Trio pour P., V. et Vcelle si bémol, dédié àl'archi
(l) Un pont de perles se construit sur le lac bleu, s'élève et disparaît dans des hauteurs vertigineuses.
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duc Rodolphe. Ar. pour P. à 4 m., par Czerny.
G. U. M., 1823, p. 192 : « Le premier passage est très riche en beautés artistiques et écrit avec une pompe élégante. Le menuet est développé, dans sa frivolité apparente,en beautés de contrepoint à la manière du véritable maître qui écrit savamment sans faire étalage de savantisme. Le troisième est un andante avec des variations (sic) dont le thème calme (!) est modifié avec adresse (!) et prudence (encore mieux !). B. prépare le finale dans lequel tous les instruments sympathiques (Tricinium) luttent en passages vifs et brillants ; à Faide d'un inganno nous nous trouvons transportés dans le la majeur presto... et B. termine le tout très énergiquement par une coda pleine de feu». (Oh! incorrigible épicier !)
Ce trio qu'on devait appeler tout court le grand, quoiqu'il ne porte seulement pas cette épithète dans l'intitulé, est le miracle de la musique d'ensemble du piano, une de ces créations complètes comme en on rencontre de siècle en siècle dans les arts. Voyez plutôt la conversation suivante entre B. et Schindler, mars 1827, quelques jours avant la mort de B., qui malheureusement n'écrivit point ses réponses qu'il faut reconstruire avec la partie écrite de la conversation de son interlocuteur :
« Schindler, vous êtes très bien aujourd'hui, nous pourrions jouer quelque chose, par exemple : le trio en si majeur. Aristote dit dans sa poétique de la tragédie : Il faut que les héros tragiques commencent à vivre dans tout l'éclat du bonheur et de la richesse. C'est ce que nous voyons dans YEgmont de Gœthe. Quand alors ils sont très-heureux, la destinée survient
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tout à coup et leur jette autour du cou un lacet dont ils ne parviennent plus à se débarrasser. Le courage et le défi remplacent la fortune, et, pleins de témérité, ils regardent en face le destin, la mort même. » Ici B. dut partir de la Mêdée d'Euripide, comme on va le voir par la réponse de Schindler : « La Mêdée ne m'est plus présente à la mémoire. Il faut que vous m'expliquiez cela mieux, sans cela la chose restera obscure pour moi ». A la réponse de B qui ne nous est pas conservée, Schindler répliqua : « Le sort de Klaerchen dans Egmont intéresse comme celui de Gretchen dans Faust, parce qu'elles étaient naguère si heureuses. Une tragédie qui commence, marche et finit par la tristesse, est ennuyeuse ».
« A quoi bon partout une inscription ? Cela doit nuire là où le sentiment, l'imagination doivent la placer. La musique ne peut ni ne doit donner partout au sentiment une direction déterminée. Je suis très impatient de caractériser le trio. Le premier passage parle de bonheur, de caprice, d'enjouement, d'entêtement (à la Beethoven, bien entendu), n'est-ce pas ? Dans laseconde partie, le héros est parvenu au point culminant du bonheur ; dans la troisième, le bonheur se transforme en émotion, souffrance et pitié. Je tiens Yandante comme l'idéal le plus complet de sainteté et de béatitude. Les mots ne peuvent rien ici ; ils sont de mauvais serviteurs de la parole de Dieu que la musique exprime. » Sch., p. 290.
Ces quelques indications sont précieuses pour le pianiste, qui reconnaîtra dans cette composition hors de toute proportion une œuvre dont l'interprétation est confiée à trois instru-
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mentistes éprouvés. Ce trio devrait être défendu au dilettantisme par respect pour les gloires et splendeurs du génie. Grands artistes ! ne faites point de ce trio un caricato quelconque, fût-il très élégant, pimpant, à la mode votre caricato. Ce trio devrait être au-dessus d'éphémères prétentions.