LETTRES DB U. JULES TIIOUBAT
Ce mardi, 20 février 1866.
a Cher poète et ami, • Votre lettre (i) vient de m'ouvrir les yeux sur une
(i) V. LcTxaEs, 19 février 1866.
4i8 «HAnLVS BAVDKrAIIVX
confusion de» deux Lemerre et Lerner, que j'ai cru n'èlrc qu'une seule personne. Ce n*est pas Julien Lemer, mais Lemerre du passage Ghoiseul, n" ^7» que j'ai vu, à qui j'ai demandé pour vous les n*" de l'/lr/, qu'il avait édité et qui ne paraît plus, qui m'avait promis de vous les envoyer (j'ignore s'il Ta fait depuis), et qui prépare une belle édition de la Pléiade à laquelle S. B. lui a conseillé de joindre Olivier de Magny, l'amant de la belle Cordlère.
» J'ai vu ce M. Lemerre, un homme ami de la Poésie, allant lui demander des n"' pour vous et croyant, au fond de ma pensée, que c'était avec lui que vous aviez été en correspondance, je lui ai dit qu'il ne devait pas vous négliger, et il m'a répondu qu'il avait une très grande estime pour votre talent, et qu'il se demandait pourquoi vous vous étiez exilé à Bruxelles. î'ai bien été un peu étonné de voir qu'il ne me parlait pas de vos publications, mais j'ai attribué ce silence ai une finesse de commerçant qui ne veut pas s'engager. Aussi ai-je chauffé tant que j'ai pu, et, je dois le dire à présent, il ne m'en paraît que plus plein de zèle pour les poètes, et a parfaitement répondu à tout l'enthousiasme que je manifestais pour vous par une chaleur non moins grande pour votre talent. Mais ce n'est pour le moment qu'un zèle de paroles. «1
» Cependant je crois qu'il faudrait voir vous-mêmi * auprès de cet homme. Je vous le dis, je me suis trompai? de personnalité ; et c'est bien permis dans le cas dont \r s'agit. S. B.,au fond, a commis, je crois, la même . erreur : il pensait répondre peut-être au même i^emer, en écrivant pour l'Olivier de Magny. i
» Dans tous les cas, ce n'est pas mauvais.
» Ne négligez pas Dentu, au contraire. Si vous pouvez traiter avec lui, c'est excellent. — Et gardez cet ami inconnu du passage Choiseul pour quand vous viendrez vous-même.. J'ai cru faire vos affaires, et je vois que je n'ai échangé que des paroles de pure appréciation littéraire.
» Pardonnez moi d'avoir allumé un feu de paille. Votre présence peut-être servira à lui donner plus de consistance.
» Croyez que, si l'occasion se présente une autre feis, mais sérieuse, je ne la laisserai pas échapper et
» Croyez-moi bien sincèrement à vous.
« Voici du reste le prospectus qu'il m'a donné du Parnasse contemporain. Mais c'est Mendès et M. de •. Ricard qui en font les frais. Il m'a avoué n'avoir pas de confiance en celte publication ainsi comprise à grands frais. »
St.
Ce 10 mars 1866.
« Cher poète et ami,
» M. de Marancour(i) demeure rue de Douai, 27 ou 29. C'est l'éditeur Faure (boulevard Saint-Martin, a3) qui me l'a dit. — Oui, nous dînerons avec le maître à votre arrivée ; je le lui ai demandé et il m'a répondu ;que oui. — Ce que vous me dites-làde vos sentiments à
(i) Auteur des Confessions d'an commis-voyagear, des ichos da Vaticant etc.
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la mort de Delacroix (i), je l'ai éprouvé à ma manière ; je ne lui avais jamais parlé et je l'avais à peine vu. Mais je fus frappé d'une vraie douleur, d'un vrai deuil, ce fut vraiment un coup pour moi, et une perte, un soir, à §) heures, en ouvrant un n** de la Presse et lisant : « M. Eugène Delacroix vient de mourir ». Je sentis que les arts perdaient un grand homme. Il me semble que j'aurais éprouvé la mcme douleur à la mort de Watteau ou de Mozart, artistes de feu et de passion. Je ne crois pas l'éprouver à la mort d'un autre peintre très célèbre de ce temps, qu'on veut toujours opposera Delacroix, mais que je ne sens pas. Le tempérament et les nerfs sont tout dans nos jugements et nos appréciations.
» Pour en revenir au maître, il est tout à fait bien ; il travaille ; nous travaillons tous les jours depuis 9'' heures jusqu'à 2, comme s'il n'était pas sénateur, et le fait est qu'il ne profite de ses loisirs que pour mieux faire. Il n'est plus pressé, n*a plus besoin de faire un ' article d'un lundi à l'autre, et alors il en est déjà sorti les grands articles sur Proudhon (que je n'ai pu vous envoyer. Champllcury me dit, il y a quelques mois, .| que vous me les demandiez. Je dis à de Galonné de vous envoyer les Revues. C'est là qu'il fallait les lire et non h pas dans le Constitutionnely qui n'a donné qu'un très ■ petit extrait. Galonné me promit de vous les faire '^ avoir. Je ne sais s'il l'a fait). — Il va réimprimer à présent son Port Royal.
» Je vous remercie d'avance de la rareté dont vous ^ nous ménagez la surprise à Sainte-Beuve et à moi (2). ^
(i) V, les Lettiies, 5 mars 1866.
(2) M, ïfoubat ni Sainte-Beuve ne devaient jamais ap- l
APPENDIGB 439
B Je ne vous parle ni des discours de Prévost Paradol ni de celui de M. Guizot. Ce sont les événements derniers. Mais toute ma sympathie était pour un homme charmant, dont j'apprécie bien mieux la probité que le talent de ces orateurs et journalistes politiques. Je veux dire .Camille Doucet, qui prononça son discours huit jours auparavant. Est ce amitié pour lui? Il m'intéressait davantage que tous ces apologistes d'un passé en ruines. La séance Doucet-Sandeau lut vraiment toute littéraire. Dans l'autre, on a beau marcher sur de hauts sommets, ce sont des sommets qui s'affaissent au moindre souffle populaire.
» J'achève un choix d'oeuvres choisies de Piron (horreur I), commandé par la hbrairie Garnier.
)) Vous arriverez à temps pour recevoir un exemplaire frais.
B A vous de tout cœur,
» Jules Troubat. »
P. S. — Tous ces éditeurs dont vous me parlez sont bien difficiles à lier ou à engager. Il faut les voir par vous-même. — J'ai un ami en province qui a publié un 'Oman dans la Revue contemporaine : j'ai présenté ce
prendre quelle « rareté », voulait leur rapporter Baudeaire : quinze jours à peine, après l'avoir annoncée à ses mis, le poète était terrassé par son terrible mal. — V. de I. Troubat, outre le Discours prononcé à l'inauguration u monument de Baudelaire, — nous y avons renvoyé au ours de V Elude biograjjklque, — deux l'orts intéressants uvrages : Uneamilié à la Darlliez (Lucien Duc, éd. 1900)9 l Les salons de Chrjupjleury (Alp. Lcinerre, i8q4), por^'- Lie ciel des Aventures de Af'^ Mariette.
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roman à Ilachelte, à Lévy, à Faure : tous me disent la même chose : u Nous avons trop de publications sur les bras . » — « Mais veuillez, au moins, lire... » — « Oh ! c'est inutile... Nous ne le lirions pas... Vos livraisons de la Revue seraient perdues ici... » — Il faut la linesse et l'éloquence persuasive de Baudelaire lui-même (avec son nom), mais il le faut, lui. Je crois que Dentu est encore le meilleur. On m'a dit qu'un nommé Henry, qui demeure en face, est un honnête homme : je ne le connais pas. » , ,
LETTRE DE J. TURGAII
« Mon cher ami,
1 Vous vous moquez de moî purement et simplement, il m'est impossible de mettre ce soir les quinze colonnes que je voulais mettre de Gordon Pym. J'avais répondu de vous ici et vous me laissez dans un grand embarras. — Ce n'est pas bien (i).