‹ Beautés de l'histoire de la Grèce moderneChapitre 41 sur 42 · Arcadia · texte numérisé non relu

Arcadia

Arts et métiers.

L'industrie est en quelque sorte staùonnaire dans un pays peuplé de tyrans et d'esclaves ; néanmoins il est assez curieux d^examiner la Morée sous le rapport des arts et métiers.

La cbarrue, aussi simple que dans laniiquiié j of&e un soc de bois , semblable à une ancre de vaisseau , et seuleoo^iit armé de fer aux deux extrémités de la courbure avec lesquelles ott peut labourer tour à tour.

Un seul cheval , ou deux Âixes traînent le soc sans tbarrue, et le bras d'un homme le dirige sans beaucoup de peine dans le$ terre& légères de la Messénie* Quant aux .. terrains plus forts et plus argileux de lîElide et de VArcadie^ le soc est fixé tor une charrue

dont les roueaplemes ressemblent à des meules en bois grossièrement arrondies. On y aitèlg , pour labourer, des ânes, des bœufs, desbuf^ fies, rarement des chevaux, et jamais d'esclaves..

Le paîa cpt'on mange dans la Morée, est en général d'une bonne qualité. Voici la ananièse dont il se fait dans les campagnes : après avoir pétri la jËarine sur unç peau fortement tendue, quand, on n'a pas de four, ou bien qi^and on ne veut pas se donner la peine de le chauffer , on met la pâte sous les cendres chaudes. Pour les maisons^ particulières, on le fait cuire dans de petits fours adaptés sur Uaire de,la maison qui e&t sans pavé, et ils. ont un pied et demi d'élévation sur trois pieds de diamètre, Con»iruits en terre, ils of&ent ^i peu de solidité qu'on peut les enfoncer , en s'asse yant dessus.

U j a des boulangers établis dans toutes tes villes. Ils font trois espèce de pain : la pre^ mière, connue parmi les Francs sous te iiK)m de pain d'Arménien, est une espèce do- galette souple, et qui ressemble jdus à des crêpas qu'à du pain; la pâle en est bise et mal levée. Ce pain est acheté de préférence à tout autre par la classe des ouvriers et par celle dus manœayjres. La seconde espèce ,de pain,, faite avec la mên»^ p4^ et du. poids d'unse tvrç

environ^ est encore mal eiiice; les naturels du pays râiment de cette façon, La troisième espèce de pain, coftnue sons le nom àejrant^ Eole yfrantzota ^ pain des Francsf , est au poids d'une demi-livre, et est faite avec d'excellente fiirine soperfine. U est bien levé çt assez bien pétri pQur être agréable au go&t lorsqu'on le mange le jour de sa cuisson. Les Grecs, dans . la crainte de paraître optdens «e nourrissent en général arec du pain de la seconde ^alité ; on parsème quelquefois d'ams la croate de ces pains.

La menuiserie et la ckarpenterie sont en-^ eore k peB^ eoqpues en Morée. Les Grées construisent des maisons entières avec une seie dsohie dont la lante est fixée dans un manche dfune mauière isolées coinme la scie à amputation des Anglais, avec .mie hachette et un marteau. On ne connaît les gougeS et les ciseaux pour foire des mêrtaises que dans les grandes villes^ ou dans ceHos voisines de la mer. Dans fes villages de Fintérieur,on asscm» ble les pièces d'une porte ^ et on uàit les ais, en diminuant sur l'épaisseur des planches. Les bains sont lesbfttimens dont la «onstmctiKto est la meîUetire. Les Grec» oUt une egj^ce de rs^portenr^ avec lequel ils régnlaristiil là courbe des toAtes* de lenrs dâmes^^ le petjt

nombre d'instYuinetis <{u'i1s possèdent n'empêchent toutefois pas les Grecs de Mlnr des mosquées et des églises assez soHdes.

Le métier de sellier est un de cen^ qm Offt acquis le plus de parfection : les Grec» et>i!fectionnent fort bien les selles, les biides, les omemens des bottsses m. leurs broderies. Nulle pflrt>on n'emploie mieuK for pour broder an passé sur le hês^ maroquin préparé par \et Qriemanix. iiev Turcs cuhirent particuli^ement <7ette branche d'mdustrie.

Les teintures sont magnifiques par la vivacité de leuc5 couleur». Xes soieries de Calamatte, dont la trame est grossière, ne consistant qu'yen des ceintures à Tusag^ des Moraïtc^. Les babixans de Mistra excellent à garmr les armes ^ à les nettoyer, et ils travaillent assea bien le fer*, il» fitèriqnenc des poignards et des cothurnes dlbattaît» A Tripolîtza , à Cariténe^ onfabriffue débéaux savons qufpaient un droit à la eowoiine. On y fabrique aus^ des étoffes moitié sdte et moitié coton, nommées alagias ,*dont une paitie se vertd au dehors de la proviuce. Enfin, tes Moraîtes ne manquent pas,)usqu'à «n certain point , d'industi ie, et ib commencent à' mettre du prix aux objets de luxe que les Hydriot^ et les- Spezziot^^ rap* portent de leurs voyages en France. Les hom-

me« seuls eultivent k terre y excepté dans lâ Laconie , où les femmes aident leurs maris on leurs ûU à fertiliser les champs. Les mœiurs orientales ne fei'fhQiieiit point aux femmes de s'asseqir au conotptoir (fes marchands. Leurs :U*avaux consistent à fabriquer la toile de coton et de« étoffes, de 3#ie écrue; te*jr occupation favorite est de broder. Sous leurs mains habiles et légères se arment des ouvrages charmans; tantôt avec de la sqm écrue, tantôt avec de l'or uni aux Couleurs les plus tives et les plus fraîches ; on les voit figurer des roses , des pampres attachées à leurs grappes, des tarjneaux d'olivier et de inyrte^ Elles brodent m même tem^ des deuxcètés avec cfhe égale perfection, /

Parmi les femmes xl'un certain âge , les unes séparent le cotdn de ses gpûnes ^ en le Otisant passer entre deux cylindires mus daits deux directiottf o|fposées au^inoyen.d'une vis sans fin ; les autre^^ filent le coton au ûiseau^ qu'elles lancent en le faisant tourner avec rapidité; elles en dévident ensuite lé.fil, etle^pettent eti deux ou en trois y selon Tusage au<^uel il est ,destîûéj^ sans autre dévidoir que leurs doigs^

Les femmes grecques prennent journellement des bains ^ et cepiendant elles manquent aux premiers soins de la propreté, Elle&u^ont

en général que deux chemises, et en changent au plus une fois tous les quinze jours« Elles remettent, h la sortie du bain , la chemise qu'elles avaient avant d'y entrer, et qui souvent a été plusieurs fois trempée de sueur et séchée. D n'est pas rare de voir une femme brillante de parure, quitter sa chemise parce qu'elle est humide, l'exposer au soleil , et la reprendre le lendemain pour aller en visite. Elles lavent leur linge dans une auge de bois , et se comentent de le savonnera très-petite eau. Elles apportent un grand soin à se parfumer, se peignent la figure d'un fard végétal qu'elles préparent avec des oeillets rouges, et se noircissent les sourcils et le tour des yeux avec du surmé.

Les Turcs, étrangers aux arts, ne s'occupent que du commerce de détail. Les grands, livrés à la mollesse, s'endorment dans le sein de la volupté ou consument leurs jours dans l'ennui. La plus grande activité règne au contraire parmi les Grecs ; levés avec l'aurore pour s'adonner aux travaux de leur profession, ils prennent veis le midi un repas léger j et ne se placen^qu'après le eoucber du soleil à la table de famille ; ils n(iangent alors quelques alimens simples et peii substantiels, mais que le plaisir de«e délasser de la fatigue de la journée leur feit paraître délicieux.

4So

jyaupli, VaKeienne IVaupUmm.

Naupli , qui passe pour êu^e Taacienne Nauplium, adossée au mont Palamide^ etquis'étage sur sa base^ est fortifiée de batteries Uc-^ Tissées de canons et de mortiers. Cette ville tournée au nord, étend sa vue sur la plage et sur le yallon d'Argos , vers le rivage de Lerne et le cap Saint-Ângc. Une chaîne de montagnes lui l^rme la perspective de l'orient ^ et la Palamide la borne au sud : la force de Kau* pli impose, et Taspect de la Palamide inspire une sorte d'efiroifla citadelle qui comronfte ce rocher est souvent environnée de nuages, à uavers lesquels le canon éclate et foudroie; la citadelle commande la rade et la plage environnante*

Lorsqu'on se rend par terre à lïaupli, on marche entre la mer et la base d'une montagne presque partout aride et nue. Quand on j va par mer, on voit , en entrant dans la rade, un fortin bâti suruncocheç (i fleur d'eau : il consiste en une cjiétiv« tour ^ à laquelle une ou deux maisons sont adossées; il n'est garni que de quelques pierres, et n'est point dangereux. Des vaisseaux pourraient $anji crainte attaquer Nanpli en face; une sexxl^

bord«e démolirait la tourelle ei la précipiterait âu fond des eaux*

Après arotr tourné le rocher, on passe âous la Tolée d'une batterie de douze pièces de trentesix, qui défend la pointe du continent; à peu de distance on jette l'ancre sur uti fond de Tase, on débarque près d'un quai pavé, et oa entre immédiatement dans la Tille. Ses rues sont larges, belles, spacieuses, alignées, mais tristes et solitaires. Quand on a fait cinq ou six cents pas dans la principale rue, on trouve tm rempart ayec une porte et des embrasures^ et les yeux sont étonnés , en se dirigeant vers la moiitagne, de la voir hérissée de batteries qui s'ëtageant de toutes parts tirent par-dessus la ville basse sur la rade , et dans le coude que le rivage forme à l'orient; de belles maisons, dont l'intérieur annonce l'opulence et le luxe , se groupent en amphithéâtre. Cette seconde ville, séparée de la Palamide par une muraille, pos* sède, ainsi que la première, une porte etdea bouches à feu qui la couvrent.

La Palamide est un rocher très-élevé qui sert maintenant de base k la citadelle de l^au*" pli, dans laquelle les chrétiens ne peuvent pénétrer. Les Turcs jr font le dépôt de leurs poudres, de kurs armes, et ils pourraient en l'approvisionnant en faire une forteresse imt^

45a prenable. Ce rocher, coupé à pic à rorîent, au nord et au midi^ n'est accessible qu'à Touest; enfermé de trois càtés dans la ville, il la fortifie au sud^ où il forme rempart. On y monte à l'ouest ( qui est la partie renfermée dans la ville) par un chemin couvert , et casemate de manière que les étages des casemates, coupés et divisés, laissent à la lumière un passage pour éclairer les escaliers et la pente douce qu'ils recouvrent et protègent. On emploie un grand quart d'heure pour arriver du pied de la Palamide à la citadelle qui est bâtie sur le sommet.

Elle présente la figuré d'un pentagone flanque de cinq bastions réguliers , garnis de pièces de trente -six et de quarante - huit en bronze, qui sont en bon état. Elle possède une mosquée, des casernes ; et des citernes pour conserver Veau.

La partie de la ville sise vers l'ouest, a pour fortifications naturelles des rochers crénelés, revêtus de maçonnerie *, ils sont garnis d^une nombreuse artillerie dont les feux battent au loin la mer qui les baigne.

Naupli renferme plusieurs mosquées et plusieurs bains. Cette ville est la résidence temporaire d'un pa^ha à deux queues , le siège dutt archevêque grec, et son villaiéti em-

brasse toute la presqu'île, jusqu'à Agia-Pétra. Naupli fait un commerce considérable de denrées du pays, et sa rade contient toujours plusieurs vaisseaux étrangers, fc On compte de Naupli à Fournons ou Bournons clnqlieuessud,ctsept au port Tolan, dans l'île des Génies. Le pacba de Naupli ne régit cette ville que pendant la guerre , et relève de celui de Tripoli tza.

Le golJ^dArgos ; le morA Pontin ; V étang de Lerne^

La surface du golfe d'Argo% aussi unie que celle d'un lac , est parsemée de quelques îles jetées ca et là. Sur la gauche, à deux lieues, apparaît Argos; plus loin l^B ruines de Mjcène /la forêt de Némée , et îes hautes montagnes qui ferment l'isthme de Corinihe. Vers le soir d'un beau jour, lorsque le soleil ne brille plus que de feux adoucis , l'œil embrasse à la fois du côté de Torienl les forêts de la Laconie , le mont ToriHlia et Naupli de Romani e , dont ïa haute Palamide se pcrl dans les cieux. Sûr le rivage ocëîdefital cfii golfe d' Argos, où brillaîent jadis GénéthJium^ Apobathmos, Thyré^ il n'existe plus que <îes cfiau* mières habites par de pauvres péchfeursrOn signale encore ces lièlix de 1« mér, à «ause de'

Néochorion , petit fon triangulaire qpi défend la plage et le chemin de Limera (Epidaure^, à quelque distance on découvre au loin un petit Pontin qui commande la plage de Lerne* Â deax lieuea au-^eià , dans les environs de Fancienne Thyré, se trouvent un lacabondant ea'poissou et des saliues^

Le bourg de Lerne ou de Milos^ bâti sur remplacement de l'ancienne ville de Lerne ^ s*élève sur le bord de la mer à deux lieues d'Argos. U offre un. groupe de trente ntidsons assez régulièreietplacées sur une ligne presque droite, adossées au moni Pontin. Cette montasse célèbre dans lantiquité est reCbnnaissable aujourd'hui par un vieux chàtean triangulaire, aux environs duquel on trouve quel^ que^ ruines. Eté est de nature calcaffre et très-propre à absorber Teai», ainsi que le dit Pausanias/ Les décombres qu'on y trouve paraissent être les débris du temple de Mi^ n«rve Saïtide ; m^s le bois qui le Couronnait a disparu. Au pied durmo^t Pontin, près de la mei^ sur la route ^Argos, se flrouve le parc de Pàga de LeAie: il est envîroni^ de murs et renferme jin verger délicieux conipbsé ^ai^xtes rare! ; àeta& l^en^einie s^élève sj^ H^fâ^on.

Çfa vo^ i|u mifiU., l'étang de L^Stuf ^fameux par La Afc^eGim dit Bacons* aux eBS^vê. Le.

sol qui renvironne est d^ la nature de la touiliQ et couvert entièrement de }onG9; on marohe avec peine dessus, et la terre qui s'enfonce à chaque pas qu'on fait, empêche d'approcher de l'éiang. Ce gouOVe offre une quantité con* sid(?rable de goélands, de Martin-pêcheur« et de cormorans. Près de ses bords croissent des glayeub, des rubans d'eau, des jones et d'amies herbes qui ne permettent pas d'apercevoir où il commence» Toutefois on pré* suHie qu'il contient quarante-cinq ^ ciiiqiianle toises da«s sa plus grande largeur, L'eau qm s'en échappe forme un ruisseau qui ooule au nord 9 et qui aprèa avoir fait tourner quelques moulins, va se jeter à Torient dans le golfe de Naupli.

Les ge«s du pa js regardent comme ibri dangereux l'endroit où FétaBg de Leme est situé, et disent que l'eau de son ruisseau âoMie la fièvre.

Les habitans de Leme ont généralenijent le teint Jaune et le visage boulS; ils sont sujets aux leucophfegmasieê^ avts ob«iruetîon3 et an ficTre» intermittentes; la peste e^^erce cHpz eux d'affreux ravages.

Leriie est l'écVelle principale de lu plaine de TripoUtea et des vallo«a voisin», pour la v^eoie dm^ hbé; d^ biiiiee o^'antce» objet»; les

principales affaires s'y font par «ne maison française établie à IVaupIi.

Moîpitaîité des hahiians deSipfianlo, anciennement Siphanos.

ce La ville de Siphanto est située sur une masse énorme de rochers qui en rendent l'aspect imposant, mais l'accès difficile. Je trouvai en j entiCint les principaux habitans assemblés sou§ pne espèce de portique 5 je ne pus répondre qu'avec pei»e aux questions paécipitées qu'ils me^ firent; tous m'interrogeaient, tous me parlaient d'Alger, deFEspafne^é ses flottes, du tort qu'ime guerre ferait à leur commerce. \ câlte foule de questions succédait un mo^ ment de silence^ les j&ax filt^ sur moi, ils attendaient mes répenses : elles étaient agitées^ combattues ; enfin les plus vieu& pronbnçaient, et leur décisions pQlîtt^ues paraissaient reçues £0rec ]|;ei^^ct. » * *

Je ne pùi^ prendre ee^c[ui se passait sïlors en mi : ce mofiCleiR«6f\uiiLe ceux^ semblent pa)rer le «dyageuc de«ea,fatigues et â.% sIK dan* gers , et si f ai ggiké dans la, spitl! des ^I^sîrs du méme^nre ; ûti mt)ins Villusion n'a-t-nelle Jamais été si |)ipaipt«^ si viye et sî complète^ Je m^crustffaûsporté aux beaux jours de laXSrèce;

ces portiques, cette assemblée populaire, ce» vieillards qu'on écoutait avec un silence respectueux, leurs figures, leurs habillemens , leur langage, tout me rappelait Athènes ou Corinihe, et les places publiques où un peuple avide de nouvelles environnait les étrangers et les voyageurs. »

« L'empressement avec lequel on m'offrît rhospitalité vint bientôt fortifier cette illusion. Un des plus âgés m'avait déjà conduit cbez lui, lorsque deux Français arrivèrent, réclamant, à titre de compatriotes , le droit de me recevoir chez eux. Ils s'emparèrent de moi , et me comblèrent d'attentions et dé soins.

a Le climat de Siphanto inspire le regrètd'en sortir : le ciel y est toujours pur et seréin> et l'heureuse fécondité de la terre permettrait aux habitans de se passer des îles voisines , si le désir de quelques superfluités ne les engageait à y avoir recours, La nature a couronné tous ces dons en y joignant l'in^possibilité de recevoir des vaisseaux , avantage qui les a préservés des jEîinestes effets de la dernière guerre. »

( Voyage pittoresque de la Grèce y p£ir le comte de CÎKHseul^ouffier.)

Le vallon de LjrcostomoSf jadis Tempe,

Eu sorunt de Larisse, on arrive par une vaste plaine couverte de lauriers , coupée de c.hamps de eotoo^ de tabac, de frais pâturages^ el ç[u'anime Taspect d'un lac , dans un vallon que les Grecs modernes appellent Lycostomos ( la gueule du loup ) , et c^ue les anciens révéraient sous le oom de Tempe» Ces lieux enchantés offrent encore les ombrages, les fleuves et les ruisseaux célébrés par les poètes.... Mais Uurs bos<juet|i émaiUés de fleurs, leurs pâtura^ ges toujours verts , ne sont plus habités par les aimables bergeirs qu'a chantés Théocrite. Ces agiles cavales de la Tbessalie ne bondissent pliais sur rherbe parfumée; les seuls pasteurs bulgares y méneii^ leurs troupeaux. Le Pénée, qui coule aa milieu du vallon, se traverse sur un pont de pic^rre. Ce fleuve esc encore, ainsi qae dans l'antiquité y. un des plus beaux de ta ThessaUe ; ses eaux, légères et limpides son( agréables et salutsôres*

Pour fonder le vallçu de Tempe, les mon-r tagnes qui dessinent son bassin se rappro-r chent, et vo«t| en i^étrécissant» pendant deui^ heures et demie de chemin v^rs le nord.

Lemnos fut autrefois surnommée Dipolis , parce qu'elle renfermait deux villes çongidé»

rablesy Myriaa sur la c6ce occidentale^ et Hephs&stia sur le rivage opposé.

Hephaestia , la ville de Vulcain ou du feu , voisine des rivages br&lans dont elle recevait son nom, avait été construite par une troupe de Pelages , bannis d'Âthénes , et cpià cherchaient un asile à Lemnos. La terreur qu'inspirait le volcan^ empêchait alors la partie orientale de llle d'eue habitée. Les naturels avaient préféré s'éublir dans les riches campagnes et dans les vastes prairies qu'oârait l'autre moitié de llle.

Près Hephaestia se trouve la colline Mosychlon, où jadis une prêtresse suivie d'un brillant cortège, allait recueillir la terre sacrée, implorer les dieai& en faveur de la patrie^ et répandre de Forge et du froment^ sjrmbole de prospérité. Cette terre apportée ensuite au temple, était lavée, purifiée et divisée en petites masses empreintes de la figure d'une chèvre, suivant Dioscoride^ et de celle deDiane^ suivant Galien, qui assure avoir une heureuse et longue expérience de ce remède dans le traitement des ulcères et des plaies causées par des morsures venimeuses.

Les feux qui s'exhalaient de ces lieux ne sont qu'assoupis, et les violentes secousses qu'on y éprouve font souvent redouter de

46o nouvelles catastrophes. Toutefois le sol de la colline , qui avec le temps s'est recouvert d'une légère couche de terre végétale, est fertile en légumes et en fruits. Non loin on remarque la fontaine consacrée à Apollon-Lioius : ses eaux forment un petit ruisseau qui descend à la mer dans le port d'Hécaton-Képhalès. Il doit son nom a un beau village qui le domine , et il a son entrée dans un golfe qui offre un abri s&r aux bÂtimens. Au fond de la baie y s'élève un aùu-e port nommé par les Grecs Bourgna, et Paradis par les marins.X<e port de Moudros, le plus beau de tous, est d^dié à Saint-Antoine. Ce port vaste et profond est impénétrable à la fureur des vents ; « il oflfre dans son prolongement, dit M. de Choiseul<-Gou£5er, les sinuosités, les îlots , toutes les circonstances locales 5 toutes les facilités désirables pour former un grand établissement de marine. Une des anses intérieures n'est séparée que par un isthme de huit cents toises , d'un autre port moins vaste , mais sur, et ouvert au seul vent du sud-ouest, dont il serait même facile de le défendre par une courte jetée. Cet isthme, presqu'au tiiveau de la mer, n'a pas toujours existé ; formé par les terres qu'a charriées la rivière, il pourrait sans de grands travaux être coupé par un canal j et Von établirait ainsi

46i une communication entre le grand port de Moudros et le port de Roudia. Au reste, toutes les côtes de l'île offrent également des rades et des ports, les bâtimens y peuvent aborder par tous les vents, et trouver ainsi toujours des abris contre la tempête ou contre un ennemi supérieur. »

La monta gue de 'ITherma doit son nom à une source d'eau chaude qui sort de sa base du côté du nojrd-est; son sommet, le plus élevé de rtle, est cent soixante-quatorze toises et demie. au-dessus du niveau de la mer. Les eaux thermales renferment du fer , dont tous les terrains voisins sont chargés.

De la cime de Therma , la vue s'étend sur toutes les îles du nord de la mer Egée , ainsi que sur la côte de Thrace > et plonge sur le port de la ville deMyrina, maintenant Lemnos. Cette ville, jadis fondée par le roi Thers, avait reçu le nom de Mjrrine sa femme , fille de Créthéus, princesse qu'on ne doit pas confondre avec la reine Amazone. C'est à Myrina * que les Argonautes abordèrent ajwrès leur départ de Thessalie.

A l'époque où les cinquante deux héros arrivèrent à Lemnos , les Lemniennes en proie à la colère de Vénus dont elles avaient négligé les autels; et abandonnées .de leurs époux,

venaient dans leur désespoir d'immoler toas les hommes qui se trouvaient dans Tlle. Effrayées de l'approche des Argonautes, qu'elles regardèrent d'abord comme des ennemis im-^ placableSy elles leur livrèrent un combat, mais bientôt elles ne virent plus en eux que des amis y et elles s'empressèrent de leur faire ou-» blier les pénibles fatigues d'une longue traversée. Ils restèrent deux ans auprès des Ama-zones, et les enfans qui naquirent de leur union avec elles, composèrent dans la ^uite une nation distincte sous le nom de Myniens.

L'Ile de Lemnos , une des mieux peuplées de l'Archipel, compte trente mille habitans.

Le port de (Myrina) Lemnos; présente tous les avantages qu'on peut souhaiter , la ville l'entoure, et un fort avancé le protège. On y construit des bâtimens de toute espèce et même des vaisseaux de guerre, avec des bois apportés des côtes* de la Thrace et de la Macédoine. Llle produit en abondance les den*» rées qui se récoltent sur les terrains les plus fertiles. Elle est très-riche en troupeaux; d'immenses prairies s'étendent au nord du port de Moudros', à* Torient de ces prairies sont des terrains montueux, couverts de vignes, où s'élèvent plusieurs villages.

De celte côte , on aperçoit le mont Athos.

Ile de Samoihrace ; son inondation.

Cette île peu étendue et peu féconde ne brille d'aucun éclat historique, mais elle e^ célèbre par le souvenir des mystères qu'on y célébrait jadis. Ses hautes montagnes furent Fasile de la religion et du malheur, a l'époque fameuse où les eaux du Pont-Euxîn se précipitèrent dans le passage que les feux d'un volcan leUi' ouvrirent*

M. le comte de Choiseul-Gouffier apporte des preuves incontestables de cette éruption Volcanique dans son Voyage pittoresque de la Grèce , il y dit que cette inondation est celle qui fut appelée par les Athéniens le déluge d'Ogygès; événement que les chronologistes placent près de dix -huit siècles avant Fère chrétienne*

« Nous retrouverons, ajoute-t-il> les traces de ces feux destructeurs lorsque nous remonterons le Bosphore jusqu'aux rivages du Pont- Euxin; m*ais déjà les récits des histoires suffisent pou,r nous faire admettre cette époque la plus reculée de l'histoire des Grecs, et pour montrer à travers les nuages qui Tenveloppent l'influence qu'une telle catastrophe exerça sur le sort des )les et Aes rivages de la mer Egée. »

Presque tous les auteuis anciens se réunissent eu effet pour attester ce cataclysme , dont le souvenir s'était conservé avec les idées de terreur religieuse qu'il devait alors inspirer : Platon nous peint la Troade couverte par les eaux. « Il est probable^ ^it-il^ qu'il ne put « échapper à ce fléau destructeur que quel- ^ ques bergers habitant les cantons les plus u élevés ; long-temps la crainte les empêcha « de quitter les hauteurs ; enfin ils se décident rent à cultiver les parties inférieures des « montagnes, » Pline rapporte également que la Phrygie et la Teuthranie avaient été sous les eaux. Mais le véritable historien de cette révolution était Strabon^ qui, dans un ouvrage dont nous avons à regretter la perte, en avait recueilli tous les détails ; il avait peint les eaux du Pont-Euxin s'élançant tout à coup dans une mer inférieure^ en rehaussant le niveau, couvrant pour toujours les terrains les plus bas, et pour quelque temps les plateaux plus élevés : ceux-ci reparurent quand le niveati des mers fut à peu près rétabli ^ quand la surface du réservoir supérieur, successivement abaissé, cessa de verser ses immenses torrens, et ne laissa plus au courant qu'une pente modérée , telle qu'elle existe aujourd'hui, A cette fatale époque de l'irruption des eaux du Pont-Euxin,

'465 àes contrées entières furent submeï'geeây et il n'y eut de salut pour une partie des habitaus que sur lés sommets des montagnes. Us avaient emporté les objets de leur culte; ils s'y attachèrent encore davantage dans le malheur. L'instant où les eaux cessèrent de monter et de les poursuivre parut un bienfait de ces divinités, dont la vengeance était enfin satisfaite : les infortunés commencèrent à se rassurer lorsqu'ils virent le pied de leurs montagnes se découvrir , et bientôt après des îles reparaître , et s'élever à la surface des eaux ; ils les crurent sorties du sein de la mer : c'est ainsi que les îles de Délos , d'Anaphé , etc., portent encore les noms que cette apparition inespérée leur fit donner. Diodore commence la description de là mer Egée par celle de Samothrace , et nous a conservé ce que \eé souvenirs des nations avaient transmis aux écrivains antérieurs.

«. Les Samothraces les plus instruits de f< leur histoire , dit cet historien, asiureni w qu'antérieurement aux inondations qui ont « submergé d'autres contrées , l'île qu'ils ha- « bitent'en avait éprouvé une très-considé« « rable à l'époque où s'ouvrirent d'abord le « détroit des Cyanées , et ensuite celui de « rHellespontt Suivant eux la mer du Pont ^

« originairement fermée de tous côtés comme t( un lac , s'augmenta successivement par les t( eaux des fleuves qui s'y jettent : les flots se « versèrent dans i'Heliespont , couvrirent les «r terres maritim^es de TAsie, et même une «( partie de rHe de Samothrace. C'est ce qui « explique clairement comment long-temps K après on vit des pêcheurs de Tile retirer « dans leurs filets des chapiteaux de colonnes, tt débris des villes submergées lors de cette «c terrible catastrophe. Les lieux les plus élea vés pouvaient seuls offrir un refuge apx « habitans; ceux qui y parvinrent, tant qu'ils « virent moiiter les eaux , ne cessèrent d'ioic< plorer les dieux. » Et l(»rsqu'enfin elles se furent arrêtées , ils placèrent autour de leur Ue des autels qui indiquent les bornes de l'inondatton^ et sur lesquels on offre encore habkueUement des sacrifices.

Mystères de Samothrace ; dieux Cabwes.

liCur origine se perd dans la ncût des temps. Toutefois les écrits des anciens offrenyt une idée générale decesritesmjstérieax, première source du paganisme.

Le culte de Samothrace fut le plus ancien et lé plus simple de tous lés cultes de la Qrèce.

Les premiers habitans de cette ile ne connaissaient que les grands dieux ^ les dieux puissans^ le ciel et la terre ; mais des prêtres venus de la Crète et de TE^jpte apportèrent de nouveaux dogmes aux habitans de Lemnos et de Samothrace , en même temps qu'ils leur enseignèrent quelques arts utiles.

Aux grands dieux honorés chez les insulaires , ces prêtres associèrent le Mercure égyptien, sous le nom de Camillus; plus lard d'autres peuples embrassant le culte de llle, rangèrent parmi les dieux cabires, dénomination par laquelle on désignait collectivement les anciennes divinités, Cérès, Proserpine et Plu ton.

Le principal objet des mystères «t des cérémonies révérées chez toutes les nations d'origine grecque, était d'adoucir le courroux des dieux, et de préserver les initiés de la futenr des flots. Toutefois , les dieux de Samothrace n'accordaient pas seulement leurs secours aux nauioniers. Leurs autels, refuge assuré de l'innocence, accueillaient le malheur, et le crime même que le repentir accompagnait y trouvait ^e pardon et le repos ; la guerre et la vengeance n'avaient point approché de cette terre sacrée.

Si l'on en croit une ancienne tradition grec^ que, les rites sacrés qui furent si long-temps en

Iiotmear à Samotbrace, y avaientété établis par une reine amazone. Quelques écrivaias disent que cette reine venait de l'Afrique , d'autres qu'elle- marchait à la tête d'une de ces tribus Scythes que les femme^ accompagnaient dans leurs expéditions.

Il paraît que le mont Saoce a tiré son nom d'un prince, chef d'une colonie des Saïens, qui s'était établie dans Tîle, et dont le chef appelé Saos ou Saon, passait pour être fils de Mercure ou de Jupiter. Plus tard Dardanus et Jasion son frère, d'origine Pélasge, sortirent de TÂrcadie ou de la Tyrrhénie , dans le dessein de former ailleurs des établissemens, et ils débarquèrent à Samothrace : Jasion y .fit fleurir l'agriculture y et fut placé après sa mort au rang des immortels. Cadmus , époux de leur sœur Harmonie , alla bâtir Thèbes ; Dardanus passa en Asie, où il jeta les premiers fondemens de l'empire de Priam. ,

Sasios, dit Strabon^ signifiait dans Fancien idiome des Grecs un lieu élevé qui dominait • .la surface des mers, et frappait de loin les re- ■ gards du navigateur; plusieurs îles qui offraient un aspect semblable reçurent la même dénomination. Dans la suite on sentit la nécessité de distinguer ces lies par des noms différens. On appela Céphalonie la Samos voisine d'Itha-

que ; le nom de Samothrace fut donné à celle dont les sommets s'élèvent dans les parages de la Thrace. Uîle là plus célèbre par soû opulence et par sa situation près de Tlonie garda seule le nom de Samos.

Ile dimhros .

Cette île , un peu plus étendue que celle dé Samothrace, s'élève moins au-dessus de la mer; et lorsqu'on sort de THellespont, on découvre*, par- dessus l'île d'Imbros, le mont Saoce: cette île a été aussi consacrée ai^x dieux cabires. Les Pélasges s'en rendirent les mai-»très, et la gardèrent jusqu'en 5i i avant J.-C; à cette époque un des généraux de Darius , fils d'Hystaspes, conquit Lemnos et Imbros. Miltiade s'en empara, expulsa les chefs Pélasges^ et mit les Athéniens en possession de ces deux îles ; cet illustre guerrier trouva un refuge à Imbros, lorsque les vaisseaux des Phéniciens de la flotte de Darius le poursuivirent, et il ne perdit qu un seul bâtiment : c'était celui qui portait son fils aîné Métiochus. Ce jeune homme , conduit en Perse , se vit comblé de bienfaits par son vainqueur , qui lui donna une épouse d'ime naissance distinguée et de riches domain nés. Imbros resta sous la puissance des Athéniens jusqu'au régne de Philippe, qui la ran-

4;o gca à sa domination. Aniigone la lair rendit ^ et elle rentra depuis sous le pouvoir des rois de Macédoine jusqu'au traité conclu avec leur avant dernier roi par les Romains , et dans lequel ils stipulaient que Vile dlmbros serait rendue aux Athéniens»

a Imbros^ Lemnos et Samottirace, dit M. de Choiseul GoufEer (i), furent enlevées aux derniers empereurs grecs par des princes de la famille Cantalusio^ qui déjà régnait à Lesbos avec Taide des Génois établis à Constantinople. Us s'étaient emparés de la ville d'.£aos; bientôt après ils devinrent makres des iles voisines. L'empire, démembré de toutes parts, était alors presque réduit à sa capitale ; et d'avides étrangers accél^aient sa mine, dans l'espoir d'en saisir les derniers débris* Lés Iles voisines de Thrace, bien gouremécs et protégées par une puissance maritime alors redoutable, eussent pu former un eut riche , heureux et utile au commerce général; mais le peuple destructeur qui lie connaissait d'autre droit que la force des armes ^ et d^autre moyen de richesse que le pillage, ne devait parles laisser j ouir longtemps des avantages de leur siti^ation, La di* vision , suite presque inévitable de la mauvaise

(i) f^ojrage pittoresque de Ui Grècç^

fortune , se mil parmi des princes qui ne pouvaient trouver que dans leur union dès moyens de résistance. Lusius Cantalusio , dernier souverain dlmbros et de Lemnos^ partagea les malheurs de son parent, alors maître de Lesbos, dont il avait favorisé la cruelle ambition, en l'aidant k usurper les droits de son frère : vaincus par Mahomet II, ils furent emmenés captifs , outragés avec barbarie , et mis à mort. »

Imbros possède maiotenani trois mille ha* bitans répartis dans quatre villages : celui qui porte le nom de Ttie s'élève sur la côte o^enlaie, et près d'une anse où Ton noiouille par quinze et vingt brasses, La petite rivière s'ap pelait autrefois Ilissos^ et Ton reconnaît en-' core les ruines de l'ancienne ville et les vestiges d'un temple.

L'aspect du petit port d'Imbros est assez animé. On y voit des bateaux prêts à exporter des productions de File, d'autres que le mauvais temps à contraint d'y relâcher, des pécheurs qjii rentrent avec une récolte abondantede rougets, de dx>ràdes et dç coquillages^ et des ouvriers qui radoubent des bàtimens ou qui en construisent de nouveaux. On y di^ tingue parfaitement les càtes de l'Asie, celles de l'Europe, et l'œil peut y suivre les navires

qui cinglent versBysance. Toulcôlcsliauleurs de rintérieur de l'île sont couronnées de bois, peuplées par des animaux de. toute espèce .; on y parcourt des vallées délicieuses et de fratches prairies où pourraient vivre de nombreux troupeaux; et des abris solitaires s'offrent de toutes parts à la méditation du sage.^ à rinspi ration du poëte ; V amant de la nature y contemple avec ravissement des lacs, où se réfléchissent des forêts de figuiers chargés de fruits, des masses de^ myrtes et de lauriersroses^ ou des vieux ceps qui^ embrassant le tronc et les branches des plus hauts platanes, les chargent et les décorent de raisins magnifiques, et il en ressortent que pour enrichir les cimes voisines.

Athènes (i)^ .

{( Quelques heures après, nous i*elachâmes à Scyros, île célèbre, où le bouillant Achille passa sa première jeunesse sous les habits d'une fille timide. Ce fut là qu'il eut de Déidamie ce fils qui, dans la suite, épousa la ¥euve de ce même Hector que son père avait outrageusement traîné après son char : actions qui toutes deux sembleraient peu convenables parmi

(i) Extrait des Mémoires des frères Bacheville,

nous, bdtbarés dé la civilisatîoii, comme nous appelle fort ingénieusement l'explorateur des cibroniques gauloises, Scyros n'a plus rien de remarquable, si ce n'est qu'elle est la plus catholique des îles de l'Archipel.

« De son port, notls fîmes voile pour Athènes^ où tous mes vœu< aspiraient. Cet élan de curiosité qu'allume dans nos cteurs, aux jours du collège, le récit des gratides actions des ariciens Grecs, s'était réveillé en moi avec plus de force que jamais: j'allais voir Athènes; j'étais en un mot dans une fièvre d'impatience difficile h décrire,* et ma pensée accusant la lenteur des vents, qui cependant nous poussaient avec rapidité, s'élançait vers l'antique institua trice du monde. Débout, appuyé contre le mât du navire, l'œil fixé sur cette ligne qui se* pare le ciel et l'onde^ je la cherchais déjà , bien loin encore du rivage: mon esprit était tellement absorbé dans le même désir, que bientôt une douce illusion s'empara de moi : j'oublie le Vaisseau, la mer; l'espace disparaît à mes yeux, ou plutôt se remplit de l'image vivante d'Athènes, non telle qu'elle est au-^ jourd'hui, mais parée de toutes ses anciennes merveilles; sa rade est remplie de navires nombreux, son port chargé d'une foule de citoyens de tout âge, de tout sexe, dont l'air

heureul semble dire nous sommes libres : Di acoti impose se« lois sévères , Solon dicte un code plus doux et plus sage ^ Périclès fait régner les beaux arts : à Tacâdémic, Socrate enseigne sa sainte doctrine ; à la tribune , Dë^ mosthènes inspire la haine de la tyrannie; au cirque , Eschyle et SopluKile se disputent le prix du génie; aux con4>ats enfin, Thémis'» tocle fait triompher" les armes de sa patrie : succès, honneurs, liber^, rien ne manquait & sa gloire ^ quand le cri de terre I terre! vient m'arracher à ma rêverie; j'ouvris les yeux, et je me vis dans le Pyrée. Quel fut mon désenchantement ! point de vaisseaux dans la rade^ point de curieux sur le port; tout est triste , tout est désert^ et le tombeau de Thé" tnistocle que le rivage présente à mes-regards n'est plus visité que par les vagues!

« Nous débarauons aussitôt» Le triste aspect que m^ofirait le Pytée avait jeté un frœd mor* tel dans mon cœur, et la tète baissée, je pris lentement la route qui conduit à Athènes, que deux petites lieues séparent de ia mer, A moitié chemin, je rencontrai les débris des deux longues murailles qui réunissaient autre^ fois la ville à son port* Bientôt après je corn* mence à découvrir l'antique cité ; je presse le pas , j'arrive,,.. Mais mon œil étonné cherclîe

en vain les faites majestueux des temples qu'habitèrent les dieux, il ne voit que des ruines abandonnées tjui semblent lui dire : les Turcs sont là ! J espérais trouver l'intérieur de la ville un peu mieux conservé; je croyais que toute esp^e de civilisation n'était pas bannie de son enceinte, et qu'un reste de gloire vivifiait encore ses vieilles murailles ; vaine erreur! un horrible incendie a plané sur ces contrées : Athènes n Vst plus que dans Vhistoire<

ce Des temples détruits, des églises pauvres et mal entretenues,* des chaumières de bois et de boue, asile de l'esclavage; des maisons ou plutôt des monceaux de pierres irréguliers ^ demeures des tyrans, voilà quelle est au jour* d'hui Athènes*

c< Est-ce bien toi, m'écriai -je, berceau des^iences et des arts? Que sont devenus ta splendeur, tes richesses , tes chefs - d'œuvre ? Maifaeurense cité, dis-moi quelle est la cause dé ton avilissement? Les cris d'un Grec expirant sous le bâton d^un Turc, fut la réponse, y» Tî'en doutons point, ajoutai-je, Tesclavage est la ruine du monde. '

« La nuit approchait, ilfàllntsonger à se procurer un logement. Ne sachant pas un mot de grec, j'eus beaucoup de peine à me faire comprendre. Enfin, à force de signes, je parvins

a faire deviner h un pauvre homme que je voulais un lit et à souper ; )e lui montrai quelques pièces d'argent, et dès-lors tout fot à mon service dans ta maison , bâtie sur les décombres d'un vieux moI^^ment•

ce Le lendemain j^ sortis de bonne heure pour satisfaire ma curiosité. L^ premier objet qui frappa ma vue , fat le temple de Thésée. J'avoue que j e fus étonné de le voir encore debout; il méritait cependant bien T/uiimadversiondes Turcs : il était consacré à la bienfaisance , et servait de refuge aux esclaves maltraités par leurs maîtres. Du reste ^ je parcourais les rues sans savoir où j'allais, regardant tous ces antiques édifices sans trop pouvoir me rendre Compte de ce qu'ils avaient été. Cependant je reconnus les ruines du Parthénonet la tou^de l'Acropolis* Les propylées, vestibule^ im^* menses qui conduisaient à cette citadelle étaient encore presque entiers en 1687'; mais bien peu de colonnes ont survécu aux boulets rouges dont Venise les accabla à cette époque* A côté de leurs débris , on a bâû une grande tour; mais pour servir dWtrument à la tyrannie des Osmanlis, ils en ont fait une prison.

« J'explorai ensuite la colline du Musée^d^at le flanc est percé de trois ouvertures taillées dans le roc; elles servaient de cachots à l'aréo-

page. Sacrate et Phoeion y burent la ciguë ; l'injustice est l'histoire des hommes.

« Ce qui ôtaitun grand charme âmes excur* sions, c'était la privation d'un guide qui m'expliquât/;e que je voyais. Mais, du reste, tout en regrettant de ne pas savoir la langue du pays, j étais persuadé, tant les habitans d'Athènes ont l'air insouciStit, qu'il n'y avait pas, dans l'ancienne patrie de toutes les connaissances humaines , un homme capable de me donner «le moindre renseignement sur kes ruines de sa vieille gloire. Les Athéniens ne sont plus qu'un troupeau de trois ou quatre mille serfs abruti^ : servir et trembler, voilà leur vie j être égorges, leur avenir.

« Je «entrai le soir très- fatigué , et avçc le projet d'aller le lendemain à Salamine* Dès le jour, j'étais sur une barque, et quelques heures après, au but dç ma traversée.

. J'avais vu Athènes avec dégoàt, trop d'ob-r jets de .douleur nuisaient au tableau; mais i Salamioe, les souvenirs reprirent toute leur nptagie^et je -contemplai avec transport cette mer, où la liberté avait écrasé le despotisme, cent fois plus nombreux qu'elle. Oui , là , m^écriai-je , triompha le grand Thémistocle !.„• A ce nom , le soutenir d'une trop fatale cônftancô me livra à de pénibles Téflpxions. Un;

maria do Tile de Scio viat les interrompre.

« Nous parcoui^mes ensemble le rivage *, il me montra la montagne où Xercès était assis pendant lia bataille deSalamine; et Tîle Psytbalie , d'où Aristide décida en partie la victoire.

« J'employai le reste de mon séjônr à revoir la ville plus en détail. Je fus visiter les jardins de la sultane Validé, ainsi que le pnya, que j'avais oublié dans ma première course. De quelle foule de pensées je fiis assailli cfùand je me vis sur cette place où jadis s'assemblait le peuple pour entendre les orateurs ! Contemplant dun œil morne cette tribune, veuve maintenant de ces belles harangues que le monde admire , je m'assis en face d'eU#sur des ruines; et là , j écoutai Démosthànes ; j'enten-* dis sa voix tonner contre les intrigues de l'étranger; je lisy à ses patriotiques accens^ le peuple courir aux armes. A ce noble élan, mes idées retombèrent sur la France , qui l'imita si glorieusement à l'aurore de la révolution. Allons me dis-je, ma patrie est l'écho de tout ce qu'on a fait de sublime : Phydias, Socrate, Xénopbon^ Miltiade ont rencontré parmi uous des imitateurs^ des émules; et Mirabeau peut aussi disputei^ le prix à Oémostbénes : comme lui ^ plein d'éloquence et d'énergie , il a montré Ja

vérité au peuple et allumé dans tous les cœurs ce feu diviu qui ^ plus tard , nous fit triompher des Philippes modernes, conjurés contre nous.

^ A ces pensées^ un mouvement d'àmourpropre national s empara de moi; je replaçai ma croix sur ma poitrine , et dis avec fierté ; ce Oui^ sans les profaner, un Français peut s asseoir sur les ruines d*Athènes,

« Enfin, je rencontrai de nouveau un chargé d'affaires d'Ali-pacha , qui me renouvela la proposition qu'on n^'avait faite a Smjme d'aller auprès de son maître. J'éprouvais toujomrs quelque répugnance; une réflexion me déci-» da; si Ali n^était pas encore Fallié des Grecs ^ par la force des choses il allait le devenir; du «reste, il était l'ennemi des Turcs, bourreaux des Grecs ; et cette considération fut pour moi une raison déterminante^ D'ailleurs, une caravane était prête ; elle allait à Janina ; nul espoir d'en trouver de sitôt une pour me conduira d'un autre càté', wa bourse était épuisée, je partis donc pour la capitale de l'Albanie, après avoir de noqveau écrit à m<m frère ^ pour le presser de rentrer en France, la possibilité de notre réunion devenant tous les jotu:3 plus dou» leiise. n

48o Les Bohémiens (i). * .

a La Valachie renferme environ un million d'habitans, divisés en trois classes, le clergé et le tiers-état, qui; se présente loin en arrière des deux autres. Cependant il est encore une classe plus basse \ mais elle est tellement avilie, dégradée et méprisable , qu'on ne la compte pas même dans le dénombrement des habitans delà principauté. Ces misér|J)les dont le nombre passe quatre -vingt mille, se nomment Zina garis, ce que nous appelons bohémiens en France. Ils sont dans Fétat de servitude le plus dégradant qui fâit jamai3 ; ils appar-f tiennent aux boyards , qui ont droit de vie et de mort sur eux; ils n'ont droit à rien, et souflrent tout; ils ne peuvent jamais coucher dans un lieu habité par des chrétiens, excepté ceux qui servent en qualité de domestiques près des boyards, à qui ik appartiennent.

jcc La plus forte partie de cette nation sans culte, sans lois, sans chef et sans bien , se subdivise à l'infini; puis avec la permission du seigneur, dont- ils sont la- propriété, ils vont par bandes de dix à vingt familles, em^

(î) Extrait des Mémoires des frères Bacheville,

48i menant leurs femmes et leurs énfans, s'ëtatablir dans une plaine non cultivée aux environs des villages y j dressent des tentes , et y exercent presque tous les métiers, toutes les professions. Les paysans leur donnent la préférence sur les autres artisans du pays, parce qu'ils travaillent à meilleur compte. Cependant ces malheureux sont forcés, sous peine de mort en cas de contravention, de remettre à leurs bons seigfieurs la moitié de ce qu'ils gagnent ; mais ils vivent de racines et d'un peu de maïs , bivaqaen^ toute Tannée y Tété sous des tentes malsaines, l'hiver dans des barraques qu'ils font sous terre : aussi ne vivent-ils jamab vieux«

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