LES COTRETS
"Mais Charles! Charles, comme te voilà fait! tout en nage et tout haletant ; tes cheveux collés par la sueur qui coule de ton front, tes habits tout poudreux. Tu me diras sans doute d'oîi tu viens ?
— Maman, je viens du viUage.
— Oli tu as fait une belle partie de jeu avec les petits paysans. Je veux bien que tu t'amuses, mais pas avec cet excès.
— Maman, je t'assure que je n'ai pas joué.
— Comment t'es-tu donc mis en cet état ?
— Je vais te le dire : tu connais la mère Michelle ?
— Oui, mon fils ; c'est une femme bien respectable.
— Et si vieille ! si vieille !
— C'est vrai. Je crois qu'elle est la plus âgée de toute la paroisse.
— Un de ses parents lui a envoyé un demi-cent de cotrets pour qu'elle puisse se chauffer cet hiver. . Le voiturier les a jetés à sa porte. Tu sais qu'elle est bien pauvre. Elle n'avait pas d'argent à donner pour faire porter son bois ; elle a voulu le porter elle-même dans son bûcher. Elle a porté trois ou quatre cotrets, et puis elle est tombée sur sa chaise, n'en pouvant plus. Je lui ai dit: ** Restez tranquille, ma bonne mère ; ne vous embarrassez pas, je vais placer vos cotrets.— Oh ! non, mon petit monsieur, je ne le souffri-
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rai pas ; j'aurais trop peur que vous vous fissiez du mal. — ^Je les porterai un à un ; ainsi il n'y a pas de risque." Alors, maman, je me suis mis à l'ouvrage. J'avais peur de ne pas finir avant la nuit. Mais j'ai vu passer le petit Colin ; je l'ai appelé, et il a bien voulu m'aider.
— C'est fort bien, mon enfant. Je crois que tu es bien fatigué ; mais quand tu auras dormi, il n'y paraîtra plus. Au lieu que si la vieille Michelle avait rangé son bois, elle se fût rendue fort malade ; elle eût eu des douleurs pendant bien longtemps ; elle eût peut-être été obligée de garder le lit.
— Oh ! maman, que je suis content ! je lui ai fait encore plus de bien que je ne croyais."