SCÈNE IV
GROSLOULOUP, puis BATANDIER.
GBOSLOCLocp. Je voudrais savo'r une chose: comment le chef d'un gouvernement s'y prend pour se faire obéir par une trentaine de millions d'habiiants... Je n'en ai que dmx sous mn juridiction et je n'y arrive pas... c'est peut-être plus diflicile.
BATASDiER, cn dehors, accent provençal. Je sais... je connais... (2/ entre par le fond, regardant autour de lai sans voir Groslouloup.) Non... ah! si... c'est pir la... {Il va entrer dans le cabinet à droite, 2" plan.) C'est changé... on a mis du papier.
CROSLOCLOCP *, le tirant par l'habit. Mais nùb, pas là... Qu'est-ce qu'il fait?... Il va dans le...
BKtkyi>\tR, se retournant. C'est juste... Oui, je m'en souviens... Te voiià dwic?... Adieu... wmraent té portes-tu?... Erabrassons-nous... voyons! derechef... Cf la fait du bien. (Groslouloup le regarde d'un air hébété.) Tu ne t'attendais pas à me voir? .. ni moi^ va ..'un hasard... Cela te surprend?...
CROSLOCLOCP. Ah! oui... ah! oni...
* Groelooloap, Batandiar.
bata:(dier. Que tu me regardes avec cet air bête?...
GROfLOCLOCP. Moi?...
BATANDiEa. Que je suis donc changé?...
CRosLotLOL'P. Un peu, allons, un peu...
BATA>DiKR. Grossi... les favoris poussés... je suis mieux, mais ça me change... Ho! allons, tu ne me reconnais donc pas?...
GROsi.oLLocp, le regardant d'un air niais. Si.. Si... niais...
BATANDIER. Bitandier... Batandier!...
CROsi ouLOLP, ayOïU l'air de se souvenir. Ahî... (1/ retombe dans sa rêverie.) Batandier....
BATA.NDiER. Banladier!... J'arrive sans façon... quoi... M»* mettre dans un hôtel... quelle balourdise' hé!... tandis qu'ici je serai à mon aise, et je ne gênerai personne.
CROSLOCLOCP, réteur. Non...
BATANDIER. Ça serait drôle, si Batandier te gênait... Voilà qui serait risibie... Rions-en... rions-en. (// rit.)
CROSLOCLOCP. Ah! oui... (Il rit et s'arrête en cherchant I. Satané...
BATANDIER. Batandier!.., Batandier.
CROSLOCLOCP. Satané Batandier... parbleal Batandier.
BATA.NDIER.
Air de Fanchon.
J'exècre les auberges,
Et puisque tu m'héberges.
Ici je préfère venir.
L'atritié qui m'entraîne Eu ce moment me fait sentir
Qu'où Ton a de la g^^ne, ) ,Qf^ »
On n'a pas de plaisir, i
Tienf, prpD'is ma redinsote... [Il àte sa redingote.) Tu peut bien la brosser. (// lui donne la brosse qui est sur la table.) Hé qu-», il vient des courants d'air! {// ôte le pet-en-lair de Gros'ou' loup qui se Inisse faire, surpris, et le met.) C'est chnud ça... Je suis sans façon, lu vois?... Brosse donc... (Groslouloup exécute machinalement ce qu'onlui dit.) Tu viendrais chez mou., à la Bastide, supposition, j'agirais de même... je n'appelle pas servitude deux amis qui s'emr'aident l'un l'autre... Dépêche-toi donc... (Il le frappe fort en ricaiiant.)
CROSLOCLOCP. Ça lait mal... voyons, ça fait mal..
BATANDIER. Ça n'est pas vrai... c'est Batandier qui te frappe... Que... tu me regardes conome un serin... Eh! dune, Batandiei*. (Il le frappe de nouveau.)
CROSLOCLOCP. Je sais bien, c'est Batandier. (Cherchant.) Batandier...
BATANDIER, s' impatientant. Mais bagasse! le neveu de la mère Mncrtil'e.
CPO!=LOCLOcp,aî/anf lair de comprendre. Ah!... oui... le neveu de... (redeie/iant rêveur) ta mère Macaille.
BATANDIER, le prenant familièrement sous le bras. A nropos... Eh bien! tu sais... Çi ne va plus, là-bas...
CROSLOCLOCP. Ah!
BATANDIER. On a cru, d'abord, que c'était une affaire superbe. . . qu'il y avait des monceaux d'or
à gagner... mais en un clin d'œil... Chose... comment donc?... Chose... Aide-moi...
GROSLOuLOUPjc/ierc/ian^ Heu! heu!... (A/^rman<.) Chose...
BATANDIER. Oui, Chosc, il a mis dedans... Machin, tu sais?,.. {Il lui lâche le bras.)
GROsLOtLOUP, sans comprendre. Oui, Machin... Chose...
BATANDiEn. Et crac! pas ça... {Il fait avec Vongle le geste.) Pas ça!
GROsLouLoi'p , s'apîtoyant, Ahl coquine dé Eort!
BATAKDiER. J'étais SÛT quc ça te ferait de la peine.
GROSLOULOUP. V'oui... Oh! v'oui...
BATANDIER. Après ça, qu'est-ce que ça peut te fairs !
GROSLOULOUP, insouciaut. Je crois que ça m'est j égal, au bout du compte. '
BATANDIER. Ah çà! qu'cst-ce que tu as à dîner? î
GROSLOULOUP. Mals une soupe d'aubergines avec des tomates.
BATANDIER. Au bcurre? .
GROSLOULOUP. Nop, à l'huile, de la bonne huile ] d'Aix... c'est Esiève qui me l'envoie... Tu sais Estève, le mari de Théréson.
BATANDIER, Cherchant. T'as raison... Je ne te demande pas de la bouillabesse, des... ortolans... comme là-bas... En avons-nous mangé, hein!
GROSLOULOUP. Quoi?...
BATANDIER. De la bouillabcsse... Hé! tu me fais une mine... Parole d'honneur, il ne me reconnaît pas...
GROSLOULOUP. Maîs si... mais si...
BATANDIER. Batandier, le neveu de la mère Macaille... de la Butte... [Il va prés de la table, s'assied, ôte ses souliers, met les pantoufles).
GROSLOULOUP. De la Butte... Ah! de la Butte... oui, j'y suis...
BATANDIER, donnant ses souliers à Groslouloup.
Allons donc!. ..Tiens, cire-moi mes chaussures, et songe au dîner.
GROSLOULOUP, prenant les chaussures d'un air surpris et tenant toujours le paletot et la brosse. Le neveu de la mère Macaille, de la Butte... {cherchant) de la Butte...
BATANDIER. Qui OU .abattait tant...
GROSLOULOUP, comprenant. Qui en abattait tant... Ah ! capouchin de sort. {Jetant les souliers, la brosse, le paletot sur la chaise de gauche). Il est là depuis une heure... qui me parle, qui me parle... il me fait faire un sang d'encre! 11 ne pouvait pas me dire ça tout de suite... qui en abattait tant.
BATANDIER. OÙ es ta chambre?
GROSLOULOUP, montrant la droite. Là, es aqui !
BATANDIER. Je vais faire un somme sur ton lit.
ENSEMBLE
AIR s Mais il faut qu^on pense. {Quatre Fils Aymon.)
Tu le vois, j'en use Ici sans façon.
Jamais on n'abuse Un si bon garçon.
Et ce qui m'est chère, C'est ton amitié,
Partageant en frère Tout par la moitié.
GBOSLOOLOro.
Je vois qu'il en use Ici, sans façon, Jamais il n'abuse, C'est un bon garçon.
Ce qu'il prise chère, C'est mon amitié.
Il partage en frère Tout par la moitié.
{Batandier entre à droite, premier plan.)