ACTE TROISIÈME * l
PÉTILLON
Mes moyens ne me le permettraient pas; mais quand bien même...
LA BARONNE
Vous n'avez pas à craindre de vous compromettre aux yeux de votre femme, puisque, depuis deux ans et demi, vous ne l'avez pas revue.
PÉTILLON
Je vous demande pardon, madame la baronne. Tout à l'heure, en traversant la rue Taitbout, je l'ai précisément aperçue entoilette fort élégante, ma foi. Et cette rencontre a ravivé mon chagrin...
LA BARONNE
De l'avoir quittée?
PÉTILLON
Oh! non ! mais de lui payer une pension annuelle de douze cents francs.
LA BARONNE
Raison de plus pour ne pas me refuser un service que je saurai reconnaître.
PÉTILLON
Oh ! madame la baronne, ce n'est pas l'intérêt...
J'en suis convaincue. Savez-vous où elle demeure?
PÉTILLON
Ma femme?
LA BARONNE
Non, mademoiselle Aurélie.
PÉTILLON
Ah! cela, je le saurai par mes élèves. Ils la connaissent tous.
LA BARONNE
Ah!
PÉTILLON
Oui, il paraît qu'elle plaît beaucoup aux étudiants en droit... Mais, une fois chez elle, madame la baronne, qu'est-ce que j'aurai à lui dire?
LA BARONNE
Vos élèves ne vous ont pas enseigné la façon de vous y prendre ?
PÉTILLON
Je sais seulement que le meilleur argument auprès des petites dames... ce sont encore les petits cadeaux. la baronne, se levant ainsi que Pétition.
Oui, vous avez raison. (Allant prendre un billet de banque dans le meuble à gauche, entre les deux portes.) Eh bien, tenez, monsieur Pétillon, voici ce qui me reste de mon mois, pour faire aller la maison. (Elle le lui donne.)
PÉTILLON
Mais... monsieur le baron?...
LA BARONNE
Je le réduirai au pot-au-feu... Et ce sera bien fait! Pourquoi est-il si serré? Vous achèterez un bracelet ou un médaillon que vous offrirez à mademoiselle Aurélie. Vous lui expliquerez que c'est le cadeau del'étrier, et vous la supplierez, de ma part, de laisser dorénavant bébé tranquille.
pétillon, mettant le billet dans sa poche.
Soit, madame la baronne. Ah ! je vous demande aussi la permission de lui offrir un bouquet... Ces dames ne détestent pas les fleurs.
LA BARONNE
Va pour le bouquet. Et maintenant je vous laisse, mon* sieur Pétillon... Hâtez-vous et ne reculez devant rien 1 (Elle sort par le pan coupé de gauche.)
PÉTILLON
Vous serez satisfaite, madame la baronne. (A part.) Le