LE JOURNAL
Emestine D'aimait pas beaucoup la lecture, ce qui n'empêchait pas sa mère d'exiger chaque soir qu'elle lût tout haut pendant une demi-heure, afin d'apprendre à. mettre le ton convenable, et à observer le repos indiqué par les points et les virgules. Souvent la petite fille obéissait de mauvaise grâce, et sa mère avait la bonté de n'y pas faire attention. Enfin, bon gré, mal gré, l'enfant apprit "h. très-bien faire la lecture à haute voix.
Son père eut un grand mal d'yeux et resta plus d'un mois sans pouvoir lire. Ce fut Emestine qui lui lut son journal et ses lettres ; et elle fut si aise de lui être bonne !l quelque chose, qu'elle alla remercier sa mère de l'avoir forcée à devenir bonne lectrice.
108 PREMIÈREa LECTURES,
m LIS PAS TON JOURNAL.
" Ne lis pas ton journal, papa, joue avec moi 1
— Non, je n'ai pas le temps.
— Oh I papa, je t'en prie ; Cela m'amuse tant de jouer avec toi 1
— Tiens lire mon journal.
— Oh 1 non, cela m'ennuie.
— Tu le vois donc, mon petit roi.
Nous avons nos jouets, et vous avez les vôtres.
On peut bien s'occuper de soi.
Mais il ne faut jamais en tourmenter les autres."