DES FORTIFICATIONS
Le but de tout ouvrage de défense est de mettre une petite force à même de résister avec succès, et pendant un certain temps, à des forces supérieures, d'arrêter l'ennemi, et de garantir des coups qu'il peut porter.
On appelle retranchement tout obstacle derrière lequel les hommes peuvent se couvrir contre les approches de l'ennemi, et se défendre avec avantage contre ses attaques en le maintenant è distance : il peut être naturel ou artificiel. Les retranchements naturels sont : les roches, les escarpements, les clôtures, les rivières, les marais, les bois impraticables, etc., etc. Les retranchements artificiels ou ceux créés par la fortification doivent offrir un abri au défenseur contre l'assaillant et présenter un obstacle à ce dernier.
Il y a neuf principes généraux de fortifications, lesquels conviennent à peu près autant à la fortification permanente qu'à la fortification passagère. Les voici :
1° Le développement d'un ouvrage de fortification doit toujours être proportionné au nombre d'hommes destinés à sa défense ;
2° A développement égal de fortifications, il faut chercher & renfermer dans leur circuit le plus d'espace possible ;
3° Le chemin que doit tenir l'ennemi pour arriver à un point quel* conque de la fortification doit être vu de face ou de flanc ;
4° Les parties flanquantes d'une fortification ne doivent jamais être éloignées des parties flanquées au delà de la portée moyenne du fusil;
FORTIFICATIONS (l).
(i) Nous avons réuni particulièrement dans celte esquisse des fortifications, tout ce qui peut être nécessaire pour l'intelligence des faits de guerre principaux. Les officiers de la marine appelés à exécuter des descentes sur un littoral pourront en tirer parti : ils ne feront, en cela, qu'imiter l'amiral Suffren assiégeant et prenant THnquemalé, dans l'Inde, avec les marins de son escadre. E. B. W.
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LÉGENDE
Flèche.
Redan.
Redan à fia oc.
Lunette.
Bastion.
Tenaille.
Crémaillère.
Queue d'aronde simple.
Queue d'aronde double.
- Tète tenaillée.
Tête bastionnée.
Redoute.
Fort ou fortin de campagne, avec plusieurs tracés de courtines différentes pour la défense des bastions. Traverse.
Lignes à intervalles.
Trous-de-loup ou puits militaires.
• Cheval de frise.
Construction d'une redoute.— A droite, P P, profil de la redoute sur le papier.— A gauche, P T, profil sur le terrain.— Le plan de la redoute au dessous de ces deux profils.
- Ouvrage à cornes.
• Ouvrages à courounes.
5° Toutes les parties d'une fortification doivent être flanquées par d'autres ;
6° Les défenses doivent être les plus directes possibles ;
7° On doit éviter autant que possible les angles morts ;
8° Les angles saillants qui font face à l'ennemi ne doivent pas avoir moins de 60 mètres (car au-dessous de ce nombre, non-seulement les manœuvres d'infanterie et d'artillerie s'y feraient avec grande peine, mais encore l'artillerie ennemie la détruirait facilement);
9° Les angles rentrants ne doivent pas être au-dessous de 90°, ni être au-dessus de 100° à 110° (car au dessous, les parties se contrebaltraient; au-dessus, ils fourniraient des feux trop obliques); 90° est l'angle préférable en ce qu'il fournit des feux directs.
On appelle ouvrages ouverts à la gorge celles des fortifications où il y a interruption de parapet en arrière ; ce sont : 1° la ligne droite; 2° la ligne courbe ; 3° la flèche; 4° la lunette ; 5° le redan simple ; 6° le bastion ; 7° le redan à flanc ; 8° la tenaille ; 9° la crémaillère ; 10° la queue d'aronde simple; 11° la queue d'aronde double; 12° la tête tenaillée ; 13° la tête bastionnée.
Les retranchements en ligne droite présentent deux défauts qui les rendent médiocres et doivent les faire rejeter : 1° c'est qu'ils ne fournissent guère que des feux de face, l'expérience ayant appris que le soldat sur un parapet tire toujours perpendiculairement ; 2T c'est que la plongée rencontrant le terrain au-dessus de la contrescarpe et jamais au-dessous, il en résulte que si l'assaillant se jette dans le fossé, il se trouve au-dessous de cette plongée, et comme aucune partie ne flanque le fossé, il est à l'abri.
La ligne courbe offre les mêmes inconvénients, joints à des feux très- divergents et à une certaine difficulté de construction à la guerre.
La flèche se forme de deux lignes droites qu'on nomme faces et qui présentent un saillant à l'ennemi (n° 1,/ty. 44).
La flèche (G 0 D) est le plus petit des ouvrages de fortification. D'après le huitième principe , l'ouverture de l'angle d'une flèche (0) varie de 60° à 80°. Le secteur sans feu (S) est formé en avant d'une flèche, comme de tout saillant en général, par les deux perpendiculaires élevées sur chaque côté de l'angle, au sommet de l'angle lui-même ; cette partie est dépourvue de feux quand l'ouvrage est isolé et l'assaillant peut y diriger sa marche. Avec des flèches , on couvre des portes, des camps, des retranchements, etc. Les faces (S G, S D) ne peuvent avoir moins de 15 mètres de long ; si elles ont plus de 30 mètres, la flèche prend le nom de redan ; toutefois, le redan est plus particulièrement un ouvrage triangulaire composé de deux faces et d'une gorge (n° 2, fig. 44). — ABC=72°. A B=40m. A D=33n,40. B C=2(K
Les fusiliers y occupent 1 mètre sur deux rangs, plus un cinquième pour la réserve. Si les côtés ont plus de 60 mètres, on les brise pour flanquer le redan (n° 3, fig. 44). — A B=de 30 à 60m. BG=de 15 à fcO*. AK=68m. KD=40.
Il en résulte que Ton flanque ainsi le secteur sans feu du saillant; et si Ton ne donne que la portée de fusil à la face du redan, ce flanqueuicnt produit un effet avantageux dans le secteur ; mais le flanc lui-même doit pouvoir recevoir de quinze à vingt fusiliers.
Une lunette est une flèche dont on a brisé et rabattu les faces en dedans de l'angle pour avoir des flancs (n° 4, fig. 44). — A B=de 30 à 60». B C=ue 15 à 20ro.
On se sert des lunettes comme des flèches ; mais alors il faut que la gorge soit appuyée par des troupes ou des ouvrages en arrière. Dans les forliiications permanentes, on s'en sert pour découvrir la marche de l'assiégeant contre la partie de la fortification de la place qui ne peut se battre et prendre alors cet assiégeaut à revers ; telle était la lunette Saint-Laurent à Anvers.
Avantages : — ! ' elles sont plus spacieuses que les flèches ; 2° elles portent des feux de flanc aux approches de la gorge.
Défauts : — 1° trois secteurs sans feux ; 2° feux de face ; 3° fossé sans défense, à cause do relief qui empêche les défenseurs de rien découvrir dans le fond du fossé.
Le bastion a la forme d'une lunette à grande dimension (n° 5, fi§ 44).
En fortifications passagères, ses faces doivent être de 50 à 70 mètres, et les flancs de 30 à 35 mètres. Les batteries employées isolément ont, comme tous les ouvrages isolés à angle saillant, un secteur dégarni de feux, et le défaut de ne fournir que des feux de face avec des fossés sans défense. Mais si, au lieu de tes isoler, on rapproche convenablement les bastions, tous ces défauts disparaissent. Ainsi, en établissant une ligne de défense inférieure en largeur à la portée du fusil, les angles saillants deviennent des angles flanqués et les deux bastions se défendent réciproquement. C'est sur la combinaison bien entendue des bastions liés entre eux que repose aujourd'hui, en Europe, Fart de fortifier les villes de guerre. — La face du bastion D Ezrl2m. La courtine F C==75m.
La tenaille est un retranchement composé de deux faces égales formant un angle rentrant, dont les eôtés doivent se flanquer mutuellement. Elle a Tinconténient d'avoir un angle mort, mais l'avantage d'avoir des feux croisés ; c'est l'opposé de la flèche et du redan (n° 6, /ty.44).— AB=30m.
Les ouvragés qui dérivent de la tenaille sont : la crémaillère, la queue oVaronde simple, la queue oVaronde double, la télé tenaillée et la tête bastionnée.
La crémaillère est une suite de tenailles qui ont chacune une face plus petite que l'autre j les longues faces se nomment branches et les petites flancs (n°7,/ty. 44). — AB=UOm. BC=105m. A C=â9m. G Dz=10m.
. La queue oVaronde simple est une tenaille, aux extrémités de laquelle on ajoute deux longues branches AD, BC, qui servent à couvrir les défenseurs ; elle s'emploie pour couvrir un front de 60 à 75 mètres (n° 8, fig. 44).— AB=de 60 à 75m).
La queue d'aronde double est une tenaille double dont les extrémités sont terminées par de longues branches ou ailes AD, BC, qui couvrent l'intérieur de l'ouvrage ; elle s'emploie pour couvrir un front de 120 à 150 mètres (n° 3, fig. 44). — AB = 150». CD = 35».
Une tête tenaillée est formée d'une suite de tenailles construites sur les faces de demi-polygone, égales à 60 mètres, et de telle sorte que l'angle saillant, formé par tes deux tenailles adjacentes, soit au
moins de 60* (n* 10, fig. 44). — BD = 60». BC = 37»80J. ABC =60°. BCD=105°.
Son tracé s'obtient en brisant les côtés d'un octogone de manière à avoir des angles saillants de 60°, afin que l'ouverture des angles rentrants se rapproche le plus possible de 90°, cette ouverture étant la plus favorable à la défense.
La longueur des faces de la tenaille a été fixée entre les limites de 15 à 30 mètres ; si elles avaient moins de 15 mètres elles ne fourni* raient pas assiz de feux. Au delà de 30 mètres, l'ouvrage aurait un développement trop considérable. On emploie la tête tenaillée quand on a fortifié un terrain dans la forme exigée, qu'un retranchement se développe suhantune ligne brisée ou une portion de polygone.
La tête bastionnée est un ouvrage de fortifications , dont les parties saillantes sont des bastions ; on l'emploie dans les défenses d'une certaine importance ; elle se construit sur les deux côtés contigus d'une portion de polygone, qui, pour une fortification passagère, , ne doivent pas avoir moins de 160 mètres de largeur, ni plus de 240 mètres ; et cela parce que dans le premier cas les parties du front bastionné seraient trop resserrées à leur gorge, et que les flancs ne porteraient pas assez de feux sur les capitales ; dans le second cas, parce que, au delà de i2'i0 mètres, les lignes de défense seraient trop longues, et que le terrain, au delà des angles flanqués, ne serait pas défendu (n* 11, fig. 44). AB = 160m. - AC = 53m.
Pour construire une télé bastionnée, on abaisse, du milieu de chaque côté du polygone, une perpendiculaire égale à un huitième, du côté du polygone, si c'est un carré, à un septième, si c'est une pentagone, à un sixième, si c'est un hexagone ou un polygone, d'un plus grand nombre de côtés ; joignez les pieds de ces perpendiculaires aux extrémités des côtés du polygone, et vous aurez la direction des lignes de défenses ; sur les directions de ces lignes, à partir de chaque sommet du polygone, portez le tiers du côté des polygone, vous aurez les faces du bastion, et les points ainsi déterminés en seront les épaules.
De chacune de ces épaules élevez une perpendiculaire sur la direction de la face opposée, vous aurez la direction de la face opposée; vous aurez la direction des flancs, des bastions; et les points de rencontre de ces perpendiculaires avec les prolongements des faces opposées détermineront en même temps la longueur des flancs et celle des lignes de défense. Joignant les extrémités des flancs par des lignes droites qu'on nomme courtines f on aura terminé le tracé du front bastionné.
Les avantages principaux des têtes bastionnées sont au nombre de sept : 1" les trois angles saillants sont flanqués par des feux de flanc directs qui partent des flancs opposés à ces saillants, c'est
pourquoi on leur donne le nom d'angles flanqués ; 2° l'angle saillant qui se présente le premier à l'ennemi, et qui» dans le principe, était le plus faible, se trouve maintenant défendu des deux côtés par des feux de flanc qui se croisent sur le terrain, près de ce saillant ; 3° les fossés des faces sont bien défendus par les flancs opposés ; 4° les flancs se défendent réciproquement en prenant à dos les assaillants qui voudraient escalader leur parapet : ces meniez flancs défendent également bien le fossé des courtines. Quand le relief permet à chaque flanc de découvrir la moitié de la courtine attenante au flanc opposé, l'ouverture de l'angle du flanc différant peu de Tangle] droit, la défense du fossé de la courtine est presque directe ; 5° le fossé des flancs est, par la même raison, flanqué par la courtine-, 6° les feux de face se portent en avant des courtines, et une partie se croise avec ceux des courtines. Les courtines que leurs positions rentrantes rendent déjà très-fortes, sont déplus défendues par les feux croisés des flancs. L'ennemi sera forcé de ne pas diriger ses attaques sur elles, et de marcher sur les capitales; on aura donc l'avantage de bien connaître les points d'attaque j 7° les angles rentrants qui, dans tous les autres tracés sont des angles morts, ne sont plus tels dans le tracé baslionné, puisque chacun de ces angles , qu'on appelle angle de flanc, est vu et défendu par le flanc opposé.
En fortification passagère , la largeur de la ligne de défense est déterminée par la portée moyenne de fusil, qui est de 200 mètres ; on lui donne de 120 à 160 mètres, pour que les feux de flanc puissent se croiser au delà des angles flanqués. (Juant au rapport de la perpendiculaire, élevée sur le côté du polygone avec ce côté, il a été fixé au huitième pour le carré, et au septième pour le pentagone, parce que dans ces deux polygones, si la perpendiculaire avait une plus grande loogueur, les angles flanqués auraient moins de 60°.
On nomme ouvrages fermés ceux dont le parapet circonscrit le terrain occupé par les défenseurs ; ils sont assujettis à deux conditions principales: 1° contenir tous les défenseurs; 2° avoir en mains un fusilier par mètre courant de parapet, en outre, l'expérience a prouvé qu'il fallait 1 mètre carré de surface libre par homme, pour que les mouvements de troupes puissent s'exécuter facilement dans l'intérieur. On distingue deux espèces d'ouvrages fermés : les ouvrages fermés, sans flanc, qu'on nomme redoutes ; ceux avec flancs, qu'on nomme fortins ou forts de campagne.
Tout ouvrage de fortification fermé, sans flancs, soit circulaire, soit polygonal se nomme redoute (n° 12, fig, h '«).
Les redoutes sont d'un grand usage à l'armée, soit pour occuper des hauteurs , protéger des passages , des chaussées, des lisières de bois, etc., et couvrir les flancs de cette armée \ on tes fait en carrés
ou penlagonales tout au plus, mais jamais circulaires : on évite ainsi dans le premier cas, beaucoup d'angles, et par suite de secteurs sans feu, dans le deuxième cas, des feux très- divergents.
La plus petite redoute que Ton puisse construire est celle de 1$ mètres de côté ; la plus grande de 32 mètres.
Pour évaluer la superficie du terre-plein ou de l'intérieur de la redoute de 13 mètres de côté, il faut retrancher deux fois l'épaisseur de l'enceinte, c'est-à-dire, deux fois la distance horizontale de la orôte intérieure du parapet, au pied du talus de la banquette; cette distance étant de 3 mètres, le double ou 6 mètres, qui retranchés de 13 mètres, laisseront 7 mètres pour côté du terre-plein intérieur ; ce terre-plein aura donc 49 mètres carrés de superficie.
Les redoutes ont trois défauts essentiels :
1? D'avoir un fossé sans défense;
2° De ne fournir que des feux de face ;
3° De présenter à l'ennemi autant de secteurs sans feu qu'il y a de saillants pour porter des feux sur les capitales ; pour remédier à ce dei nier défaut, on substitue des pans coupés aux angles saillants par le moyen d'une droite perpendiculaire à la capitale, ou l'on arrondit lesdits angles saillants. Le premier moyen est préférable au second, parce qu'il fournit sur les capitales des feux qui leur sont parallèles* — F est le fossé de la redoute ; 0 le terre-plein ; P représente le profil de la redoute suivant AB.
On ferme l'entrée de la redoute avec une barrière palissadée, derrière laquelle on creuse dans le terre-plein, si on le juge convenable, un fossé sur le bord intérieur duquel s'élèvent encore d'autres palislissades appuyées sur un talus.
* On nomme fortins ou forte de campagne, ceux dont on a brisé intérieurement les côtés pour se procurer des flancs, ou encore les redoutes sur le côté desquelles on établit des bastions extérieurs.
Lorsqu'on veut occuper fortement une position, on construit un fort à bastions, que l'ennemi ne peut enlever qu'avec une attaque en règle y c'est-à-dire en cheminant sur ouvrage, en creusant dans le sol des tranchées de 1 mètre de profondeur, et en jetant la terre du côté des assiégés ; pour se couvrir contre eux ; les ouvertures doivent être de 3 mètres dans les forts bastionnés et établies sur les courtines (n° 13, fig. 44).— AB=200 mètres.
A l'article Télés bastionnéee, nous avons vu comment on s'y prenait pour déterminer sur un carré les lignes des défenses, les faces, les flancs et les angles dus bastions.
Le défilement a pour but de garantir les défenseurs d'un ouvrage des feux des hauteurs environnantes : c'est donc l'art d'établir des ouvrages de fortification dans un terrain dominé par des auteurs, et
d'en régler le relief de manière que l'ennemi, maître des hauteurs, ne puisse pas plonger dans leur inlérieur. Les feux dont on doit se défiler sont ceux de l'artillerie, dangereux jusqu'à 1000 ou 1200 mètres; ceux de la mousqueterie, dangereux à 300 mètres, les coups partant à lm50 au-dessus du sol.
Pour qu'un ouvrage soit défilé, il faut que les crêtes intérieures de ses parapets soient dans un ou plusieurs plans, tels que :
1° Les plans de ces crêtes laissent tout le terre-plein de l'ouvrage au-dessous d'eux de 2 mètres pour couvrir de l'infanterie, et 2m50 pour couvrir de la cavalerie; 2° qu'ils passent à lm50 au-dessus des hauteurs environnantes, dans l'étendue des feux dangereux.
Pour déterminer le plan de site, c'est-à-dire le plan au-dessus duquel le relief doit avoir 2m50 de hauteur, on se place à 20 mètres en arrière de la ligne de la gorge ou du point intérieur à défiler ; on plante deux piquets d'un demi-mètre ou d'un mètre élevé au-dessus du sol, pour y asseoir une règle horizontalement; un autre piquet trace la projection du feu de l'ouvrage ; cela fait, l'œil posé sur la règle vise la hauteur dominante dont on doit se défiler, et le point où le rayon visuel rencontre le piquet de la projection du feu est marqué; à chaque face et.à chaque angle ; on plante, vise et marque ainsi up piquet semblable ; puis on joint les piquets par une ficelle ou une règle, et l'on voit si elle accuse bien la hauteur visée; on aura ainsi le plan de site. Cela fait, au-dessus de ce dernier on détermine le point de crête de l'ouvrage, et on en construit les profils en lattes ou piquets; on les réunit entre eux par nue ficelle, et les lignes tracées par ces ficelles sont celles d'intersection des diverses parties de l'ouvrage. On ^ soin de désigner les profils des angles suivant les capitales de chacun de' ces angles.
11 est d'autres moyens pratiques pour défiler les ouvrages de campagne. Ainsi, supposant que l'ennemi occupe le point culminant dont on veut se défiler, par exemple, on ne plantera qu'un seul jalon in* défini sur le point de la crête intérieure dont on voudra déterminer la hauteur, et se plaçant soi-même sur la limite de l'espace à défiler dans la direction du point culminant et de ce jalon, on mènera un rayon visuel qui, partant de terre, soit tangent au point de la hauteur doat on veut se défiler, et Ton marquera ensuite sur le jalon le point qm ce rayon le rencontrera ; prenant ensuite 2m50 au-dessus de ce point, on aura la hauteur cherchée.
Lorsque le relief de l'ouvrage que l'on veut défiler est considérable, on s'épargne de la peine et du temps en le coupant par une traverse sur laquelle on réserve un passage au besoin pour les défenseurs de la face opposée ; cette traverse doit garantir ces derniers des feux da la hauteur dominante (n° 14, fig. 44). — Soit la re-
doute ABG;D que l'on veut défiler de la hauteur P; le terrain en arrière de BCD étant supposé horizontal, on défilera ABC en prenant BC pour charnière, ligne choisie à la gorge de l'ouvrage de manière que son prolongement des deux côtés laisse le terrain au-dessous de lui jusqu'aux limites du défilement.
Pour déterminer la traverse, on tiendra horizontale la partie BCD, et joignant à l'œil le point P avec un point à 0*50 au-dessus de la banquette en D, ce rayon visuel coupera le plan vertical mené par BC à un point qui, relevé de lœ50, donnera la hauteur de la crête de la traverse que Ton mettra en diagonale dans ia redoute.
On appelle ouvrages développés ou simplement lignes, des retranchements d'une certaine étendue, qui se déploient sur une position quelconque, avec ou sans interruption. Les flancs de ces retranchements doivent être couverts par des obstacles naturels ou des dispositions de troupes.
On divise donc les lignes en deux espèces : 1° les lignes continues, qui se développent sans interruption de parapet du côté de l'ennemi ;
2° Les lignes à intervalle, qui sont formées d'ouvrages isolés , laissant entre eux de grands passages ou intervalles.
Les lignes continues se divisent elles-mêmes en lignes simples et lignes composées.
Les lignes simples n'emploient qu'une même espèce d'ouvrages élémentaires ; ainsi, une ligne à redans et à courtines droites est une ligne simple, et on l'emploie d'ordinaire lorsque la ligne qu'on veut retrancher se développe dans la plaine. Un autre tracé de lignes simples, c'est une ligne h redans et à courtines brisées. Ainsi, qu'une ligne soit à grandes tenailles ou à grandes crémaillères, on l'emploie avec succès lorsqu'il s'agit de border un escarpement ou un ruisseau, sur une position élevée. Enfin, le dernier exemple qu'on peut citer de ligne simple , c'est la ligne bastionnée , formée d'une suite de fronts bastionnés sur une même droite; ce système est le plus parfait de tous. On emploie les lignes complexes continues, lorsque les irrégularités du terrain ne se prêtent pas communément à une disposition symétrique des mêmes ouvrages ou qu'il y a nécessité de fortifier davantage certaines positions que d'autres. Dans ces lignes, on emploie de préférence l'artillerie. Sur les redans, les queues dur onde et les bastions, ces ouvrages étant d'habitude les plus élevés pour plonger sur l'ennemi, le parapet n'est jamai* interrompu sur une grande élendue, quoique présentant des ouvertures pour établir des communications avec la campagne; ces ouvertures sont faites dans les angles rentrants ou les courtines. On établit sur le fossé correspondant à ces ouvertures un pont en bois brut que
Ton recouvré de rondins et d'un peu de (erre, qu'on étaie ensuite au-dessous s'ils doivent porter de l'artillerie ; ils sont faciles à détruire, en cas d'attaque de vive force, à l'aide d'un amas de menu bois bien sec que l'on met dessous et que l'on enflamme; s'il est nécessaire, on couvre ces passages ou ouvertures, ou par une flèche placée extérieurement , ou par une traverse placée intérieurement, de manière que l'ennemi ne puisse, de la campagne, découvrir les défenseurs de l'intérieur de l'ouvrage ; cette traverse n'est alors autre chose qu'une masse de terre à laquelle on donne la forme d'un parapet, et dont la plongée est dirigée de manière à bien voir l'entrée de l'ouvrage; le pied de son talus extérieur doit être distant de 2 mètres du pied du talus de la banquette des retranchements ; la longueur doit être telle que les feux de la campagne ne puissent pénétrer dans l'intérieur de ce retranchement ; les deux extrémités sont terminées par des plans inclinés destinés à soutenir les terres.
Les lignes à intervalles n'occupent que les points principaux du terrain et sont plus particulièrement destinées à couvrir le front d'une armée assez forte pour passer de la défensive à l'offensive; elles exigent moins d'hommes pour leur défense, permettent de mieux choisir la position à fortifier, et rendent la circulation des troupes plus facile. Comme exemple de lignes à intervalles formées de trois rangs d'ouvrages, on peut présenter celui-ci, n° 15, fig. 44.— \Bzz%5Qm ; BC=250»; DE=40«n; FG=30m; HI = 2(K
Le premier rang est composé de lunettes, le deuxième rang de lunettes un peu plus petites; le troisième rang de redans. Ces lunettes doivent être fermées à leur gorge avec un ou deux rangs de palissades, que précède un petit fossé, et garnies intérieurement d'une banquette.
Les défenses accessoires sont des obstacles qu'on emploie pour augmenter la résistance des ouvrages de campagne : ce sont les abalis, trous-de-loup ou puits militaires, palissades, palanques9 chevaux de frise, chausse-lrapes.
Les abalis se font avec des corps d'arbres non ébranchés; on les emploie avec succès contre la cavalerie. On les adosse aussi aux escarpes et contrescarpes. — Les trous-de-loup ou puits militaires (n° 16, fig. 44) sont des puits coniques creusés dans le sol ; on les place d'ordinaire à 20 mètres de la contrescarpe, et en quinconce, à 3 mètres de distance. — Le diamètre intérieur du trouée-loup est de 2 mètres, le trou inférieur de 0œ50, la profondeur de 0m50.
Les palissades sont des pieux ou 1 ûches triangulaires, appointées pnr un bout et enfoncées en terre de l'autre . de 1 mètre environ ; elles ont 3 mètres de long. On les tient par un liston sur lequel elles sont fortement chevillées.
Les palanques sont de fortes palissades de 3m50 de longueur, dans les intervalles desquelles on place de gros rondins pour résister aux balles. On taille de mètre en mètre, sur les palissades, un créneau de 0m25 de large, et élevé de 2 mètres au dessus du sol extérieur.
Dans les chevaux de frise (n° 17, fig. 44], l'extrémité de la poutrelle, laquelle a 0ml5 de côté, est garnie d'une boucle d'un côté et d'une chaîne de l'autre, afin de lier ensemble les chevaux de frise. Ou s'en sert pour fermer la gorge des ouvrages ou l'entrée des retranchements. On les dérobe autant que possible aux coups de l'arlilterie. Comme barrière, l'une de leurs extrémités porte sur un pivot, l'autre sur roulette.
Les chausse- 1 râpes sont des clous à quatre pointes, dont l'une est toujours eo l'air, et qu'on sème là où doit passer la cavalerie.