LES MANUFACTURES
Les "scieries" dont parle Bouchette dans sa Description peuvent être regardées comme les premières manufactures de Beauharnois. En 1831, Beauharnois a une tannerie et deux potasseries; en 1842, trois tanneurs.
En 1850, un M. Beauvais construit un moulin à carder le laine,(1) à l'endroit où fut plus tard la fonderie; ce moulin fut emporté par une inondation en 1861.
En 1858, l'honorable seigneur Edouard Ellice fit faire des démarches pour l'établissement de manufactures à Beauharnois; il réussit: M. Jacques Bisaillon acquit un pouvoir d'eau où est maintenant la manufacture Leduc & Fortin, et y construisit une manufacture de voitures.
Vers le même temps, M. J.-B. Robert acquérait ,lui aussi, un pouvoir d'eau et un terrain avoisinant le terrain Bisaillon, et y construisait une manufacture de laine; cette manufacture a été sous son contrôle jusqu'en 1892. A cette dernière date, M.
Robert a formé, avec ses fils William et Edmond Arthur et d'autres capitalistes de Montréal, une compagnie intitulée The Dominion Woolen Mfg. Co. Cette fabrique de
(1 ) Avant lYiInlilwMHIUilll de œ moulin, l'industrie des lain. . rcait dans les maisons privées. Le recensement
de 1H 12 mentionne la fabrication annuelle, a Heauliarnois, de 8,208 livres de laine, 2,000 verges d'étoffe 1,791 verges, de flanelle.
lainages a donné beaucoup d'ouvrage à Beauharnois, de 1858 et surtout de 1896 jusqu'à sa disparition.
J. W. Kilgour & Bros, Ltd.
La fabrique de meubles de ce nom a été fondée en 1863 par M. J.-W. Kilgour; tout d'abord, M. Kilgour fit les meubles à la main, de 1863 à 1870, alors qu'il fit l'achat de quelques machines et d'un engin à vapeur.
En 1866, M. Kilgour forma une société avec son frère William, sous le nom de J.-W. Kilgour & Bros.
En 1876, William Kilgour étant allé demeurer à Morrisburg, Ont., une nouvelle société fut formée sous le même nom, entre J.-W. Kilgour, William Kilgour et James Wilson. Jusqu'à cette date de 1876, la manufacture était située à l'angle des rues Ellice et Richardson; elle fut alors établie à l'endroit actuel.
La société fut dissoute le premier juillet 1884, par la retraite de William Kilgour. J.-W. Kilgour et James Wilson continuèrent les affaires sous le même nom social jusqu'en 1910, alors que la compagnie fut incorporée sous le nom actuel de J.-W. Kilgour & Bros., Ltd. Le bureau de direction, formé en 1910, a été annuellement réélu: Président, J.-W. Kilgour; vice-président, James Wilson; secrétaire-trésorier, E. Théoret; directeurs, R.-W. Kilgour et J.-O. Wilson.
L'établissement J. W. Kilgour n'a cessé d'aller de progrès en progrès, malgré deux incendies considérables en 1875 et en 1902; ces deux incendies furent des pertes totales, la dernière étant de $100,000.00; les chefs ne se découragèrent jamais; en 1912, l'on dut faire une addition telle que l'ensemble des édifices a une superficie d'environ 125,000 pieds.
Beauharnois commercial et industriel
L'ETABLISSEMENT J.-W. KILGOUR & BROS., LTD. (2) La manufacture — (1) M. J.-W. Kilgour.
Beauharnois commercial et industriel
En 1863, M. Kilgour travaillait seul; en 1876, il avait à son service 24 ouvriers; en 1895, 45 ouvriers; en 1902, une centaine; en 1919, près de deux cents. Huit commisvoyageurs vendent les meubles Kilgour de Terreneuve à Vancouver.
La manufacture occupe un site idéal sur le bord du lac St-Louis; elle est aménagée de façon à ce que les ouvriers soient dans
nombre d'ouvriers dont les états de service peuvent être cités comme record de durée:
Monsieur Olier Mathieu, 47 ans de service; M. W. Holmes, 41 ans; M. J.-G.
Kemmerer, 38 ans; M. Wilfrid Allard, 38 ans; Elzéar Huard, 37 ans; Damase Huot, 35 ans; Ernest Venne, 35 ans; Alfred Morrisseau, 32 ans; et plus de
L'ÉTABLISSEMENT J.-W. KILGOUR, LTD.
Les directeurs de la compagnie, Messieurs J.-W. Kilgour (au centre); J. Wilson (à droite); E. Théoret (à gauche) et leurs commis-voyageurs, Messieurs (de gauche à droite) Jos. Laurin, Lamoureux, Dessaint, Huard, Euclide Gagné.
les meilleures conditions possibles. En 1902, M. Théoret, secrétaire-trésorier, a organisé parmi les ouvriers une société de secours en maladie: moyennant une contribution de 25c. par mois, ils reçoivent un bénéfice de $4.00 par semaine de maladie, et $25.00 au décès; cette société a déjà produit des résultats appréciables.
La manufacture Kilgour a à son emploi
vingt autres dont la durée de service varie entre 20 et 30 ans. Fait typique: la maison Kilgour a à son service le père, le fils et le petit-fils (en 1919.)
Par sa stabilité, la régularité du travail, la largeur de vue de ses chefs, rétablissement Kilgour a été, depuis 57 ans, l'un des principaux facteurs économiques de Beauharnois.
Histoire civile de Beauharnois
Leduc & Fortin
Cinquante ans ininterrompus de société commerciale! Voilà un fait rare, peut-être unique au Canada. Et c'est le cas de Messieurs Ferdinand Leduc et Cyprien Fortin, qui, en avril 1919, au milieu de nombreux fils et petits-fils, fêtaient leurs noces d'or.
C'est, en effet, le 1er avril 1869 que se fondait la société Leduc & Fortin. M.
Leduc, originaire de Saint-Louis-de-Gonzague, avait été précédemment commis chez M. Narcisse Papineau, à Saint-Timothée; en 1864, à dix-huit ans, il venait à Beauharnois, qu'il n'a cessé d'habiter, et entrait à l'emploi de M. Cyrille Guimond. M. Fortin, originaire de Chateauguay, vint à Beauharnois d'abord comme élève des Frères des Écoles Chétiennes, en 1858, puis en 1860 comme commis chez le marchand Robert Johnson, chez J.-M. Richard, et finalement chez Pierre Giroux; il fut aussi, pendant quelque temps, à l'emploi de Thomas Elliott, à Chateauguay.
En 1869, Messieurs Leduc & Fortin ouvraient un magasin général au coin de la Place du Marché; à l'époque de l'âge d'or de Beauharnois— 1875-1880— ils firent un commerce très considérable de grains; leurs principaux clients étaient l'Honorable Louis Tourville et J. Robillard, ex-membre du Parlement provincial, de Berthier. Plus tard, ils acquirent la propriété Baker, sur la rue Saint-Laurent.
A leur magasin s'ajouta une manufacture de portes et châssis; et aujourd'hui, c'est presque uniquement au commerce du bois
(1) M. Aimé Leduc, fils de M. Ferdinand Leduc, est le gérant de la compagnie.
et des matériaux de construction qu'ils s'adonnent/0 A l'époque de la grande prospérité de Valleyfield, il y a une quinzaine d'années, la maison Leduc & Fortin y eut une succursale florissante.
Parmi les contrats considérables confiés à la maison Leduc & Fortin, est la construction, en 1895, de toutes les gares du Chemin de fer New-York Central, de Constable à Adirondack Junction.
En avril 1919, les deux familles Leduc & Fortin fêtaient le cinquantenaire de société commerciale de leurs chefs.
La fête fut d'abord religieuse. Les jubilaires avaient voulu, avant tout, remercier Dieu, auteur de tout bien, pour la bénédiction accordée à leurs travaux. Il y eut messe solennelle d'actions de grâces. Monsieur le Curé Nepveu tira délicatement les leçons de cet événement: "Je vous félicite dit-il aux jubilaires, non-seulement d'avoir fourni une longue carrière, mais surtout d'avoir fourni une carrière utile et fructueuse. Je vous félicite des succès qui ont couronné vos efforts. Ces succès, vous les devez, après la bénédiction de Dieu, à votre travail assidu, à l'honnêteté de vos procédés, à la confiance mutuelle dont vous n'avez jamais cessé de vous honorer l'un l'autre, vous les devez à l'esprit d'union, de paix, de concorde, qui a marque tous vos actes comme sociétaires." C'était dire excellemment l'estime de la population de Beauharnois pour deux vétérans de l'industrie et du commerce locaux. Les citoyens et les jeunes de Beauharnois tinrent à la répéter dans les réunions qu'ils firent en l'honneur des deux jubilaires.
Beauharnois commercial et industriel
en
Beauharnois commercial et industriel
Le midi du 21 avril, après la messe, un banquet de famille réunissait, autour de Messieurs Leduc & Fortin, un grand nombre d'enfants et de petits-enfants.
Toutes ces fêtes étaient un hommage
légitime au succès honnête et constant, à
l'honorabilité et à l'habileté commerciale
des deux fondateurs de la maison Leduc &
Fortin.
Star Iron Company
Il y a de nombreuses années, la famille Manny établissait une fonderie à l'extrémité ouest de la rue Ellice, au bas de la côte de l'église.
En 1895, M.
Cyrille Guimond, avec quelques autres hommes, d'affaires, MM. Julien Leduc et J.-B.
Roy, acquérait cette fabrique, connue sous le nom de Star Iron Co. De cette manufacture sortait la fournaise à eau chaude New Star, universellement appréciée. Après la mort de M. Guimond, la mderie devenait la propriété de M. G.-W. "Oucharme, puis de la maison Paquette et
"anger de Montréal; finalement, elle fut
molieenl917, et aujourd'hui, de ce qui a un facteur important de la vie commer-
ale(1) de Beauharnois, il ne reste qu'un souvenir.