LE DOUILLET
Lolo a neuf ans environ, il est douillet au point que si une puce le pique, il n'y tient plus, il faut le déshabiller pour chercher la puce ; il voudrait qu'on prît un fusil à deux coups pour la tuer.
Qu'il se coupe tant soit peu et qu'il voie sortir de
sa légère blessure une toute petite perle de sang. Oï,
oï, aï, aï, oh! la! la! Maman, papa, mon oncle, ma
tante, frère, sœur, cousin, cousine, Pierre, Mariette,
^enez, venez tous, je me meurs, je suis mort, je perds
tout mou sang ; et Lolo pâlit, il tremble, il pleure, il crie, il chancelle, il tombe sur une chaise. Vite un médecin, un pharmacien, un chirurgien, toute la Faculté de Paris ; mais c'est bien inutile, car Lolo est blessé à mort ; il le dit ; qu'on appelle donc un prêtre pour le confesser, puis Tenterrer, que Ton commande la pierre qui pèsera sur son tombeau, avec cette épitaphe : Ci-gU Loh le Douillet, mort subitement cPune égratignure ?
Heureusement que le défunt n'est pas mort ; car une heure après, il mange, il boit et rit comme si de rien n'était ; c'est qu'en effet ce n'était rien. Lolo, depuis qu'il vit est mort cent fois au moins. Comptez bien. Lolo est mort une fois, parce qu'il avala de travers ; il ressuscita, et mourut une seconde fois parce qu'un camarade lui tira les cheveux ; une autre fois, il mourut pour avoir fait une chute sur le gazon ; pour s'être brûlé le petit bout du doigt, il se croyait rôti comme un chapon, et il demandait à tout le monde : Ust'Ce que je ne sens poLS le roussi ? Il est mort quatre fois le mois dernier, d'abord d'un rhume, puis d'une colique, ensuite d'une fièvre, enfin d'une indigestion. Lolo est mort cent fois, vous dis-je, et il se porte comme un charme.
Ses parents sont désolés d'avoir un enfant si délicat, si douillet, si mignard, un garçon si petite fille, un petit gaillard si poule mouillée. . Ils ont tout employé
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pour le guérir de la peur et de rexagération du mal physique. L'imagination poltronne et la mollesse de cœur de leur enfant les désolent ; ils ne savent comment fortifier Fâme faible de cet enfant qui, s'il continue, sera un objet de dérision pour tout le monde.