EDOUARD, OU LE MENTEUR PUNL
Monsieur Dumont, honnête négociant, avait deux enfants, un garçon nommé Edouard, jeune homme de
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dix-sept îk dix-huit ans, qui achevait ses études, et une petite fille de cinq IL six ans qui n'avait pas encore commencé les siennes. Lucie (c'était le nom de cette enfant) aimait beaucoup à. questionner son frère, qui était pour elle un grand savant, mais qui, n'étant pas toujours d'humeur très-complaisante, se débarrassait de ses importunités en lui répondant par la première chose venue qui se présentait à son esprit, et cela trop souvent aux dépens de la vérité. A ses yeux, ce n'étaient point des mensonges, mais de simples plaisanteries qui ne tiraient pas à conséquence, et il prenait ainsi l'habitude de manquer de sincérité, malgré les sages observations de son père à ce sujet.
Un matin (c'était le premier janvier, jour de bonheur pour les enfants), Lucie entra dans la chambre de son frère et vînt toute joyeuse lui montrer une belle poupée qu'elle avait reçue pour ses étrennes. **Et toi, dit-elle à son frère, que t'a donné papa? — Regarde sur ma table," dit Edouard. Lucie voit deux pièces d'or toutes neuves, et, après les avoir bien examinées, elle demande ingénument à son frère d'où viennent les pièces d'or. Edouard, pour s'amuser aux dépens de sa sœur, selon sa mauvaise habitude, lui répond qu'on les sème, et qu'ensuite il pousse des arbres qui produisent des pièces d'or, comme les cerisiers portent des cerises. Après cette belle réponse, il va et vient dans la chambre, cherchant et disposant
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sed effets pour s'habiller et sortir. Lucie prend sur la table les deux pièces d'or, sans que son frère s'en aperçoive, et, bien persuadée dans sa naïve innocence qu'Edouard lui a dit la vérité, elle descend au jardin, entre dans le premier carré venu, creuse deux trous assez profonds et y enfouit les deux pièces d'or, qu'elle recouvre de terre.
Edouard, au moment de sortir, veut prendre sur sa table les deux pièces qu'il y avait laissées ; il ne les trouve plus. Il demande à sa sœur si elle n'y a pas toucbé. Lucie n'hésite pas à lui avouer ce qu'elle a fait, en lui disant : ** Va, mon frère, tu auras bientôt une bonne récolte de belles pièces d'or." Edouard avoue à son tour qu'il a voulu plaisanter, qu'il n'a pas dit la vérité, et il court au jardin pour y retrouver son bien. Mais il eut beau fouiller de tous côtés, Lucie ne se rappelait plus dans quel endroit elle avait déposé les pièces d'or, et toutes les recherches d'Edouard furent inutiles. Alors il se fôche, il gronde ; Lucie se met à pleurer. Monsieur Dumont paraît, et, après avoir appris ce qui s'était passé, il dit à son fils : ** De quoi te plains-tu ? et pourquoi fais-tu \i ta sœur des reproches qu'elle ne mérite pas ? Elle ne connaît pas le mensonge, et elle a dû penser que tu ne savais pas mentir. Je désire que ce qui t'arrive te serve de leçon ; ne regrette pas les deux pièces d'or, si tu peux te corriger d'un détestable défaut, qui aurait pour toi dans
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Tavenir des conséquences plus graves." Edouard, tout confus, mais docile désormais aux remontrances de son père, s'appliqua sérieusement à s'amender, en respectant la vérité dans ses moindres paroles.