusa : c’était un homme d’esprit. . . D’une façon générale, le public ne me semble pas avoir le juste sentiment des occupations multiples qui assiègent dans leurs bureaux les employés de nos administrations : si tel a des lettres à écrire à ses vieux parents ou à sa bonne-amie, tel autre n’a que ses heures de bureau pour composer les tirades de ses mélodrames terrifiants ou les dialogues de ses vaudevilles désopilants, ou pour rimer les strophes de ses odes sublimes, les couplets de ses romances sentimentales ou les refrains de ses chansons rosses. Et vous voudriez qu’au moment précis où l’inspiration lui dicte peut-être un chefd’œuvre, cette future gloire des lettres et .des postes s’interrompit, parce qu’il plait à quelque vague échantillon du dénommé Public de lui demander un timbre d’un sou!... Tenez pour certain que lorsqu'un employé n’est occupé qu’aux affaires de sonjservice, il les met de

côté le plus diligemment et le plus aimablement du monde pour avoir le bonheur de satisfaire le moindre de vos désirs...

Donc, dessinateur par vocation, postier par obligation, Baric passait son temps à faire des caricatures : caricatures de ses chefs, caricatures de ses collègues, caricatures des bonnes têtes qui venaient s’encadrer dans son guichet. Et quelle incroyable variété présente la collection des types que l'implacable bureaucrate croque en quelques coups de crayon, sans oublier de noter, dans toute leur savoureuse beauté, leurs questions, réponses et réflexions!..

Une bonne femme explique, avec force détails, que son fils attend pour se marier la pièce qu’elle tire de son panier. L’employé pèse l’enveloppe et annonce :

— « Un timbre suffit. — Si j’en mettions deusse? — riposte la bonne femme, — ail’ arriverait p’ t’ ête pus vite? vu qu’ c’est pressé ! »

Quand l’employé lui réclame le prix du timbre.

— « Trois sous ce petit bout, de papier? C’est-i Dieu possible,

— s’exclame-t-elle ! Vous me le passerez bin pour deux sous... »

Une autre se présente : il lui faut décliner ses noms et qualités :

— « Comment vous appelez-vous? — Ma foi ! je n’en sais rin !

— Comment appelez-vous votre mari? — Eh bien! mon homme !

— Comment vous appelle-t-il? — Nout’ femme! — Et vos voisins? — Eh ! parguienne, la vouésine! »

Et la sœur de cette « vouésine » qui enferme soigneusement un « mot de billet » dans l’enveloppe, sans mettre l’adresse du destinataire... Est-ce oubli? — Oh ! que non point !

— <' Mais ces gens de la Poste, ça les regarde-ti de savoir à qui qu’on écrit?. . . »

Lors du coup d’Etat, Baric faillit être révoqué à cause de ses opinions républicaines dont il ne se cachait point. Par bonheur, il était fort appuyé de l’inspecteur des Postes du département, M. Bourdin, pour qui, — notonsle en passant, — il avait, quelque temps auparavant, fait le portrait de sa fille. L’inspecteur fit valoir les excellents états de service du commis- adjoint ; et, par extraordinaire, on en tint compte. Baric fut déplacé, mais envoyé, avec avancement, à Vesoul.

11 ne devait pas tarder à y nouer connaissance avec

- Ah ! vous trouvez que c’est trop char. Chez qui don qu’vous êtes ?

— Chez le percepteur.

Oh ! bin ! c’est point trop char.

une jeune fille de toute beauté, qu’il épousa bientôt. Elle s'appelait Adèle Wolff. Il en eut un fils, né le 30 décembre 1854 à Paris, M. Jules Baric, actuellement receveur des Finances, à Jonzac. Il eut aussi deux autres enfants morts en bas âge. La compagne dévouée des bons et des mauvais jours est morte en 1897, et le vieil artiste ne se consola jamais de ce deuil.

A Vesoul, Baric peignit des portraits ; celui du chef des cuisiniers de l’Empereur de Russie, en costume d’apparat, obtint un grand succès. Attaché d’abord dans les bureaux sédentaires au départ, Baric fut bientôt des ambulants. Voyageant sans cesse sur les différentes lignes de chemins de fer et particulièrement sur les trains-poste de Strasbourg, Forbach, Nancy, etc., il rapportait de ces pays maints croquis, paysages et types pittoresques. 11 en composa même quelques images pour la maison Pellerin d’Epinal et se mit dès lors à collaborer régulièrement aux journaux illustrés de Paris.

De cette époque, — 1854, — datentles premiers numéros de la série de Nos Paysans : ils parurent au Journal amusant du père Philippon : ils ne devaient pas tarder à établir, d’une façon définitive, la notoriété du dessinateur satirique.

Au pénible service des bureaux de postes ambulants, Baric épuisa assez rapidement ses forces. En juillet 1857, il se vit dans la nécessité de cesser sesfonctions.

Une place de commis-principal lui fut offerte; mais, resté ferme et sincère républicain, il ne voulait point transiger avec le gouvernement de l’Empire, auquel il eût été forcé de prêter le serment personnel, tandis qu’il avait pu s’abstenir, sans être remarqué, lors du serment en masse .En vain, pour calmer ses scrupules exagérés, un ami lui citait-il le mot de Talleyrand prêtant le serment à Louis-Philippe : « Sire, c’est le treizième, et j’espère que ce sera le dernier. » — Baric eut assez le courage de ses opinions pour préférer donner sa démission.

Un bon fonctionnaire sait, avec une indifférence souriante et paisible, tourner, dans son rond-de-cuir, comme une girouette virant à ces sautes de vent qu’on appelle crises ministérielles; même, sous les orages des Révolutions et des coups d’Etat, il plie et ne rompt

— dO¬

pas, car il se rend compte qu’en somme n’importe quel changement de gouvernement se traduit tout au plus par quelque modification légère aux en-tête et formules employés dans les papiers administratifs, et, quelquefois aussi, aux dates où s’allument les lampions officiels, et se tirent les feux d'artifice nationaux... Mais voilà! Est-il possible à un bon satiriste d’être bon fonctionnaire? 11 y a incompatibilité ! — Et, je ne craindrai point de dire qu’à l’inverse du parfait fonctionnaire qui peut toujours être de l'avis du gouvernement, — le parfait caricaturiste est, par essence même, antigouvernemental.

Baric n’avait plus pour vivre que son crayon et sa plume. Mais il est difficile de trouver un travailleur plus obstiné et plus fécond que lui.

Il a écrit pour la scène quelques pièces, entr’autres : le Serpent de la rue Lacépède, vaudeville en un acte joué au théâtre Beaumarchais ; le Loup-Garou, opéra-comique en un acte, avec Jules Delahaye, administrateur de l’Opéra; le Loup-Garou mis en musique par Nibelle parut aux Folies-Nouvelles, le 22 janvier 1858; et c’est au même théâtre que Baric fit représenter le Grand Poucet , pantomime en quatre tableaux.

Abordant un peu tous les genres, il fabriqua, avec Laurent de Rillé, un drame en 5 actes et 7 tableaux, la Tête Noire, donné au Grand-théâtre-Parisien en octobre 1874; avec Jonathan une revue en cinq actes et neuf tableaux, Oht mince... pour les Délassements-Comiques, 17 février 1877 ; les Suites d'une Folle nuit, vaudeville en un acte aux Bouffes-du-Nord, septembre 1877 ; je mentionnerai enfin la Part à Dieu, opérette en un acte, musique de Laurent de Rillé.

Cependant, malgré les succès qu’il put avoir au théâtre, ce n’est point comme littérateur que Baric conquit sa réputation, mais bien par ses croquis, ses charges, ses caricatures, qu’il publia presque sans interruption pendant plus de cinquante ans. Le Journal Amusant , le Petit Journal pour rire, le Charivari, la Chronique Amusante, la Chronique Parisienne, la Surprise, l 'Éclipse, le Fouet , V Escarmouche, le Magasin d'éducation et de récréation, et bien d’autres illustrés ont eu pour collaborateur Baric, ou quelqu’une de ses différentes incarnations, Craïb, Julius Altkind, ou Jean Antone, —

— li¬

mais sous ces divers faux-noms toujours le vrai Baric de faire et d'esprit.

Je ne saurais citer tous les albums et recueils qu’il a publiés à part; et pourtant, malgré ce que peut avoir de fastidieux une sèche nomenclature, force m’est bien d’en signaler un certain nombre pour donner, par les titres seuls, une idée de la variété des sujets auxquels s’est attaquée la verve intarissable de notre caricaturiste :

Proverbes travestis, ou la Morale en carnaval, 1857, in-4°; Balivernes militaires, 1857, in-4°; Monsieur Plumichon, 1858, in-4e; Comment on devient riche, 1858, in-4° ; Animaliana, 1858, in-4°; Les Autrichiens en Italie, 1859, in-4°; Où diable l'esprit va t-il se nicher? 1859, in-4°; Ces bonnes petites femmes, 1860, in-4°; L'Éducation de la Poupée, 1861, in-8° oblong ; Portiers et Locataires , 1861 , in-4° ; Contes vrais, histoires drolatiques à l’usage de la jeunesse, 1861, in-8°, avec seize planches en couleur, publié sous le pseudonyme de Julius Altkind ; Les jolis Soldats, 1861, in-4° ; Polichinelle et son ami Pierrot, 1861, in-8° oblong ; Parodie des « Misérables » de Victor Hugo , deux parties, 1862, gr. in-8°; Les Fourberies d' Arlequin, 1862, in-8* oblong; Coguecigrue, 1862, in-4°; Voilà ce qui vient de paraître, 1862, gr. in-8; La prise de Troie, 1863, in-4°; Un tour au Salon, album comique de l’Exposition des Beaux-Arts de 1863, in-43; Nos Toquades, Revue de 1863 et Almanach pour 1864, album comique, 1863, gr. in-8°; Comment on débute au Théâtre, 1863, in-4; Fantasia militaire, 1864, in 4° ; Martin Landor, ou la musique enseignée aux enfants, par Kroknotzki, 1864, un volume in-4* avec seize planches ; La Fée Carabosse, 1865, in-8° oblong; de 1865 à 1869: Les Soirées de M. Cocambo ; les Poseurs ; Jean Fusin, ou le dessin des enfants; Les Petits Raisonneurs ; Ce qu'il ne faut pas dire\ Tout ce qu’on voudra; Petits Gourmands et Petits Paresseux, etc. ; Parodie de « Quatre-vingt-treize », de Victor Hugo, 1874, in-8°; La Pêche à la Ligne, texte de Léo de Mark, quinze dessins, 1882; La Légende de l'Orphéoniste , paroles de Laurent de Rillé, avec illustrations, 1883.

Baric fut intimement lié avec le comte de Noé (Cham) et les deux artistes se rencontraient toujours avec plaisir. Souvent le logis de la rue Nollet vit ces amis plaisanter savoureusement devant de fins repas, arrosés de vins exquis. Stop, Randon, Marcelin, Draner, Gré-

vin, Meilhac, Nadar, Bartholdi, Cordier, etc., Moloch, Bouillon, Loiseau-Rousseau, furent au nombre de ses meilleurs amis. Il y avait aussi Henriot. Baric était grand admirateur de son esprit, et sa prodigieuse fécondité le surprenait, lui qui, pourtant, s’entendait à abattre la besogne de main de maître.

Aux travaux précédemment cités, il faudrait, en effet, ajouter encore une quantité infinie de dessins, crayons et aquarelles, signés ou non, pour des costumes de théâtre, entre autres pour le «. Sire de Framboisie » grande pantomime équestre donnée à l'Hippodrome et pour des ballets d'insectes et de fleurs dont il eut l’idée originale et gracieuse.

Autre idée aimable et digne d’être notée : en 1860, avec le concours de Laurent de Rillé, Ernest d'Hervilly, Cherville, de Sohet, Amédée Rolland, Albert Glatigny, etc., Baric fonda le premier journal pour enfants de cinq à douze ans, le Chérubin. La guerre de 1870 amena la dispersion des rédacteurs de ce magazine ; mais 1 idée était vivace : elle reprit racine ; elle allait donner naissance à de nombreuses feuilles, pour l’amusement des bambins et aussi la distraction de leurs parents.

Sur les conseils de ses amis et de sa famille, Baric était rentré dans les Postes dès avril 1859, — mais sans toutefois prêter le serment ; en 1867, il passait des ambulants à la Recette Principale de la Seine. Pendant le siège de Paris, il fit partie du 3e bataillon de la Garde Nationale, et, malgré sa myopie, on le vit aux exercices militaires sur 1a. place du Carrousel, et sa santé délicate souffrit beaucoup du froid et des privations. Les misères du premier siège ne lui firent pas déserter Paris pendant le second. 11 occupait la place de commis-dirigeant au bureau d’ordre, lorsqu’éclata la Commune. Grâce aux sympathies qui, chez ses subordonnés, étaient aussi grandes que la confiance de la part de ses chefs, Baric continua à assurer le fonctionnement relativement régulier de son service et contribua, par sa présence d’esprit, à la sécurité de l’Hôtel des Postes durant l’Insurrection.

Point intrigant, mais toujours intransigeant, il fut révoqué.

L’administration s’attendait à ce qu’il tentât une dé-

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Ma bonne femme n peut quasiment point r’muer : ail’ a comme des douleurs dans les jambes.

Eh bin, faut prende eune trique et bin la frotter n’avec ; n’y a rin d meilleur pour les douleurs : ça les change ed place.

N’avez-vous pas vu un homme à longue barbe ?

Parguienne ! J’cré bin qu’si !... Après c’temps-là, p’téte bin qu’non, tout de même.

marche assez naturelle après tant d’années passées dans ses bureaux : il n’en fît rien. Pour la rareté du fait, un administrateur crut devoir prendre les devants et invita son subalterne à lui adresser une demande, aussi fière qu’il l’entendrait, et avec la promesse formelle qu’elle serait favorablement accueillie. Bariccéda à tant de sollicitude : il fut réintégré en février 1872. En 1881, il obtenait sa retraite pour raison de santé.

Le rond-de-cuir définitivement jeté aux orties, il quittait aussitôt Paris, ses tracas et sa fièvre, pour venir prendre un salutaire repos dans la campagne de Touraine. Ce fut dans un de ses coins les plus calmes et les plus délicieux, à Monnaie, que le maître établit ses pénates. Là, en un logis rustique et tranquille, il se composa une existence simple, active et gaie. Levé dès l’aube, ayant chaussé ses gros sabots, et passé sa blouse blanche ou rouge, dispos de corps et d’esprit, léger d’inquiétude, inaltérablement joyeux, il s’en allait, si le temps le permettait, et si le cœur lui en disait, flâner à travers champs, durant les heures fraîches et vivifiantes de la matinée, et chacun se réjouissait quand il apercevait venir à lui la grande silhouette du père Baric, « pas fier et bien aimable, pour le sûr!... » — derrière les verres de ses immuables lunettes ses yeux avaient un si franc sourire ! et il en avait toujours de si bonnes à vous conter !... Ou bien, lui-môme, il prenait en main la pioche ou la bêche, la serpette ou le sécateur, et taillait ses arbres et cultivait son petit coin de terre. Quand les soins à donner à son enclos le laissaient libre, il emportait sa boite de peinture et plantait son chevalet devant quelque bouquet d’arbres ou groupe de maisons dont le profil tentait sa brosse. Un jour, précisément, il exécutait ainsi une chaumière, lorsque le propriétaire crut devoir venir donner quelques conseils à l’artiste :

— « Vous feriez aussi bin d’point tare la cheminée, allez ! à n’vaut ren! a feume tout le temps!... »

Souvent encore, Baric aimait à s’installer, sur un escabeau, dans une sorte de grande cage vitrée qu’animaient le vol et le roucoulement de tourterelles familières ; et là, de sa plume piquante, il écrivait quelque saynette humoristique ; ou notait paroles et musique de quelque chanson gauloise de sa façon, comme la popu-

laire « Noisille »; ou bien de son crayon plein de verve, il traçait quelque charge énorme ; ou bien encore, montrant son talent sous un aspect inattendu, d’un pinceau soigneux, il enluminait le manuscrit dequelque missel gothique. Baric, tout comme un Jehan Fouquet ou un Jehan Bourdichon, exécuta sur vélin un grand nombre de miniatures : à citer parmi les plus appréciées les miniatures d’un Livre d’Heures, calligraphié par le paléographe Victor Bouton.' Elles représentaient, sous formes de démons, les portraits des plus jolies actrices de Paris de l’époque du second Empire (1868), tandis que celles d’un autre Livre d’Heures, exécuté pour le comte de Paris de 1878 à 1882, représentaient les membres de la famille d’Orléans, revêtus des costumes de leurs saints patrons. A citer aussi le frontispice de la Hagada (prières de la Pâque juive) pour M. de Rothschild, et le Traité de Vénerie calligraphié par Victor Bouton.

En 1881, le roi de Bavière fit demander au miniaturiste de lui reproduire sur vélin, deux tableaux de Van der Meulen qui sont à Versailles, et qui représentent des épisodes de la campagne de Louis XIV en Alsace. Le prince ne fixait aucun prix à l’artiste et promettait de lui payer ce qu’il demanderait. Baric refusa tout net et jamais rien ne put le fléchir. Son cœur de bon français et d'ardent patriote se révoltait, parait-il, « rien qu’à l’idée de travailler pour les Allemands! »

Baric « inventa et peignit » encore des camaïeux pour illustrer « Boule de Suif » de Guy de Maupassant, « la Fille de Clémentine » d’Anatole France, etc. Mais, à la vérité, ce sont plutôt aux truculentes et succulentes caricatures, délices des lecteurs du Journal amusant, que le maître consacra, jusqu’à ses derniers jours, les meilleurs de ses moments.

Il est mort à Monnaie, le 19 juin 1905. Selon sa volonté, son corps a été incinéré au Père Lachaise.

Malgré ses quatre-vingts ans, et malgré les souffrances causées par un néoplasme à la tête, deux mois avant de s’éteindre, le vieux maître tenait encore le crayon et le trait caricatural n’avait rien perdu de son esprit ni de sa vigueur, — ainsi qu’on a pu le voir au

Salon d’Automne de 1905, où une place d’honneur fut réservée aux derniers dessins du maître regretté.

Que de « faces » et de « grimaces » sont sorties de son crayon d’une fécondité inépuisable !

Ronds-de-cuir et cartons verts, bohèmes et rapins, masques, pierrots, arlequins et colombines, — brasdessus, bras-dessous, — nous égayent de leurs mines et de leurs lazzis; et défilent aussi sous nos yeux amusés lorettes et grisettes, grandes cocottes et petits trottins, jolis à croquer et joliment croqués.

Les soldats de ses « militairiana » sont superbes :

A l’exercice, le caporal fait l’instruction des bleus. Le sergent arrive et questionne un des hommes qui demeure muet d’ahurissement :

— « Quand i’vous plaira de m’répondre n° 2?...

— « N° 2, mon sergent, c’est un breton : i’n comprend pas l'français.

— Ah ! ah! alors qu’on l’mette au bloc, jusqu’à ce qu’il s’aura familiarisé avec notre langue. »

Un homme s'avance timidement vers le gradé.

— « Mon sergent, pourriez-vous rn’dire ce qui n’y a dans cette lettre de mon cousin? Vous qui savez lire...

— Certainement que j’sais lire : mais ce que j’sais lire, c’est l’écriture moulée, la théorie militaire par exemple : et encore, j'préfère la lire par cœur, vu que les lettres ça m'embrouille. »

Alors le troupier prend le parti de renvoyer sa lettre à son cousin, — pour qu’il lui récrive ce qu’il y a dedans...

Ses pandores sont splendides :

— « Nout’brigadier, c’est un délinquant, à qui qu’faut dresser procès-verbal! J’venons d’voir ses gevaux sortir d’là rivière.

— Que péremptoirement, quelques-uns les a-t-il vus entrer?

— Non, mais j'ies avons tous vus sortir !

— Subséquemment, il n’y a pas lieu à procès-verbal, puisqu’il y a défense de faire entrer , mais point de faire sortir.

Ses enfants terribles sont délicieux.

Quelle bonne fessée on donnerait avec plaisir à cet « amour d’enfant » ! Sa bonne lui offre son pardessus :

— « Je n’veux pas sortir.

— Eh bien ! nous allons rester.

— Je n’veux pas rester.

— Il faut pourtant choisir, monsieur.

— Je n’veux pas choisir. »

Une vieille bigote interroge un gamin d’une dizaine d’années :

— « Puisque tu vas au catéchisme, combien y a-t-il de dieux?

— .. Trente six.

-- Mais non, mon petit ami, il n’y en a qu’un.

— JTaurais bin dit, mais j’ai pensé que pus j’vous dirais qu’y en a, pus ça vous ferait plaisir. »

La suite de « Nos bourgeois » est admirable. Elle a ses pendants en celle de « Nos domestiques ».

— « Maintenant, ma fille, que je t’ai fait avouair les pus gros gages que j’ai pu, fais-en le moins qu’ tu pourras, t’en feras toujou’s assez pour des bourgeois. »

Rentiers et sans-le-sou, électeurs et candidats, élus et blackboulés, militaires et bonnes d’enfants, snobinettes et midinettes, — monde, demi-monde et quartde-monde, tous les mondes, — et tout le monde, en un mot, exerce l’humour d’une armée de caricaturistes. En bon nombre d’entre eux, Baric a des rivaux, — je ne dirai pas : inégalables, car il les a souvent égalés. Mais je crois pouvoir affirmer, sans crainte de démenti, qu’aucun n’atteint à une intensité de vie et à une puissance de comique comparables à celles qu’il déploie dans cette série de « Nos paysans » inaugurée en 1854, et dont la collection de quelques milliers de numéros se confond avec celle du Journal amusant.

Malgré tout l’intérêt et le plaisir que chacun peut prendre à parcourir les périodiques et les albums, — presque introuvables aujourd’hui, — où Baric a caricaturé, avec une finesse d’ironie jamais émoussée, les diverses castes de la Société, — - pour les connaisseurs, comme pour le public, Baric est, et restera, le Peintre des Paysans.

Nos paysans, — personne ne les connut mieux que notre tourangeau : depuis son enfance, il a vécu sans cesse avec eux ; il les observait, et ils ne se méfiaient pas de lui : il saisit sur le vif leurs travers parfois ridicules, et aussi, parfois, sinistres.

Attitudes, gestes, tics de ses modèles, tout est exactement noté dans son dessin. Et dans la légende qui l’accompagne, sont non moins exactement notés le patois de la province et le langage de chaque individu, avec une orthographe telle que l’intonation, l’accent en sont phonétiquement et, pour ainsi parler, musicalement transcrits.

— Oh ! c’est-i bin ça vous, mamzelle !

— Mais non, mère Jeanne, puisque c’est grand’mére !

— Oh ! c’est-i bin ça n’elle. Ecoutez, c’est tout à fait bin fait ! Mais pourquoi qui n’y ont fait qu’un œil ?

Aussi quelle incomparable suite de scènes vécues, — et combien vivantes

Ce sont les rusés compères attablés au cabaret ; leurs propos sont salés et épicés : force est bien de les arroser de maintes chopines.

Ce sont les lavandières à l’ouvrage ; mais les langues marchent plus vite que les battoirs.

Ce sont les commères sur le pas de la porte, tricotant et bavardant ; et tout le village y passe, dans leurs caquets : « on en conte des vertes et des pas mûres » sur les « jeunesses », car les vieilles ont beau n’avoir plus de dents, elles n’en mordent pas moins jusqu’au sang.

Avec Baric nous assistons aux séances du Conseil municipal dans la « Mairerie » du village des Oisons. Les nouveaux élus siègent pour la première fois. En voici un jeune : il a pris son haut de forme et son habit des grands jours. Levant son nez en l’air dans un beau mouvement de fierté, il a laissé au logis son accorte compagne sur cette aimable réflexion :

« C’que c’est tout d’même ! Comme j’ai z’eu tort de t’épouser. M’v’là z’adjoint z’à mossieu le maire... Aujourd’hui, j’pourrais épouser queuqu'bourgeoise !... »

Vous devinez quelles propositions notre adjoint pourra faire à l’assemblée, quelles observations il croira devoir adresser à ses collègues.

— « M’est avis, dit-il, qu’on ne doit point voter de fonds pour les chemins : pour ceux qui sont mauvais, c’est pas la peine, personne n’y passe ! et pour les bons faut attendre qu’ils soient mauvais !... »

— « Des églises, des maireries, des écoles, c’est point pressé ! — s’écrie-t-il tout d’un coup au milieu de la discussion, — je demande un pont! Les autes communes ont un pont! N’y a qu’nous qu’en avons point !

— B... de bête! Quoiqu’t’en f.. ras de ton pont? Puisqu’i’ n‘y a point de rivière?

— On en fera une après. »

Il ajoute :

— « M. le mare parle d’eune subvention pour un chemin d’far qui passerait à nout’chef-lieu ! j’m’y r’fuse ! Donner la bonne argent du village pour faire aller pus d’monde à la ville ! C’est une sottise ! ! ! J’vote contre à l’ulamiuité ! »

Au reste quand notre adjoint va à Tours, il ne s’y rend jamais que par la voiture :

« Le chemin de far prend trop cher pour aller si près!... i’s’ont si tôt fait ! ! !

— Mais le voiturier prend le même prix.

— Bin oui ! mais i’met bin pus de temps ! »

Un de ses collègues de la municipalité propose un règlement pour la Bibliothèque communale :

« Les livres prêtés seront rendus dans l'mois et tout jour de retard sera puni d’une amende. » — « Et moue, j’vonlons pour pus d’s’curité, qu’l’amende soye payée d’avance. »

Le Préfet demande au Conseil s’il y a des déments dans la commune, et de lui en donner les noms.

— « Quoiqu’c’est ça des déments ?

— J’sais point, mais c’p’têt bin, pour leu-z -y donner queuque chose.

— Faut dire alors que j’en sommes tous. »

Les assemblées, les foires, les concours agricoles sont un riche champ d’observation.

Maître Colas arrive au chef-lieu de canton : il s’y trouve nez à nez avec un « gros bonnet » de l’endroit, — « gros bonnet » est une expression impropre puisque maître Colas aborde ainsi le personnage :

— « V’avez sorti vout décalitre, mait’Cochoneau : gageons qu’vous êtes venu pour le concours déshabillés d’soie? (Cochons, pour les gens distraits).

— Comme vous dites.

— On m’I’avait bin dit qu’v’en étiez!... »

Plus loin, maître Colas rencontre son député. — Est-ce bien celui que son bulletin de vote a voulu envoyer au Palais Bourbon ? Bien malin celui qui saurait le dire ; car, tandis que les agents électoraux péroraient ici et là, — ici et là, Maître Colas s’est laissé payer à boire, avec autant de conviction, par les uns et par les autres, — histoire de ne point faire de jaloux.

— « Comme ça, nout’député, vous v’ià encore ici pour un mois ? On vous paye-ti tout d’même?

— Certainement ?

— M’étonne pus qu’on vous voit si souvent!... »

Le député rend compte de son mandat dans une réunion organisée au chef-lieu de canton :

— « . . Ma position indépendante, mes opinions révolutionnaires conservatrices, mon initiative sont connues...

— Vous ferez-ti vende nout’ vin ? »

A la sortie, le représentant du suffrage universel distribue des poignées de main... à tour de bras.

— « Une poignée de mains, maître Martin.

— Bin de l’honneur, m’sieu l’comte.

— Eh bien! voici les élections; vous voterez pour moi?

— Vous l’voirez bin... »

Maître Colas est entendu à la culture : ses avoines sont réputées : les acquéreurs se présentent nombreux :

— « Avez-vous encore de l’avoine?

— Non, j’en ons pu .. mais j’en ons encore.

— Vous en avez vendu à Sargnon : quel prix ?

— C’que j’ii ons demandé ?

— Combien que vous lui avez demandé?

— Demandez-li.

— Amenez-moi c’qui vous reste!

— J’aime mieux core attendre. »

— « Eh ! bien ! maître Colas ? y aura-t-il des pommes cette année ?

— Pour dire qu’y aura des pommes, y en aura pas ; mais pour dire qu’y en aura point, y en aura... »

Entendu à l’élevage, le fermier remporte une prime au concours :

— « Eh bin ! v’avez été décoré, mait’ Colas!

— Point moué, mais m’s’animaux, et j’aime mieux ça: pac’que moué, j’vaudrais point un sou d’p’us ! tandis que c’est au moins trois cents bons écus d’pus que j’vas les vendre !... »

Ainsi, d’un coup de crayon, le caricaturiste souligne les caractères des paysans : orgueil naïf, entêtement routinier, et aussi méfiance, ambiguité, ruse, fourberie même parfois. Comme dit l’autre : les scrupules ne les étouffent point...

— « Tu l’vois bien? c’gros là? c’est le pus riche ed’la commune, et il a commencé avec cent écus qu’il avait volés.

— Et on dit que l'bien mal acquis ne profite point !...

— Ça, ça dépend d’là manière qu’on s’y prend pour le faire valoir. »

Savourez la morale qu’un vieux matois inculque à son héritier :

— « Mon gars, dans 1’ commerce, pour fare fortune, faut voler T pus qu’on peut! Du moment que j’ volons honnêtement, n’y a rien à dire. »

Quand il s’agit de vendre ou d’acheter, de faire un marché quelconque, ou d’économiser si peu que ce soit, l’amour du paysan pour l’argent, sa cupidité, son âpreté au gain, son avarice, s’étalent sans pudeur, sans faux-semblant.

Dans une promenade sous bois, le dessinateur rencontre une vieille qui vient de remplir son panier de champignons : il examine la cueillette et fait observer :

— « Mais ils sont mauvais, vos champignons, ma bonne femme !

— Oh ! ça n’ fait rien, c’est pour vend !... »

Le curé du bourg admoneste un de ses paroissiens :

— « Comment, Jérôme, tu n'es pas honteux de laisser mendier ta pauvre mère qui t’a tout donné de son vivant?

— Faut bin qu’a s utilise, moissieu Y curé! Et puis d'abord tant pire! A m’a trop fait d’ tort! A m'avait dit qu’a-z-avait cinq cents pistoles, eh bien, i" s'en manquait d’au moins six écus !... »

Tandis qu'il est au travail, maître Lucas voit accourir vers lui des voisins qui l'appellent avec de grands gestes :

— « Arrivez-donc, vout' femme s'a limbe tout d'un coup! a n’veut point r’veni ! faudrait queri 1’ médecin !

— L’ médecin? Cor n'eune dépense énutile ! J' la connais : si a’ s'a mis dans la tête ed’ point r’veni, a r'viendra point !... »

A tout risque, on va quand même chercher le médecin. Après avoir « rappelé à elle » la malade, il laisse une ordonnance : le lendemain, il vient en voir l’effet :

— « Est-ce qu’elle a pris sa potion ?

— Ah ! j’ cré bin! Bon sang! Pour ét’ p’us tôt guérie, ail’ a avalé tout d’affilée !

— Je vous avais recommandé de ne lui en donner qu'une cuillerée! Elle n’en reviendra peut-être pas ! »

Et cela désole notre fermier : aussi à un voisin qui vient lui demander les « portements » de sa femme :

— «An’ vaut guère, — répond-t-il, tristement, — j’ cré bin qu'a va mouri ! Si aile avait pu patienter s’ment jusqu’après la moisson, ça aurait bin fait mon affaire !... »

Un instant après, le futur veuf prend ses beaux atours et s’en va tout droit frapper à la plus grosse maison du bourg :

— « Nout’ bourgeois, — s’explique-t-il, — je viens vous demander en mariage la veuve Brocheriou, qu’est à vot’ service, à ferait bin m’ n’affaire !

— Ta femme est donc morte ?

— Nenni ! mais aile est bin malade ! et j’ prends mes précautions !... »

Aussitôt après le décès, tous les gens de l’endroit apportent leurs condoléances :

— « Et bin ! quoi donc’? Vot’ pauv’ femme s’a don’ laissé mouri? C’est un grand malheu’ pour vous!...

— Hélas ! oui, bonne gent, mais 1’ pus grand malheu’, c’est tout c’ qu’ ça va m’ coûter ! »

■ On n’est pas plus cynique!... C’est même outré, — direz-vous peut-être ? — Eh bien ! Non, croyez-le, même si le sentiment n’a pas été exprimé, — ce qui

n’est pas certain, — il n’en a pas moins existé ; si le mot n’a pas été prononcé, s’il peut paraître invraisemblable, il n’en est pas moins profondément exact.

Un tel cynisme est rare, — il faut en convenir. Mais, pour faire œuvre satirique et moralisatrice, — et c’est là le but le plus noble à quoi il puisse viser, — le caricaturiste doit choisir des cas où il lui est possible de rendre les défauts et les tares, évidents même pour les moins clairvoyants. Les types qu’il nous présente sont, si vous le voulez, des types exceptionnels. Mais ainsi le médecin, qui traite d’une maladie devant des étudiants prend de préférence, pour donner toute force à sa démonstration, un cas d’une violence exceptionnelle, où la maladie a ses caractères les mieux définis, les plus saillants, les plus frappants.

Et d’ailleurs, — ayons le courage de l’avouer, — certains de ces sentiments qui nous scandalisent fort chez le villageois parce que sa rudesse et sa rusticité natives négligent de les farder, n’existent-ils pas chez le citadin, dissimulés hypocritement sous le vernis de l’éducation, la politesse, l’urbanité ?

Vous avez entendu, tout à l’heure, le fermier au seuil de l’étable.

Ecoutez-donc le châtelain dans son antichambre :

— « Eh bien ! docteur, ma pauvre chère femme?

— Je ne vous cacherai pas qu’elle est bien bas !

— Ne dites pas ça, docteur!... Après tout, si l’un de nous doit partir le premier, il vaut peut-être mieux que ce soit elle, la digne femme : comme cela, du moins, elle ne restera pas seule... »

Au village, le paysan tâche de se faire bien venir de l'octogénaire, sa cousine... à la mode de Bretagne :

— « Disez, ma cousine ! Vous êtes bin vieille ! V’ allez bintôt mouri! Vous qu'êtes riche. . si vous m’ laissez d’ quoi m’acheter n’eune belle vache, j’y donnerons vot’e p’tit nom !... »

A la ville, le neveu est aux petits soins auprès de son oncle : le vieillard montre une vaste enveloppe cachetée :

— « Voici mon testament.

— J’espère, mon cher oncle, que vous ne m’avez pas oublié !

— Tu le penses bien : d’après mes dernières volontés tu seras... incinéré avec moi. »

En bon caricaturiste, Baric n’oublie point le précepte de la comédie satirique : « Castigat ridendo mores . » Aussi plutôt que[de fustiger, que de stigmatiser cruelle-

ment les vilenies de l'espèce humaine, en général, — et de l’espèce paysanne, en particulier, — préfère-t-il en rire, et nous en faire rire.

Des villageois, — il moque la lourdeur de démarche et d’esprit, la bêtise souvent calculée, la peur de se compromettre, la malice cousue de fil blanc; mais il leur est pardonné beaucoup pour leur gaieté narquoise, leur bonne humeur et leur bon sens.

A vivre la même vie, Baric s’est rendu compte que l’entêtement dans la routine ou l’hostilité contre la nouveauté, n’est, somme toute, chez le paysan que le défaut de cette qualité, l’attachement au sol, à la terre qu’il possède ou qu’il cultive à l’exemple des ancêtres. Si, comme pas un, le paysan craint tant de se laisser duper et veille, avec un égoïsme qui va trop souvent jusqu’à la cruauté, sur son bas de laine, — c’est que, comme pas un, l’homme des champs sait quel labeur pénible il lui faut pour amasser lentement quelques écus...

En bon Tourangeau, Baric estime trop, avec maître François, que « mieux est de ris que de larmes escrire», pour s’attarder longtempsà nous montrer la mère Martin que les siens regardent agoniser sans lui accorder une larme, ou le père Colas qui souffre plus vivement de la perte d’une vache que de la mort de sa femme. Plutôt que de nous forcer à assister à des spectacles hideux et qui répugnent jusqu’à l’écœurement, il aime autant nous conduire aux repas de fiançailles, de noces et de baptêmes, où compères, commères et jeunesses, amateurs de la godaille, de la mangeaille et de la rigolade, s’en donnent à cœur joie.

D’un Rabelais, Baric a, du reste, la verve copieuse et grasse, dans ces légendes, qui ne sont point des traits d’esprit superficiels, des « mots pour rire » tels qu’en fabriquent chroniqueurs et boulevardiers, mais bien des phrases entendues, ou qui pourraient l’être, tellement elles sont naturelles dans la bouche de ceux à qui l’auteur les attribue. Et ainsi, la légende dans le pur parler paysan, en quelque sorte, sténographiée, ou mieux, phonographiée, vient ajouter son parfum, sa saveur au dessin même qu’elle commente, — à ce croquis que l’artiste a exécuté sur n’importe quel bout de papier qui lui est tombé sous la main, — en quelques traits de plumes, en quelques coups de crayons, bleus ou noirs,

mine de plomb ou conté, sanguine ou teinte neutre, — peu lui importe ! tout lui est bon !...

Les tirages des journaux, trop rapides pour être suffisamment soignés, ne laissent, parfois, soupçonner qu’à peine les rares qualités des dessins originaux, qui sont, du reste, hautement prisés par les amateurs. Mais « ses bonshommes », — comme les qualifiait Baric, — y conservent, malgré tout, leurs silhouettes et leurs physionomies saisissantes, tellement sont bien soulignés les caractères des personnages par son trait sobre et précis, vigoureux, mais sans sécheresse.

Certaines de ses scènes de la vie rurale sont exécutées avec une finesse et, en même temps, avec une ampleur dignes d’un Daumier, et qui les rendent comparables à celles des meilleurs peintres flamands et hollandais. Si, dans telle consultation de médecin de campagne, Baric rappelle, en quelque manière, Gérard Dow, — dans telle beuverie au cabaret et dans telle scène d’intérieur, il fait pensera David Téniers ou à Adriaan van Ostade.

Et donc, l’étude psychologique et la réalisation artistique vont de pair dans son œuvre caricaturale.

Par suite, on peut dire, — et je le dis pour conclure cette étude :

En quelques types vrais, — plus vrais, mais moins prosaïques que ceux de Zola, naturalistes, mais peu naturels, — plus réalistes, moins poétiques assurément que ceux de George Sand, qui sans être réalistes sont tout aussi réels, — le maître dessinateur a su synthétiser, d’une façon puissante, personnelle et qui lui demeure propre, toute l’âme campagnarde.

Par l’acuité et la profondeur de son observation, par sa connaissance intime de ses modèles, par l’estime et l’atfection qu’il leur porte malgré leurs travers, — mais qui n’a les siens ? — par son talent sûr et sincère, énergique et robuste, il est bien un des artistes les plus originaux du temps présent. Il n’en est aucun qui mieux que lui ait regardé et compris la vie du paysan ; aucun qui l’ait traduite dans tout ce qu elle offre de pittoresque, de comique, de douloureux et même de tragique, — avec plus d’abondance, plus de vigueur et plus de vérité.

Et ainsi, la série de Nos Paysans par le tourangeau

Baric fait, en quelque sorte, un pendant à celle des Scènes de la vie de campagne du tourangeau Balzac.

Horace Hennion.

Ces pages, extraites des numéros 17, 18 et 23 de la Revue « les Tendances Nouvelles », furent écrites pour une conférence faite en l’une des soirées de la Société Littéraire et Artistique de la Touraine (26 mars 1904). Le maître caricaturiste Tourangeau était, depuis la fondation, membre de cette société de décentralisation provinciale, et, pour illustrer le programme de la soirée, il exécuta un de ses meilleurs types de « Paysans ».

— Les renseignements que le lecteur trouvera dans cette étude ont été contrôlés par Baric lui-même. Ils ont été complétés, depuis sa mort, par son fils, M. Jules Baric, receveur des finances à Jonzac, et par sa sœur, Mme Dougados, née Alméïda Baric, — à qui je demande la permission d’adresser ici tous mes remerciements.

— Les illustrations qui accompagnent cette étude ont

été obligeamment communiquées par le Journal Amusant. H. H.

Collections de dessins de Baric : Petit Palais des Champs- Élysées, à Paris, Musée de Tours, Musée d’Orléans, Musée de Nogent-sur-Seine, Musée de Gray, Musée de Porlo, Musée de Lisbonne.

A Consulter. — La Plume (ler décembre 1897. — N° 207), numéro exceptionnel consacré à J. Baric, pour l'exposition de ses œuvres au Salon des Cent : Sommaire : Jules Baric et « Nos Paysans », pau Yvanhoé Rambosson ; Biographie de J. Baric, par Henry de Camboulives (article paru antérieurement dans une Galerie des Contemporains); J. -J. Antone, par Paul Hugonnet ; les Paysans de Baric, par Henry D. Davray; la Mariée, pochade d’après Baric; par Tristan Klingsor ; les légendes de Baric, par Maurice Curnonsky; l'Œuvre de Baric au point de vue social, par M. Réja . Catalogue de l’exposition. Trente-neuf illustrations de J Baric; deux portraits-charges de J. Baric, par Moloch. Portrait de J. Baric par lui-même. Affiche de J. Baric pour l’exposition de ses œuvres. — Études de M. Henri Hamel; de M. Jacques Rougé (Écho littéraire et artistique. Tours, Salmon, directeurimprimeur, n° juillet-août 1905.)

Angers. — lmp. Lachèse et O, Siraudcau Suce. 06-9197

Tombe toujours, va ! t’auras biau faire, je n’te bouéraifpoint.

Angers, Imp. J. SIRAUDEAU

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