I. Cf. Vifllperlpio Fractio panis
autres personnages, dont une femme, sont assis autour d'une table sur laquelle sont placés des pains et des poissons. D'après MgrWilpert, ce serait une représentation réelle du rite eucharistique célébré dans cette chapelle au II* siècle. Les personnages ont en effet une attitude de vie réelle ; cependant il s'en faut que tout soit réel dans cette peinture : les corbeilles, placées de chaque côté, comme dans les représentations de la multiplication des pains, ont évidemment une
signification symbolique. Le prêtre a les pieds au niveau de la table : il n'en pouvait être ainsi danâ la réalité. Enfin l'agape est ici réunie à l'Eucharistie, ce qui, nous l'avons dit, n'avait plus lieu au II« siècle. Il y a donc dans cette peinture à la fois symbolisme et réalité. La partie la plus réelle est l'action du prêtre.
Une autre peinture eucharistique est celle du trépied avec le pain et le poisson. Nous en avons deux exemples dans les chambres des Sacrements. Dans l'une de ces deux
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fresques, on voit seulement le trépied au milieu des sept corbeilles représentant la multiplication des pains. Dans l'autre, un homme étend la main comme pour bénir, une orante féminine assiste à l'action sainte. M. de Rossi voit dans cette scène l'acte même de la consécration. Le trépied est la t mensa Domini > ; il a la forme des tables de repas, qui fut sans doute aussi celle des premiers autels ; sa signification eucharistique est prouvée par sa place même dans la chapelle, entre le baptême et le festin eucharistique.
L'Orante fait penser à l'Église en prière devant les espèces consacrées. L'inscription d'Abercius parle aussi d'une femme, qu'il appelle Pistis, fa Foi, la Vierge chaste qui donne la communion. C'est bien à tort qu'on a prétendu reconnaître dans cette peinture le miracle de la multiplication des pains. Qu'y viendrait faire la table P et comment expliquer que les corbeilles n'y figurent pas ? Le sacrifice d'Abraham, qui fait pendant à cette scène, invite certainement à y voir une allusion au sacrifice eucharistique.
Les représentations de tables isolées sont rares ; mais on
trouve fréquemment, surtout au III^ siècle, des peintures de banquets. La table porte toujours le poisson, et le nombre des personnages est constamment de sept. C'est une scène conventionnelle, idéaliste, qui rappelle le repas du lac de Tibériade. Dans la chapelle des Sacrements, elle est peinte auprès de la table chargée du pain et du poisson : évidemment l'expression de la même idée se poursuit. La signification du poisson n'est pas douteuse : « Piscis assus, Christus passus. > (ï) S. Prosper d'Aquitaine (2) dit que Notre-Seigneur s'est offert à tous comme « poisson sauveur qui chaque jour illumine et nourrit. » Ce dernier mot n'est-il pas une allusion au poisson qui guérit Tobîe aveugle et lui rendit la vue ?
Les corbeilles de pains sont une très ancienne manière de représenter l'Eucharistie : elles se trouvent dans la « fractio panis > de Priscille. Le miracle même de la multiplication des pains, auquel elles font allusion, n'est figuré qu'à une époque postérieure. — On rencontre aussi dans le même cycle la représentation du miracle des noces de Cana. Elle est fréquente sur les sarcophages, mais rarç dans les peintures des catacombes. Mgr Wilpert en a découvert un exemple dans un arcosole du cimetière des Sts-Pierre et Marcellin.
Dans cette même catacombe et dans quelques autres, on voit des peintures de banquets qui doivent être distinguées de celles dont il a été question plus haut. Les personnages n'y sont plus constamment au nombre de sept, mais en nombre variable. On a cru y reconnaître les agapes ; mais cette interprétation est peu probable, car l'art chrétien primitif s'est rarement servi des scènes de la vie réelle. On y verrait plus justement l'image du banquet céleste, promis par Notre Seigneur (3), et secondairement un symbole de l'Eucharistie. Il est à remarquer que certains tombeaux païens présentent aussi des scènes de repas, dans lesquels même figurent le
1. s. Aug., In /7a«. ,. tract. 123 [F. L., t. XXXV, col. 1966).
2. Ou l'auteur du traité De promissionibus et praedictionibus Dei, imprimé à la suite des œuvres de S. Prosper: « Latine piscem sacris litteris, majores nostri hoc interpretati sunt, quod est, Jésus Christus Filius Dei Salvator piscis in sua passione decoctus, cujus ex interioribus remediis quotidie illuminamuret pascimur. » Op. cit., p. 23, c. 39 {P. Z,., t. LI, col. 816).