‹ Basile Ier [i.e. premier], empereur de Byzance (867-886)Chapitre 6 sur 354 · Hirsch, p · texte numérisé non relu

Hirsch, p

VIII ÉTUDE CRITIQUE DES SOURCES

avec amertume l'impérial écrivain. Et cependant, quelles que soient les erreurs, les ignorances et les lacunes de Fun ΟἹ l'autre livre, ils n'en sont pas moins, pour autant, les seuls documents que nous possédions sur la géographie et ladministration de l'Empire aux rx" et x° siècles, les seuls témoins aussi de l'activité politique des Empereurs. Is méritent done, malgré leurs défauts, une étude attentive. |

Le livre des « Thèmes » a pour but, comme lindiquent les lignes par lesquelles il commence, de faire connaitre les diverses provinces de l'Empire, leur nom et leur histoire. Un tel essai n'était pas, dans la littérature byzantine, une grande nouveauté. Constantin VIL avait cu des prédécesseurs qu'il connaissait, du reste, suffisamment pour les copier, parfois servilement, au grand dommage de la vérité : Etienne de Byzance et Hiéroklès,. On a conjecturé avec raison. ce semble ?, que ce livre des Thèmes fut un exercice d'école que Constantin composa dans sa jeunesse. Ce qui est sûr, c'est qu'à lui seul, il n'inspirerait aucune confiance. Trop souvent, en effet, l'auteur ne fait que reproduire la notice de Hiéroklès, le « συνέχδημος », écrite sous Justinien, sans s'occuper de savoir si l'élat de choses exislant au vi” siècle était le même au x‘: trop souvent, il parait être — chose qui serait étrange pour un souverain — d'une incroyable ignorance sur l'organisation de son empire ; trop souvent, enfin, ses renseignements consistentà chercher desétymologies fantaisistes, à fabriquer des histoires invraisemblables, à décocher des traits malicieux à l'adresse de certains de ses sujets : toutes choses qu'un empereur en fonction se fül gardé de faire, apparemment. Mais, heureusement. le livre des « Thèmes » trouve ailleurs correctifs où confirmations, Les secaux, les géographes arabes, surtout le livre « de l'Administration de FEmpire » — œuvre postérieure et plus müûürie — aident souvent, soit à com plèter, soit à redresser les renscignements fournis par Constantin el permettent ainsi de se servir utilemesit de son travail.

Le livre des « Thèmes » se divise, naturellement, en deux

1. Τοῦ σοφωτάτου βασιλέως Κωνσταντίνου τοῦ [Πορφυρογεννήτου περὶ τῶν θεμάτων τῶν ἀνηκόντων τῇ βασιλείᾳ τῶν “Ρωμαίων πόϑεν ἔσγον τὰς ὑνομχτίας καὶ τί σημαίνουσιν ρίαι χαὶ ὅτι τὰ μὲν αὐτῶν ἀηγχαΐζουτι, τὰ δὲ véav ἐκτήσαντο, τὶ» προτηγορίαν. — Cf, Dichil, Études δνταπίθμιος, p. 270 el seq. ἃ. Rambaud, op. cil., 165-166.

ÉTUDE CRITIQUE DES, SOURCES ΙΧ

grandes parties, suivant la division même de l'Empire. L'une ἃ pour objet lesthèmes d'Orient, l'aatrelesthèmes d'Occident. L'auteur passe en revue chaque provinceelditccqu'ileroilen savoir. Souvent c'est peu de chose, La plupart du temps, le nom de la “apitale n'est pas donné οἱ même, parmi les villes qui figurent sur la liste propre à chaque thème, il arrive plus d'anc fois qu'il ya des erreurs assez graves. Jamais l'auteur n'indique quel est le gouvernement qui préside aux destinées de la province, comment fonctionne l'administration provinciale, quelle est la richesse ou l'importance de ehaque partie de l'Empire. L'intérêt du livre des « Thèmes » réside surtout pour nous dans le fait que, par lui, nous pouvons nous rendre compte des provinces existant au x’ siècle et, par voice d'élisaination, grâce aux renseignements qu'il fournit, de celles qui n'existaient pas eucore au IX". Pour le reste, les renseignements de Constantin sont à peu près sans intérêt Τὶ

Π1. Il n'en va pas de même du livre de l'Administralion de l'Empire. Cetouvrage que Constantin VIFcomposa pour son fils « couronné de Dicu ». Romain le Jeune, âgé de quatorze ans environ, fut probablement publié en 955 ?. L'Empereur avait alors quarante-huit ans. I était donc dans la pleine maturité de l'âge : il avait acquis l'expérience des affaires, la connaissance des hommes et des choses ; il pouvait instruire son fils en mème temps qüe la postérité.

L'avant-propos nous renseigne, du reste, avec exactitude sur le butet le contenu du livre. En donnant à son fils une sorte de manuel diplomatique qu'il pût lire et apprendre dès sa jeunesse, Constantin VIE a voulu préparer Romain à son futur métier de roi. Dans ces cinquante trois chapitres, en effet, ἢ n'est guère question d'autre chose que d'administration: administration ou politique étrangère, puisqu'il indique quels sont les peuples en rapports avec Byzance et quel genre de rapports entreliennent entre eux les gouvernements, quelles sont les origines, l'histoire, les mœurs, les institutions, les vœux de ces peuples : administration intérieure, puisqu'il signale les changements comme les faits qui se sont produits à la Cour el dans l'Empire. Aussi est-ce parce que l'écrivain a voulu faire

τ, Cf. Dichl, Eludes by:antines, p. 276 et seq. 2. Rambaud, Empire grec au x° siècle, p. 172.

X ÉTUDE CRITIQUE DES SOLRCES

œuvre d'éducalteur, qu'à la différence du « livre des Thèmes » le livre de « l'Administration de FEmpire » se recommande par son exaclilude, son ordre et sa valeur historique. On sent, à le lire, que tout ici a été étudié et contrôlé. Ce serail eu vain qu'on chercherail en ces pages les hors-d'œuvres sans fin, la science rélrospeclive, livresque el scolaire, qui déparent le livre « des Thèmes ». Le « De Administrando » cest un ouvrage destiné à la vie pratique et quotidienne. C'est pour cela qu'il mérile à nos yeux créance ΟἹ aulorilé.

IV. Enfin, sous le nom de Constantin VIT comme auteur, nous possédons une vaste compilalion qui ἃ pour litre sur l'unique manuscrit arrivé jusqu'à nous : « Ἔχβεσις τῆς βασιλείου τάξεως τῷ

βατιλεῖ βασιλέω; υἱοῦ Λέοντος ποὺ σοφωτάτου χαὶ ἀτιμνήστου Baztλέως σύνταγμά τι χαὶ βασιλείου σπουδῆς ὄντως Entoy ποίημα". » — Cette œuvre, d'une importance capitale pour l'histoire des institutions byzantines, fut donc composée, si l'on en croit le titre, en parlie du moins, sous le règne du petit-fils de Basile, afin de rehausser le prestige de la personne impériale aux yeux des étrangers comme des nationaux ?. Il ne saurait entrer dans le cadre de nos recherches de discuter celle attribution comme la date approximative de son apparition ; aussi bien, du reste, ces questions n'ont-clles pas pour le règne de Basile une très grande importance. Ce qui le serait beaucoup plus, assurément, ce serait de pouvoir dater chacun des chapitres dont se compose cette étrange encyclopédie, faite de pièces et de morceaux de lous âges et de tous genres ἢ. Or, ce travail critique n'est pas loujours (rès aisé. Sans doute, il arrive que les sources sont expressément indiquées — tels les chapitres empruntés au patrice Pierre, par exemple — ou que les évènements racontés datent d'eux-mêmes tout un chapitre ; mais, le plus souvent, nous n'avons aucun indice qui nous permelle d'assigner une époque quelconque à [6] passage qui peut être aussi bien du

1. Migne, CIE, p. 54. Ce manuscrit se trouve actuellement à Leipzig

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