CHANSON DE M. DE BEAUMARCHAIS
QUI I.'a l'RlCSENTÉF. AU ROI ET A LA REINE (il
Sur l'air : Toujours, toujours, il est toujours le mcme.
Toujours amants, toujours sujets fidùles, Comme autrefois,
Loyaux, francs et courtois.
Le respect de nos lois,
Le culte de nos belles
Et l'amiiur de nos rois,
Nous rendent à la fois Toujours amants, toujours sujets fidèles.
De nos bons rois le seul nom nous enflamme. Grands et petits
Chantent ces noms chéris.
Les cœurs sont attendris.
Nous ne formons qu'une âme
Pour le nom de Henri :
Le plaisir jette un cri.
Tant d'un bon roi le seul nom nous enflamme.
Toujours aimé, toujours, toujours aimable, Qui fut ainsi ?
Parbleu, ce fut Henri ;
Il aurait rétabli
L'âge d'or de la fable.
Cet heureux âge, amis.
Renaîtra sous Louis, Toujours aimé, toujours, toujours aimable.
(i) Recueil Clairambault-MaurepLis, chansonnier historique du W'III' siixle, pulilié par Éinilc Rauiiii;, t. l.X, p. 23. (Règne de Louis X\l.)
APPENDICE p^
Notre bonheur, Henri, fut le tien même : Quand sous tes coups
Tombe un parti jaloux,
Alors un jour plus doux
Luit au peuple qui t'aime;
Eh bien ! ventre-saint-gris,
Comment a fait Louis ?
Tout comme, Henri, ma foi, c'est tout de même.
Toujours, toujours l'un agit comme l'autre. Du bon Henri
Le temps n'est pas fini ;
Tout ranime aujourd'hui
Mori espoir et le vôtre.
Je suis de votre avis.
Laissons faire Louis, Un jour, un jour son nom vaudra bien l'autre.
Tout bon Français se choisit une dame.
Toujours Henri En agissait ainsi ; Louis éprouve aussi D'amour la douce flamme ; Il a donné son cœur.
On connaît son vainqueur :
Il est l'amant, oui, l'amant de sa femme.
Avec deux mots on va peindre Antoinette : A la beauté
Elle unit la bonté ;
Le P'rançais enchanté
La voit, l'aime et respecte.
Ah ! morbleu, les beaux yeux 1
Son cœur vaut encore mieux.
Vive Louis, vive, vive Antoinette I
gS BEAUMARCHAIS
11 vient de paraître un libelle atroce, imprimé frauduleusement sous le titre de Mémoire, sans nom d'auteur ni d'avocats, contre un magistral respectable, et sans qu'il y ait eu de procès entre ses calomniateurs et lui. Ce libelle est aussi dirigé contre moi, quoique l'affaire qu'on y traite me soit également étrangère.
Occupé du soin de recueillir toutes les pièces nécessaires à l'éclaircissement de cette scélératesse, je prends ici l'engagement de démontrer, non seulement aux tribunaux que je viens de saisir par une plainte en diffamation, mais à tous mes concitoyens, par un Mémoire appuyé de pièces, qu'il n'est pas un seul homme d'honneur qui n'avouât publiquement la conduite que la compassion et le devoir m'ont fait tenir, il y a six ans, dans l'aflaire où l'on veut m'impliquer aujourd'hui.
Je prie les hommes honnêtes de réfléchir que personne n'est à l'abri d'un coup lâchement porté, quand un furieux s'expose au châtiment du crime. Je les prie d'observer que j'en ai rendu plainte et que je vais la suivre avec toute la vigueur qu'exige une telle injure. N'ai-je pas droit de demander qu'on suspende au moins son jugement jusqu'à ce qu'une suite de faits avérés et prouvés par pièces justificatives, dissipe le nuage dont la démence et la méchanceté viennent de les couvrir un moment?
Je les prie de penser au danger qui menace la Société, si ces lâches moyens de nuire trouvent ici des protecteurs : que ma cause est celle de tous les honnêtes gens, et que si, pour de l'or, à dix lieues de Paris, on trouve un fripon d'imprimeur prêt à diffamer vingt familles, il peut leur arriver pis qu'à moi, hors d'état qu'elles seront peut-être de rassembler tous les moyens de justification que j'ai dans les mains pour la mienne, et que je vais mettre au grand jour.
J'atteste et je prouverai que la malheureuse victime à qui j'ai sauvé la vie, à la sollicitation de mes amis, sans la connaître même de vue, a été depuis six ans constamment en butte à tous les genres de persécution les plus féroces; et qu'ayant apporté en dot près de 400,000 livres à l'homme qui la déshonore, après l'avoir ruinée, elle serait morte vingt fois de détresse et de douleur, sans les consolations et les secours que ma sensibilité lui a procurés.
Malgré les embarras que tout ceci me cause, loin de regretter ce que j'ai fait, je le ferais sans hésiter, si l'afTrcux danger qu'elle a couru la menaçait encore, ou telle autre infortunée à sa place.
Forcé de suivre la marche grave et lente des formes judiciaires, mon Mémoire ne paraîtra que dans le cours de l'instruction. Je prie ceux qui ont le libelle de
le conserver jusqu'alors; ils apprendront, avec horreur, jusqu'où la rage, le déshonneur, le besoin, et je ne sais quel délire, ont entraîné deux furieux qui connaissent depuis longtemps tout le mépris que j'ai de leurs manœuvres.
Il n'est pas inutile qu'on sache le vrai motif du choix qu'ils ont fait de ce moment pour publier leur dégoûtant libelle; c'est l'espoir d'arrêter, par un coup subit, la représentation d'un ouvrage que le public attend de moi : le désordre qu'un tel retard peut causer dans l'administration d'un grand spectacle, la perte des dépenses qui en résulte, me fait bien regretter de laisser à une cabale obscure, ce triomphe d'un jour.
Mais le public ne peut me savoir mauvais gré, dans l'état austère où je me trouve, de suspendre l'objet de son amusement, de ne lui présenter mon oeuvre légère, qu'après lui avoir fait raison sévèrement de moi. On s'amuse peu d'un ouvrage dont on mésestime l'auteur, et la défense de mon honneur doit passer avant tout.
Et vous, mes vertueux amis, qui vous affligez du mal momentané qu'on me fait, ne vous fatiguez pas à me défendre. Laissez, laissez dormir chez les gens prévenus, l'estime qui m'appartient; donnez-moi le temps de répondre.
Pierre-Augustin Caron de Beaum.a-RCHais.
GuEBERT, Procureur au Châtelet.
Ce 17 mai 1787.
De l'Imprimerie de P. de Lormel, rue du Foin.