RESPECT DE CONSTANTIN POUR LES PERES DE CE CONCILE
Les conciles généraux sont comme les états de tonte l'église. C'est la que les évèques, successeurs des apôtres, s'assemblent sous la présidence de celui de Rome, qui est le successeur de Saint Pierre, ou sous celle des légats qu'il a nommés pour le représenter. Le maintien de la pureté des dogmes et de la morale du christianisme, la condamnation des hérésies , des règlements relatifs à la discipline générale de l'église catholique, tels sont les grands objets sur lesquels ces saintes assemblées délibèrent et prononcent, avec l'assistance du Saint-Esprit.
Depuis le concile de Jérusalem où se trouvèrent quelques apôtres et quelques prêtres, qui représentaient dans leurs
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personnes l'église naissante, il avait été impossible aux évoques de s'assembler en assez grand nombre pour former un concile général, et ce ne fut que sous Constantin, qu'à l'occasion des erreurs d'un prêtre d'Alexandrie, nommé Arius qui niait la divinité de Jésus -Christ, ils purent se réunir à iNicée en assez grand nombre pour représenter toute la catholicité.
Constantin venait de réunir tout l'empire sous son sceptre, par la défaite de son collègue Licinius, qui s'était fait persécuteur des chrétiens; voulant rendre la paix à l'église, troublée par l'hérésie d'Arius, il convoqua dans la ville de INicée en Bithynie, voisine de celle de Mcomédie , où il résidait depuis qu'il avait quitté Rome, un concile œcuménique des évéqucs de tous les pays soumis à sa vaste domination; il leur envoya à tous des lettres respectueuses, pour les inviter à s'y rendre le plutôt possible, et leur fournit les moyens nécessaires pour faire leur voyage avec toutes les commodités possibles.
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Ces cvèqucs se Irouvèrent assemblés nu nombre de trois cent dix-huit, sans compter les prêtre^, les diacres, et autres Gcclésiasliques des ordres inférieurs; plusieurs s'étaient distingués par 1 eminence de leurs vertus, et portaient encore sur leur corps de glorieuses marques du témoignage qu'ils avaient rendu à Jésus-Christ pendant la persécution. Osius, évêque de Cordoue , âgé de cent ans , présidait cette auguste assemblée , en qualité de légat du pape saint Sylvestre, que son grand âge avait empêché de s'y rendre.
Saint Alexandre, évéquë d'Alexandrie, était accompagné du diacre Athanase, encore jeune, qui lui fut d'un grand secours: il y avait encore deux évèques d'Egypte, fort célèbres. Potamon d'Héraclée sur le Nil et Paphnuce de la Haute-Thébaïde.
Celui-ci avait eu pendant la persécution, l'œil droit crevé, et le jarret gauche coupé; pendant la tenue du concile, l'empereur le faisait souvent venir dans son palais, l'embrassait, et lui baisait l'œil qu'il avait perdu pour la foi.
Spyridion, évêquedeTrimithonte dans l'île de Chypre, n'était pas moins admirable; il gardait des moutons tout évêqiie qu'il était; comme son diocèse était petit, et son peuple fort pauvre, il travaillait pour vivre, sans négliger le moindre de ses devoirs de pasteur.
Saint Jacques, évêque de Nisibe, ne se nourrissait que de fruits sauvages; sa tunique et son manteau étaient d'un poil de chèvre très-rude; il vécut à IXicéc avec la même austérité, à laquelle il ajoutait le soin des pauvres, la prédication et d'autres devoirs de l'épiscopat.
Avant le jour de la séance publique, les évéques tinrent des conférences particulières. Arius qui y fut appelé, exposa toutes ses erreurs. Le jour de cette séance étant arrivé, tous les pères se rendirent dans la plus grande salie du palais impérial. Constantin entra après tous les autres, les yeux baissés, et marchant avec une modeste lenteur, et ne s'assit qu'après que les évéques l'en eurent prié par un signe. L'évêque qui était à sa droite prononça un petit discours.
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dans lequel il lui adressa la parole et rendit à Dieu, pour lui, do louchantes actions de grâces; Constantin lui répondit avec beaucoup de modestie, et témoigna aux évêques la joie qu'il éprouvait de les voir tous rassemblés , ainsi que son désir de les voir tous réunis dans la même doctrine.
Ce prince voulut que ces prélats délibérassent en toute liberté, sur les questions qui intéressaient la foi ; les pères commencèrent par examiner la doctrine d Arius : on l'entendit lui-même, et il répéta ses blasphèmes en présence de l'empereur; le coneile après avoir témoigné rhcrreur qu'il en éprouvait, voulut établir la doclrine de l'église; il commença donc par déclarer que Jésus-Christ est vrai fils de Dieu, égal à son père, sa vertu, son image, subsistant en lui, enfin vrai Dieu. Comme les partisans d'Arius trouvaient toujours, parleurs subtilités, moyen de détourner ces expressions de leur vrai sens , le concile ne trouva pas de terme plus propre à exprimer l'unité indivisible de nature, que le nîot con-^
substantiel; quand on en fut convenu, ainsi que des autres qui exprimaient la foi catholique, Osius en dressa la solennelle profession, si connue sous le nom de symbole du concile de Nicée; tous les évêques, à l'exception d'un petit nombre d'Ariens, l'approuvèrent et y souscrivirent.
Quand le concile eut terminé ses travaux, Constantin voulut traiter magnifiquement les évêques avant leur départ; ce festin fut pour eux un spectacle aussi agréable que nouveau, ils croyaient voir plutôt un songe qu'une vérité, Après qu'ils se furent levés de table, l'empereur leur fît à tous de superbes présents, à proportion de leur dignité ; quand ils furent sur le point de retourner à leurs églises, il leur parla pour prendre congé d'eux, les exhorter à la paix, à l'union, et se recommander â leurs prières.
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fermete de sal>it ambroise à l egard de l'empereur théodose, soumission et pénitence DE CE PRINCE.
La ville de Thessaloniqiie s'était révoltée contre son gouverneur, qui perdit la vie dans celte sédition. Théodose prit la résolution d'en punir les habitans d'une manière éclatante; avant que Saint Ambroise. archevêque de Miîan, fût informé de son dessein, sept mille personnes périrent dans le massacre qu'il ordonna. Quelque temps après cette horrible boucherie , il sort de son palais pour se rendre à l'église; Ambroise, informé de son approche, se hâte d'aller au-devant de lui, et lorsque ce prince est arrivé à la porte de la maison de Dieu, fl Arrêtez-vous, lui cric-t-iî, seigneur; gardez-vous d'entrer; il semble que vous no comprenez pas toute l'étendue de votre crime ; peut-être l'éclat de votre dignité vous éblouit, et vous dérobe la vue de
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VOS faiblesses; sachez que vous clés un homme comme les autres. Comment osez-vous entrer dans le temple du Dieu que vous avez offensé? Oseriez- vous donc étendre vos mains teintes du sang d'uu si grand nombre d'innocens, pour recevoir le corps de Jésus-Chrisl? Oseriezvous recevoir son sang adorable dans une bouche qui a ordonné tant de meurtres injustes? relirez -vous , prince, et n'ajoutez pas un nouveau crime à celui que vous avez commis. — Je reconnais mon crime, répondit l'empereur, en baissant les yeux; mais j'espère que Dieu me le pardonnera comme à David.
— Puisque vous l'avez imité dans son péché, répliqua Ambroise, inutcz le dans sa pénitence.)
Théodose, au lieu d'insister, se retira dans son palais, les larmes aux yeux, et y demeura huit jours, éloigné des sacremens de l'église, et livré aux pratiques austères de la pénitence; le jour de la Nativité de Jésus-Christ, pénétré de douleur de ne point participer à la joie des fidèles, dans cette solennité, il se
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leva de grand matin. Rufin, un des principaux officiers de son palais, touché de compassion pour son et it, se chargea d'aller trouver Ainbroise et de le prier d'user d indulgence envers lui, en abrégrant le temps de sa pénitciice. « Il ^le \ous convient guère, dit le saint évêque à cet officier, de vous rendre le médiateur de l'absolution d'un crime, dont vous êtes le premier auteur, par vos funestes conseils. * Rufîn, après bien des instances inu!i!es, « Eh bien! dit-il, Tempert ur va se présenter. — Je vous déclare, Rufîn, reprend Tévèquc, que je l'empêcherai d'entrer; s'il veut changer sa puissance en tyrannie, je me laisserai égorger avec beaucoup de joie. »
Théodose était déjà arrive au milieu de la place de Milan , lorsque Rufm l'avertit de la résolution d'Ambroise, et lui conseilla de retourner à son palais. « ^ïon, dit le prince, j'irai à l'église et je recevrai l'humiliation que je mérite, s Ambroise s'étant avancé vers lui^ lui parla avec une magnanimité qui pénétra son cœur; à la généreuse liberté de ce grand pré-
lat, Théodose n'opposa qu'une profonde humilité. Après avoir été soumis hors de l'église à la pénitence publique, et avoir reçu ensuite l'absolution, il reçut la permission d'assister dans le temple à la célébration des offices divins; il s'était dépouilié de ses habits impériaux, et prosterné sur le pavé, en disant comme le psalmiste : ma bouche est collée à la terre; rendez-moi la vie selon vos proinesses.
On ne sait ce qu'on doit le plus admirer ici, ou de l'héroïque fermeté de Saint Âmbroise, ou de la parfaite docilité de Théodose. Voilà donc les sublimes vertus que le christianisme inspirait aux chefs de réglise chrétienne et aux maîtres du monde, et dont le paganisme n'avait jam lis montré la plus légère apparence! Quel prêtre des faux dieux eût osé pcirlcr, comme saint Ambroise, à un empereur, et quel empereur avant Constantin eut supporté ce langage? bassesse^ servilité d'un côté, orgueil de l'autre, telles étaient les qualités qui distinguaient les pontifes et Icjs empereurs payens.
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