PRÉFACE
Si j'ai souvent regretté de ne pas réunir le talent de l'historien et celui de l'orateur, c'est surtout au moment où je me trouve chargée du soin difficile d'esquisser le brillant tableau des beautés de l'histoire delà Grèce moderne. J'ai craint , dans cette circonstance importante y d'offrir au public un de ces ouvrages qui ressemblent à de certains meubles composés de pièces de marqueterie , et où celui qui préside à leur arrangement n'a que la peine de rassembler au hasard des faits et des passages remarquables j tirés de divers écrivains. Tous mes efforts tendent à me préserver de ce défaut , inhérent pour ainsi dire à ce genre d'ouvrage. Je n'aurai manqué ni de patience, ni de conscience; voilà ce dont j'étai$ maîtresse. Trop instruite de mon infériorité pour entreprendre une histoire de la Grèce moderne , j'ai du moins essayé de réunir quelques matériaux nécessaires à ceux qui se sentiront la force de trai-* ter cet heureux sujet , et j'aii tâché de les classer de manière à ce que mon ouvrage offrit une sorte de plan.
Xxij PRÉFACE.
Ce motif m*a engagée à commencer le récit des beautés de l'histoire de la Grèce moderne par le siège de Gonstantinople ; le souvenir des premières horreurs exercées par les sultans , de^ puis le 29 mai i453, jusqu'en 1672, jette U4 grand jour sur leur gouvernement odieux. Comme j'aurais été réduite à reproduire avec de faibles changemens ce que tout le monde peut trouver dans l'estimable Lebeaa , je me suis servie de sa version qui m'a paru impartiale, simple , naturelle et quelquefois même élégante.
J'ai consulté attentivement les meilleurs ouvrages sur la Grèce. Le Saron de ToU , les Lettres de Gui , le Voyage pittoresque du comte de Choiseul^GouJfier , le Voyage à Constantin nople^ par M. de Pouqueville , les Mémoires des frères Bachevillc /les deux excellens volumes de M, Rajfenelj m'ont rendu familière Tàncienne et la nouvelle Helléuie, ainsi que l'histoire de ses peuples. J'ai dû quelquefois présenter le parallèle des mœurs et des usages de la Grèce au temps de Léonidas ou de Périclès , avec ceu^ de la Grèce moderne ; alors j'ai suivi un guide qui a puisé dans les sources les plus fécondes et les plus pures , ^aute^r du Voyage du jeune Ana^ charsis.
Avant de décrire les beautés de l'histoire de la Grèce moderne, j'ai cru nécessaire de placer sous les yeux du lecteur , un abrégé des époques principales de l'histoire de la Grèce antique ,
PBÉFACE. Xxiîj
d'après Yahhé Barthâemy. En rappelant de brillans soavenirs , cet extrait prêtera plus de charme aux nouvelles descriptions et aux nouveaux faits que j'entreprends de retracer.
« S'il faut s'en rapporter aux traductions anciennes , les premiers habitans de la Grèce n'avaient pour demeures que des antres profonds, et n'en sortaient que pour disputer aux animaux des alimens grossiers et quelquefois nuisibles. Réunis dans la suite sous des cbefs audacieux i ils augmentèrent leurs lumières , leurs besoins et leurs maux. Le sentiment de leur faiblesse les avait rendus malhem'eux ; ils le devinrent par le sentiment de leur force. La guerre commença ; de grandes passions s'allumirenf ; les suites en furent eifroyables. Il fallait des torrens de sang pour s'assurer la possession d'un pays. Les vainqueurs dévoraient les vaincus ; la mort était sur toutes les têtes , et la vengeance dans tous les cœurs. Mais , soit que l'homme se lasse enfin de sa férocité , soit que le climat de la Grèce adoucisse tôtoutardle caractère de ceux qi^iirhabitent^ plusieurs hordes de sauvages coururent 3u devant des législateurs qui entreprirent de les policer. Ces législateurs étaient des Égyptiens qui venaient d'aborder sur les côtes de l'Argolide. Ils y cherchaient un asile ; ils y fondèrent un empire ; et ce fut sans doute un beau spectacle de voir des peuples agrestes et cruels , s'appro» cher en tremblant de la colonie étrangèi^ , en ad*