‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 23 sur 338 · Voy. par exemple édit. f.udin, III, 155, sqq · texte numérisé non relu

Voy. par exemple édit. f.udin, III, 155, sqq

6. Il a versifié la première et la sixième élégie du premier livre de Tibulle mais médiocrement; nous n'en citerons rien.

à telle circonstance de sa vie ou à tel passage de ses œuvres 1 C'est là le côté le plus sérieux de son éducation; mais elle ne fut pas toute solitaire, et combien influera sur l'éclosion et le progrès de son talent cette société du Temple dont il était le boute-entrain, comme Voltaire en avait été jadis l'enfant gâté, et où le prince de Conti et la comtesse de Boufflers, « l'idole..., la divine comtesse 9 >, restauraient la tradition d'esprit épicurien et frondeur du prieur de Vendôme et de ses hôtes ! Que ne dut-il pas encore à la conversation tantôt polie, souvent libre, toujours piquante des salons aristocratiques et bourgeois, des foyers de théâtre et des cafés où il fréquentait, à ces joutes d'esprit dont le Beaumarchaisiana n'est sans doute qu'un faible écho, et où il était passé maître, en s'escrimant contre les Chamfort, les Sophie Arnould et tous les roitelets de l'esprit ! Il faut donc décerner à ces brillants contemporains de notre auteur l'honneur d'avoir aiguisé son génie ; mais ne répétons pas avec Palissot qu'il s'était « borné à la seule éducation que donne l'usage du monde 3 *.

Il s'agissait maintenant de faire acte d'auteur et de prouver que d'amour des lettres n'est pas incompatible avec l'esprit des affaires 4 ». Le débutant y mettra toute la modestie dont il est capable, en répétant que s'il écrit, c'est par délassement, parce qu'il n'aime pas « le jeu de loto 5 ». D'ailleurs, nulle hésitation sur le genre où il va se signaler.

1. Ces notes et leur importance n'ont pas échappé à M. Bcttelheim, mais nous les avions découvertes bien avant que son livre parût. M. Monval, l'aimable archiviste de la Comédie-Française, fut témoin de notre trouvaille.

2. Sur Conti, son amie et leur cercle, voy. Sainte-Beuve, les Nouveaux Lundis, t. IV ; M. Taine, V Ancien Régime, p. 150, et Correspondance de Marie-Thérèse, op. cit., II, 280. — Nous trouvons, dans la liquidation de la succession de Beaumarchais, cette note relative à la belle-fille de la dame de volupté qui suivit son mari sur l'échafaud le 27 juin 1794 : « Madame de Boufflers, femme Biron, morte révolutionnairement, avait gagné le lot de 24000 francs de la lotte rie <!n Voltaire... »,

3. Palissot, IV, 64, édit. Collin. On verra d'ailleurs les témoignages de Gudin (Histoire de Beaumarchais, p. 220 et 480) sur c Poriginalité toujours piquante » et t l'aménité charmante » avec laquelle il narrait, et sur la verve acérée de ses répliques : « Écarter par des reparties vives, spirituelles, inattendues tous les hommes qui hasardaient de jouter d'esprit ou d'agréments avec lui. Voilà son plus grand tort, un de ceux que les hommes à prétention ne pardonnent guère et dont ils seraient honteux de convenir. » Voy. aussi les Mémoires de la baronne d'Oberkirch, II, 317 : c Sa conversation est une des plus agréables choses de ce monde ».

5. Il aimait pourtant celui de dames, puisqu'il aurait passé la veille de sa mort

Ûe toutes les manières d'aller à la renommée littéraire, le théâtre offre la plus rapide ; il se risquera donc sur c ce champ d'honneur ' », comme dit Figaro. Nous né voyous en effet, dans les couplets qu'il tournait et chantait déjà, dans la pièce sur Y Optimisme * par exemple, écho d'une lecture de Candide, que des exercices de grand écolier et les passe-temps de sa verve naissante revêtant la forme poétique, parce qu'elle était alors la livrée du bel esprit \

« Le premier mauvais et littéraire écrit, etc... » prouve assez qu'il

à y jouer avec le libraire Bossange, au témoignage de ce dernier, rapporté par M. Tourneux {Histoire de Beaumarchais, p. 474).

1. Barbier de Séville, I, u. Beaumarchais l'avait déjà dit dans laP réfacc d'Eugénie, édit. d'Heylli, I, 38.

2. La date de cette pièce était restée incertaine. Un couplet inédit, que nous extrayons d'un brouillon fort différent de celui que M. de Loménie a publié en partie, nous permet de la reporter vers Tannée 1764 :

« La plus affreuse perfidie M'entraîne loin de ma patrie.

Je vais traverser les déserts De la brûlante Andalousie, Pour venger une sœur chérie Qu'outrage un Castillan pervers.

Un de ces Castillans si fiers De V oisiveté de leur vie.

Ami, l'honneur parle, j'oublie Mes désirs, l'amour et Julie.

(Alias Sophie ; les variantes durent ôtre nombreuses.)

Ma sœur m'appelle, je la sers, Je le tue ou je la marie.

Ou je la venge ou je me perds.

Souviens-toi que je te confie L'objet de mes vœux les plus chers ; Arrache mon âme engourdie A son affreuse léthargie.

Je vais braver plusd'un revers Au récit de mes maux divers, Dis-moi qu'elle s'est attendrie :

Un mot, et ma course est finie; Je pars du fond de l'Ibérie, Comme la foudre et les éclairs, Et je viens^ à travers les mers Lui consacrer toute ma vie.

Ami, si je revois Julie, Si ses beaux bras me sont ouverts, Sans nuire à la philosophie, Permets qu'un instant je m'écrie .

Ahl tout est bien dans l'univers! »

Cette pièce n'est d'ailleurs pas postérieure à 1766, car Beaumarchais, dans une pétition pour un mulâtre datée de 1766, insère le couplet cité par M. de Loménie, I, 137, et dit : c Je me cite. »

3. Cf. édit. Gudin, VII, 153 : « Jamais nous n'avons pu le déterminer à les

n'était pas né poète, surtout si on le rapproche des vers de Voltaire pour l'invalide.

Et d'ailleurs, il allait avant tout à la dernière mode par goût du succès et par une pente naturelle de son génie inventif. Or elle était aux parades et aux comi-parades, à tout ce batelage de la foire que le Susarion du genre, le procureur Gueullette, héritier des cahiers de Dominique, avait introduit dans les théâtres de société, aux applaudissements de la bonne compagnie * qui désertait la maison de Molière. Certes notre auteur était loin alors de songer «c au rétablissement du spectacle national 2 », comme il dira un jour! Rabelais et Béroalde de Verville l'amenaient d'ailleurs à Vadé sans secousse 3 et, ayant pris le style du « Corneille des Halles », il disputa même la palme du théâtre poissard au Molière du Palais-Royal, à l'irascible Collé. Les hôtes d'Étiolés eurent alors leurs Gilles, leurs Jeans-Bêtes, leurs Léandres et leurs Zirzabelles, aussi bruyants, aussi spirituels, aussi c hauts en couleur * » que ceux qui provoquaient la rougeur, la fuite même des dames 5 , en dépit du « demi-jour », à Villers-Cotterets, à Bagnolet, à Choisy-le-Roi ou à l'hôtel Maurepas °.

Tel avait été l'apprentissage dramatique de notre auteur. Dans ces essais, que l'on pourrait appeler delicta juventutis suœ 7 , en dérobant à Gueullette son épigraphe, s'étale toute la verve licencieuse qu'il a héritée à la fois de maître François et d'Arouet. Si du moins Léandre marchand d'agnus ou Zirzabelle mannequin * étaient écrits dans le style de la Fête à Bélébat !

écrire » (ses Chantons et Pièces fugitives). Nous en avons pourtant fait une assez riche cueillette p irnii ses autographes.

1. Un de ses émules, M. Salle; secrétaire de M. de Maurepas, menait dès 1729 aux préaux des foires Saint-Germain et Saint-Laurent, « sous des travestis bourgeois, le chevalier d'Orléans, le grand prieur de France, d'Argenson la guerre, de Maurepas, de Caylus ». Voy. Parades inédites de Collé, in-lâ, 1861, p. VII. On voit comment « cette contagion passa jusques aux princes ».

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