Mansi, x
de ses seuls partisans ; il délivrait à Basile un certificat d'orthodoxie et d’innocence qui allait rendre le nouvel Empereur maître de la situation. Ainsi, à la faveur de cette sentence, chacun gagnait ou espérait gagner quelque chose. Indépendamment de l'impression morale qu'allait faire sur les esprits le rôle joué par Rome dans l'affaire du schisme, le Pape faisait reconnaître à toute l'Eglise byzantine son absolue autorité ! et s'attachait par des liens de reconnaissance le Patriarche et l'Empereur qu'il comptait bien utiliser à bref délai. Basile était absous ; Ignace recouvrail son trône et Photius lui-même, tout sacrifié qu'il fût, pouvait lire entre les lignes qui le condamnaient la promesse d'une sentence future qui le réhabiliterait.
Tel fut le rôle, très habilement joué par le pape Hadrien dans ce premier acte consacré à la solution du conflit religieux. Désormais, pour un lemps, la scène se transporte à Byzance et c'est naturellement Basile qui tiendra le premier rang. Voyons donc quelle fut son attitude.
Dès que le concile romain se trouva terminé, l'ambassade byzantine reprit le chemin de Byzance; mais cette fois-ci, elle n'était plus seule comme à l'aller. Les légats du Pape faisaient route avec elle, emportant lettres et instructions en vue de leur nouvelle mission ?. La caravane, composée des Grecs, de deux évèques latins, Etienne de Népi et Donat d'Ostie et d'un diacre, Marin, parüil aux environs du 10 juin 869%. Après d'innombrables difficultés, ils arrivèrent à Thessalonique où un envoyé impérial les reçut au nom de l'Empereur. De là, ils se dirigèrent sur Constantinople en passant par Selymbria et Castrum Rotundum ". A Selymbria, ce fut tout un cortège qui les vint
1, Le Pape, en effet, dans les deux lettres qu'il expédia le τὸ juin S6g à Ignace et à Basile, fixe certaines dispositions très avantageuses pour son autorité. Les prélats ordonnés par Photius pourront être graciés s'ils signent le Liber salisfactionis apporté par les légats ; les signataires du conciliabule de 867 ne pourront être réintégrés que par le Pape ; Ignace devra s'employer à faire signer par tous les évêques les Capilala du synode romain et exiger leur dépôt dans loutes les archives épiscopales. (Mansi, xv1, 50 ; Héfelé-Delarc, V, 599).
2. Hadrien fit remettre à ses légats les lettres de Nicolas, les siennes propres, plus un commonilorium que tout évêque devait signer avant de rentrer en possession de son siège (Lib. Pontif., IH, 180).
3, Les lettres du Pape sont, en effet, dalées du τὸ.
4. Castrum Rotundum était situé à environ dix milles de Byzance, près de San Stefano (Lib. Ponlif., 185. note, 31).
saluer. Le protospathaire Sisinnios élait là avec le fameux higoumène Théognosle et un nombreux personnel pour les servir. Quarante chevaux des écuries impériales transportaient la vaisselle d'argent et tous les objets nécessaires au service des ambassadeurs. Vraiment, Basile faisait royalement les choses. IL voulait par là s'attirer la sympathie des représentants du Pape et, sans doute, empêcher par cet excès de déférence, qu'ils ne crussent trop facilement les méchants bruits qu'ils ne tarderaient pas à entendre sur son compte. A Castrum Rotundum, où ils arrivèrent un samedi, ils s'arrêtèrent pour le repos du soir et le lendemain, dimanche 25 septembre, ils firent leur entrée solennelle à Constantinople par la Porte d'or. Là les attendaient tous les dignitaires civils et religieux, revêtus des insignes de leur ordre, à la tête desquels se trouvaient le chartophylax Paul, le skevophylax Joseph, le sacellaire de Basile. Ils saluèrent les légats au nom du Patriarche et la procession, composée d'une grande foule portant des cierges et des flambeaux, se mit en marche pour les accompagner jusqu'à leur demeure, où les deux dignitaires chargés de leur service les reçurent,
La première entrevue entre Basile et les ambassadeurs romains eut lieu le mardi suivant?, au Chrysotriclinium et tout de suite l'Empereur se mit à jouer son rôle de fils soumis οἱ respectueux du Pape. Au dire du « Liber Pontificalis? » dont le récit paraît très véridique, composé qu'il fut probablement par des témoins oculaires, Basile prit lui-même les lettres d'Hadrien, et les baisa avec respect, s'enquit, comme c'était l'usage, de la santé du Pape et des grands dignitaires de l'Eglise et les congédia après les avoir embrassés. Le lendemain, nouvelle entrevue et nouvelles déclarations de Basile. L'Eglise de Rome est pour lui « la mère de toutes les autres Eglises », à elle de terminer définitivement le procès de Photius « afin que l'unité et la tranquillité si longtemps désirées soient enfin rétablies suivant le décret du très saint pape Nicolas#, » Il y a dans ces mots tout le programme que dut se tracer Basile au début de son règne et qu'il remplit officiellement jusqu'au