Voy. Fleury, Mémoires
le lever du rideau, et que ce public, affamé de scandale ', prostitue à une courtisane les applaudissements dont il Tient de saluer un héros, l'auteur, dans oh c coin fort obscur *>, où il s'est assis, au sortir de la table, entre deux abbés, ses hôtes, vient d'annoncer « un beau tapage 3 » à ses voisins. L'expression est à noter au passage, car elle était venue jadis sous la plume du patriarche de Ferney 4 , prophétisant cette révolution formidable qui approche, dont nous allons voir précisément le prélude, et à laquelle notre auteur et une bonne partie des spectateurs assisteront moins commodément. Mais laissons à M. de Cagliostro le soin de leur faire ces sombres prédictions, et ne prévoyons pas les malheurs de plus loin qu'eux.
Laissons aussi provisoirement à leur besogne compliquée les héros de cette Folle Journée qui devait avoir des lendemains si tristes, II en est un que nous rappellerons tout de suite pour en mieux tirer la moralité.
Les salves joyeuses du Champagne 5 avaient précédé le lever du rideau sur le Mariage; moins de dix ans après, dans la même salle, les grondements du parterre menaceront les loges d'un sanglant assaut, et Figaro, à la tête de Y escadre rouge *, croisera le fer contre les Almavivas du parti des noirs. Alors l'auteur de la Folle Journée désavouera celui de VÊcole des rois, en signant cet acte de contrition singulier dans sa bouche : « Nous avons plus besoin d'être consolés par le tableau des vertus de nos ancêtres qu'effrayés par celui de nos vices et de nos crimes 7 .... La pièce de Charles IX m'a fait mal sans consolation *.
Ainsi le masque d'Aristophane tombait et laissait apercevoir
1. Voy. Mémoire» secrets, 27 avril 1784; et 2 avril, pour excès de renseignements là-dessus.
2. Lettre de Beaumarchais à l'abbé de Catonnc, citée par M. de Loménic. Il, 32(ï.
3. Lettre à Préville, du 31 mars 1784, citée par M. de Loménic, II, 324.
4. « Tout ce que je vois jette les semences d'une révolution qui arrivera immanquablement et dont je n'aurai pas le plaisir d'être témoin. Les Français arrivent tard à tout, mais enfin ils arrivent. La lumière s'est tellement répandue de proche en proche, qu'on éclatera à la première occasion; et alors ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux : ils verront de belles choses, s AN. le marquis do Chauvelin, 2 avril 1764; et à d'Alemberl, en moindre occurrence, le 13 novembre 1772 : • Yous verrez un beau tapage le jour des lois de Minos •.