‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 18 sur 162 · LE TOMBEAU DU OUEBBIEB · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DU OUEBBIEB

Tous les oiseaux prés de leurs belles Se livrer à de doux ébats?

Il est vrai que je fais ripaille Ici) de sucre et de grenaille, n est vrai que ma cage est d*or . . .

Mais ne pouvant prendre Tessor, Dans ma cage, pauvre captive, Suis assise triste et pensive :

Oh! donne-moi la clé des champs, Et chaque jour, été, printemps, Je viendrai te chanter une chanson joyeuse, Et bénirai ton âme généreuse ! *^

A ces tant doux accents du pauvre oiseau captif,

J'ouvris la porte de la cage.

Lui soudain s'élança par de là le nuage

D'un vol furtif.

Si, qu'il devint si petit dans l'espace Que mon regard bientôt en eut perdu la tracée Moi je sentais fort bien comme ce pauvre oiseau Que sans la liberté rien ici bas n'est beau; Et que mieux vaut une simple chaumine.

Avec la joie au cœur.

Que des palais dorés la splendide courtine

Abritant l'esclavage, abritant la douleur.

Sans que jamais l'amitié ni ses charmes.

Soient là pour étancher nos larmes !

Le Tobibeau du Guerrier.

Le soleil du matin des brumes se dégage

Il est jour; Plan, plan, plan, plan, plan, plan, plan, plan bat le tambour, Et les chefs sont debout, et l'écho du bocage Efirayé des sons du clairon.

Annonce au loin la gloire au plus poltron.

L£ TOHBSAU DE eVEBBrEB. 37

Le chef est radieux, et son brillant panache

Flotte et lait; De son fougueux coursier le harnais éblouit; Son œil est menaçant, et fière est sa moustache; Et son glaive imbibé de sang Fume et s'enivre à la mort qu'il répand.

£t moi je me disais, témoin de ce carnage :

O douleur !

Car je songeais aux nœuds tissus de cœur à cœur, Que ce glaive brisait dans sa brutale rage; Mais on me dit: En massacrant Nombres sans nombre un guerrier devient grand !

Le héros, disait-on, était né pour la gloire.

Et son front Etait fait, jeune encore et vierge d'un affiront, Pour être couronné des mains de la victoire; Voilà soudain qu'un plomb fatal, Le faittomber de son char triomphal.

On le porta la nuit ^ son dernier asyle

Aux flambeaux, Et puis pour honorer la cendre du héros Des feux de peloton labourèrent l'argile.

Moi sur sa face je cherchais La gloire ... Et c'est l'horreur que j'y trouvais.

On racontait comment dans plus de cent batailles

Chef soldat, U illustra son nom; comme au dernier combat Il les sut conquérir ses nobles funérailles : Je me disais : C'est affligeant !

Que de vains bniits pour gagner le néant !

88 AIME-MOI PEU, MAIS LOirGTEMPS AIMS-HOI.

On disait qu^on aHait décorer de sculptures

Son tombeau, La renommée en pleurs éteignant son flambeau Sur des monceaux de morts, de canons et d'armures Moi) je dessinais plus humain, Aux deux côtés la veuve et Forphelin.

Que sont-ils les lauriers qui parent ta poussière

Conquérant, Si par ambition ainsi qu'un noir torrent Tu balayas le monde en ta fureur guerrière?

Hélas 1 des lauriers imposteurs Rouges du sang de tes vaines grandeurs!

Aime-Moi Peu, mais Longtemps Aime-Moi.

Vieille Ballade (1569).

Aime-moi peu, mais longtemps aime-moi.

C'est le refrain de ma chanson, ma foi!

L'amour trop chaud, trop plein de zélé, A pour durée une étincelle:

Pourtant ne te voudrais trop froid.

Ni trop revêche à mon endroit; L'amour qui dure après Taf^aire consonunée, Ne s'évanouit en fumée.

Aime-moi peu, mais longtemps aime-moi, C'est le refrain de ma chanson, ma foi!

Si m'aimes trop, cela pourrait bien quoi !

Ne pas durer assez longtemps par soi I

Aime-moi peu, car je redoute

Un amour qui de rien ne doute :

Je me contente de peu moi;

Et de peu si me fais l'octroi,

AIMX-MOI PEUy MAIS LONGTEMPS JLlXE-MOI. 39

Avec rîntentHHi tonjoun être sincère,

CTest tout ce qnîl faut pour me plaire:

Aime-mm peu, mais longtemps aime-moi C'est le refrain de ma chanson, ma foi!

Tout ton amour fait qu*il soit bien à moi Durant ta vie, — et le mien est à toi;

Et je te resterai fidèle

Dans cette vie— et sa séquelle . . .

Oui, morte! . . . c'est la vérité,

Te garderai fidélité.

Autant que maintenant dans ma verte jeunesse

Je te la garde, le confesse.

Aime-moi peu, mab longtemps aime-moi^ C'est le refrain de ma chanson, ma foi!

L'amour constant, le seul de bon aloi.

Est modéré toujours, . . . c'est là sa loi;

Donne-le moi, qu^il soit sincère.

Te le rendnd, la chose est claire:

Qu'il soit pour moi ce vêtement

Qui peut braver chaque élément.

Pendant la paix, pendant la guerre,

Et soit sur mer, et soit sur terre . . .

Aime-moi peu, mais longtemps aime-moi, C'est le re&ain de ma chanson, ma foi!

Ce vêtement dont désire l'octroi, Doit tout braver comme forte paroi,

L'hiver, ses frimas, sa froidure,

L'été, sa chaleur, sa piqûre,

Tel est l'amour, moi que je veux,

Obtenir de mon amoureux,

Sinon bonsoir la compagnie !

Adieu l'amour et sa mégnie!

Aime-moi peu, mais longtemps aime-moi, C'est le refrain de ma chanson, ma foi!

40 les poetes.

Les Poètes.

shakespeare.

A LUI la baguette magique Le pouvoir de tout enchaîner;

Il riva la Nature aux plis de sa tunique,

Et la Création a su le couronner.

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