III. NOS CIMETIÈRES
De sa fondation jusqu'à son centenaire, la paroisse Saint-Clément a eu quatre cimetières, bénits en 1819, en 1823, en 1848 et en 1904.
Le premier fut établi en même temps qu'était construite la première église, et tout à côté d'elle; au témoignage du curé Clément il était fort petit. En effet, l'on n'y inhuma que 263 cadavres. Ce premier cimetière était à l'endroit occupé aujourd'hui par la cour des élèves du collège.
Tout près de ce cimetière, de l'autre côté du chemin, dans le défaut de la côte qui va du presbytère à la rivière Saint- Louis, fut érigé le fameux Calvaire du curé Clément. C'était un demi-cercle de 272 pieds de circonférence et de 72 pieds de diamètre; le curé Clément y avait établi des stations du Chemin de la Croix et un oratoire où les fidèles devaient se rendre comme en pèlerinage, spécialement le premier vendredi du mois. Les évoques de Québec refusèrent de laisser dire la messe dans la chapelle de ce Calvaire, à deux pas de l'église paroissiale. Néanmoins, le calvaire lui-même semble avoir été fréquenté. En 1827, le curé Labelle demande "de changer de place le Calvaire, qui est trop près du moulin." En 1829, il projette d'ériger un nouveau Calvaire qui aurait 80 pieds par 60 pieds, joignant, au nord-est, au domaine et les trois autres côtés sur le terrain de l'église. Nous ignorons quelle suite fut donnée à ce projet: les archives n'ont pas conserve d'autre mention de ce calvaire.
Le deuxième cimetière de Beauharnois fut établi en 1823. Dès 1822, l'évêque avait demandé à ce qu'on plaçât le nouveau cimetière autour de la future église et il avait permis les exhumations nécessaires; le curé devait donner au cimetière "telles positions et dimensions qu'il trouverait convenables." En 1823, le juge Mondelet permit,à cet effet, l'exhumation des corps du vieux cimetière; les paroissiens avaient choisi comme terrain le site où se trouvent aujourd'hui les remises de la fabrique. En 1832, c'est-à-dire après 10 ans d'usage, le cimetière était rempli; l'on y avait inhumé 418 corps. Les paroissiens de Beauharnois adressèrent à l'évêque une requête pour agrandir le cimetière; ils demandaient de destiner à cette fin un morceau du terrain vacant contigu au cimetière. L'abbé Marcoux, curé du Sault Saint-Louis, était envoyé, peu après, comme commissaire; il reconnaissait le bien-fondé de la requête, approuvait le lieu désigné par les paroissiens et bénissait le nouveau cimetière qui n'était qu'un prolongement de l'ancien.
En 1848, le cimetière de 1823, agrandi en 1832, était de nouveau devenu insuffisant; de 1832 à 1848, on y avait inhumé 1063 corps. Le 22 juillet 1848, le curé Charland bénissait le troisième cimetière de Saint-Clément; c'est le cimetière qui est en arrière de l'église, et qui, agrandi de moitié en 1878, a servi jusqu'en 1905; environ 5,200 corps y reposent.
En 1904, la fabrique résolut d'acheter un nouveau terrain de cimetière pour remplacer l'ancien devenu insuffisant.0'
(1) L'importance de cet établissement paroissial nous justifie, croyons-nous, de parler plus longuement de notre cimetière. Les notes qui sont publiées ici sont empruntées presque textuellement au Bulletin Paroissial de Valleyfieldj de 1905 et 1907.
Histoire religieuse de Beauharnois
La paroisse approuva cette résolution et l'on se mit à l'œuvre. En octobre 1904, un terrain d'une superficie de 15 arpents fut acheté de M. J.-Bte Gendron. M.
l'ingénieur-arpenteur J.-H. Sullivan, de Valleyfield, fut chargé de le diviser. Le plan qu'il prépara n'a cessé d'être fort admiré pour l'heureuse disposition des lots, des allées et des monuments funéraires.
Au centre du cimetière est une large allée de 40 pieds dont deux plates-bandes de 5 pieds; une autre allée de ceinture de 30 pieds, dont 10 pieds de plate-bande, est séparée de l'allée centrale, de chaque côté, par une double rangée de lots de 15 pieds par 16 pieds; ainsi, chaque lot donne sur une allée transversale; 757 lots ont été inscrits sur le plan officiel, 120 fosses particulières, un grand terrain pour la fosse commune, et un terrain de 80 par 80 pieds pour la partie réservée.
Le cimetière, déjà magnifique par la belle ordonnance de ses divisions, s'est constamment embelli par d'opportunes améliorations.
En octobre 1905, les marguilliers achetèrent de la maison H. E. Ives et Cie, de Montréal, une magnifique clôture de façade, en fer, au prix de $1,400.00. Audessus de la barrière d'entrée, l'on a inscrit en lettres dorées, ces mots de l'Ecriture qui rappellent l'espérance de l'éternité bienheureuse; Exsultabunt Domino ossa humiliata. Au milieu du cimetière, sur un tertre de 100 pieds de diamètre et 3 de hauteur, l'on a placé une croix en granit noir de 15 pieds de hauteur.
Au printemps de 1906, l'on a fait une plantation d'arbres qui, dans quelques années, sera du plus bel effet. Mais surtout
cette plantation d'arbres rappelle à la paroisse d'importants événements paroissiaux. Ces arbres ont été offerts par les paroissiens et rappellent le souvenir des évêques qui ont eu à s'occuper de la paroisse, des curés qui l'ont administrée, des desservants et des vicaires qui y ont exercé le ministère, des marguilliers qui s'y sont succédé, enfin des principaux événements accomplis. Le livre officiel du cimetière rappelle le souvenir attaché à chaque arbre, par qui et quel jour il a été planté. Que l'on fixe à chaque arbre sa carte d'identification et rien qu'à parcourir le cimetière, l'on pourra lire les principales pages de notre histoire paroissiale.
Pendant l'hiver de 1906-1907 l'on installa un système d'aqueduc; M. W. Bell, de Montréal, creusa un puits artésien; à 145 pieds, il trouva une eau potable, d'une quantité de 2,000 gallons à l'heure. Au printemps de 1907, la fabrique fit construire à cet endroit, par MM. Leduc et Fortin, un kiosque de forme octogonale qui est un abri pour les visiteurs et un bureau d'affaire; là aussi est le réservoir d'une capacité de 1,000 gallons, d'où une pompe distribue l'eau dans les principales parties du cimetière.
En 1907, l'on installa dans le cimetière un Chemin de Croix dont on a dit "qu'il est certainement l'un des plus beaux monuments du genre en ce pays." Les stations sont en granit gris de Stanstead et ont 14 pieds de hauteur sur 6 de largeur; les sujets en terre cuite avec relief de huit pouces ont été fabriqués à l'Institut Catholique de Vaucouleurs, France.
Les plans et devis de ces stations ont été préparés par M. Alphonse Content, architecte de Montréal, et le granit a été
Les Établissements paroissiaux
travaillé aux ateliers de M. J.-G. Picher, de Montréal. Ce Chemin de Croix est dû à l'initiative de M. le curé Nepveu; c'est lui qui en a conçu le projet et qui l'a fait se réaliser en obtenant des paroissiens fortunés des souscriptions. Ce Chemin de Croix a coûté $7,000, soit $500 par station. Voici la liste complète des souscripteurs:
1ère Station: M. Cyrille Guimond, M.