‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 33 sur 162 · BOWLES (REV. W. LISLE · texte numérisé non relu

BOWLES (REV. W. LISLE

Né en 1762— Mort en 1850.

Les Enfants Endormis de Chantrey.

Regardez ces enfants sur le même oreiller

Dormant; marchez tout bas pour ne gâter leur songe,

Surtout n'approchez pas; leur mère, quand j'y songe,

Sitôt qu'il sera jour, les doit seule éveiller

Avec un doux baiser, une douce parole.

Un regard bienveillant qui tous deux les cajole!

Mais, hélas! ils sont morts! ils sont morts tous les deux.

Dans les bras l'un de l'autre, et paraissent heureux!

Comme si de mourir dans la verte jeunesse

C'est rêver de printemps, de fleurs et de liesse!

De fleurs! . . . Mais approchez, un lis est dans la main

De ce petit enfant, de ce beau chérubin.

Un lis brisé, mais non flétri, dont le calice

Est imbibé d'un pleur qui brille à l'orifice.

Ainsi dort-il l'enfant non flétri quoique mort;

Paraissant écouter de sa sœur qui s'endort

Le soufle délicat, la molle et douce haleine,

Comme il les entendait se soulever sans peine.

Alors qu'en l'embrassant avant de s'endormir

Tout auprès de sa sœur il allait se blottir!

Du sommeil si profond dont il dort ce bel ange

Seule le tirera la trompe de l'archange.

"Prenez, prenez ces fleurs qui tombent de la main

Du petit enfant mort, prenez, prenez soudain,

Et soupirez pour lui, pour ce doux petit être

Un adieu pour toujours, un au revoir peut être !

LSB MALOBÉ ÇA BU PAUTBE. 63

Soient en paix vos esprits, enûints gentils tous deux !

La paix soit avec vous qui vivez dans les cieux!

Mais avant de quitter vos dépouilles mortelles

Si vivantes encore, et dans la mort si belles!

Sur vos lèvres, enfants, déposons un baiser!"

"Mais c'est un marbre froid! je ne puis m'abuser!"

A tdi qui dérobas son âme à la nature

Pour en doter un marbre, un morceau de sculpture,

A toi, Chantrey, la gloire, à toi la renommée!

Ton cœur peut la narguer Fenvie envenimée !

Car ces gentils enfants qui dans un doux sommeil

Dorment ainsi, sans craindre un importun réveil.

Les siècles les verront, passeront sur leur tête.

Mais sans pouvoir jamais en £ûre la conquête;

Pour ces corps si charmants pas de corruption.

Ils n'enfanteront point Tannihilation,

Ce hideux ver rongeur, malveillante canaille

Sur le corps qui fut nous, qui grouille et fait ripaille;

Mais ce calme si doux, ce sourire enchanteur

Qui se joue immortel sur ces yeux sans lueur,

Attireront toujours avec de nouveaux charmes

Des mères le regard ému de saintes larmes;

Et les pères diront tous d'un commun accord:

Qu'ils dorment doucement ces enfants dans la mort!"

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