Elle fut suivie jusqu'à sa mort avec de maigres profits
Dur l'engager à remplir sans contestation les conditions de l'arrêté de >mpte que son bienfaiteur et le mien a fait avec moi avant de mourir. 'est avec la dernière répugnance que je me vois forcé à former contre li des demandes juridiques. Avant de le traduire devant les tribunaux, %urais désiré qu'il me permît de le convaincre lui-même que loin ne ses intérêts soient blessés par mes créances, il doit à ma seule juité le bonheur de n'avoir pas à remplir des engagements immenses ivers moi.
A son défaut, j'espère que MM. d'Outremvnt et Boudot, ses conseils, •ndront témoignage de ma conduite également délicate et modérée, »rsqu'i)s auront jeté les yeux sur le tableau succinct et la filiation des lits qui justifient mon arrêté de compte avec M. Duverney.
En 1760, M. Duverney, au désespoir d'avoir vainement tout employé epuis neuf ans pour engager la famille royale à honorer de sa présence École militaire regardée comme l'ouvrage de M°" de Pompadour, ouhaita de me connaître.
Depuis longtemps la famille royale m'honorait d'une protection articu Itère et prenait le plus généreux intérêt à l'avancement de ma rrtune. M. Duverney m'offrit son cœur, ses secours et son crédit, s avais celui de faire réussir ce que tout le monde avait en vain essayé epuis neuf ans.
Malgré la répugnance de la famille royale, elle vint à l'École mihlire et ne dédaigna pas de dire publiquement à M. Duverney qu'elle ne lisait cette démarche que pour m'acquérir des droits immortels sur sa ec&nnaissance.
De cette époque, M. Duverney me jura quil me regardait comme son Ils. Il se chargea de ma fortune, et, pour la commencer, il me constitua ix mille livres de rentes viagères.
Bientôt après, m'ayant reconnu de la probité, de la discrétion, quelque lévation dans le caractère et beaucoup de tendresse pour lui, il me ît entrer dans sa plus secrète confiance et m'employa dans des affaires )ersonnelles importantes où j'eus le bonheur de lui être infiniment utile.
En 1762, son influence sur les affaires générales ayant baissé, il chercha à s'acquitter envers moi par des services d'un autre genre. Une grande charge était à ma convenance, il m'offrit cinq cent mille francs >our Tacheter en me promettant qu'il me fournirait les moyens de les ui rendre à mon aise 1 . Ce fut alors* qu'il me prêta cinquante-cinq nille francs pour m'aider à payer une charge de secrétaire du roi qui n'était nécessaire pour acquérir l'autre charge. L'affaire ne s'étant
1. M. de Loménie avance (I, 117) que « des opérations sur les vivres de 'armée » devaient fournir ces moyens. C'est possible, mais aucun document ne îous Ta prouvé, et nous voyons ci-dessous d'autres combinaisons.
2. Beaumarchais commet ici une erreur de date, insignifiante d'ailleurs. Ce 'ut le 9 décembre 1761 qu'il acquit la charge de secrétaire du roi, que lui vendit Denis Janot de Miron, père de son futur beau-frère.
pas terminée, il me prêta de l'argent et m'engagea à chercher quelque entreprise honorable et lucrative dans laquelle il put m'aider.
En 1764, je fus député par une compagnie puissante d'armatesn français pour négocier avec la cour d'Espagne, sous la protection à ministère français, la concession de la Louisiane pour vingt ans et h fourniture générale de tous les nègres des colonies espagnoles. M. Durera? me remit en partant pour deux cent mille francs de ses billets au porteur, avec offre de tout son crédit, afin que je me présentasse avec des moyens connus et un crédit fondé.
En 4765, je revins d'Espagne sans avoir obtenu que les éloges tl l'estime du ministère espagnol; les Anglais ayant enlevé, sous le nom des Cadiciens, la fourniture des nègres et la lenteur du ministère rayant empêché de prendre aucun parti sur la Louisiane. H. Duverney me parla alors de l'affaire des bois de la forêt de Chinon et m'engagea de former une compagnie pour cette entreprise en réassurant que, quelque part que je m'y réservasse, il serait mon associé et ferait mes fonds.
En 1766, je fis adjuger à ma compagnie les deux mille arpents de hante futaie de la forêt de Chinon.
J'avais vendu une charge (celle de secrétaire du roi), que j'avais à la cour, pour soixante et dix mille francs ; partie avait servi à le rembourser de quelques avances, le reste fut jeté dans l'affaire des bois.
En avril 1767, il signa le traité de société relaté dans notre arrêté de compte ; de ce moment, il me dut les capitaux et intérêts de l'argent que j'y mettais et qu'il s'était engagé de faire pour nous deux.
Pendant ce temps, on chercha à me perdre dans son esprit; il voulut concilier l'animosité de ses entours avec sa bienveillance pour moi '. il me pria de le voir souvent, mais en secret; ma fierté se révolta de cette proposition, je le vis moins.
En 1768, un mariage avantageux parut assurer ma fortune, et je continuai à mettre des fonds dans l'affaire des bois, sauf à reprendre sur lui en fin de compte.
En 1769, les choses étaient en cet état, lorsque j'ai exigé de lui que nous réglassions nos comptes par-devant notaires ; loin d'y consentir, il a même éloigné tant qu'il a pu le règlement tel qu'il subsiste aujourd'hui. Que vous importe? me disait-il, craignez-vous de perdre? n'avez-vous pas les mains garnies? 11 disait vrai ; mais tout en respectant cette faiblesse de vieillard qui l'empêchait de donner à notre arrêté la forme authentique que je désirais, je n'en insistai pas moins sur le règlement de nos comptes.
En 1770, je l'ai enûn obtenu ce règlement par lequel il est reconnu que M. Duverney me doit quinze mille francs et qu'il s'engage à m'en prêter soixante et quinze mille pour obtenir de moi la résiliation du traité
1. La correspondance de Duverney nous le montre donnant a Beaumarchais des rendez- vous clandestins, au hasard d'une rencontre en voiture, etc... Le malheureux est prisonnier de son héritier.
des bois, suivant lequel il me devait quatre-vingt-trois mille francs exigibles, si la résiliation n'avait pas lieu.
Maintenant qu'on est instruit du principe de mes demandes, je prie MM. d'Oui remont et Boudot de jeter les yeux sur un autre tableau plus court 1 que le premier d'après lequel ils conseilleront M. de la Blache.
Supposez pour un moment que l'arrêté de compte dont on cherche à chicaner la forme, sans qu'il soit possible de détruire le fond, n'existât pas et que M. Duverney fût mort, sans avoir fixé nos intérêts respectifs, et voyons quel swait l'état actuel dont je pourrais abuser contre M. de la Blache.
De deux cent mille francs de billets au porteur de M. Duverney, il m'en restait pour cent soixante mille livres entre les mains, lors de notre arrêté de compte, cy 160.000
J'avais de M. Duverney un contrat de six mille livres de rentes viagères, valant soixante mille francs, cy 60.000
Les arrérages de ce contrat, non payés depuis 1762, montant ensemble à quarante-six mille cinq cents livres, cy 46.500
Mes avances pour l'affaire des bois, montant à soixante et quinze mille francs, cy 75.000
Les intérêts de ces avances, huit mille francs, cy 8.000
Total de mon actif 349.500
Par notre arrêté, je me reconnais débiteur de M . Duverney de cent trente-neuf mille francs. Mais on n'a trouvé sous son scellé que pour cinquante-cinq mille francs de titres contre moi, auxquels j'avais à opposer en main pour vingt-sept mille cinq cents livres de quittances; il ne restait donc à me demander que vingt-sept mille cinq cents livres, et environ huit
mille francs d'intérêts, ensemble trente-six mille livres 36.000
lesquelles, défalquées sur la masse de mon actif, me laissaient créancier abusif, mais rigoureux, si je l'eusse voulu, de plus de trois cent mille francs, au lieu de quinze mille francs qu'il me dispute aujourd'hui.
C'est bien alors que M. de la Blache eût eu raison de dire que je coûtais plus de quatre cent mille francs à M. Duverney. Mais voyez par mon exposé ce que deviennent ses misérables propos.
La vivacité avec laquelle j'ai sollicité mon arrêté de comptes avec M. Duverney, vivacité constatée par nos lettres réciproques depuis octobre 1769, est la preuve non équivoque que ma délicatesse et ma probité rejetaient une indigne usurpation.
Si j'eusse été capable de cette infamie, tout le monde penserait peutêtre que ces cent mille écus ne me sont pas dus. Mais M. de la Blache n'en serait pas moins tenu de me les payer, et, si j'avais voulu diminuer la honte de me porter créancier d'une aussi forte somme, j'aurais pu pré*
1. Beaumarchais est passionné pour ces extraits; il a le génie du résumé. Cf. Mémoire au roi, n° 19, et déjà dans le Mémoire à l'Académie des sciences : Comparons maintenant, etc... p. 374.
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tester des porteurs inconnus on étrangers pour les cent soixante mille livres de billets an porteur '.
Toi passé ma vie à faire dm bien am delà de sus moyens été mériter la réputation d'homme juste, qui m'est contestée aujourd'hui. Je u rougis point € avoir à mon tour des obligations à mon respectable ami.
Mais si son héritier, son légataire universel, an mépris de ses intentions expliquées par loi-même dans notre arrêté de compte, m'oblige à te combattre à force ouverte, c'est par les moyens appliqués ci-dessus que je le ferai rougir lui-même, et je puis joindre tels faits et telles lettres qse j'ai supprimées comme étrangères & la discussion de mes intérêts, an Mémoire que je répondrai, qui feront repentir a jamais M. de u Klacbe d'avoir armé contre lui un honnête homme, qui Vu honoré jusqu'à ce moment comme le parent et l'héritier de son plus respectable ami. 1 770. Signé : Caron de Beaumarchais. >
Que l'on mette en regard de ce qu'on Tient de lire le petit billet soi- Tant, et l'on Terra de quel côté furent les torts, dans la forme comme dans le fond :
(Autographe.)
€ A M. de Beaumarchais, à Paris.
€ Ce mardi, 7... Quoique je ne me croye point obligé, Monsieur, de répondre à votre empressement sur la connoissance que tous désirés depuis si longtem que je prenne de Tottre titre de créance, je passeray ce soir chés vottre notaire pour en examiner la teneur, si ces! a la crainte de lennuy ou des explications fatiguantes que tous attribués celle que tous me suposés de tous y rencontrer, jabandonne ma justification sur cet article, quand auxs {sic) éclaircissements que j'y aurois gagné et doot tous me flattés ; ne voulant rien obtenir, il étoit assez simple de ne rien demander; sur cela, Monsieur, comme sur autre chose, je connais asses la valeur des procédés pour croire pouvoir me dispenser les aprendre de vous, Je suis très parfaitement*, Monsieur, vottre très humble et très obéissant serviteur. Lablaghe. >
N« 13 (Toy. p. 48).