Parade inédite que nous apprécierons plus loin
Hais Richardson, Diderot et Sedaine firent tort à Collé ; on avait trop ri, on allait pleurer. Le drame qui méritera, quand Mercier l'aura gâté, d'être appelé la c tragédie des femmes de chambre », se dégageait par une évolution naturelle de Paméla, qui est leur épopée. Quelle vogue alors! Les temps étaient proches où l'on mettrait en drame la civilité puérile et honnête et les devoirs des écoliers. Moissy annonçait Berquin 1 . Mais notre auteur ne prétendait qu'à l'honneur de continuer Sedaine, et c'est ainsi que le 29 janvier 1767 le rideau du Théâtre-Français se levait sur Eugénie, drame composé par M. Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, secrétaire du roi, financier, homme à la mode et à bonnes fortunes, qui, après avoir forcé les rangs des courtisans, osait se jeter dans la mêlée des auteurs, pour ajouter l'illustration littéraire à celle qu'il tenait déjà de sa faveur, de son faste et de ses aventures.
L'entreprise n'alla pas sans scandale. C'en était un d'abord que ce « titre révolutionnaire 3 », sinon inédit : drame, c II est sans exemple que le public se soit aussi généralement déchaîné contre un auteur 3 », nous dit un témoin oculaire, qui n'est autre que Collé. Il est vrai qu'il ajoute en son bizarre langage : « Je ne parle ici que de son personnel, non de sa pièce. » Ainsi, c'est bien l'homme qui nuit à l'auteur; mais ni l'un ni l'autre ne se tiendront jamais pour battus à la première rencontre. Beaumarchais a pris conseil du parterre, des comédiens et du c général Poinsinet », il retouche et abrège surtout les deux derniers actes, qui ont changé en « déroute 4 » le succès des trois premiers; et, le surlendemain, à la seconde représentation on ne siffle plus, on pleure : « on pleurniche 5 », dira encore l'auteur de Dupuis et Desronais, qui, avec bien d'autres, enrage de ce succès, et dont la colère nous renseigne très bien sur cet épisode intéressant de la longue histoire du drame. « C'est la faute des femmes ! s'écrie-t-il ; parlez-leur d'Eugénie î elles ont fait passer leur goût à notre belle jeunesse». Alors, dans sa
1. Voy. les Jeux de la Petite Thalie... propres à former les mœurs de» enfants, Paris, 1709. Il y a un drame sur la version latine.