‹ Bas les armes!: avec un avant-propos de Gaston MochChapitre 7 sur 11 · MARIE · texte numérisé non relu

MARIE

P.-S. — Puisque ton mari a des parents en Pru — heureusement qu'il n'est pas aussi arrogant (3 ses compatriotes — demande-lui donc ce qu'on pei là-bas cte la situation politique. On dit qu'elle bien grave.

Cette lettre me rappela qu'il y a toujours « u situation politique ». Depuis plusieurs mois, je 1 avais plus pensé. Avant et après ma malad j'avais beaucoup lu les journaux; mais je pass; toujours les articles de fond. Depuis que je n et; plus hantée par cette terrible inquiétude : « A rons-nous la guerre ? » les commérages de la po tique extérieure ne m'intéressaient plus. Le poj scriptum de ma tante m'invita à me renseigner s la situation politique actuelle.

— Dis-moi donc, monsieur le Prussien — puisq tu es moins arrogant que tes compatriotes —, qi Signifie ce « bien grave » de tante Marie ? Y a-t vraiment, actuellement, une situation politique?

— Malheureusement, oui : il y a toujours w situation politique, comme il y a toujours une ten pérature ; et elles sont aussi trompeuses et chai géantes l'une que l'autre.

— V.oyons ! explique-moi... s'agit-il toujours de es fameux duchés?

— Oui. La population du Schleswig-Holstein eut se débarrasser de ces orgueilleux Prussiens, :omme elle nous qualifie maintenant : « Plutôt Danois que Prussiens! » c'est le mot d'ordre lonnô par les États du centre. Le chant national iïe la péninsule s'est enrichi de cette variante :

Peuples du Schleswig-Holstein Issus d'une même race, Flanquez les Prussiens à la porte !

— Et le duc d'Augustenbourg? Ils l'ont toujours pour souverain, j'espère? Frédéric, ne me dis pas qu'ils ne l'ont plus... puisque c'est pour soutenir les droits de ce prétendant légitime qu'a éclaté la guerre qui aurait pu me rendre veuve! Laissemoi la consolation de penser que cet indispensable personnage a été réintégré dans ses droits et règne sur la totalité du territoire; j'insiste sur « la totalité », car elle constitue un ancien droit historique, garanti depuis plusieurs siècles, dont l'origine m'a donné assez de peine à débrouiller.

— Les revendications historiques n'ont plus cours, ma pauvre Martha, me répondit en riant Frédéric. Il n'est question du duc d'Augustenbourg ?ue dans ses propres manifestes.

A partir de ce moment, je recommençai à suivre la politique et voici ce que j'appris :

Malgré le protocole signé lors de la paix de Vienne, nen n'était encore décidé. La question du Schleswig- Holstein avait passé par toutes sortes de phases, mais

n'était pas encore réglée. Après le désistement do duc de Glûcksbourg , les ducs d'Augustenbourg ei d'Oldenbourg s'étaient empressés de réclamer auprès de la Diète. Le Lauenbourg avait témoigné le désir d'être incorporé à la Prusse, et personne ne savait ce que les alliés allaient faire des duchés.

« Ah ça ! que veut donc maintenant la Prusse ? » Telle était la question, grosse de menaces, que se posaient l'Autriche, les États secondaires et les duchés. Napoléon III conseille, disait-on, à la Prusse, l'annexion des duchés, sauf la partie nord du Schleswig, où Ton parle danois; mais la Prusse n'y songe pas pour le moment. Le 22 février 1865, elle formule ses prétentions : Un corps d'armée prussien continuera à occuper le pays conquis. Hormis un contingent fédéral, les forces de terre et de mer seront mises à la disposition de la Prusse; elle prendra possession du port de Kiel ; les postes et télégraphes dépendront de l'administration prussienne et les duchés feront partie du Zollverein.

Notre ministre Mensdorf-Pouilly prend très mal ces exigences. Les États du centre protestent aussi, je ne sais pourquoi, d'ailleurs. Ils demandent, à grandscris, que le duc d'Augustenbourg soit immédiatement mis en possession des duchés. Lv' Autriche veut aussi placer son mot, et, sans aucun ménagement pour les prétentions du duc d'Augustenbourg, elle admet l'établissement de la Prusse, Kiel, mais elle s'oppose au recrutement des matelots.

On continue à discuter sans relâche. La Prusse prétend que ses réclamations ne visent nullement une annexion. Sous réserve des conditions indi-

uées, le duc d'Augustenbourg peut entrer en jouisince de son droit héréditaire ; mais si ses légitimes rétentions sont méconnues ; la Prusse déclare, en rossissant la voix, qu'elle se trouvera dans la lécessité d'exiger davantage. On répond à ses melaces par des railleries. En Autriche, et dans les iïats du centre, l'opinion publique se monte contre a Prusse et surtout contre Bismarck. Le 27 juin, es États du centre proposent une enquête aux rrandes puissances; mais le pncédé n'est pas dans es usages diplomatiques, les grandes puissances repoussent la motion, et continuent à négocier entre ôlles. Le roi Guillaume est à Gastein; François- Joseph à Ischl; le comte Blome fait la navette Je l'un à l'autre, et l'on finit par se mettre d'accord sur certains points : la garnison des duchés sera moitié autrichienne, moitié prussienne; conformément à son désir, le Lauenbourg sera incorporé à la Prusse ; comme compensation, l'Autriche recevra àeux millions et demi d'indemnité.

Cette dernière clause ne me causa pas la moindre satisfaction patriotique. Quand bien même — et ce h était pas le cas — cette somme insignifiante serait partagée entre les trente-six millions d'Autrichiens, quel avantage pourraient-ils en retirer? La part qui me reviendrait, par exemple, compenseraitelle les centaines de mille florins que la guerre m'avait fait perdre? Quel dédommagement offrirait-elle, surtout, à ceux qui pleurent quelque être ehéri resté sur un champ de bataille ? Cependant, le traité signé le 14 août, à Gastein, me fitjplaisir. Ce mot « traité » paraît si plein de promesses de

paix ! Plus tard, j'ai compris que les traités n'ont vraiment d'autres résultats que de faire naître de nouveaux cqsus belli. Un des États trouve toujours l'occasion d'accuser l'autre d'avoir violé le pacte, et les épées sortent de nouveau du fourreau.

Le traité de Gastein me rassura complètement. Le différend paraissait arrangé. Le général Gablenz — le beau général Gablenz aimé des femmes — fut nommé gouverneur du Holstein, et Manteuffel gouverneur du Sçhleswig.

Je dus renoncer à l'idée que je m'étais faite de l'indivisibilité des duchés, reposant sur les garanties données en 1460. Quant au duc d'Augustenbourg, il vint, une fois, dans le pays, se faire acclamer par ses partisans, mais Manteuffel lui signifia que, s'il s'avisait d'y reparaître sans autorisation, il le ferait carrément arrêter.

En dépit du traité de Gastein, la situation ne changeait pas. Mise en éveil par la lettre de tante Marie, je lisais maintenant tous les articles de fond des journaux, pour tâcher de me rendre compte du courant de l'opinion. Je pus suivre ainsi les différentes phases que subit cette question toujours « pendante » du Schleswig-Holstein. Je ne soupçonnais même pas la moindre possibilité d'une guerre : la diplomatie seule pouvait trancher ces points de détail litigieux. Je suivais avec curiosité plutôt qu'avec inquiétude la marche de l'affaire. Voici un extrait de mon journal de cette époque :

1er octobre 1865. La Diète de Francfort décide que le droit de la nation du Schleswig-IIolstein de disposer librement d'elle-même, demeure entier. Le traité de Gastein est rejeté comme attentatoire à ce droit. Les représentants du peuple ne devront accorder ni emprunts, ni impôts aux gouvernements qui voudraient imposer la politique d'oppression suivie jusqu'ici.

15 octobre. Le syndic de la couronne de Prusse est d'avis que les droits héréditaires du prince d'Augustenbourg sont annulés parce que le père de ce prétendant a, moyennant un million et demi déçus danois, renoncé, pour lui et ses descendants, à toute prétention au trône.

Cette opinion prussienne est traitée d'outrecuidance. On ne parle plus que de « l'arrogance prussienne ». « Le roi Guillaume semble vouloir jouer au Victor-Emmanuel prussien ». « On prête à l'Autriche l'arrière-pensée de vouloir reconquérir la Silésie ». — « La Prusse fait la cour à la France »... et patati et patata... et les cancans et les commérages politiques d'aller leur train de cabinets en ministères, tout comme dans les cercles et les cafés de petites villes.

L'hiver rassembla de nouveau toute la famille à Vienne. Rosa et Lilli s'étaient beaucoup amusées à Marienbad et en Bohême; mais ni Tune ni l'autre ne s'était fiancée. Les actions de Conrad étaient décidément en hausse. A l'époque de la chasse, il était venu à Grumitz, et, bien qu'aucune parole n'eût été échangée, Lilli et lui étaient parfaitement convaincus qu'ils finiraient par s'épouser.

206 BAS LES ARMES l

Malgré les instances réitérées de mon père, je ! n'avais pas paru à Grûmitz pendant la saison de la » chasse. Frédéric n'avait pu obtenir de congé, et je i n'avais pu me résoudre à me séparer de lui. D'ail- , leurs, je ne tenais pas à laisser trop longtemps ! Rodolphe en contact avec mon père : fils et petit- : fils de soldat, il ne montrait déjà que trop de dis- 1 positions pour le métier militaire. Dans les ouvrages scientifiques que nous lisions, avec plus de zèle que jamais, j'avais beaucoup appris au sujet | de la puissance de l'hérédité. Les « dispositions innées » ne sont au fond que la tendance à reproduire des habitudes contractées par nos ascen- •

dants.

. A son anniversaire, mon père donna à l'enfant un f

très beau sabre.

— Mais tu sais bien, père, lui dis-je d'un air , assez contrarié, que Rodolphe ne sera jamais soldat ; j je te prie sérieusement de...

— Tu veux donc en faire une poule mouillée? J'espère que tu n'y réussiras pas. Bon sang de soldat ne ment pas. L'enfant choisira lui-même sa carrière, et il n'en est pas de plus belle que celle que tu veux lui interdire.

— Marthe redoute pour Rodolphe les dangers de la guerre, ajouta tante Marie; elle oublie que si son fils doit mourir jeune, la mort l'atteindra aussi bien dans son lit qu'au champ d'honneur.

— Tu crois alors, tante, que lorsque cent mille hommes tombent dans une guerre, il en aurait, dans le même temps, péri un aussi grand nombre, si la paix n'eût pas été troublée?

— Ces cent mille hommes étaient précisément destinés à mourir à la guerre.

— Mais si les hommes étaient assez sages pour ne plus se battre?

— La guerre ne peut disparaître! s'écria mon père... Et la discussion recommença sur ce sujet. Je soutenais toujours les mêmes principes, appuyés sur les mômes raisons, et mon père toujours des principes opposés, soutenus pair des raisons contraires.

Mon père avait ainsi, en faveur de la guerre, une série d'arguments qu'il était impossible d'entamer:

1° La guerre est d'institution divine; voir les Saintes Écritures.

2° Il y a toujours eu des guerres; donc il y en aura toujours.

3° Sans la guerre, qui décime de temps* en temps la population du globe, celle-ci s'accroîtrait outre mesure.

4° Une paix continuelle amollirait, énerverait l'homme; paix éternelle, décadence des mœurs!

5° La guerre est le meilleur moyen de tremper les caractères, d'entretenir l'esprit de sacrifice, de raviver les sentiments héroïques.

6° Il s'élèvera toujours des contestations entre nations. L'opposition des intérêts amènera toujours des conflits ; l'idée de paix perpétuelle est un nonsens.

Aucune de ces affirmations n'est défendable si oa les examine de près. Cependant elles servent de retranchement successif au champion de la

guerre, quand il se voit obligé d'évacuer une de ses positions.

Par exemple, si le défenseur de la guerre est acculé au point de ne plus pouvoir soutenir le n°4, et d'être obligé d'avouer que l'état de paix est plus digne de l'humanité, plus favorable à son bonheur, ainsi qu'à sa culture intellectuelle, il vous dira :

— Je concède que la guerre est un mal, mais c'est un mal inévitable, ainsi que le prouve le n° 1.

Si on lui démontre que ce mal peut, au contraire, être évité par la confédération des États, par l'arbitrage international, etc., etc., il vous répondra :

— Soit! on pourrait l'éviter, mais on ne le doit pas, car il y a le n° 5...

Si l'avocat de la paix arrive à convaincre son adversaire que la guerre, au contraire, rend l'homme sauvage et féroce :

— Oui, çoncédera-t-il, mais il y a le n° 3? Cet argument serait meilleur dans la bouche d'adversaires de la guerre, qui cherchent, pourtant, à lui trouver une explication rationnelle. Le souci d'éviter à l'humanité future les dangers de la disette n'entre pour rien dans la pensée des amis de la guerre.

Si l'homme avait vraiment à se préoccuper de parer à un excès de population, il aurait pour cela des moyens plus directs que la guerre. Cet argument ne porte que parce qu'il a une apparence scientifique, et semble procéder d'un sentiment très humanitaire. Gomme il est beau de se préoccuper de nos chers arrière-neveux qui vivront dans quelques milliers d'années!...

Ce n° 3 a souvent embarrassé les partisans de la paix : on connaît si peu les sciences naturelles et l'économie sociale, que Ton ignore, généralement, que l'équilibre entre les naissances et les décès se maintient de lui-môme. La nature accroît la fécondité des espèces en raison directe des dangers qui les menacent. Après une guerre, le nombre des naissances augmente précisément pour compenser le surplus des décès. Il est également constaté, qu'après une longue périocte de paix et de prospérité, le chiffre des naissances diminue. En tous cas, il est certain que, dans leurs déclarations de guerre, les rois et les gouvernements ne se préoccupent nullement de cette question d'excès de population.

— Accordé ! mais le n° 1 ?

Et ainsi de suite, de sorte que le débat se poursuit indéfiniment. Le partisan de la guerre tient toujours bon : son raisonnement se meut dans un cercle où vous pouvez le poursuivre éternellement, sans l'atteindre.

A cette époque, je ne me rendais pas aussi exactement compte de tout cela qu'aujourd'hui. Ce n'est que plus tard que je me suis habituée à suivre le développement d'une idée, dans ma propre tête aussi bien que dans celle des autres. Je sortais de ces discussions avec mon père fatiguée, épuisée; je comprends maintenant que cette fatigue provenait de ce que mon adversaire m'obligeait à tourner toujours dans le cercle, sans pouvoir jamais l'y saisir. Sa conclusion, accompagnée d'un haussement d'épaules dédaigneux, était toujours : « Tu n'y entends rien, » et, il faut avouer — étant donné le

sujet que nous traitions — que dans la bouche cf un général, s'adressant à une jeune femme, ce jugement pouvait paraître parfaitement juste.

1er janvier 1866. La famille se trouvait de nouveau réunie à la table de mon père, devant le punch et les crêpes traditionnels. En même temps que la Saint-Sylvestre, nous célébrâmes, ce soir-là, les fiançailles de Conrad et de Lilli. Au coup de minuit, mon entreprenant cousin passa son bras autour de la taille de Lilli et, lui posant, à mon grand étonnement, un baiser sur les lèvres, lui demanda :

— Voudras-tu de moi, en cette année 1866?

— Oui, je veux bien, Conrad.

Là-dessus, les verres s'entre-choquèrent de tous côtés; ce fut un échange sans fin de serrements de mains, d'embrassades, de souhaits de bonheur, de bénédictions: « — Vivent les fiancés ! — Je bois au bonheur de Conrad et de Lilli! — Enfants, que Dieu bénisse votre union I Toutes mes félicitations, cher cousin ! — Sois heureuse, chère sœur! » etc., etc..

Chacun cédait à une douce émotion; peut-être n'était-elle pas chez tous exempte d'envie, car l'amour — l'amour sanctionné par une union qui va procréer la vie — est le plus heureux, le plus enviable des incidents de l'existence. Pour moi, je ne pouvais éprouver aucun sentiment de jalousie ; ne possédais-je pas ce bonheur promis aux fiancés?

d doute me traversait plutôt l'esprit : — Lilli peutllè espérer un bonheur aussi complet que celui ue me donne- Frédéric ? Conrad est sans doute harmant, mais il n'y a qu'un Frédéric au monde ! Mon père mit fin à ce tumulte de congratulations m frappant sur son verre, avec la bague qu'il portait au petit doigt, puis, se levant :

— Chers enfants!... cher amis ! L'année 1866 commence bien pour moi, puisqu'elle m'apporte, à sa première heure, la réalisation d'un désir bien cher: voir Conrad devenir mon gendre. Espérons qu'au cours de cette année Rosa rencontrera aussi celui qu'elle attend, et que la cigogne n'oubliera pas de rendre visite à Frédéric et à Martha. Puisse cette année, cher docteur, vous amener beaucoup de malades, ce qui ne s'accorde guère avec les souhaits de santé si nombreux qui vont se formuler aujourd'hui. Et toi, chère Marie, puisses-tu, si toutefois cela concorde avec tes idées de prédestination, que je respecte absolument, gagner un gros lot à la loterie, obtenir une indulgence plénière ou toute autre chose qui te fasse plaisir. Je te souhaite à toi, Otto, beaucoup de succès dans tes examens, et toutes les vertus militaires et toute h science qui pourront, un jour, faire de toi l'ornement de l'armée et l'orgueil de ton vieux père. Quant à moi — auquel il faut bien aussi souhaiter quelque chose — comme je n'ai rien tant à cœur que la prospérité et la gloire de l'Autriche, puisse-

je, au cours de cette nouvelle année, éprouver la grande joie de voir la Lombardie nous revenir, ou la Silésie replacée sous- notre domination. Et

— Que signifie, ma chère Martha, ce : « Je ne le veux pas 1 » passionné? Plus il y aurait de probabilités de guerre, moins il me serait possible dr donner ma démission. Je l'aurais pu après le Schleswig-Holstein...

— Quel malheur que la maison Schmidt et fils...

— Mais, en ce moment, où s'amoncellent tant de nuages...

— Tu crois vraiment que...

— Je crois que ces nuages se dissiperont. Il est impossible que la Prusse et l'Autriche en viennent aux mains pour ces deux petits duchés ; mais il suffit que la menace de guerre existe pour que ma démission puisse être interprétée comme une lâcheté ; je suis sûr que tu le comprends.

J'étais bien forcée de me rendre à ces raisons, mais je. me cramponnais de toutes mes forces à l'espoir que « ces nuages » se dissiperaient.

A partir de ce moment, je m'intéressai plus vivement encore à tous les détails de la politique» Je suivais avec anxiété les manifestations de l'opinion publique aussi bien dans les conversations privées que dans les journaux. « Armer, armer » était le mot d'ordre. La Prusse arme sous main — l'Autriche arme sous main. La Prusse prétend que nous armons, mais c'est faux; c'est elle qui arme! Elle proteste à son tour. Si nous armons, c'est parce que les autres" arment. Qui nous dit, si nous désar» mions, qu'ils en feraient autant? Tel était le refrain que j'entendais bourdonner à mes oreilles.

— Mais pourquoi tout ce cliquetis d'armes si I'od n'a pas l'intention d'attaquer? demandai-je un jour.

A quoi mon père me répondit par le vieil adage :

— Si vis pacem, para bellum. Nous n'armons le par précaution.

— Et les autres?

— Oh ! eux, c'est pour nous tomber dessus.

— Us disent également que c'est pour se mettre a garde contre nos agressions.

— C'est un mensonge.

— Mais eux aussi prétendent que nous agissons vec fausseté.

— C'est un prétexte qu'ils donnent à leurs armeuents.

Ainsi toujours le même cercle vicieux. Des deux ôtésle même manque de sincérité. Il est impossible [ue deux puissances qui désireraient tyutes deux a paix pratiquent ce système d'armements à ourance. Ah ! il n'y a pas que les augures — les diplonates aussi le savent ce qui se cache derrière les érémonies, et sous les discours officiels.

Les préparatifs d'armement continuèrent pendant es premiers mois de l'année. Le 12 mars, mon >ère arriva tout rayonnant chez moi :

— Hurrah! s'écria-t-il, j'apporte de bonnes louvelles.

— On désarme?

— Allons donc! au contraire! Il y a eu hier réuûon du grand conseil de guerre... nous possélons un effectif inouï... Les Prussiens n'ont plus lu'à se cacher! Nous pouvons, sur l'heure, mettre 800,000 hommes sous les armes, et Benedeck, notre tacticien le plus consommé, aura le commandement

en chef avec des pouvoirs illimités. Je te le dis en toute confiance, mon enfant : la Silésie est à nous quand nous le voudrons.

— Grand Dieu! m'écriai-je avec désespoir, se peut-il que la guerre éclate de nouveau ! Mais qui peut pousser à ce point l'ambition... l'esprit de conquête...

— Calme-toi, mon enfant ; nous ne sommes ni ambitieux ni avides de conquêtes. Nous voulons. — le gouvernement veut la paix ; il en a maintes fois donné l'assurance. Le chiffre colossal de nos troupes ne peut que tenir en respect les autres puissances. La Prusse, la première, mettra les pouces, et ne le prendra plus de si haut. Xous avons encore, Dieu merci ! notre mot à dire dans l'affaire du*Schleswig-Holstein, et nous ne supporterons jamais que l'autre grand Etat de la Confédération prenne en Allemagne une position prépondérante. Il y va de nrtre honneur, de notre prestige, peut-être même de notre existence. Tu ne comprends pas cela? Ce n'est, au fond, qu'une lutte pour l'hégémonie. De fait, nous nous soucions fort peu de ce petit Schleswig. L'important (et c'est ce qu'a mis en lumière le rapport du conseil de guerre), l'important est de savoir qui — du descendant des petits ducs de Brandebourg, ou de celui ades chefs du Saint-Empire — doit prendre le premier rang et dicter des conditions à l'autre. Je crois au maintien de la paix ; mais si, cependant, la Prusse persiste dans ses arrogantes prétentions et rend h guerre inévitable, je suis fermement convaincu que

a victoire nous est assurée ; nous retirerons de si

grands avantages d'une guerre, qu'il est presque à souhaiter qu'elle éclate.

— Tu le souhaites bien certainement, et tout le conseil de guerre avec toi!... Il vaudrait mieux, alors, ne pas jouer ainsi le peuple et les partisans de la paix, en, leur affirmant que ces armements, ces augmentations d'effectifs, ces demandes de crédits ne sont faits qu'en vue de la paix. Si vous voulez montrer les dents et serrer les poings, n'ayez pas, au moins, la bouche pleine de paroles menteuses. Si vous êtes si impatients de vous battre, ne vous donnez pas l'air de mettre la main à la garde de votre épée par pure prudence!...

Je continuai à parler ainsi, longtemps, d'une voix tremblante, avec une émotion croissante, sans que mon père, stupéfié, essayât même de me répondre. Finalement, je fondis en larmes.

Puis, ce furent des alternatives d'espérance et d'angoisse. On entendait un jour : « La paix est assurée ; » et le lendemain : « La guerre est inévitable.» Cette dernière opinion était la plus générale. L'expérience a prouvé, qu'en pareil cas, lorsque l'idée de guerre a,. une fois, été émise, elle peut être plus ou moins débattue, mais elle finit toujours par l'emporter.

J'inscrivais soigneusement, dans mon journal, toutes les phases du débat, ce qui me permit de bien comprendre les moindres incidents politiques

qui amenèrent cette terrible guerre de 1866. Sans ces notes, je n'aurais pas moi-même mieux corn pris les événements d'alors, que les contemporains] ne comprepnent, d'ordinaire, un fait historique. La majeure partie d'un peuple ne sait ni comment, ni pourquoi une guerre arrive. Elle couve, elle éclate et, quand elle est là, on ne songe plus à s'informer des menus intérêts ou des simples divergences d'opinions qui ont suffi à la produire. On ne pense plus qu'aux graves événements qu'elle fait surgir. La campagne terminée, on ne se souvient que des angoisses et des deuils qu'elle a coûtés, ou des triomphes et des avantages qu'elle a procurés. Si, plus tard, quelqu'un désire connaître les raisons politiques qui ont fait naître le conflit, il lui faut consulter des publications savantes, écrites après coup : la tradition s'éteint vite.

Le 24 mars, la Prusse lance une circulaire dans laquelle elle se plaint de nos armements menaçants. Pourquoi donc ne désarmerions-nous pas, si nous n'avons pas d'intentions agressives? Mais comment désarmer lorsque la Prusse met en état de défense toutes les forteresses de la Silésie, et mobilise, le 28 mars, deux corps d'armée?

31 mars* Dieu soit loué! L'Autriche dément les bruits d'armements secrets qui circulent : elle affirme n'avoir aucune intention d'attaquer la Prusse, et demande, en conséquence, que celle-ci arrête ses préparatifs de guerre.

La Prusse répond qu'elle ne songe nullement à prendre l'offensive contre l'Autriche; mais, qu'en face des armements de celle-ci, elle se voit obligée

de prendre elle-même des mesures défensives* Le dialogue continue sur ce ton :

— Tes armements sont offensifs.

— Les miens ne sont que défensifs.

— Puisque tu armes, je dois armer.

— Àrmes-tu? Alors j'arme aussi!

— Armons donc, armons sans relâche!

Et les journaux montent les esprits. Les faiseurs d'articles de fond attisent le feu, excitent, diffament. On fait paraître de nouvelles publications sur la guerre de Sept ans, dans le but avoué de raviver l'ancienne haine.

Echange continu de notes diplomatiques. Le 7 avril, F Autriche dément toujours, officiellement, ses armements, mais reproduit la récente déclaration de Bismarck disant à Karolyi qu' « on ferait, au besoin, fort peu de cas du traité de Gastein ». Que signifient, alors, les traités, si leur observation dépend uniquement du bon vouloir des contractants, et n'est nullement assurée par une autorité supérieure?

Le 15 avril, la Prusse répond à cette note que l'accusation est dénuée de fondement; elle persiste avoir la justification de ses propres armements dans la façon dont FAutriche a garni ses frontières. Si l'Autriche n'a pas d'intentions agressives, qu'elle prenne l'initiative du désarmement.

Le cabinet de Vienne répond : « Nous sommes prêts à procéder au désarmement à partir du 23, si la Prusse s'engage à en faire autant, à la même date. »

La Prusse y consent. Quel soulagement ! Malgré

l220 BAS LES ARMES !

*tant de menaces, la paix sera donc maintenue!! m'empressai de noter cette bonne nouvelle.

Trop tôt, hélas! De nouvelles complications s

présentent :* l'Autriche déclare qu'elle veut bie

désarmer dans le Nord, mais qu'elle ne peut 1

' faire dans le Sud, à cause de l'attitude de l'Italie.

A cela la Prusse répond : « Si l'Autriche ne désarm

pas complètement, nous demeurons sur le pied d

-guerre. »

L'Italie intervient à son tour. Elle affirme n'avoi 'pas la moindre pensée d'agression, mais se voit après les d'ernières déclarations de l'Autriche, dan la nécessité d'armer, elle aussi.

Voici donc le chant de défensive entonné à troi voix.

Je me laisse, en quelque sorte, assoupir par cett mélodie. Aucune puissance n'osera commencer. L guerre n'est vraiment pas possible. Chacun cherch à se mettre sur ses gardes, mais cela ne peut me nacer la paix.

Quelle illusion ! En dehors de Poffensive directe! il y a tant de manières d'amener les hostilités! Il; a l'ingérence et les réclamations au sujet d'une pro vince en litige que Ton peut repousser comme in justes. Il y a les anciens traités que l'on peuttou jours déclarer violés et qu'il faut défendre par le! armes. Il y a surtout « l'équilibre européen » qu< menacerait l'extension exagérée de l'un ou Fautn État, danger qui réclame une intervention éner gique.

A partir de ce moment, les événements se pré <cipitent : l'Autriche prend résolument parti pou

i'Augustenbourg. La Prusse voit dans cette attitude me violation du traité de Gastein, et une intention formelle d'hostilités. Les armements sont poussés k outrance; la Saxe arme à son tour. L'excitation •> exaspère : la guerre est imminente!... la guerre est imminente! Pour moi, je me sens comme sur une mer démontée, sous la menace d'une tempête.

Bismarck est actuellement l'homme le plus détesté de TEurope entière. Le 7 mai, il faillit être victime d'une tentative d'assassinat. L'auteur, Blind, espérait-il, par ce meurtre, conjurer la tempête? Le succès de sa tentative l'eût-il, en effet, conjurée?

Nous reçûmes de Berlin des lettres de tante Cornélie, où elle nous disait qu'en Prusse, on ne souhaitait pas du tout la guerre ; le plus, complet désarroi y régnait, au contraire, dans la sphère politique et dans l'opinion. Bismarck n'était pas moins antipathique dans son propre pays que chez nous. Le bruit courait que la landwehr refuserait de marcher pour cette « guerre fratricide ». On assurait que la reine Augusta se serait jetée aux pieds du Roi pour le supplier de s'y opposer. Combien j'aurais voulu m'agenouiller à côté d'elle, et entraîner toutes les femmes d'Autriche! Oh oui!... La paix!... la paix devrait être Tunique but des efforts de toutes les femmes! Ah! si notre noble Impératrice s'était aussi jetée aux genoux de l'Empereur pour le supplier, les mains jointes., et les larmes aux yeux, de désarmer!... Peut-être l'Empereur eût-il imposé sa volonté de maintenir la paix... Mais la pression de V opinion publique, de cette opinion que façonnent,

dirigent, excitent les hâbleurs, les braillards, le donneurs de conseils, et surtout les journalistesun homme, fût-il sur le trône, ne peut, à lui seul lui résister.

Le 1er juin, la Prusse déclare, devant la Diète. qu'elle est prête à désarmer sur-le-champ, si FAu-l triche et la Saxe donnent l'exemple. Par contre. le cabinet de Vienne accuse nettement la Prusse de méditer depuis longtemps une agression contre l'Autriche ; il est donc décidé à demander à la Confédération de prendre en main la solution de l'affaire des duchés, et de convoquer les Etats du Holstein.

La Prusse proteste contre cette violation du traité de Gastein; ce serait en revenir au traité de Vienne, c'est-à-dire au régime du condominium. Dans ce cas, en échange du droit qu'elle ne conteste point à l'Autriche d'occuper le Schleswig, la Prusse s'arroge celui de prendre possession du Holstein, et d'emblée, elle le fait occuper par ses troupes. Le général Gablenz se contente de protester, et se retire.

Bismarck avait, préalablement, lancé une circulaire, dans laquelle il disait : « Nous n'avons trouré à Vienne aucun esprit de conciliation. Il est même revenu aux oreilles du Roi... que le cabinet autrichien veut, à tout prix, la guerre, confiant qu'il est dans la victoire, et espérant, au moyen de l'indemnité de guerre qu'on imposerait aux Prussiens, se

tirer des embarras financiers an milieu desquels il se débat. »

Le 9 juin, la Prusse conteste à la Diète le droit de trancher la question du Holstein. Elle présente le projet d'une nouvelle Confédération dont seraient exclus les Pays-Bas et l'Autriche.

La presse se déclare franchement pour la guerre, et, comme l'exige le vrai patriotisme, se déclare convaincue de la victoire : la possibilité d'une défaite ne doit même pas effleurer l'esprit de tout loyal sujet que son prince ou la patrie appellent aux armes. Plusieurs articles de journaux parlèrent déjà de l'entrée solennelle de Benedeck à Berlin, et du pillage de la ville par les Croates. Certains demandèrent même que la capitale de la Prusse fût complètement rasée. « Saccager, raser une ville, passer ses habitants au fil de l'épée », autant d'expressions qui jurent avec l'état actuel de la conscience de l'humanité. L'enfant, l'adolescent trouve, dans ses livres d'histoire, ces énormités, qui, plus tard, reviennent tout naturellement sous sa plume, quand il écrit un livre ou un article.

Il n'est pas de mots assez forts pour dire notre mépris de l'ennemi. Les soldats prussiens sont appelés apprentis-tailleurs. On reproduit partout la gasconnade, attribuée au général adjudant comte Grûnne. « Nous renverrons ces Prussiens chez eux à coups de pied. » C'est la manière de rendre une guerre populaire : ces choses-là fortifient la confiance nationale.

L'Autriche réclame l'intervention de la Confédération au sujet des procédés de la Prusse dans le

Holstein, et la mobilisation des troupes fédérales] Le 14, cette motion est mise aux voix, et repoussé* par neuf voix contre six.

C'en est fait!... Les ambassadeurs ont reçu leur passeports. Le 16 juin, la Diète requiert rAutrich et la Bavière de marcher au secours de la Saxe e du Hanovre attaqués par la Prusse.

Le 18, paraît le manifeste de la Prusse, en même temps que celui de l'Empereur d'Autriche, et la proclamation de Benedeck à ses troupes. Le 22, le prince Frédéric-Charles lance un ordre du jour; les hostilités sont ouvertes. Voici ces quatre documents :

Proclamation du roi Guillaume :

Ne pouvant oublier que ses princes ont jadis régné sur l'Allemagne, l'Autriche ne sait voir dans la jeune Prusse qu'un ennemi et un compétiteur. E lie cherche à la combattre dans toutes ses aspirations, persuadée que les intérêts des deux pays sont contradictoires. L'Autriche veut aujourd'hui affaiblir, anéantir, déshonorer sa rivale : elle viole les traités. Nous nous voyons, en Allemagne, environnés, de toutes parts, d'ennemis, dont le mot d'ordre est l'humiliation de la Prusse. Jusqu'au dernier moment, j'ai cherché les voies d'une entente cordiale... L'Autriche s'est refusée à me suivre dans cette voie.

L'empereur François-Joseph dit à son tour :

' Les derniers événements ont montré d'une manière irréfutable que la Prusse est décidée à remplacer le

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droit par la force; elle a, par là, rendu inévitable cette guerre néfaste d'Allemands contre Allemands. Que la responsabilité des malheurs qui vont fondre sur le pays retombe sur ceux qui les auront provoqués. Ils ne sauraient oublier qu'ils auront à en rendre compte devant le tribunal de l'histoire et devant le trône du Dieu tout-puissant.

C'est toujours l'autre qui souhaite la guerre;

c'est toujours l'autre qui substitue la violence à

l'équité ! Cette guerre était donc néfaste parce que

les Allemands y combattaient contre des Allemands.

C'est bien 5 car voilà déjà un point de vue plus élevé

qui place, au-dessus du Prussien et de l'Autrichien,

la conception plus haute de l'Allemand; encore un

pas, et Ton arrive à la notion d'une unité supérieure

qui condamnera comme fratricide toute guerre

d'homme à homme. Mais le tribunal de l'histoire %

Qu'est-ce que cela peut bien signifier? L'histoire

n'a-t-elle pas toujours glorifié le succès? La gent

des scribes historiographes ne s'est-elle pas, de

tout temps, prosternée devant le vainqueur? Ne

la-t-elle pas toujours acclamé comme l'apôtre d'une

idée civilisatrice? En appeler au tribunal du Dieu

tout-puissant? Mais ce Dieu nous est représenté

comme l'arbitre suprême des batailles ! C'est sa

volonté qui décide des guerres et de leur issue.

Contradiction sur contradiction! Il n'en pourrait

être autrement là où la vérité se dissimule sous

l'hypocrisie; là où l'on essaye de représenter comme

également saints deux principes inconciliables :

la guerre et la justice, la haine nationale et

l'amour du prochain.

Benedeck s'adresse à nos troupes en ces termes :

Nous allons nous trouver en présence d'une force militaire composée de deux éléments : la troupe de ligne et la landwehr; la première formée de jeunes gens inaccoutumés aux fatigues et aux privations, n'ayant jamais fait de campagnes sérieuses; la seconde contenant des éléments peu sûrs. La partie de la population qui la compose ne cache pas son mécontentement, et serait plus disposée à* renverser son gouvernement qu'à marcher contre nous. Par suite d'une longue période de paix, la Prusse n'a pas un général ayant fait ses preuves sur les champs de bataille. Vétérans du Mincio et de Palestro! je ne doute pas que, sous la conduite de vos vieux chefs expérimentés, vous ne teniez à honneur de ne pas laisser le moindre avantage à un tel adversaire. L'ennemi se targue hautement de la supériorité de son fusil à aiguille; mais je veux croire qu'avec vous il n'en retirera pas grand profit. J'espère que nous ne lui laisserons pas le temps de s'en servir; nous fondrons sur lui avec la baïonnette et la crosse. Aussitôt qu'avec l'aide de Dieu nous l'aurons mis en déroute, nous le poursuivrons l'épée dans les reins, et, en pays ennemi, vous pourrez vous reposer et recevoir les dédommagements que mérite une armée victorieuse.

Enfin, le prince Frédéric-Charles disait :

Soldats ! La perfide Autriche a, depuis quelque temps déjà, au mépris de l'alliance, et sans aucune déclaration de guerre préalable, violé les frontières de la Prusse dans la Haute-Silésie. J'aurais pu, de mon côté, franchir les frontières de la Bohême, mais je ne l'ai pas voulu. J'ai fait remettre aujourd'hui la notification qu'il convient. Aujourd'hui même, nous allons passer sur le territoire ennemi, afin d'épargner l'invasion à notre propre pays. Que Dieu nous guide! C'est en lui que nous nous confions, en lui qui règne sur le cœur de l'homme aussi bien que sur le destin

des peuples et l'issue des batailles. N'est-il point dit dans les saintes Ecritures : « Tournez vos cœurs vers Dieu et vos poings vers l'ennemi. » Dans cette guerre, il s'agit, vous le savez, des intérêts les plus sacrés de notre chère Prusse, de son existence elle-même. L'ennemi ne cache pas son désir de l'annihiler. Seraitce en vain que le sang de nos pères aurait été versé sous Frédéric le Grand et que, tout dernièrement, le nôtre aurait coulé à Duppel et à Alsen? Nous entendons maintenir l'intégrité de la Prusse; et, par nos victoires, rendre notre patrie plus forte et plus puissante. Nous nous montrerons dignes de nos pères. Nous nous confions en ce Dieu qui leur fut propice. Puisse-t-il nous favoriser et bénir les armes de la Prusse ! Et maintenant... en avant, avec notre vieux cri de guerre : « Avec Dieu pour le Roi et pour la patrie ! Vive le Roi ! »

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