CRITIQUE, CHRONOLOGIQUE ET ANECDOTIQUE
de l'Œuvre de Beethoven.
Horaines quaerunt veritatem in microcosmis suis, minime vero in mundo majori.
Heraclitus. Ephes.
Un Catalogue de Fœuvre de Beethoven n'est point chose facile à faire. Les catalogues existants ne sont ni complets, ni exempts de contradictions. La principale cause en est qu'il arrivait à Beethoven de publier tel ouvrage aussitôt sa production, de retenir tel autre pendant des années avant de le livrer à la publicité. L'ouvrage retardé recevait un chiffre d'œuvre antérieur au chiffre de la dernière publication ou n'en rece-' vait pas du tout. De là, les lacunes, la répétition des mêmes ' chiffres. Plus d'une fois Beethoven voulut dresser lui-même le catalogue de son œuvre, mais il n'en vint point à bout, tout travail mécanique lui étant odieux. On eut toutes les peines du monde à lui arra-
cher seulement quelques métronomisations, encore les condamna-t-il sitôt qu'il les vit publiées.
Un catalogue de l'œuvre de Beethoven doit tenir compte des quatre catégories suivantes :
1° Des compositions portant un chiffre d'œuvre (opéra, opus) ;
2° Des compositions portant un numéro au lieu de chiffre d'œuvre ;
3° Des compositions sans opéra, ni numéro ;
4° Des compositions posthumes dont les unes portent des chiffres d'œuvre qui alors sont le fait de l'éditeur, dont le grand nombre ne présentent ni chiffres d'œuvre, ni numéros.
Les quatre sections du présent Catalogue reposent sur ces quatre catégories qu'on ne saurait réduire sans inconvénients à deux, aux compositions à chiffres d'œuvre et sans chiffres d'œuvre, système adopté par le catalogue thématique de Breitkopf et Hàrtel.
La difficulté de la non-concordance des catalogues est encore très grande. Nous avons, dans le doute, donné la préférence au chiffre de l'éditeur primitif. Pour cela il fallait se mettre en possession des premières éditions originales. Ce fut un premier, long et dispendieux travail. Pendant plus de vingt ans nous avons collectionné des éditions.
La liste des ouvrages de Beethoven édités par Breitkopf et Hàrtel, que ces libraires ont fait imprimer en 1850 sur le verso de quelques cahiers de compositions de piano du jour, doit faire autorité, une maison de librairie de cette importance étant censée connaître son fonds. Malheureusement cette liste ne dépasse pas l'opéra 86 et montre 46 lacunes, autant de compositions de Beethoven publiées par d'autres éditeurs. Il eût été si simple pourtant que chaque éditeur publiât
sa liste à lui, que ces listes réunies et combinées devinssent la loi de la librairie musicale. On n'en a rien fait. On n'a pas plus systématisé la partie numérotée du catalogue. Les éditeurs n'auraient eu pour cela qu'à se communiquer leurs correspondances avec Beethoven, à rouvrir leurs archives. Les dates des lettres d'envoi de Beethoven fourniraient le principe le plus naturel pour numéroter d'une manière rationnelle les compositions qui portent un numéro double, un numéro douteux ou qui n'en portent pas du tout. Mais il y a plus. Les compositions sans chiffres d'œuvre ni numéros sont encore à l'heure qu'il est, et à bien peu d'exceptions près, une terra incognita. Plusieurs d'entre elles, les Lieder surtout, méritent bien cependant l'attention de l'artiste. Il n'y a pas jusqu'à la musique de danse de Beethoven qui n'ait un certain intérêt historique. Il reste deux choses à faire pour la partie sans chiffres d'œuvre ni numéros de l'œuvre de Beethoven :
1° Une édition complète (musique instrumentale,
vocale, de danse) ; 2° Un album de piano qui réunirait ces compositions
arrangées pour piano seul.
Liszt a déjà arrangé pour piano seul avec autant d'habileté que de réserve quelques Lieder. Le tour des Lieder moins connus, inconnus même, devrait venir.
La réédition de cette partie de l'œuvre est une dette que les éditeurs enrichis par Beethoven ne devraient pas plus longtemps différer de solder. L'entreprise, d'ailleurs, serait une bonne affaire. Quel musicien, quel amateur un peu artiste n'achèterait pas cet album ? L'album ne négligerait point de garder, dans les arrangements pour piano de la musique de chant, une place aux textes, indispensables pour la comprendre. Et ne vous effrayez pas, vous autres au-delà du Rhin, on ne traduira point ces textes, une traduc-
tion française de Wonne der Wehmuth, mit einem gemalten Bande, ne pouvant être qu'un méné-tékel germanique quelconque de plus, très incompréhensible chez vous. Cette publication aurait besoin d'être faite avec élégance, avec critique surtout.
Les éditeurs, qui voient tant de choses, ne voient donc point celle-là ?
Gomment, dans notre siècle d'albums et d'illustrations, n'a-t-on pas pensé à une édition qui recueillît ces épaves de la pensée du maître, que la plus grande partie des musiciens les plus versés dans leur art igaorent complètement, et qu'il est si difficile aujourd'hui de réunir, que nous n'avons rencontré ni à Berlin, ni à Vienne, ni à Leipzig, ni surtout à Paris, un seul magasin de musique qui les possédât toutes. Nous avons dans nos pérégrinations expérimenté la chose. Il serait donc vrai qu'il n'y a pas en Allemagne si petit acquéreur d'un Lied qui veuille se désister de son droit de V3nte exclusif au profit d'une édition complète, bien que personne ne lui achète son Lied ? Gela tiendrait aux idées d'union allemande.
Les catalogues des magasins de musique (Cranz, Hoffmeister, Breitkopf, etc.) n'ont été pour nous qu'autant de points de comparaison ; nous avons consulté comme documents :
1° Le catalogue qui accompagne la sonate de piano (op. 106) dans les deux éditions d'Artaria à Vienne, éditeur de Beethoven. Ce catalogue est peu critique cependant, le même chiffre y est donné à jusqu'à cinq compositions différentes, les arrangements ne sont point séparés des compositions originales. On a deux quintettes de Beethoven pour deux violons, deux altos et violoncelle ; ce catalogue en connaît une foule. C'est une trouvaille qu'on peut lui envier.
2° La liste déjà mentionnée de Breitkopf et Hârtel, éditeurs de Beethoven.
3° Le catalogue thématique de Hoffmeister, éditeur de Beethoven, pendant du Manuel de Littérature musicale, Leipzig, 1819. Il ne faut pas confondre ce catalogue, typographiquement remarquable pour les temps où il fut publié, avec Fouvrage : Handbuch der musikalischen Literatur, Leipzig, 1815, qui n'a aucune valeur critique»
4° Le répertoire universel de musique de Whistling, travail d'une patience de Bénédictin, mais non point critique, indispensable seulement pour connaître les arrangements et les diverses éditions.
L'œuvre entier de Beethoven, ou peu s'en faut, a été arrangé pour piano à quatre mains, souvent la même composition par plus d'un homme de talent. Cette richesse de moyens prouve la pauvreté des effets. Il y a peu d'arrangements satisfaisants : leur défaut est de substituer le piano à l'orchestre, dont le piano ne peut et ne doit être que le microcosme. On ne gagne rien à le surcharger, à abuser des deux dernières octaves de cet instrument dont la tonalité est nulle ; on ne gagne pas davantage à faire d'un arrangement une partition complète, inexécutable à tout prendre ; à demander au piano des effets qu'il ne saurait produire, condamné qu'il est, par l'absence de la diversité des timbres, à l'homogénéité du son. Répéter d'octaves en octaves, ce n'est pas encore augmenter.
Les arrangements pour le piano à quatre mains de Watts, de Muller (symphonie héroïque), de Hummel (ouverture en mi majeur de Fidélio), de Schneider (symphonie en ut mineur), sont, à notre avis, les meilleurs, parce qu'ils ne forcent point le piano et laissent
à l'exécutant, comme à l'auditeur, toute latitude de suppléer. Un bon arrangement ne reproduit que les grandes lignes des idées et ne se met point à leur place. Il y a le tableau, il y a la gravure. Beethoven goûtait peu les arrangements de son œuvre, quoiqu'il ne fût guère plus heureux lui-même dans l'arrangement pour piano à quatre mains de la symphonie en la. Hummel, Moscheles, Czerny eurent plus d'une lance à rompre avec Beethoven, qui déchira une réduction de Hummel pour piano, de Fidêlio (Schindler, p. 254).
Les trios, quatuors et quintettes pour instruments à cordes viennent d'être arrangés pour piano à deux mains par Winkler. C'est un grand service rendu à quiconque n'a pas l'habitude des partitions ; ces arrangements sont des partitions à l'usage des innocents.
Notre catalogue indique les arrangements qui nous semblaient mériter la préférence. En notant les arrangements pour instruments à cordes, nous avons pensé aux nombreux fidèles réduits à jouer, dans une localité donnée, une symphonie en quintette. Nous avons indiqué entre parenthèses les noms des éditeurs toutes les fois que ce renseignement pouvait présenter une utilité. Nous avons tenu compte des dates des compositions telles qu'on les trouve dans les ouvrages de Sohindler, Wegeler, Ries, Kanne, Schlosser, Gerber; Nous avons encore extrait les articles critiques du temps, répandus dans l'immense recueil de la Gazette musicale universelle de Leipzig, commençant à l'année 1798, 51 volumes in-quarto. Les dates de ces articles peuvent en quelque sorte suppléer les dates des compositions, parce qu'ils suivirent le plus souvent d'assez près leur publication. Aucune composition ne saurait du moins être postérieure à la date de l'article critique qui en rend compte ; c'est déjà quelque chose. C'est la première fois qu'on s'avise de restituer les dates par
ce moyen. Ces critiques, le plus souvent absurdes, presque toujours au-dessous de leur sujet, ont l'intérêt de prouver combien Beethoven fut au-dessus de son époque, combien il devina juste l'avenir de son art. Quel ne fut pas le génie de cet homme pour répondre par de nouveaux chefs-d'œuvre, qui n'étaient pas plus compris, au haro général dirigé contre lui ! On ne se persuade plus bien réellement aujourd'hui que des jugements pareils aient pu se prononcer, que des esprits supérieurs aient pu être aveugles à ce point !
Les intitulés des ouvrages de Beethoven se partagent quatre langues, le français, l'allemand, l'italien, le latin (Messe en ré). Nous avons conservé les intitulés originaux, une traduction, littérale même, pouvant en altérer le caractère sinon le sens. Les données anecdotiques extraites d'ouvrages allemands sont suivies d'une traduction en français. Nous. n'avons pas traduit les articles critiques du temps, parce que la lettre y importe plus que l'esprit et ne pouvait se rendre. Pourquoi d'ailleurs ne point citer l'allemand dans un livre écrit en français, comme on a toujours cité sans inconvénient le français dans les livres allemands ?
On a douté de l'authenticité de Schindler. On peut lui préférer Wegeler et l'autorité de Ries, mais on est bien obligé d'accepter ce qu'il dit toutes les fois qu'il est seul à le dire et qu'il n'y a pas de raison connue pour douter de sa véracité. « Quisquis pr^sumitur bonus donec probetur contrarium ». Nous n'entendons pas y comprendre le récit débité par Schindler, p. 161, auquel la personne intéressée nous a dit vouloir donner un démenti, les preuves du contraire en mains. Il ne faut pas oublier que Schindler entoura Beethoven pendant quatorze ans, et qu'il en serait le biographe le plus complet rien que pour nous avoir conservé les correspondances et autres documents authentiques qu'on ne posséderait pas sans lui.
Pour démontrer le côté pratique d'un catalogue raisonné de l'œuvre de Beethoven, nous dirons un mot des erreurs où sont tombés, entre autres critiques, M. Fétis et M. Scudo.
On lit dans la Biographie des Musiciens de M. Fétis, article Beethoven : « Le catalogue renferme six sonates pour piano et violoncelle ». On ne trouve six sonates qu'en comptant la sonate pour piano et cor, op. 17, arrangée pour piano et violoncelle, comme elle Ta été pour piano et violon, pour piano et alto, pour piano et flûte. M. Fétis compte six trios pour piano, violon et violoncelle. Il fallait bien mentionner encore le trio en un morceau composé en 1812 (lettre a de la troisième section du catalogue), les deux trios posthumes, trios dont l'authenticité est attestée par Ries (lettre o, quatrième section) ; les variations pour piano, violon et violoncelle, op. 44, 121.
M. Fétis connaît un quatuor pour piano, violon, alto et violoncelle, puis un quintette pour piano et instruments à vent. Le quatuor est un arrangement du quintette. M. Fétis ne dit pas que le sixième concerto de piano est un arrangement du célèbre concerto de violon, op. 61. La chose en valait pourtant la peine. M. Fétis compte cinq trios pour violon, alto et violoncelle. Il y en a quatre, op. 3, 9 (trois trios). M. Fétis aura pensé à la sérénade pour violon, alto et violoncelle, op. 8. Autant valait lui laisser son nom de sérénade, comme à la sérénade pour flûte, alto et violoncelle, op. 25, dont M. Fétis ne change pas l'intitulé.
Il n'y a 17 quatuors pour deux violons, alto et violoncelle, qu'en comptant la grande fugue pour deux violons, alto et violoncelle, op. 133, comme 16e quatuor. Il fallait expliquer cela d'autant que la fugue faisait dans l'origine partie du 14e quatuor.
M. Fétis connaît trois quintettes de violon. Il y en a deux, op. 4 mi bémol, op. 29 ut majeur. M. Fétis aura
vu dans les catalogues un quintette op. 104. Ce quintette est un arrangement de Beethoven du troisième trio de piano, ut mineur, op. 1. M. Fétis donne à deux ouvertures des intitulés allemands qu'elles ne portent pas et à ces intitulés un sens qu'ils n'ont pas. L'ouverture en ut, op. 115, M. Fétis l'appelle Nahmensfeier et traduit : de la fête patronale. Le manuscrit autographe de l'ouverture, que nous avons vu entre les paains de M. Charles Czerny à Vienne, porte : am Nahmenstage unseres Kaisers Franz (le jour de fête de notre empereur François), ce qui veut dire que si l'ouverture ne fut pas écrite ce jour par Beethoven, il en conçut du moins à cette occasion l'idée. Aussi faut-il ne point la confondre avec l'ouverture, op. 124, écrite pour l'inauguration du théâtre de la Josephstadt à Vienne, le jour de fête de l'empereur François, 3 octobre 1822.
Aucune édition de l'ouverture, op. 115, ne porte l'intitulé Nahmensfeier. — L'ouverture en ut, op. 124, M. Fétis l'appelle : die Weihe des Hauses, traduction : « de la dédicace du temple », quand il n'y a de temple qu'un théâtre de vaudeville. Ni la partition, ni aucune édition de l'ouverture, ne porte l'intitulé que lui donne M. Fétis sans l'avoir compris : Haus étant le synonyme de salle de spectacle. M. Fétis parle de l'ouverture de Léonore, puis de l'ouverture caractéristique, op. 138, que est la première ouverture de Léonore ; il ne dit mot de la variante de la seconde ouverture de Léonore, qu'il faut envisager comme une troisième ouverture en ut de l'opéra et qui méritait bien une mention.
Au nombre des œuvres posthumes, M. Fétis cite l'octuor pour instruments à vent, citation de catalogue de magasin de musique servant à apprendre comment il ne faut pas faire en matière de critique. Si M. Fétis avait seulement lu la première mesure de l'octuor, il eût reconnu son identité avec le quintette de violon
op. 4, composé en 1796. On ne comprend pas plus comment M. Fétis trouve 13 œuvres de pièces de différents caractères pour piano, qu'il nomme : andantes, fantaisies, bagatelles, préludes, rondos, danses ; vingt thèmes variés pour piano ; 22 autres pour piano avec accompagnement de violon, de violoncelle ou de flûte, enfin 74 (!) pièces pour le chant avec accompagnement de piano. Un seul coup d'œil sur la table générale à la fin de notre catalogue, qui repose sur des preuves et non point sur des assertions volontaires, démontre Tinexactitude des chiffres de M. Fétis.
M. Scudo (Revue des deux Mondes, 12 octobre 1870) compte hardiment 49 sonates de piano. Il y en a 32 ; en ajoutant les six sonates et sonatines qui datent de l'enfance de Beethoven (troisième section du catalogue, lettres d, e, /), on en trouve 38 ; en y ajoutant les dix sonates pour piano et violon, les cinq sonates pour piano et violoncelle et la sonate pour piano et cor, on arrive à 54 sonates en tout, mais non point au chiffre de M. Scudo.
A en croire M. Scudo, Beethoven aurait traité tous les genres depuis le simple caprice de flûte, crescendo. Il n'y a de flûte qu'une sérénade pour flûte, alto et violoncelle, op. 25, qui n'est ni un caprice, ni un simple caprice. Beethoven n'a pas écrit de morceau a capella ; il n'a donc pas absolument traité tous les genres depuis le simple caprice de flûte, expression d'une assez grande légèreté, quand il s'agit d'un maître comme Beethoven ; passe pour Tulou. Un simple caprice de flûte comporte l'idée d'une pièce écrite pour une seule et unique flûte. Cette idée, pleine de charmes pour les joueurs de flûte, Beethoven ne l'eut pas.
M. Scudo donne au quatuor en la mineur, op. 132, le chiffre d'oeuvre 12, ce qui place une œuvre capitale de la dernière transformation du génie de Beethoven au rang des productions de sa première manière. Les
trois sonates de piano, op. 10, M. Scudo les appelle les trois premières, en supprimant ainsi quatre sonates des plus importantes, op. 2 (trois sonates), op. 7.
Après avoir établi que la sonate en ut dièse, mineur raconte les amours de Beethoven et de Mademoiselle la comtesse Juliette Guicciardi, qu'il appelle madame Guicciardi, M. Scudo rapporte ce mot de Beethoven : « Voulez-vous connaître l'idée fondamentale des deux sonates, op. 27 et 29 ? lisez la Tempête de Shakespeare. » Or, nommer ces chiffres, ce n'est pas nommer deux sonates, c'est en nommer cinq. Beethoven parla d'ailleurs de la sonate en fa mineur, op. 57, et de la sonate en ré mineur, qui n'est qu'une des trois sonates comprises sous le double chiffre d'œuvre 31 (29), V. ces chiffres au Catalogue et comparer Sch., p. 199. M. Scudo, tout en consacrant un article spécial à la sonate en ut dièse mineur, ignorait donc que cette importante composition porte précisément le chiffre d'œuvre 27 pour lequel il renvoie le lecteur à Shakespeare. La sonate ne saurait être l'histoire d'une passion de Beethoven et être encore la Tempête de Shakespeare ; c'est cependant là le dilemme auquel M. Scudo arrive sans s'en douter.
Si M. Fétis, théoricien en juste renom, directeur d'un célèbre conservatoire ; si M. Scudo, critique en vogue et dont les écrits ont plus d'un intérêt pour l'artiste comme pour l'amateur ; si ces deux auteurs distingués ont pu errer à ce point, un catalogue critique de l'œuvre de Beethoven ne peut pas être chose inutile.
On lit dans le Journal des Débats du 17 janvier 1851 : « On entendra enfin (société de Sainte-Cécile) l'ouverture de Beethoven (ut majeur) exécutée pour la première fois à Paris ». Ce programme laise le choix entre les six ouvertures de Beethoven écrites en ut majeur (Promêthée, trois ouvertures en ut de Lêonore, les deux ouvertures, op. 115, 124).
Le n° 6 de la Reçue et Gazette musicale de Paris, 1851, annonce, pour le second concert de la société Sainte-Cécile, des fragments du grand octuor de Beethoven. Nous avons vu que l'octuor est identique avec le quintette de violon, op. 4.
Les programmes de concert même auraient donc besoin de se régler sur un catalogue dont l'exactitude aurait été reconnue. Le célèbre Hummel qualifia la symphonie en ut mineur de troisième, erreur relevée par la Gazette musicale universelle de Leipzig, 1829, p.
Que les éditeurs d'Allemagne complètent notre Catalogue des données biographiques, chronologiques et critiques qu'on doit pouvoir tirer de leurs archives. La moindre 'donnée authentique en pareille matière a son prix. 11 n'y a pas jusqu'aux misérables deniers dont fut soldée sinon payée telle production immortelle, qui ne concourent à faire comprendre combien le maître fut au-dessus de son temps, quelle fut en un mot sa grandeur. Combien furent payés les trois quatuors, op. 59, cette troisième génération du quatuor comme Haydn est la première, Mozart la seconde ? L'éditeur pourrait nous le dire. A-t-il bien réellement un intérêt de se taire ?
Tout peut, tout doit se dire là où la mort et la gloire ont passé !
Que les personnes compétentes reconnaissent, dans le travail ingrat que nous offrons au public, une pierre apportée à l'édifice, et nous ne jugerons point nos peines perdues.
Notre travail était achevé quand le catalogue thématique de Breitkopf et Hàrtel parut (mai 1851), lequel est pour les yeux ce que le nôtre est pour l'esprit. On consulte un catalogue thématique, on lit un catalogue critique, chronologique et anecdotique. Nous mentionnons à la fin du Catalogue, dans un appendice
à cet effet, les fautes et les lacunes du catalogue de Breitkopt, entreprise très méritoire, qu'une réédition de la musique de chant de Beethoven, comme nous Favons indiquée plus haut, devrait suivre. Reposant sur d'autres sources, fait dans un but tout autre, dans un but critique, notre travail est entièrement indépendant du catalogue thématique de Breitkopf.
Au moyen de la table générale on trouvera une composition donnée avec la même facilité qu'un mot dans un dictionnaire.