‹ Basile Ier [i.e. premier], empereur de Byzance (867-886)Chapitre 314 sur 354 · L'ART A BYZANCE SOUS LE GOUVERNEMENT DE BASILE · texte numérisé non relu

L'ART A BYZANCE SOUS LE GOUVERNEMENT DE BASILE

À lout grand règne correspond forcément dans chaque pays une renaissance artistique et littéraire d'autant plus brillante et d'autant plus féconde qu'elle est plus encouragée par le souve- “ain lui-même. Cette renaissance devient alors un des traits distinctifs du moment; elle travaille à un renouveau de civilisalion et se présente ainsi comme un des facteurs importants de l'évolution historique d'une race οἱ d’une nation. Plus durable que la puissance militaire, plus influente sur l'âme d'un peuple que la diplomatie et la législation, elle seule, en vérité, marque aux empires leur place définitive dans l'histoire générale du monde. Le règne de Basile, tout à la fois pacifique et guerrier, succédant à une époque de troubles et d'agitation peu favorable aux arts, allait renouer la tradition ancienne et faire éclore sur les terres « romaines » et particulièrement à Byzance, une très riche production artistique qu'il nous faut donc étudier, en examinant,tour à tour, l'art religieux, l’art civilet les arts mineurs.

Le règne de Michel ΠῚ, comme, du reste, tous ceux qui l'avaient précédé au cours du τα siècle, avait été assez pauvre en constructions nouvelles dans l'ordre des monuments religieux. Les empereurs iconoclastes étaient occupés à trop d'autres choses pour trouver le temps et l'argent nécessaires à l’édificalion de somptueuses églises. Les luttes intérieures, les conséquences pratiques de leur théologie, les guerres bulgares aussi, leur défendaient de se livrer à ces coûteux et esthétiques plaisirs. S'ils favorisèrent parfois les arts, comme Théophile, ce ne fut pas l'art religieux qui profita de leurs libéralités. Celui-là

1. L'église de la Mère de Dieu, appelée « τὸ Καραδίτζιν », date probablement du règne de Michel (Cf. Du Cange, 1. IV, p. 25 : Richter, Quellen der by:. Kunslyeschichte, ar.

élait pour eux trop entaché d'idolâtrie. Ce fut Part eivilet surtout les arts secondaires : l'orfèvrerie el Fivoirie. Aussi, quand Basile monta sur le trône, se trouva-tl en présence d'une œuvre immense à accomplir. La vétusté, lintempérie des sai. sons, les tremblements de terre! avaient fort endommagé les édifices existants. ΠῚ fallut tout d'abord les réparer. Après quoi, du reste, Basile s’'empressa d'en élever de nouveaux, « l'abime de sa générosité n'étant jamais à sec ?. »

Il serait fastidieux et inutile de relever ici le nom de tous les édifices que Basile, au dire de Constantin, fit réparer ou cons truire. Le plus souvent, le panégyrisle se contente de raconter que l'église étail en mauvais élat et que Basile lui rendit sa première splendeur, sans nous donner les détails qui pourraienl uous faire entrer plus avant dans la connaissance de l'architecture byzantine. Cependant, il est quelques travaux qu'il importe de signaler.

Sainte-Sophie faisait loujours, tout à la fois, la gloire et le désespoir des architectes. Le moindre affaissement du sol. le plus léger tremblement de terre risquait d'ébranler la prodigieuse coupole aérienné et de la faire crouler. A tout instant, il fallait renforcer les contre-forts et surveiller les fissures. ἃ l'époque de Basile, c'était l'arc occidental sur lequel reposait un des points de l'immense coupole qui menaçait ruine*. L'empereur le fit refaire et le décora d'une mosaïque représentant la Vierge tenant sur ses genoux son divin Fils, entourée des apôtres Pierre et Paul #.

De ces réfections de temples, le nombre fut considérable. Tantôt l'empereur faisait consolider l'édifice, les fondements

1. Au début du règne de Basile il y eut un grand tremblement de terre qui détruisit nombre d'églises et de demeures privées. I avait été si violent — quarante jours et quarante nuits, dit Syméon Magister — qu'on le rappelait le 9 janvier dans le Synaxaire (Syn., p. 380; Sym, Mag., ch. v, τίσ).

ἃ. Vit. Basil., ch. λίνα p. 337. Brinckmann, op. cit, 160, 163. 11 est intéressant de noter que les constructions religieuses de Basile avaient, elles aussi, un caractère philanthropique. C'est autant pour donner un abri aux gens qui venaient du dehors el qui n'avaient pas où aller que pour les besoins religieux de son peuple qu'il fait, par exemple, construire une église au Forum dédiée à la mère de Dieu (Vi. Basil., ch. xcum, p. 355, 396).

3. Ibid., ch. 1xxix, p. 335; Du Cange, Const. christ., 1. HE, p. 27: Lethaby a. Swainson, Ὁ. 123 ; Salzenberg, xxx, pl. XXXIL.

ou les murs, tantôt il en améliorait les matériaux ; le plus souvent, il les décorait somplueusement. Beaucoup d'églises avaient encore au 1x siècle leur toiture de bois. C'était non seulement pour l'édifice, mais pour la ville, un grave danger en cas d'incendie, Aussi l'empereur s'efforça t-il de remplacer le bois par la pierre. C'est ce qu'il fit entre autres à Sainte- A nastasie!. La charpente disparut pour faire place sans doute ἃ ἀπὸ toiture d'un tout autre aspect. Une couverture de bois suppose, en effet, une église de forme basilicale*, sans voûtes, sans coupoles, sans lanternes. Or, il est peu probable, d'après les rares exemples de constructions du 1x° siècle qui soient parvenus jusqu'à nous, que transformant la toiture, on ait simplement recouvert en pierre l'ancienne église. On la modifia très vraisemblablement, suivant le type adopté depuis l'érection de Sainte-Sophie, en la dotant d'une ou de plusieurs coupoles telles qu'il en existe encore, par exemple à Saint-André et à la Chalkoprateia, toutes deux également refaites par Basile. Ces transformations avaient, du reste, leur raison d'être. De telles églises étaient, en effet, très sombres. L'empereur en modifia . donc l'architecture. I fit construire de tous côtés, comme à la Chalkoprateia, des « apsides ». c'est-à-dire des ares destinés à soutenir une toiture beaucoup plus élevée qui permit de donner plus de jour à l'église*. C'est là, évidemment, l'histoire de la coupole du 1x° siècle. Mais cette coupole n'est plus la large et haute demi-sphère de l'époque de Justinien. Si elle n'a pas encore la grâce, la délicatesse et la fine ornementation des petites coupoles du χὰ" et du x" siècle qui sont presque de vastes lanternes, elle sc rapproche déjà néanmoins de celles-ci. Plus large et plus massive que ces dernières, encore très surbaissée, généralement sans les hauts et sveltes lambours des époques suivantes, elle est encerclée à sa base par un mur épais qui lui sert Lout à la fois de point d'appui et de contrefort, percé de fenêtres à formes régulières qui l'entourent comme d'une couronne et par où passe la lumière. C'est au 1x° siècle, à

Page 1