MALADIES CONTAGIEUSES
Quelles sont les maladies déclarées causes les plus fréquentes des décès ? Les statistiques sont ici plus relalives que parlout ailleurs, el en particulier en ce qui concerne la luberculose, sa déclaration élant facullative. Seuls les rapports officiels font meption de ses ravages de plus en plus grands, ravages qu'ils attribuent aux condilions économiques et à l'alcoolisme.
Au premier rang des maladies conltagieuses (dont la déelaralion est obligatoire) nous trouvons la fièvre typhoïde ; la rougeole, la diphlérie et la scarlaline sont aussi des causes fréquentes de décès,
Da rapport pour Fannée 1911 du docteur Colin, inspeeteur départemental d'hygiène (Finistère), «il résulte que la maladie contagieuse la plus commune de notre départementest la fièvre Lyphoïde. En peut-il être autremènt avec l'hygiène défectueuse des fermes où le fumier voi-
sine avec le puits, où la cour constitue une vaste fosse à
QE purin, avec l'hygiène défectueuse des bourgs même où les eaux usées s'épandent jusque dans la rue par des canivaux à ciel ouvert ? » L
€ À noter aussi la persistance de la méningite cérébrospinale inconnue jadis. »
Des constatations analogues sont faites dans les Côtes- du-Nord et le Morbihan.
L'inspecteur départemental -du Morbihan fait précéder. son tableau de répartitions des maladies contagieuses, parmi lesquelles. la fièvre typhoïde tient avec la rougeole, la scarlatine ét la méningite cérébrospinale la place importante, des considérations suivantes : « Le nombre de cas de fièvre typhoïde, de scarlatine et de méningile cérébro-spinale a été moins élevé en 1910 qu'en 1909 ; en revanche, on a observé plus, de rougeole et de diphtérie: la rougeole a, en: général, été bénigne. Ilen est de même de la diphtérie qui, d'ailleurs, sauf pour de {rès rares exceptions, n’a pas été confirmée par l'analyse’ bactériologique ; la même obsérvalion peut-être faile, en ce qui concerne la méningite cérébro-spinale. On n'a encore observé, en 1910, que de très rares cas de dysenterie épidémique, alors que chaque année celte terrible affection causait de nombreux accidents, principalement dans la région nord-ouest du département. |
» J'insisté encore à nouveau pour que la protection des sources, dés puits el,des fontaines soit assurée dans toutes les communes du département, eL pour que l'évacuation des matières et des eaux usées y soit faite d'une manière rationnelle et suffisante. Les fumiers el les fosses d’aisances, installés’ d’une facon défectueuse,
en outre qu'ils contaminent les sources, donnent nais-
De sance à des insectes el à des mouches dont l'introduction dans les habitations présente un réel danger. »
A côté de ces maladies, nous rencontrons la tuberculose. Devons-nous nous en étonner après avoir constaté l'alcoolisme si florissant en Basse-Bretagne”?
Mais l'alcool est-il par lui-même responsable des méfaits dè la tuberculose ou l'est-il par les conséquences : économiques qu'il entraîne? La situation matérielle des Bas-Bretons, en dehors même de celle engendrée par l'alcoolisme, ne se répercute-t-elle pas sur Palimentation, sur l'insalubrilé des habitations ? N’éntraiîne-t-elle pas de durs labeurs? toutes conditions qui prédisposent Île terrain à la réceptivité et au développement de la tuberculose ? Et les raisons morales n’y sont-elles pour rien ? Boit-on parce que la valeur morale des individus s’abaisse,, ou la valeur morale. s'abaisse-t-elle parce qu'on boit ? La science ne serait-elle pas victime de déductions trop hâtives de solutions loutes faites qui dispensent de chercher ailleurs quand elle conclut de l'alcoolisme à la tuberculose ?
Ne pourrait-on penser avec M. le docteur Croustel, médecin en chef de l’Asile de Lesvellec (Morbihan), que la tuberculose, « qui est d’ailleurs la maladie du pays, pourrait tenir pour une bonne part dans la nature du sol granitique ? En effet, des travaux récents de statistiques : ont démontré que les régions situées dans les bassins calcaires renferment peu de tuberculeux. Et cela se com-" prend jusqu'à un certain point. La tuberculose est, en effet, la maladie déminéralisante par excellence, et le tuberculeux perd, au début de son affection surtout, une bonne partie des sels de chaux qui entraient dans la composition de ses tissus.
» Dans les bassins calcaires, les eaux d'alimentation
apportent à l'organisme une provision sans cesse renouvelée de sels calcaires : il n’en est pas de même dans les régions granitiques où l’eau n’en contient aucune lrace.
» Ce fait expliquerait la fréquence: de la tuberculose parmi les populations bretonnes, parmi la population agricole tout au moins, car, pour les habitants des villes, d’autres facteurs entrent en jeu, quelle que soit la région envisagée. »
Sans essayer de faire la part qui revient à chaque cause dans la production de la tuberculose en Basse- Bretagne, 1] suffit qu’elle ravage la race des Bas-Bretons pour que la lutte soit menée énergiquement contre elle. Il faudra mener le combat à la fois contre elle et contre l'alcoolisme, c'est-à-dire contre l'abus de l'alcool.
L'alcoolisme engendre la misère sous loules ses formes, et avec la misère entre la tuberculose dans les foyers.
Il ne manque pas d'armes pour débarrasser un pays de ces fléaux individuels et sociaux. Chacun dans sa sphère emploiera l'arme qu'il jugera la meilleure, mais tous doivent se souvenir qu'il ne suffit pas de faire appel à l'intérêt, d’invoquer des lois. Il faut avant tout maintenir dans l'âme du Bas-Breton ics qualités du cœur et de l'esprit qui ont fait et font encore sa force, et les y développer.