‹ Beautés de la poësie anglaise [tr.] par le chevalier de ChatelainChapitre 75 sur 162 · HERRICK (ROBERT · texte numérisé non relu

HERRICK (ROBERT

Né en 1591— Mort en 1674.

Requête Ai:x Pâquerettes de ne pas se fermer de si Bonne Heure,

Ne vous fermez sitôt, gentilles Pâquerettes,

La nuit n'a pas encor sous son manteau tout noir

Mis le soleil aux oubliettes, Ni forcé la nature à nous dire bonsoir.

Ils sont ouverts encor tous ces beaux soucis jaunes, Kt dans les cieux là haut on ne voit point siéger

Scintillante au milieu des zones Cette Vénus de nuit, l'Etoile du Berger.

Attendez donc au moins que ma belle maîtresse Ferme son œil qui fait la pluie et le beau temps ;

Après cela, je le confesse, Il peut vivre ou mourir le monde et ses enfants 1

A DES Primevères remplies de Rosée du Matin.

Pourquoi pleurez- vous, gentilles fleurettes?

Dans vos jolis yeux à quoi bon des pleurs?

Vous vîntes au monde assez joliettes

Pour ne savoir pas ses sombres douleurs?

Vous vîntes au printemps lorsque Taurore à peine De ses larmes avait répandu les splendeurs; Et n'avez pas connu la tempête soudaine

Qui vient et qui détruit les fleurs; Vous n'avez pas senti le souffle de la bise

Non plus le vent âpre et fougueux ;

152 LE BEBGÏfi 1 SA BEB^ÈES.

Vous n^êtes pas non plus, en dernière analyse,

Vieilles autant que sommes vieux; C'est étrange de voir des fleurs aussi jolies, Laisser pleuvoir ainsi tant de mélancolies

De leurs beaux yeux.

Parlez, parlez donc, gentilles fleurettes, Dites, dans vos yeux pourquoi tant de pleurs? Faut-il vous chanter dodo mignonnettes Pour les endormir vos jeunes douleurs?

Dites, ce grand chagrin d'où vient-il? qui le cause? Est-ce de vous trouver seules parmi les fleurs? Est-ce de n'avoir pu confier quelque chose

A l'amant qui lit dans vos cœurs?

Mais non, cette douleur dont vos yeux ont l'empreinte,

Et qui se traduit par des pleurs, Vous nous la faites voir comme une leçon sainte

Charmants petits prédicateurs :

C'est que tout dans la vie, et tout dans la nature, Conçu dans le chagrin, et s'enfante et s'épure

Dans les douleurs!

Le Berger à sa. Bergère.

Mon gentil amour, viens vivre avec moi, Voilà les plaisirs que j'aurai pour toi.

Le plus vert gazon sera ta couchette Avec oreiller de clievrefeuillette, A côté duquel de gentils ruisseaux Sauront te bercer du bruit de leurs eaux.

Le plus pur duvet de la toison blanche, Fera pour t'omer robe de dimanche.

Langues de chevreaux à chaque repas.

Pour boisson du lait ; et tu mangeras En guise de pain, pâte d'avelines, Avec de la crème, et force pralines.

LAMEÎîTATJiOir; DE DAV^^P SIFft 8AÛL. 153

Tes tables s^outiiiios napnts et nos prés, De charmantes âeurs toujours diaprés, Où tu t'afi^ierae, où le Rouge-gorge En chantant viendra pignocher de Torge ; Et te donnerai chaînes et colliers De fleurs, que prendrai sur les églantiers.

Si tu veux m'aimer, viens avec moi vivre, Tout, et plus encor, moi je te le livre.

HINaESTON (FRANCIS).

Né à St. Ives, Comwall, le 27 Novembre 1796— Mort le 7 Oct 1841.

Lamentation de David sur Saul.

" The beauty of Israël is slain upon thy high places : how are the mighty fallen." — // Samuelf i. 19.

Pleure! oh! pleure Israël de ta beauté la fleur! Les puissants sont tombés,— en vain tombés! . . . malheur! Le vainqueur est vaincu, le vaillant on le dompte, Les guerriers de Judah ont lâché pied . . . . ô honte!

Les montagnes l'ont vu ; mais qu'on n'en souffle mot Au Gentil, au Païen, de Baal au suppôt; Les filles d'Askalon connaissant la nouvelle Sur nous tous du mépris sonneraient la crécelle.

Oh! maudite soit l'heure ! oh! honni soit le JQUr! Oh du brave l'écu fut broyé sans retour ; Puisse rien ne pousser, — vulnéraire ou dictame, Sur les champs où. Saiil a rendu sa grande âme!

Que son glaive était fort aux jours de son orgueil! Qu'il s'est souvent grisé de victoires, de deuil! Que droit au but allait de Jonathan la flèche. Dans les rangs ennemis chaque fois faisant brèche!

154 1 UNE FLEUB SAUTAOE FLETKIE.

Us étaient avenants, et le père et le fils, Maintenant ils sont morts, leurs combats sont finis, Leur force et leur beautë sont de la tombe esclaves, La mort n'a sëparé ni les beaux ni les braves.

filles de Salem I pleurez votre seigneur.

Qui pour vous protéger tant de fois fut vainqueur,

Car il est éclipsé le soleil de sa gloire!

Sa beauté ne vit plus hormis dans la mémoire!

Les puissants sont tombés! ... les valeureux sont morts! Les soldats de Saiil ont cédé sans efforts!

Pleure! ô pleure Israël! pleure dans le silence L'Oint du Seigneur! . . . aussi le fils de sa puissance!

A UNE Fleur sauvage flétrie.

De mon pauvre cœur triste emblème, Tout flétri, tout fané, tout blême.

Quelque mise aux abois Que tu sois.

Cependant du matin quand voletait la brise.

Elle n'a point couru sur odeur plus exquise Que sur le doux encens qui de toi, simple Fleur, S'exhalait vers le Créateur.

Et maintenant tu gis flétrie!

Non pas du vent par la furie,

Car le vent cette fois Très courtois.

Tranquille en te voyant sur ton lit endormie, Par la lune veillée aussi bien qu'une amie.

Et sur l'air de la nuit épandant ton odeur, Ne voulut flétrir ta fraîcheur.

l'alouette. 165

Oh! non ce n'est pas .l'âpre bise Qui flétrit ta splendeur exquise,

Car lorsque le soleil Tout vermeil, De ses rubis sur toi répandais l'étincelle, Tu fus cueillie, hélas I par jeune jouvencelle, Et sur son sein bercée— un bien doux oreiller! . . . Mais pour dormir — sans plus te réveiller!

Page 1