‹ Bel-amiChapitre 68 sur 77 · DUROY, SUZANNE · texte numérisé non relu

DUROY, SUZANNE

Suzanne. ■ — ■ Bonjour, vous? Il me semble qu'on ne s'est pas vu, ce soir?

DuROY. — Bonjour, ma petite Suzanne.

Suzanne. — Vous avez parlé à papa?

DuROY. — Oui.

Suzanne. — Je m'en suis douté... Ça n'a pas marché?

DuROY. - — Il m'a dit que j'étais le gendre rêvé pour un autre.

Suzanne. — J'en viendrai à bout.

DuROY. — Peut-être... Mais je doute que vous obteniez le consentement de votre mère.

Suzanne. — Oh !... elle m'adore ; elle a toujours fait tout ce que j'ai voulu.

DuROY. — Vous verrez... vous verrez...

Suzanne. — Et puis elle a vmc vive sympathie pour vous...

DuHOY. — Elle a des principes... des idées religieuses... J'ai divorcé...

Suzanne. — Oh ! voyons ; elle ne me ferait pas une telle objection. D'ailleurs, votre jjremier mariage n'a pas été célébré à l'église... Par conséquent, même pour les personnes les plus respectueuses du dogme, vous êtes libre... Non ! vous vous trompez: maman consentira.

DuROY. . — Elle ne consentira pas... Votre père a lutté... Au fond, il aime les hommes qui sont partis de bas ; mais les mères, — ■ et c'est bien naturel, — ■ rêvent pour leurs filles des princes charmants.

Suzanne. — • Je vous assure que vous vous trompez ; maman n'a pas une telle vanité... Ce serait plutôt papa... Et puis ils ne veulent to.us deux que mon bonheur.

DuROY. — Enfin, Suzanne, il faut tout prévoir; si vous vous heurtiez à un refus absolu, définitif?

Suzanne. — Eh bien ! Bel-Ami, j'attendrais...

DuROY. — Quoi?

Suzanne. — ■ Que mes parents changent d'opinion...

DuROY. — Vous ne souffrez donc pas d'attendre... Moi, je ne peux plus ; je pense à vous sans cesse ; je vous appelle ; je voudrais vous avoir auprès de moi, vous tenir dans mes bras... Pardon !... pardon !...

Suzanne. — Bel- Ami !

DuROY. — Suzanne, je ne pense i^lus que vous êtes une jeune fille. Pour moi, vous êtes maintenant une femme... Il faut que vous soyez ma femme.

Suzanne. — Mais, Bel-Ami, je ne demande qu'à vous épouser...

DuROY.-r- Ecoutez !.. je vous demande pardon de vous dire cela brutalement... mais on va revenir... Puisque vous avez confiance en moi, puisque vous êtes prête à me donner toute votre existence...

Suzanne. — Eh bien?

DuROY. — Eh bien, si vos parents refusent, me suivrezvous ?

SuzANî«î. — Où donc?

DuROY. — Nous irons n'importe où, à la campagne...

Suzanne. — Un enlèvement !

DuROY. — Et nous ne reviendrons que lorsque vos parents consentiront.

Suzanne. — Comme ils auront du chagrin, de l'inquiétude!

DuROY. — De l'inquiétude? Non ! vous leur laisserez une lettre pour leur annoncer qu'ils n'ont pas à craindre une funeste résolution...

Suzanne. — ^ Un enlèvement !

DuROY. — Ce serait délicieux de partir avec vous par une belle nuit comme celle-ci. On serait bien l'un près de l'autre, dans la voiture qui roulerait vers une retraite charmante, que je connais. Suzanne !... Suzanne !... pourquoi pas cette nuit?

Suzanne. — Oh ! non !

DuROY. — Vous pouvez sortir de l'hôtel. ?

Suzanne. — Ce n'est pas difficile.

DuROY. — Écoutez ! ne me répondez pas! Je vais partir; je vous attendrai de minuit à deux heures du matin, tout près d'ici, au coin de la place de l'Étoile et de l'avenue du Bois... Vous n'aurez pas peur de venir jusque-là?

Suzanne. — Mais je ne viendrai pas !... je ne viendrai pas !...

DuROY. — Je suis là, tout près, et nous partirons ensemble pour toute l'existence.

Suzanne. — Bel- Ami ! plus tard! laissez-moi réfléchir...

DuROY. — Non !... non !... cette nuit, si vous voulez Tout à l'heure... tout à l'heure !... A tout à l'heure. (Il sort.)

Suzanne. — Bel-Ami ! Bel-Ami !

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