LA BOUE DES FLSUBS
Vers le temps où Swithîn des saints le plus humide Sur nous verse son urne et bien souvent 1& vide, Trône le Lis, le Roi des fleurs ; Et fiers de leurs rouges couleurs S^élance des Pavots Tëlite, De vertu rappelant un noble parangon,
Le sang de Finfemal dragon Versé par Sainte Marguerite.
Lors pimpante et coquette à tout donnant le ton, La Rose sort de son bouton, Devant les passants rougissante.
Pour Madeleine . . . repentante, Jusqu* au jour où (je ne dis pas des riens).
L'on fête Saint Pierre-ès-liens, Quand le long blé de quelqu' éclat qu'il brille N'en sent pas moins trop fort la Camomille.
Quand Marie ici bas nous a fait ses adieux.
Virginale, fleurit la blanche Clématite ;
Cependant que du haut des cieux Pour Saint Barthélémy le soleil radieux
En guise d'eau bénite, Verse ses rayons d'or brûlant de mille feux.
Doucettement après quand de la couleur d'ambre Se pare le soleil, au début de Septembre, Pour rappeler à notre attention De la Croix 1' Exaltation, Fleurit la sainte fleur dont le noble calice Contient les instnunents de l'auguste supplice,
La fleur du Christ et de la Passion.
Sous un amas de morts sortant de sa guérite Trône et fleurit la Reine Marguerite, C'est le dernier enfant du ciel Qui sur la terre vient pour fêter Saint Michel, Et reste debout et vivace De Dieu certes de par la grâce, Jusqu' à Saint Jude et Saint Simon Qui d'Octobre tous deux enrayent le timon ;
CHANT FUNEB&E. 33
Hormis les Champignons et des Fongi la race Qui sortent de la terre, et par chaque crevasse, Innombrables tous les matins,
Ponr fêter . . . Tous les Saints !
Bientôt on ne voit plus lorsque point Catherine
Aucune fleur, Mais bien le vert Laurier, — ^le laurier du vainqueur,
Qui sur un front savant fascine !
Et puis encor les grains et du Lierre et du Houx
Qui semblent dire : "Enfants ! amusez- vous ! Du gai Noël voici venir la bûche, Sortez Fcde du muid et le pain de la huche.
Du monde entier buvons la santë vertuchoux ! '*
Chant Funèbre.
Oui les plus nobles corps ne sont, chose avérée,
Rien autre qu^argile dorée.
DépouîUez-les de leur enduit, Otez-leur seulement Técorce qui reluit.
Que reste-t-il de leur nature ?
La pourriture !
Les Rois qui dans la vie osent poser en Dieux, Que sont-ils dans la mort ? . . . Tout comme nous des gueux ! Ce Roi sur mille Rois qui dominait naguère Est le vassal des vers qui grouillent dans sa bière,
L^un sans façon s'escrime dans son œil, Cherchaut les diamants qui firent son orgueil,
Tandis que la main Porte- sceptre Est forcement inerte étant la main d'un spectre! -L'autre s'en donne à bouche que veux-tu ?
Sur l'endroit dévêtu
Où l'on mit l'onction Royale, Parfum délicieux, et divine eau lustrale !
Tandis qu'un autre encor se permet de ronger La trouvant d'un goût fin ainsi que blanc-manger,
84 TÉBITÉS.
Cette langue souvent frivole De son peuple la loi, qui plus est la boussole ! Oh I sots I oh I triples sots que nous sommes vraiment, Pour lutter entre nous à qui plus joliment Et dans le meilleur plat servira sa guenille Au ver, au ver rongeur, plus laid qu^une chenille !