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profiter du passage des chemins de fer, de Livourne à Rome, qui arrivent vers six heures, pour faire ce parcours.
Le vendredi, 14 février 1868, à 5 heures A.M.. nous étions en vue de Civita-Vecchia. et une heure après, toutes les formalités étant remplies, nous mure tions dans les wagons, en route pour Rome.
On traverse Santa-Severa, Palo, le domaine des Princes Rospigliosi, et lon entre au sein de cette €Eampagne Romuine, si célèbre par l’immensité de ses Kgnes, et l’ausi érité de son aspect. De temps en temps: quelques groupes de paysans viennent antmer le parcours, et piquer le’ terrain de points brillants. Les: hommes ont de grandes guêtres, des manteaux amples, à couleur fauve, et leur chapeau, à forme haute et pointue, est garni d’une plume de paon. Les femmes en jupe rouge, ont des vestes de velours, brodées d’argent. Plus loin, des pâtres à eheval, bottés, couverts d’une casaque en poil de chèvre, une grande pique à la main, sont lancés à la poursuite de buflles ou de cavales rebelles. Ces apparitions accomp® nent dignement le site grandiose qui nous environ ‘ne. Les visages brunis, réguliers comme des médailles, et que, pour le ton et la pureté, on: dirait empruntés à quelque bronze antique, vous indiquent que vous êtes sur le sol romain.
Voilà donc fa Canpagne Romaine dans: s& grandeur et sa majesté ; les horizons sont étendus, bornés aw lin par des montagnes bleuâtres, montrant d'in
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menses plaines relevées par quelques collines aux lignes sévères, d’un ton de granit, et aux formes nettes, précises et tailléés comme une œuvre sculpturale.
Au-dessus de cette perspective imposante règne un ciel d’un aspect métallique, poli comme un disque d’scier, d’un éclat doux mais pénétrant et incomparable.
Comme autre trait caractéristique, sur les crètes de ces collines aux formes si pures et si nettes, on voit de vieux châteaux, souvenirs des faits antiques ; puis de grandes fermes, crénelées comme des forteresses, flanquées des tours ou d'ailes saillantes, avec larges corniches et toîts surbaissés ; et tout autour des groupes de meules immenses de fourrage, formées avec un soin et une précision qui leur donnent l’aspect des poles de la vieille métropole religieuse qu’on va bien‘ * voir.
Un contraste qui saisit l’âme dans cet easemble, c’est de considérer, au milieu de cette nature soleunelle et immobile et de ces ruines antiques, les lignes sans fin du chemin de fer.
Que de souvenirs rappelés par l’immensité et la monotonie de cet horizon !
C’est donc là qu’à la voix de Dieu, sont venues camper toutes ces hordes de barbares, arrivées des quatre coins du monde ; pendant des siècles, ïls ont tout brûlé et ravagé sur leur passage, et ils ont cruellement réalisé la menace d’un de leurs chefs : “ Que jamais l'herbe ne pousserait plus, l& où au- “€ raient passé leurs chevaux.”
En effet, il n’y a plus ni verdure, ni ombrage, mais
un sol stérile, des herbes desséchées, ou bin des marais, là où les barbares ont détourné les cours d’eau, et comblé leurs lits de pierres et de décombres.
Nous ne regrettons pas cet aspect; c.tte solitude; ce néant de plusieurs centaines de milles, qui s'étendent aussi loin que l’horizon, et qui saisissant l'âme, lui donnent une préparation convenable, pour passer du tumulte du monde profane à ce monde sérieux et grave, plein de souvenirs solennels, que l’on vient contempler dans la vieille capitale de l’univers.
Aussi en quelque disposition que l’on se trouve, si peu préparé que l’on soit aux grandes choses que l’on vient chercher, l’esprit ému, étonné par cet austère spectacle, se calme, se recueille, et après quelques moments de tristesse pénible, s’y livre avec abandon et comprend qu’il n’y a rien qui, plus que cette solitude et ce néant, soit favorable aux grandes pensées qui vont bientôt occuper l'esprit.
* * La
On avance ; la vapeur franchit les distances et on nous signale plusieurs aspects intéressants ; nous passons près des cités Pélagiques, derniers restes des nations qui ont précédé les Romains ; et le ‘convoi avance toujours: chaque instant nous rapproche de Rome, les visages sont radieux et ont cette expression qu’on remarque dans les grandes réunions, lorsqu'on attend quelque cortège, quelque fête, quelque solennel spectacle. En effet, quel spectacle sublime de voir - Rome, la capitale du monde intellectuel et spirituel |
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Quel cortège à y contempler que les traces glorieuses de la suite des siècles! quelle fête ! fête de chaque Jour, image de ce but suprême de toute vie sérieuse, c’est-à-dire chrétienne.
Un officier nous accompagne ; il à fait il y a trois mois, la campagne de Mentana, et il nous montre sur la route, les points que l’armée française a occupés dans sa marche ; il nous dit avec admiration la noble conduite des troupes papales qui, fortes seulement de quinze cents hommes, ont vaincu les dix mille soldats de Garibaldi ; il nous raconte aussi sans emphase, mais avec une noble fierté, le courage de nos soldats ; à peine entrés en ligne, ils ont rendu irrémédiable la défaite des adversaires de l'Eglise; puis quand leur œuvre à été accomplie, ils sont revenus occuper les postes les plus menacés de la frontière, à Viterbe, à Civita-Vecchia et à Torcanella ; la plupart auront à peine eu le temps de visiter Rome qu’ils ont délivrée, et lui-même, par grande faveur, profite pour cela d’un congé de vingt-quatre heures. Il ne tarit pas sur le mérite des troupes du Pape, et comme nous lui faisons l'observation que nos soldats ont eu leur part, il nous répond en souriant, et gracieusement, que les troupes françaises sont assez riches en lauriers, pour pouvoir faire à leurs compagnons d'armes, tous les honneurs de la victoire.
C’est vers quatre heures du soir, le 3 novembre dernier, qu’après la lutte soutenue par les troupes
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papales, les troupes françaises se mettant en ligne, et les Zouaves ayant pris le point le plus important du champ de bataille, la Vigna Santucci, Garibaldi prit de son côté le train express pour Florence.
Près de nous sont deux Allemands, graves, sérieux, et d’une figure pleine de finesse et de bonhomie ; ils ont visité plusieurs fois l’Italie et une partie de l’Europe, et 3 nous parlent des inexactitudes que l’on trouve dans beaucoup de Manuels de Voyage, et même en certains livres de pélerinage, qui continuent à décrire l’état des lieux, tels qu’ils étaient, il y a au moins un siècle ; et ce qui est plus fâcheux, qui reproduisent des jugements et des assertions des plus malheureux temps de la décadence religieuse et intellectuelle du XVIIIe siècle.
Avec ces itinéraires, faits exclusivement à tête reposée dans le cabinet, il est difficile de s’y reconnaître et d’avoir une idée nette des magnificences de l’Art religieux Italien.
Dans ces Manuels on ne sait pas apprécier le sentiment religieux du XIVe siècle, et la perfection artistique du XVe et XVIe ; et de même on ne sait nullement reconnaître que ces qualités ne se retrouvent plus dans les années suivantes; aussi on distribue bénévolement autant d’é aux peintres payens et dégénérés du XVIIIe qu'aux pur génies qui les ont précédés.
On proclame solennellement que les trois grands chefs-d’œuvre de la peinture sont la Zransfiguration de
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Raphaël, la Communion de St. Jérôme par le Dominiquin, et la Descente de Croix de David de Volterre, sans indiquer <e qui manque, pour le sentiment religieux, à ces deux derniers tableaux.
On altère cette belle parole de Bramante, chargé par le Pape de bâtir Saint-Pierre: ‘ Je prendrai les deux plus beaux monuments du monde ; je lancerai le Punthéon dans les airs, et je lui donnerai pour support le Temple de la Paix,” et l’on suppose qu’il s'agit du Parthenon d’Athènes, que Bramante n’avait jamais vu, et qui n’a aucun rapport ni pour son extérieur, ni pour son intérieur avec l’œuvre de Bramante, lequel dans ke nefs de Saïnt-Pierre s’est si évidemment inspiré de ce Temple de ia Paix, avec ses arcades, ses pilastres, ses voûtes et ses caissons.
Dans ces Manuels, est exaltée outre mesure la prééminence du nouveau Saint-Pierre sur l ancien, sans indiquer tout ce que la vieille Basilique avait d’admiruble, et dont nous retrouvons tant de signes glorieux de magnificence dans les belles basiliques contemporaines de St. Jean de Latran, Ste. Marie Majeure, et St. Paul hors des murs, lesquelles cependant, sont loin des richesses que renfermait la Basilique principale.
On proelame la colonnade du Bernin comme unique dans sa conception, tandis qu'on ne di rien de ces galeries immenses dont Ls. Veuillot nous parle dans ses Parfums de Rome, qui allaient de St. Pierre à Ste. Marie Majeure, à St. Jean de Latran et à £t. Paul hors des murs ; ce qui faisait une étendue de
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plusieurs Feues üe portiques décorés d’autels, de chapelles, de monuments, de statues et de tombeaux.
Dans ces livres Michel-Ange est représenté comme dépassant tous ses devanciers, tandis que lui-même reconnaïssait humblement qu’il avai cherché à faire aussi bien que son prédécesseur Brunelleschi au dôme de Ste. Marie des Fleurs, à Florence, lout en admettant qu’il était impossible de faire mieux. (1)
Enfin, en certains livres, on fait un mérite à la Basilique de St. Pierre de ne pas paraître aussi grande qu’elle l’est réellement, et on attribue cette circonstance à la justesse et à l'harmonie des proportions. En cela il y a d’abord une inexactitude, ensuite ce qui est plus grave, il y a une naïveté. ‘4 Cet effet d'amoindrissement qu’on remarque dans St. Pierre, nous dit Mgr. d'Hesebon, vient de ce que Michel-Ange a voulu grandir les éléments de la coastruction, à pro portion de sa grandeur ; faisant supporter la voûte haute de 130 pieds par des pilastres de rent pieds de hauteur, et de la porte à la coupole r aettant que trois arcades supportées par des piliers de 30 pas de tour ; tandis que là où l’on à vouiu conserver le sentiment de la grandeur, on n’a pas grandi les détails suivant les dimensions de l'édifice, mais on les a super-
(1) Des artistes distingués préfèrent la coupole de Ste. Marie des Fleurs qui est plus large, plus profonde, et bien plus élancée, # Lo vo a Roma, far la iva sorella, piü granda di te ma no piu bella.” Je vais à Rome faire ta sœur, plus grande que toi, mais non plus belle. — Paroles de Michel-Ange, jc:tant un regard d'adieu sur lu belle coupole de Florence, quand il partait poux Rome.
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posés et multipliés suivant la hauteur et l’étendue ”’ ; ainsi en est-il dans le Colysée, où il y a trois étages de galeries, ou bien dans les Basiliques Constantiniennes, et enfin dans les vieilles cathédrales du moven-âge. Or, dans tous res édifices il y a autant d'harmonie dans les proportions, que dans St. Pierre de Kome, mais l’effet est plus en rapport avec la dimension réelle. C’est donc une inexactitude de prétendre que cette déception amoïndrissante vient nécessairement de l’harmonie des proportions. Maïs de plus, c’est une naïveté de transformer ce défaut en mérite, comme il est facile de le corprendre.
En effet, quel mérite y a-t-il eu à dépenser cent millions de piastres dans un édifice pour le faire le plus grand du monde religieux, et en même temps le disposer de manière à ce qu'il paraisse petit ? Ce serait au moins une inconséquençe, sinon une maladresse : c’est ce qu'ont remarqué avec Mgr. d’Hesebon, M. de Maistre, Dora Guéranger, et l’illustre Cardinal Wiseman.
Après ces observations et ces prolégomènes, nos Allemands qui étaient des artistes, appartenant aux belles évoles de l’art religieux de Cornelius et d’Overbeck, nous parlèrent des splendeurs de St. Pierre, comme des artistes seuls savent le faire, et comme il est plus intéressant de l’entendre développer dans l'abandon de la conversat on, que dans les livres les mieux faits.
Avec quelques défectuosités, St. Pierre, nous disaient-ils, est une église unique dans le monde, et
comme le résumé de toutes les beautés. Pour produire ce chef-d'œuvre, de grands Papes se sont succédés, ayant à leur aide une suite d’hommes extraordinaires, Bramante, San Gallo, Michel-Ange, Raphaël, génies tels que tous les siècles réunis n’en offrent pas de plus grands, Les hommes de talent n’ont pas manqué aux Souverains éclairés, et ceux-ci, pleins d’un saint zèle, ayant tous le sentiment de la splendeur, et marchant pendant un siècle à l’accomplissement d’une même œuvre, n’ont pas manqué aux instruments que la Providence leur fournissait.
Aussi quels résultats ! Des trésors tels qu’on ne pou ra jamais en réunir de plus grands ; une accumulation des plus beaux matériaux du monde, à laquelle ont contribué des siècles d’efforts des Romains d’autrefois et des Souverans de la Rome chrétienne ; et de tou cela on a composé comme une mosaïque qui vous représente, sous la forme la plus belle et la plus vaste, tout ce que, pendant des siècles, l’univers entier à pu réunir de plus riche à son centre. Et puis, quel emploi de ces grandeurs ! Emploi tel qu’à chaque pas, à l'extérieur comme à l’intérieur, à la façade, dans la nef, sous la coupole, à l’abside, on oublie tout autre impression, On ne songe à aucune comparaison, mais on n’a qu'un cri: Le génie ! Le génie !
Nous remercions nos artistes, puis nous nous recueillons avec bonheur dans les grandes pensées dont ces splendeurs sont le merveilleux symbole. Quelle douce
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attente! Et comme, en ces instants, on se sent vivre doublement !
Enfin, à un détour de la route, un cri s’échappe de toutes les poitrines ; à l'extrémité de l’horizon surgit un globe lumineux, et ce n’est que la coupole du couronnement; puis le dôme se lève, monte peu à peu sur l'horizon comme le soleil : il est majestueux et brillant comme lui, car il le reflète; on approche encore, les détails se distinguent et l’on voit se dessiner au sommet, la croix lumineuse.
On longe quelque temps le Tibre, puis on le traverse, et par une ingénieuse disposition du chemin de fer, on fait le tour d’une partie des vieux remparts ; on passe en revue déjà bien des monuments célèbres que nos voisins nommen: à mesure. Après le Monte Testaccio, le tombeau de Caius Cestius, la route de St. Paul hors des murs, St. Saba, les Thermes de Caracalla, la Via Appia, puis St. Jean de Latran, Ste. Croix de Jérusalem ; nous tournons auprès du temple de la Minerva Medica ; l’on passe très près de Ste. Marie Majeure apparaissant avec ses tours antiques et ses dômes de la Renaissance ; enfin nous entrons dans le débarcadère et nous sommes en face de ces grands Thermes de Dioclétien, si admirablement convertis par Michel- Ange, en église et en couvent.
Tous ces monuments sont entourés par des espaces immenses où sont amoncelées des ruines énormes ; mais il n’y a rien de triste en cet aspect de destruction ; ces ruines sont, on ne peut plus majestueuses ; leurs flancs entrouverts révèlent la grandeur étonnante des masses
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qui les composent, et le temps qui a adouci leurs lignes brisées, leur a donné une couleur vive et vermei!le, qui s’harmonise admirablemert avec la mousse et les arbustes qui les surmontent et les encadrent.
Nous traversons la ville, et après quelques instants de repos, nous nous mettons en marche pour aller adorer Dieu, dons la plus grande demeure qu’il à voulu avoir dans l’univers.
Après avoir traversé le pont St. Ange, on voit 56. Pierre comme si on y était déjà, et cependant il faut encore faire 1100 mètres, ou près d’un mille pour y arriver. Nous parcourons une rue qui paraît bien étroite, puis nous trouvons les trois places qui précèdent la Basilique. Au XVIIIe siècle, un grand Pape voulait élargir cette rue, et continuer les por tiques de la colonnade du Bernin jusqu’au pont St.- Ange : de graves évènements l’en empêchèrent, mais l'Eglise a encore bien des phases glorieuses à traverser, pour pouvoir accomplir cet admirable achèvement.
Enfin, nous sommes devant la Basilique : à côté de nous les portiques décrivant cette ellipse de 738 pieds de largeur sur 500 de profondeur, ce qu’un publiciste français a appelé un tourbillon de colonnes, il y en a 284 qui vont porter l’entablement à 70 pieds de haut, et au-dessus 130 statues colossales ; au centre, l’obélisque et ses fontaines ; au-delà cette pente inclinée qui est bordée de deux galeries montantes et qui conduit aux trois perrons ; enfin toute la Basilique
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imposante, resplendissante de marbres et de sculptures.
Comme cela est saisissant, cet aspect est unique dans le monde ; le Louvre et la Place de la Concorde ne sont rien en comparaison de cet ensemble qui va toujours en montant, et qui =e saisit d’un coup-d’œil, tout entier.
D'autre part, quel contraste ! Qu’étaient ces lieux, il y à dix-huit siècles ? En cet endroit, là où se déploie l'immense vestibule de la Métropole de l’univers catholique, fut autrefois le cirque de Néron. C’est là que fut donné le signal de ce grand combat où s’usèrent les
forces de l’empire, sans pouvoir abattre le courage des
chrétiens.
Il faut s’arrêter pour vénérer le dévouement de nos ancêtres dans la Foi ; héros qui donnèrent leur vie pour nous conquérir, la paix et la liberté de notre Eglise. Voilà donc cette enceinte, le théâtre de tant de massacres ; voici l’obélisque qui marquait le centre des cirques antiques ; à la place de ces fontaines si abondantes et toujours jaillissantes, des flots de sang ont coulé sans interruption, pendant 300 ans ; à l’entour vers ces colonnes étaient ces gradins en cercle, où les magistrats, les vestales, les prêtres, les grands et les jeunes filles de l’aristocratie romaine, tout ce qu'il y a de plus auguste, de plus saint, de plus jeune dans‘un peuple, couverts de pourpre, d’or, de pierreries, applaudissaient au plus affreux des spectacles et à la plus inique des cruautés.
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Là où nous sommes, les chrétiens marchaïent au supplise ; vieillards, femmes et enfants, sans défense ; les ch&irs sont déchirées, les os broyés et dans l’amphitéâtre, des applaudissements, des cris frénétiques retentissent, tandis que tous les pouces sont levés pour demancer qu’on repaisse les yeux du dernier coup de la mort; voilà l’antiquité comme la réflexion nous la montre: et nos yeux se portant devant nous, contemplaient la façade de la Basilique, et nous croyions voir toutes les nations marchant vers la nouvelle Sion, tandis que le d'ime élève la croix dans les airs et qu’au pied de l'obélisque du cirque on lit ces paroles :
Le Christ a vaincu, il règne, il a l'empire!
Ainsi le cirque a disparu et sur ce même sol, devenu comme ua parvis du ciel, s’élève le vestibule du temple d’où la vie se répand dans le monde entier.
Ici donc il faut s’incliner et méditer........0h ! comme or. aime alors à se rappeler ce trait si touchant du Pape St. Pie V à qui un Ambassadeur étranger demandait en cei endroit des reliques des martyrs : Le St, Pontife se baïssant, ramassa quelques grains de poussière et les donnant au solliciteur, lui dit: ‘6 Voila des reliques des martyrs, car toute cette terre a été imprégnée de leur sang.”
Enfin, le spectacle est en rapport avec les grandes choses qu’il rappelle ; la galerie est pleine de majesté, d'élégance et d'harmonie; elle est de ce grand style grec que la Renaissance a su retrouver et qui est resté si supérieur au style emphatique et lourd qui lui
a succédé, tandis qu'il n’a, grâces à Dieu, aucun rapport avec ce qu’on appelle, de nos jours, le style grec. Alors on avait pénétré le secret de cette antiquité qui savais unir l’élégance à la pureté et à la majesté, ce qui fait qu’on donnerait bien des monuments modernes pour la Maison Carrée de Nismes et pour le temple de la Fortune Virile à Rome. Mais ce secret merveilleux, cette inspiration ne se trouvent point dans les stériles combinaisons de la règle et du compas.
Outre l’harmonie et l'élégance des portiques et des galeries, il faut remarquer la grandeur et la richesse de l’ornementation du monument.
Au haut de cette rampe de la dernière place qui monte toujours, s’élève la Bäsilique elle-même précédée de trois perrons, occupée au centre par un immense portique dont l’entablement à 150 pieds du sol, est supporté par des pilastres et des colonnes de 80 pieds de tour et de 90 pieds d’élévation, et flanqué de deux ailes où s'ouvrent deux arcades de 50 pieds de haut, où l’on voit deux statues équestres d’empereurs.
Au dessus de l’entablement s'élèvent les grandes statues de la galerie, les horloges colossales, les dômes d'accompagnement, et enfin le dôme principal avec son tambour à deux étages, entouré d’une galerie à magnifiques colonnes accouplées, puis la grande coupole toute surchargée d’ornements
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et d'ouvertures richement encadrées, enfin la lanterne qui porte la croix ; ce qui donne à l’ensemble l’effet d’unet iare splendide ornée d’une triple couronne comme la tiare même du Souverain-Pontife.
Au haut de la façade se trouve le balcon d’où le St. Père donne sa bénédiction Urbi et Orbi. En dessous un beau bas relief de Buonvicini qui représente la dation des clefs au chef des apôtres, image si bien placée, au-dessous de ce balcon et à l’entrée de la Basilique. C’est unchef-d’œuvre en marbre blanc, que les années ont doré du plus bel éclat. Les figures sont de grandeur naturelle ; et d’en bas, il paraît délicat comme ces fines plaques d'ivoire ouvragées qui servent de reliure aux vieux manuscrits.
Auprès des grandes colonnes de la frise, les colonnes qui ornent les portes semblent comme des fuseaux, mais on approche et on est tout étonné qu’elles soient si énormes ; en effet elles ont douze pieds de circonférence, et les autres à côté paraissent alors comme des tours de rempart. Cet effet est des plus frappants.
Quelques auteurs Anglais, dans leurs relations, se sont fait un plaisir d'émettre sur les détails de la Basilique et sur les cérémonies qui s’y déploient, quelques remarques destinées à exciter la bonne humeur de leurs compatriotes. Mais d’un autre côté, les Romains