SCÈNE II
MONIQUE, GROSLOULOUP.
iio!»iQCiE, entrant de gauche, premier plan, un tablier de cuisine devant elle, une cuiller de bois à la main. Voilà, Groslouloup.*
* Monique, Groslouloup.
cRosLOULOtn». Où étiez- vous, Monique?
MOSiQCE. A la cuisine.
GROSLOULOUP. Vous n'en bougez, ma chère... Cette habitude de ci -devant cordon-bleu n'est plus de saison.
MOMQUE. Dame! je suis née à Grasse dans les casseroles; c'est là que j'ai été nounie.
GROSLOULOUP. On s'en aperçoit.
MOMQUE. U y a vingt ans, lorsque vous formiez le projet de quitter votre ville de Marseille p jur venir à Paris fonder une cuisine provençale, alléché par mes sauces piquantes, vous me faisiez la cour... Alors, quand je vous parlais de ragoûts, de potages, vous goiiiiez ma conversation.
GROSLOULOUP. Je l'avoue; mais qu'est-ce que vous allez chercher? Pour le quart d'heure, dérangez-vous une miette de vos fourneaux, j'ai à vous causer.
jcosiQUE. Soyez bref, que mon ragoût ne s'attache pas.
GROSLOULOUP. Jc vcui parler de votre fille, madame, qui , par contre-coup, est la mienne.
MONIQUE. Alors, dé péchez- vous, car je sens déjà que ça roussit. (Elle va retourner à la cuisine.)
GROSLOULOUP, la retenant et la faisant passer à droite.* Dé que, dé quel... qu'est-ce que votre ratatouille en comparaison des intérêts que nous avons à débattre !
MONIQUE. Dé que! dé que!... C'est que je n'ai pas envie de recommencer le dîner. Si la soupe gratine et si le rôti chaibonne, tant pis pour vous.
GROSLOlXOirp. ^^^
Ai» : J'ai vu le Parnasse des dames.
Mais puisqu'il s'agit de ma fille , Nous pouvons un peu négliger Ce petit dîner de famille.
Que nous finirons par manger;
* Groslouloup, Monique.
Un mauvais repas m'exaspère, C'est vrai, mais trêve à ce micmac, On a des entrailles de père Avant d'avoir un estomac. {Bis.)
CROSLOi'Loup. Mais, bastance! «^coûtez votre patron ei niHÎue. La pi tite est grandcite; elle se développe de jour en jour; on la lorgne., on la toise...; sa tournure grassouillette flatte mon amour-propre et excite mon inijuiétude. Ht'!... je crains les pièges que l'on tend sans c<-sse sous les pas dé la jeunesse qui a la tournure grassouillette.
MONiQLE , occupée de son dîner. Ça brûle î... ça brûle !... {Elle va pour sortir.)
GROSLOULOUP, la lete/iant. Je le crois... voilà pourquoi je veux la maiier.
MONiQUK. Oui ça, ma soupe?
GKOSLOULOUP. bh! non... Xandrine... Que nous nous manque-l-il pour la marier?... un mari.
MONIQUE. C'est beaucoup.
GROSLOULOUP. Ou irès-peu... vous m'avez bien trouvé, vous.
MONiouE. Mais moi...
GROSLOULOUP. Que, VOUS?
MOMQUK. Que! que! je n'étais pas difficile.
GRosLnuLoup. Alors, VOUS cûtes de Id, chance.
MOMQUE. Si XindiiriC e>i encnie à marier, ne vous en prenez qu'à vous... Depuis que nous avons vendu notre fonds de restaurant dt la rue des Jiûnenrs, à 99 centimes par tête, vous avez eu la rage de demeurer dans les maisons désignées pour être démolies... De l'ancien passage du Giand-O rf nous avons été rms de> Cornes, des Paillassons, du Cœur -Volant, Vide- Gousset, Percée, de Lonrcine, Cocatrix , du Coq, du Chamre, du Grand-Hurleur. Monsieur Cmslouloup nous sommes aux Ours, à présent... Total, douze déménagements en six ans.
GROSLOULOUP, faisant un geste de la main. Té! vé ! et trois années dé loy^r dé gagnées, puisque la ville accorde un terme à chaque locataire exproprié.
MONIQUE. Mais, aussi, toutes les fois qu'un galant se serait présenté pour rechercher notre fille, au moment où il 'aurait pu nous la demander, il trouvait la maison démolie.
GROSLOULOUP. N'importe, Xandrine se mariera tout de même. J'ai un mari pour elle.
MONIQUE. Vous!
GROSLOULOUP, à part, et faisant un geste de la main.* Té monte aqui ! Je n'en ai pas un zeste... mais un chef de famille né doit pas avoir l'air d'être à court.
MOMQUE, à part. Oh! tant mieux! car le gendre dont je lui ai parlé était de la frime. {Haut.) Mais, puisque j'ai un épouseur pour Xandrine...
GROSLOULOUP. OÙ cst-il Ce gamin! digue que venguel que je le chasse en l'Immiliant par un geste énergique. {Il fait mine de donner un coup de pied. A part.) Si elle me le montre, je l'empoigne au vol.
MONIQUE. Que votre favori ose paraître, et je lui lave la tête... Quand on veut plaire à la tiile, il faut courtiser la mère, c'est connu... (A part.) Sitôt qu'il me l'aura présenté je me l'approprie.
* Monique, Groslouloup.
CnOSLOCLOUP.
Am : res trop p' fit.
J'oppose mon gendre au tien.
MOMQCB*
Monueur, sachez le bien, Je ne veux que le mien C'est lui qu'il fai.t pr ndre.
CnOSLOULOUP.
Mon protégé me revient, Tout en lui me prévient Je le veux...
MONIQUE
Il y tient.
CBOSLOULOUP.
Vous devez vous rendre.
ENSEMBLE
Si cliacun a le sien.
Alors cela va très-bien,
(Se querellant.) Je ne veux que le mien, C'est le mien, le mien.